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Marche de Lukxxx

Dernière mise à jour : 2 juil.

Marche de Lukxxx accompagné par Estelle

 

Du mercredi 22 au samedi 25 mai : Stage de préparation

 

L : Le premier jour, j’ai été à Lyon où j’ai vu Yvon, le directeur de Seuil, Sylvie, la responsable de marche et mon accompagnante, Estelle. Sylvie m’a équipé avec ce qu’elle avait en sa possession, m’a expliqué le déroulement des journées classiques et les règles. Le lendemain, on a été acheter des chaussures parce que celles que Sylvie avait ne m’allaient pas et on a été faire une petite marche assez courte, sans les sacs, puis on est rentrés.

Le deuxième jour, nous sommes partis à 10h pour aller faire une préparation avec tout l’équipement. La randonnée s’est bien passée, mais les montées étaient trop nombreuses.

Le 3ème et dernier jour de préparation, on s’est réveillés à 6h30 pour prendre le train pour aller au Puy en Velay. On a été ensuite au gîte.

 

Estelle : Je suis Estelle, 44 ans, originaire d'Ardèche. Je m’apprête à accompagner L pour une marche de trois mois sur le chemin de Compostelle au départ du Puy en Velay. J’espère que cette aventure le mènera à la découverte de lui-même et des autres, qu’elle lui permettra d’accéder aux trésors qu’il porte en lui, à ses aspirations et qu’elle constituera une belle parenthèse dans son chemin de vie.

Nous venons de passer trois jours au milieu des collines drômoises aux côtés de Sylvie, notre responsable de marche.  Séance d’essayage, test du matériel, petites balades dans la campagne alentour, explication des règles de la marche, montage quelque peu laborieux de nos tentes toutes neuves.

L est facile à vivre et plein d'humour, les échanges sont fluides et intéressants. Il est en plus excellent négociateur et banquier au Monopoly et fin stratège aux échecs.


Nous faisons également notre première découverte. A la tombée de la nuit, des petits sons en provenance du jardin nous intriguent. Quelle est donc cette bestiole cachée dans les fourrés ?  Un hibou ? Un oiseau ? une grenouille ? Nous partons en mission à la frontale dans les buissons pour percer le mystère. Sans résultat. Les propriétaires du gîte nous révèleront l’identité secrète du petit animal. Il s’agit de l’alyte, un crapaud grisé qui a la particularité de porter ses œufs sur son dos et émet un chant caractéristique.

Nous voilà maintenant arrivés au Puy en Velay où nous sommes accueillis chaleureusement par l’équipe d’hospitaliers du donativo à deux pas de la cathédrale. Nous arpentons les ruelles et escaliers de la vieille ville et effectuons les derniers achats : des livres que L cherchait et… un Monopoly Deal, variante du Monopoly  à transporter.

Les premiers échanges avec les pèlerins et la première belle rencontre pour L : Arnaud, l’adorable hospitalier avec qui il aurait pu passer la nuit à discuter.

Demain, c’est le grand jour ! “Puisse la souffrance recevoir sa juste récompense de lumière et d’amour”.

 

Dimanche 26 mai :

 

L : n’a  pas écrit

 

Estelle :  Après les joies de la nuit au dortoir et les adieux à Arnaud, nous nous dirigeons vers la cathédrale pour assister à la traditionnelle bénédiction des pèlerins. Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, la cathédrale du Puy en Velay résulte d’une prouesse architecturale. A l’origine, l’édifice était un petit sanctuaire dressé en haut d’un ancien volcan.  Mais devant l’affluence des pèlerins au Moyen-Âge, l’édifice a été agrandi et les bâtisseurs ont prolongé le monument au-dessus du vide.  L’ensemble est soutenu par des piliers et des voûtes pour compenser la pente.

A la clôture de la messe, une surprise nous attend : au milieu de l’allée centrale, une grande grille métallique s’ouvre au sol silencieusement, dévoilant le long escalier qui s’élance vers la ville. Nous suivons le flot de pèlerins et nous engouffrons dans la “trappe" : la vue est époustouflante. Le chemin commence.

La nuit a été courte pour L et je sens qu’un petit nuage noir vogue au-dessus de sa tête.

Quelques kilomètres plus tard, après la grande montée à la sortie du Puy, L se décourage, il a mal au dos à cause du poids du sac. Finalement, après quelques réglages et une pause “dopage” (coca pour L, café pour moi) et grâce aux encouragements bienveillants des pèlerins, nous terminons l’étape et sommes accueillis par Medhi dans l’ancienne école du village de Montbonnet. L s’écroule sur son lit et s’endort. A son réveil, il a retrouvé le sourire, plaisante avec les pèlerins et les déboires de cette première journée semblent déjà oubliés….


Lundi 27 mai

 

L : Aujourd’hui, c’était plutôt facile comparé à hier où j’ai eu beaucoup de mal au début, car j’ai très mal au dos, nous sommes partis de Montbonnet pour aller à Monistrol d’Allier. Il y a eu beaucoup de descentes, un peu de plat et quelques montées. On a vu des gens qui étaient au gîte où nous étions hier soir. Ils sont très gentils. Ils m’ont aidé à bien mettre mon sac pour ne pas avoir trop mal. 

 

Estelle : Après une bonne nuit de sommeil, nous reprenons la route. L a retrouvé sa forme, il avance vite. Moi qui suis habituée à mon rythme de tortue, je peine parfois à le suivre. A Saint Privat, nous retrouvons la petite équipe de pèlerins rencontrés au gîte la veille. L est à l’aise et échange facilement avec les pèlerins qui l’assaillent de questions. Il fait l’admiration de tous.

Un peu plus haut, la pluie commence à tomber et nous recroisons Fred, professeur de Reiki, sensible aux énergies. On décide de pique-niquer au sec sous la grange d’une maison inhabitée. Le sentier sinue ensuite à travers les genêts en fleurs, et nous voilà à la chapelle de Rochegude, enclavée sur un piton rocheux qui domine la vallée de l’Allier. L’intérieur est très simple et épuré, on y ressent une sensation immédiate de sérénité et d’apaisement. Selon Fred, l’énergie y est particulièrement puissante. Nous entamons alors le passage abrupt surnommé “la descente de la mort”, 400m de dénivelé pour atteindre le fond des gorges. L part en tête tandis qu'avec Fred, on s’accroche aux arbres et on essaye d’éviter de trébucher dans les ruines. La pluie est de retour : ”si j’ai abandonné le Nord, le Nord ne m'a pas abandonné, dit L très fier de ses origines. Cela nous donne l’occasion de nous admirer dans nos magnifiques capes de pluie. La palme d’or revient à Fred avec la collection automne : une cape jupette orange fluo avec visière intégrée.

Nous arrivons de bonne humeur chez André, retraité qui accueille des pèlerins dans sa maison depuis plusieurs années et qui a eu l’occasion de voir passer beaucoup de duos Seuil. On s’y sent très vite comme chez nous.

Après le repas, L tente d’initier les pèlerins à la variante du Monopoly, dont il a intégré les règles en 3 mn à peine. Gros fous rires car personne ne parvient à le suivre dans ses raisonnements fulgurants.

 

Mardi 28 mai

 

L : n’a pa écrit

 

Estelle : Ce matin, nos prenons le petit déjeuner dans la cuisine d’André, le papy au grand coeur. Il regarde L droit dans les yeux et lui dit avec son accent chantant de Marseille “je vais te faire une promesse. Si tu arrives à Santiago, je te promets que tu seras transformé”. Tu auras autour de toi une cotte de maille, une armure, plus rien ne pourra t’atteindre. Tu seras fort. Par moments, tu seras fatigué, tu auras mal aux pieds, tu vas t’arrêter dans des villages déserts, il n’y aura rien à manger, tu vas avoir envie de tout arrêter. Dans ces moments, il ne faudra pas craquer, il faudra te souvenir de mes paroles. Avec Fred, on a les larmes aux yeux. André fait aussi promettre à L de lui envoyer une carte à son arrivée à Compostelle. Après la traditionnelle photo sur le pont Eiffel, nous retrouvons notre petite équipe du premier soir dans le village et entamons ensemble la grande montée : 400m de dénivelé pour passer de l’autre côté de la vallée et entrer en Margeride. L’ambiance est joyeuse et nous parvenons tranquillement sur le plateau. L ne cherche plus à être en tête, il s’adapte au rythme des pèlerins qui l’accompagnent. Il est porté par les rencontres. Lui qui jusqu'à là semblait insensible à la beauté des paysages lance un petit “quand même, c”’est plus joli que chez moi ici”. Sur le chemin, nus faisons halte dans le hameau du Vernet, dans un lieu insolite où l’on se sent bien. La terrasse de chez Thierry, seul café ouvert sur cette portion du chemin, le lieu est bondé. Des voyageurs see prélassent sur laz pelouse au soleil, d'autres dégustent des tartes ou du sirop de bouleau. L apprend des numéros de ir==cirique au chien de la maison. Thierry court dans tous les sens, il n’aime pas les moments d’affluence car il n’a plus le temps de bavarder avec les pèlerins. Il a une attention pour chacun, il aime les gens et cela se sent. Derniers réglages de sacs à dos et nous entamons la descente vers Saugues pour notre première nuit sous tente. Le camping se situe au bord d’un cours d’eau avec sur la berge d’en face un troupeau de brebis occupées à tondre la pelouse pour l’arrivée des futurs campeurs. Avec nos voisins de tente nous partageons nos victuailles et L tente de les initier au monopoly deal.

 

Mercredi 29 mai

 

L : Ce matin c’était plutôt bien car nous nous sommes arrêtés pour manger, puis nous avons continué avec d’autres personnes qui étaient avec nous à Montbonnet. L’après-midi, c’était plus long. Il n’y avait que des montées, des descentes, des montées etc… jusqu’au Sauvage, le gîte où on s’est arrêtés.

 

Estelle : La nuit fut fraîche et le démarrage est long ce matin. Petit déjeuner dans un café, dernières courses et nous voilà partis.

Le flot de pèlerins est devant nous et le chemin est désert. Nous marchons en silence sans nous concerter (L n’est pas du matin). Le granit a remplacé la roche basaltique, d’innombrables blocs de pierre gris parsèment les prairies verdoyantes : nous sommes sur les terres de la Margeride. Nous retrouvons notre petite équipe habituelle à la pause déjeuner contents de nous raconter notre soirée de la veille dans nos lieux respectifs. Le jeune chien fou de la ferme court spontanément sur les genoux de L. Nous marchons tous ensemble et L renfermé ce matin retrouve le sourire. Nos amis s'arrêtent à Chantelle et nous poursuivons la route jusqu’à la ferme fortifiée du Sauvage. Le chemin traverse une forêt de hêtres, les arbres sont majestueux. Seuls le murmure du vent, le bruit de l’eau qui s’enfuit et le rire des oiseaux parviennent à nos oreilles. A la sortie de la forêt, l’imposante bâtisse du Sauvage apparaît, comme surgie au milieu de nulle part, dans u e atmosphère mystérieuse. Depuis plus de 13 ans, un collectif d’agriculteurs locaux y fait déguster des produits aux agriculteurs de passage. La virée se termine par le repas autour d’une grande tablée.

 

Jeudi 30 mai :

 

L : En partant de l’auberge “Le Sauvage”, à 10h parce que nous avons attendu la dernière étape nous avons marché jusqu’à un food truck qui faisait d’excellentes crêpes sucrées ou salées. Les gens que nous avons rencontrés ont été trop gentils, ils m’ont pris une crêpe sucrée. Nous avons continué ensemble jusqu’à une ville mais j’étais toujours devant. J’ai finalement réussi à marchander pour dormir dans le gîte et non en tente.

 

Estelle : Ce matin, la ferme du Sauvage est dans la brume, nous décidons d’attendre tranquillement au chaud nos amis qui se sont arrêtés dormir quelques kilomètres avant nous. L’ambiance est légère et joyeuse tout le monde est à l’écoute et plein d’attentions pour L. Sur les conseils de Stéphanie, nous nous arrêtons à la ferme du Rouget, quelques kilomètres avant Saint Alban. Les propriétaires sont adorables, le fermier nous propose d’assister à la traite des vaches. L rebaptise les deux petits veaux “Paupiette” et “Roti”, et est aux anges quand il apprend qu’une partie de la viande part chez MacDo.

Nous montons nos tentes dans le jardin, sous la pluie et dans le vent, à moitié motivés. La propriétaire a proposé à L de dormir à l’intérieur au coin du feu en échange de la vaisselle. Lui à qui nos amis pèlerins ont déjà offert crêpes, coca et lessive gratuite, est ravi de sa journée. Quant à moi, j’abandonne aussi la tente pour m’installer dans la grange.

 

Vendredi 31 mai :

 

L n’a pas écrit

 

Estelle : Après une nuit reposante pour L, beaucoup moins pour moi (à 7°c mon petit duvet n'a pas suffi) nous rejoignons notre bande d’amis à Saint Alban sur Limagnole  le village de Margeride a la particularité d’abriter un immense hôpital psychiatrique. François Tosquelles a contribué après 1940 à en faire un lieu d’effervescence culturelle et artistique et a permis une prise en charge humaniste des patients qui pouvaient se mêler à la population à travers notamment la participation aux activités agricoles.

L’étape est un faux-plat (Thierry nous avait prévenus), la météo est changeante et on passe nos journées à enlever et remettre nos capes de pluie.

Ce soir, nous avons tous réservé dans le même gîte à Aumont-Aubrac pour notre dernière soirée ensemble. Le moment est très émouvant, chacun a un mot gentil ou une attention pour L. Nous sommes vraiment chanceux d’avoir pu marcher durant ces premiers jours aux côtés de ces magnifiques personnes qui ont pu chacun lui apporter un peu d’eux-même : de l'écoute,des conseils, de l’affection, un regard positif porté sur lui.

 

Samedi 1er juin

 

L n’a pas écrit

 

Estelle : Après les derniers adieux, nous continuons notre plus grande étape depuis notre départ, 27 km à travers le plateau de l’Aubrac, murets de pierre imposants, blocs de granit, ruisseaux qui serpentent, paysage de steppe à perte de vue : la splendeur sauvage de l’Aubrac est indescriptible. On y ressent une impression d’infini. Les belles vaches Aubrac avec leur robe fauve et leurs grands yeux maquillés de noir mastiquent nonchalamment en nous regardant passer. En chemin, nous nous photographions dans l’oculus de l’Aubrac, anneaux de pierre gravés des sommets environnants qui fait penser à la porte des étoiles.

Quelques kilomètres avant l’arrivée, L commence nettement à fatiguer. Au gîte communal, il s’écroule sur son lit, je le réveillerai juste le temps d’avaler des pâtes à la carbonara

 

Dimanche 2 juin

 

L :  Aujourd’hui, c’était plutôt difficile de partir. J’ai eu mal au ventre. J’étais fatigué car l’étape d’hier partait de Aumont-Aubrac pour aller à Nasbinals n’était pas de tout repos car il y avait 27 km à faire et c’était long. Une fois arrivé au gîte, j’ai dormi, puis avec mon accompagnante Estelle on a  été manger et je n’ai pas réussi à me rendormir. J’espère que je dormirai mieux ce soir, mais je ne suis pas sûr parce qu’on dort en tente avec la météo et le bruit.

 

Estelle : Ce matin, nous retrouvons Stéphanie au café du village et débutons la marche ensemble. Les paysages sont superbes, le sentier chemine au milieu des pâturages verdoyants, nous longeons plusieurs forêts de hêtres où s'infiltrent quelques rayons de soleil. Au loin, sur les collines, des engins sont en action. Des pèlerins nous expliquent que les narcisses sont utilisés dans les parfumeries. C’est l’or blanc de l’Aubrac.

L ne s'arrête plus de parler, on l’incite à écouter les bruits de la nature, mais pour le moment, il est focalisé sur le dénivelé, les kilomètres et les rencontres, il semble insensible à ce qui l’entoure. Après le village de l’Aubrac et sa tour des anglais, le chemin descend en pente douce vers Saint Chély d'Aubrac où nous planterons notre tente ce soir, les hébergements étant complets. Nous fêtons l’anniversaire de Martine au restaurant, autour de bonnes pièces de boeuf et du fameux aligot

 

Semaine du 3 au 9 juin

 

Estelle : En nous réveillant lundi au camping de Saint Chély d’Aubrac, c’est le soleil qui enfin nous réchauffe à travers les toiles de nos tentes. Que de bonheur de voir enfin du ciel bleu, après la météo hivernale. La végétation change, les châtaigniers et les chênes remplacent le béton, le plateau de l’Aubrac fait place à la douce courbe des collines. Après la Haute-Loire et la Lozère, nous voilà dans l’Aveyron.

Nous recroisons Martine et Stéphanie n°2, pèlerines rencontrées à la ferme du Rouget et L s’amuse avec Locki, son nouveau compagnon à 4 pattes. Dans les ruisseaux, il teste la résistance à l’eau de ses chaussures Millet, pendant que je me refroidis les pieds dans l’eau glacée. Martine craque dans une montée et trouve réconfort auprès de L qui avec son humour et son débit de paroles, permet de raccourcir le temps.

A Espalion, une chambre d’hôte nous attend, seul hébergement disponible suite à un désistement : c’est le grand luxe. Du calme, un matelas confortable, des serviettes toutes propres, pas de ronfleurs “tu entendras juste les légumes pousser” dit notre hôte à L

La nuit récupératrice n’aura pas suffi : l’étape Espalion-Campac sera la plus rude de ces 15 premiers jours de marche. Ce matin-là, nous démarrons lentement. Nous retrouvons Stéphanie à l’office de tourisme d’Espalion, où L se livre à du trafic de stylos 4 couleurs, dont il fait la collection. La chaleur est écrasante, la transition est  brutale après le vent et le froid de ces derniers jours. Nous avons un rythme de tortue et après de nombreuses pauses, nous arrivons à Estaing à presque 14h. La fatigue se fait déjà sentir alors qu’il nous reste encore 13 km pour rejoindre Campuac, notre étape du soir. Fait exceptionnel, L n’a pas bu de coca ce matin. Il est à l’eau.

Vers 15h, nous “abandonne” Stéphanie à Estaing et empruntons le GR6, variante du chemin qui emprunte l’itinéraire historique. Cette portion démarre par le fort dénivelé, sous un soleil de plomb. Le sentier est étroit par endroits, nous traversons plusieurs bois aux allures de jungle tropicale. La démotivation se fait sentir. Les arrêts sont multiples. Enfin quelques toits de maisons paraissent à l’horizon. Il est 18h30 et là grand désespoir, alors que nous pensons arriver, nous ne sommes qu’au hameau de Côme, un panneau nous indique encore une heure de marche. L ne veut plus faire un pas, nos bouteilles d’eau sont presque vides. On prend le temps de grignoter, de se poser, de prévenir notre hébergeur le soir de notre arrivée tardive. A 19h45, voilà enfin l’arche d’Yvann, soit plus de 10 h après notre départ d’Espalion. L ne mange presque rien et part directement se coucher.

Au réveil, L est patraque : un arrêt s’impose. Avec l’accord de notre responsable de marche, nous restons une nuit de plus chez Yvan, au calme. L est épuisé, il bouquine, se repose. Le soir, une grande tablée de 20 personnes nous attend. L trône en bout de table, très à l’aise. Il amuse tout  le monde et c’est une fois de plus la star de la soirée.

Le lendemain, il est difficile de s’extraire de l’arche accueillante d’Yvann et nous sommes les derniers à partir. Trois kilomètres plus tard, L est mal en point. Dans un hameau, un gentil monsieur nous offre un abri et un thé chaud. Après tergiversations, nous décidons de faire étape au Soulié, 5 km plus loin, chez Michel, personnalité du chemin qui tient un lieu donativo dans un havre de paix. Michel et ses deux hospitaliers nous invitent à partager leur repas et proposent à L du coca. Presque instantanément, L retrouve la forme. Etait-il en sous-dosage ? Après lecture de la surprenante prière des gendarmes et quelques parties de Monopoly Deal, nous décidons de reprendre la route, sous une chaleur étouffante. L a retrouvé ses ailes, il file à toute allure. Dans la montée d’Espeyrac, nous suons à grosses gouttes et retrouvons Stéphanie et son chien sous un abri pèlerin. Trois parties de Monopoly plus tard, nous repartons enfin, désormais seuls sur le chemin, nous sommes la “voiture-balai” du jour. Nous arrivons les derniers sur place du fascinant tympan de Conques. 20h ! Nous retrouvons avec joie Stéphanie et L est la star de la place : tous les pèlerins croisés ces derniers jours viennent le voir, lui demandent des nouvelles, connaissent son prénom. Finalement, nous montons la tente à la frontale au camping de Conques à 23h.

Sur la portion Conques-Figeac, nous sentons l'énergie collective des pèlerins s’amoindrir : les paysages sont moins spectaculaires, la météo est tristounette et une partie des pèlerins terminent leur chemin à Figeac et ils se préparent à s’en détacher avec regret. Nous profitons encore deux jours de la douceur de Stéphanie et faisons la connaissance de Chantal, québécoise attachante qui nous apprend des expressions et des mots de son pays.

A Figeac, nous trouvons refuge au gîte du Pont du Pin, chez Nathalie, accueillante aux petits soins qui nous mijote de délicieux plats italiens. Nous y prenons notre jour de repos, pour le moment tant attendu de L : un repas au McDo. Il m’arrive souvent d’imaginer que l’on peut verser dans des fioles nos plus précieux souvenirs, puis les placer bien à l’abri dans les grandes armoires de notre mémoire. Un peu plus tard, le moment venu, il est alors possible de choisir une bouteille et de la déboucher, pour laisser rejaillir le souvenir et le savourer comme on déguste un grand cru. On peut alors fermer les yeux, et revivre un moment avec la joie, les sensations, la lumière, les rires qui y sont associés. J’ai déjà rempli beaucoup de nouvelles fioles au côté de L et des merveilleuses personnes que nous avons eu la chance de croiser sur notre route. 

 

Lundi 10 juin

 

L : Aujourd’hui, on est partis de Figeac. On a retrouvé Fred, un pèlerin qu’on avait croisé au début de la marche. On a discuté de “bouffe”, bitcoins, finance et de bâtiments. Après Fred est parti sur la voie du Célé. Arrivé au gîte, j’ai joué avec les chiens de la maison. J’ai battu Estelle au Jungle Speed.

 

Estelle : Nous quittons les ruelles de Figeac, joyau de l'architecture médiévale, contents de reprendre le chemin après cette journée de repos Nous grimpons sur les hauteurs du Quercy, sur les plateaux calcaires du Causse : nous nous trouvons maintenant dans le Lot. Murets de pierres sèches, puits, cabanes en pierre circulaire servant autrefois d’abri, des dolmens jonchent le chemin. Dans cette campagne sèche et rocailleuse, la principale activité agricole reste l'élevage de brebis, dont les fameuses brebis caussenardes aux “lunettes noires”. Nous faisons route avec Fred junior, ami de notre Fred de Montbonnet et croisé au début du chemin et marchons ensemble jusqu’au village du Béduet, aux maisons de pierres dorées. A cet endroit, il est possible d’emprunter la vallée du Célé pour rejoindre Cahors, c’est ce qu’a choisi Fred, tandis que nous empruntons l’itinéraire “traditionnel”. Nous nous promettons de nous rejoindre après Cahors pour bivouaquer ensemble.

Le sentier est ensuite bordé de sous-bois de chênes et d’érables, et dévoile de vastes plateaux karstiques parsemés de pelouses sèches. L’endroit est calme et sauvage.

Ce soir, nous dormons au gîte de la Tounisse, isolé au milieu du Causse et plantons nos tentes dans le jardin de la grande bâtisse restaurée avec goût. Nous sommes accueillis par Thérèse, Otto et Sancky, les trois chiens de la maison, adorables, qui sont tout de suite adoptés par L. Depuis que la maison est en chantier, ils sont habitués au lancer de cailloux qui remplacent les bâtons.

Marylène nous a préparé des pâtes à la carbonara, un des rares plats préférés de L et pour la première fois depuis le début du chemin, nous rencontrons des pèlerins qui eux aussi souhaitent rejoindre Compostelle. Marylène nous explique qu’au départ du Puy, la moitié des pèlerins s’arrêtent avant Conques, rares sont les pèlerins qui marchent au long cours. Nous terminons la soirée par une partie de “jungle speed”, ce qui nous change un peu du Monopoly Deal, dont je commence à faire une petite overdose.

 

Mardi 11 juin

 

L : Aujourd’hui, c’était long. J’ai marché avec un chien. Je suis passé par le circuit des cabanes. J’ai fait à manger et j’ai joué aux dés

 

Estelle : Le réveil est laborieux après la nuit froide sous la tente et nous peinons à nous extirper du chaleureux gîte.

Nous descendons du Causse pour aboutir à Cajarc, charmante petite ville posée au bord du Lot. Nous y retrouvons Marie-Agnès, rencontrée la veille au gîte, qui est partie de Belgique en mars et va jusqu’à Compostelle. Elle se laisse complètement porter, accepte ce qui vient, ne planifie plus rien, caractéristique du lâcher-prise acquis grâce à la marche au long cours. Nous quittons Cajarc et longeons les falaises pour remonter sur le Causse. La robe rouge des coquelicots tremble au milieu des champs de blé. La mousse recouvre par endroits les troncs tortueux des chênes. Nous traversons plusieurs mas en pierre sèche, en compagnie de Thérèse, la chienne Border Collie qui nous attend régulièrement et vérifie que personne ne manque comme si nous étions son troupeau de brebis.

A Limogne en Quercy, nous dormons au gîte communal. L est le cuistot du soir et nous regardons tourbillonner les dés en jouant au 12/30, jeu que Fabienne nous a initié au début du chemin.

 

Mercredi 12 juin

 

L : Arrivé au gîte, j’ai essayé un fauteuil massant. J’ai utilisé toutes les options. D’ailleurs, je suis encore dedans. Nous avons mangé un bon repas et nous avons joué au “code name” .

 

Estelle : Ce matin, le ciel est d’un bleu éclatant. Le chemin, bordé de murets de pierres sèches, passe dans des sous-bois et le soleil dessine l’ombre des feuillages sur le sol rocailleux. Comme souvent le matin, L file devant, et je le suis de loin en rêvassant. Je regarde les chardons violets tanguer doucement dans le vent. Les papillons volent autour de moi.

Dans le village de Varaire, nous retrouvons Marie-Agnès et pique-niquons ensemble un peu plus loin. Comme plusieurs pèlerins auparavant, elle est intéressée par le projet de Seuil et voudrait se renseigner à son retour en Belgique pour être accompagnante dans une association équivalente.

L adopte un papillon qui vient de poser sur sa main et le surnomme “Michel”.

Le Quercy est le pays où l’on fait pousser les cailloux. Tout au long du chemin, des cabanes arrondis de pierres sèches (les caselles) sont les gardiennes des champs, on trouve des banquettes de pierre intégrées dans les murets, des abreuvoirs pour les brebis, des lavoirs dits “en V”.

A l’arrivée au gîte de Poudally, après la longue ligne droite sous les chênes, L découvre un fauteuil massant qu’il monopolise un long moment. Nous sommes une trentaine dans ce seul gîte isolé à mi-chemin entre Limogne et Cahors, c’est un peu trop pour moi. L’endroit est superbe, nous retrouvons Chantal au bord de la piscine et terminons la soirée par une partie de “code name”.

 

Jeudi 13 juin

 

L : Arrivés à Cahors, on a été dans un gîte au lieu de dormir dehors sous la tente. Il nous a offert un lit dans le gîte. Après on a été au cinéma pour voir un film d’horreur mais qui ne faisait pas peur, puis nous avons mangé des tacos.

 

Estelle : Ce matin, L ouvre les yeux plus tôt que d'habitude. Il sait qu’il aura son premier quartier libre à Cahors et veut arriver au plus vite. Avant de quitter le gîte de Poudally, nous testons le “sentier pieds nus” qui permet d’expérimenter les sensations au contact de la plante des pieds aux différents matériaux naturels. La laine de mouton est élue matière la plus agréable pour la voûte plantaire.

Le chemin est toujours agréable aujourd’hui, à l’ombre des chênes et des cornouillers. L est bavard, il me raconte le scénario d’un des derniers films qu’il a regardé “La planète des singes, le nouveau royaume”. Le sentier longe l'autoroute nous rappelant brutalement la civilisation après ces quelques jours de calme au milieu du causse. Les voitures qui défilent et le bruit des engins contrastent avec la lenteur de la marche et la connexion avec la nature. Nous faisons une halte dans le grand jardin d’une chambre d’hôtes, à la pelouse impeccable. Nous y retrouvons une partie des pèlerins croisés ces derniers jours, il y a même Thérèse, adorable qui se prélasse dans l’herbe. Chantal, la québécoise nous apprend de nouveaux mots de sa contrée comme “chialeux” personne qui se plaint tout le temps, un terme qui convient bien pour qualifier les français en général ou un “baveux” une personne qui agace en provoquant les autres. Un pèlerin nous lit les phrases philosophiques qu’il note sur des tout petits morceaux de papier.

Le chemin se poursuit sur une large crête, les arbres se font plus rares, la chaleur est pesante, la terre se craquelle, l’endroit a des allures de savane africaine. Tout à coup, nous apercevons Cahors et ses tours carrées en contrebas, les petits passages pour l’octroi de Cahors où des hospitaliers nous accueillent et nous rejoignons le gîte de Jacques en centre-ville. Alors que nous avions prévu de dormir sous la tente, Jacques nous invite gratuitement à dormir dans sa maison, touché par le projet de Seuil. L prend son petit temps de“liberté” dans la vieille ville et nous filons au cinéma voir un film fantastique “les guetteurs”, puis enchaînons avec des tacos  (j’ai échappé au MacDo cette fois)

 

Vendredi 14 juin

 

L : En partant de chez Jacques, le gîte où l’on a dormi la veille, on a été à la poste pour envoyer un colis, donc j’ai pris le tampon, puis on est parti au Crédit Agricole où j’ai pris le tampon.

 

Estelle : Le départ de Cahors se fait tranquillement ce matin avec un passage à la poste pour renvoyer des livres. L a décidé de passer au Crédit Agricole pour obtenir un tampon de sa banque sur sa crédencial ! L’agent s’exécute, un peu ahuri et on enchaîne avec l’office de tourisme, juste pour avoir le tampon.

La sortie de Cahors se fait en empruntant le célèbre pont médiéval aux trois tours carrées qui ensemble le Lot. Une petite grimpette nous mène sur le Quercy blanc. La terre change de couleur et prend la teinte blanche de la pierre calcaire crayeux caractéristique de ce terroir.

Aujourd’hui, L est bougon, il court devant et je suis laborieusement derrière avec des douleurs à un genou.

Le soir, nous retrouvons Robert, un pèlerin allemand, adorable, au gîte de Françoise à Lascabanes. Nous ne sommes que trois pèlerins ce soir, la soirée est joyeuse, nous avons le temps d’échanger et Robert et Françoise, qui ont tous deux de grands fils, sont touchés par la personnalité et le parcours de L. Françoise nous offre le repas, en complément de nos pâtes bolo

 

Samedi 15 juin

 

L n’a pas écrit

 

Estelle : Au réveil, L ne parvient plus à fermer son sac, la fermeture centrale est cassée. On trouve un système pour le “ficeler” avec une corde, comme un gros saucisson

L reprend son rythme de speedy Gonzales et moi j’écoute les conversations des oiseaux, le chant du coucou et le chuchotement du vent. Le chemin serpente entre les champs de blé, les bottes de foin et les herbes folles.

L ne dit pas un mot, le petit nuage noir est de retour.

Nous traversons le village de Montcuq, aux coquettes maisons blanches. Par endroits, la terre argileuse colle aux chaussures et le sentier devient glissant. Les feuilles des érables frétillent au vent, les genévriers alternent avec les chênes rabougris. A l’horizon, se dessine la douce courbe des collines. Nous faisons halte devant la petite chapelle romane de Rouillac, à l’intérieur sobre et épuré et y retrouvons quelques pèlerins.

Le chemin traverse ensuite des champs de lavande, parsemés de coquelicots. J’ai toujours mal au genou et la douleur s’intensifie. La descente abrupte en fin de parcours m’achève. Enfin, le charmant village de Lauzerte apparaît au loin, perché sur son rocher. On s’arrête à la pharmacie et je fais le stock d’ibuprofène.

Nous nous arrêtons en contrebas du village, au gîte des Figuiers, tenu par un couple d’accueillants suisses. La dame nous offre gentiment le petit déjeuner. L ne m’aura pas adressé un mot de la journée.

 

Dimanche 16 juin

 

L : Aujourd’hui, on a retrouvé Charles, Michel et on a rencontré Lino, un italien. Il a réparé mon sac. C’était assez long, surtout les montées.

 

Estelle : Nous quittons le village de Lauzerte et ses ruelles endormies en ce dimanche matin. Le chemin traverse des champs, les labours et longe des étangs. Un cultivateur a gentiment laissé des cagettes de cerises et d’abricots pour les pèlerins de passage, en donativo. C’est toujours une jolie surprise de trouver sur le bord du chemin des tables installées par les habitants avec des petites attentions pour les marcheurs : café, boissons, fruits… Charles et Lino, un italien,se sont arrêtés pour grignoter des cerises et nous continuons la route avec eux un petit moment. L retrouve le sourire, content de pouvoir échanger de nouveau avec des pèlerins après ces journées plus calmes. A la pause pique-nique, sous un chêne majestueux, Lino bricole le sac de L et parvient à lui réparer sa fermeture éclair. Nous passons à travers les vignes et les vergers, dont les arbres sont recouverts de grands filets de protection. Certaines maisons sont déjà construites en briques rouges, caractéristique de la région de Toulouse. L teste l’étanchéité de ses chaussures de marche à la boue, en pataugeant dans un sentier humide qui grimpe dans les sous-bois. L'étape est longue pour rejoindre Moissac, 31 km et nous sommes contents de terminer le parcours avec Michelle, petit rayon de soleil sur pattes, rencontrée à la ferme au début du chemin. Elle dormira au même endroit que nous ce soir chez Anne sur les hauteurs de Moissac. La traversée de Moissac est longuette, la maison d’Anne surplombe la ville et nous y arrivons tout dégoulinants, “achevés” par la dernière grimpette.

 

Lundi 17 juin :

 

L : n’a pas écrit

 

Estelle : Aujourd’hui, c’est jour de repos à Moissac. La matinée commence par une petite frayeur pour moi : dans la descente pour rejoindre le centre-ville, L file devant moi, je tourne à un coin de rue et plus de L. Je m’avance au carrefour, regarde derrière, dans les différentes rues. Je commence à élaborer très rapidement des scénarios catastrophes, à téléphoner à notre responsable de marche, à errer dans le centre-ville à sa recherche. Pas de L. Sur les conseils de Sylvie je remonte au gîte où L m’attendait tranquillement. Il s’était juste assis derrière un buisson pour m’attendre et on s'était simplement croisé sans se voir. Je suis bien contente de le retrouver. Du coup, nous partons en balade au bord du canal, on regarde les péniches colorées du port de plaisance, en choisissant notre préférée, celle dans laquelle on aimerait bien habiter et voyager sur l’eau. Nous allons jusqu’au petit canal du Cacor, où le canal de Garonne franchit le Tarn. L’ouvrage est impressionnant, le 3ème plus long pont canal de France, avec ses grandes arches en briques rouges et en pierre du Quercy. Nous regardons la carte de la petite guinguette du canal conseillée par Anne qui propose surtout des salades, mais L préfère manger un bon burger (je ne suis pas une vache) dans une brasserie de la ville.

L’après-midi, le propriétaire des locations de canoës, dont la boutique est pourtant fermée, accepte gentiment de nous louer des kayak pour naviguer un peu sur le Tarn. C’est tellement agréable de filer sur l’eau, de se laisser porter par le courant sans effort. Nous passons sous les arches du pont-canal, sous le pont de fer des trains, regardons les oiseaux sur les berges. Vraiment un très chouette moment. Nous sortons des kayak tout trempés et allons faire un petit tour à la toute nouvelle librairie-péniche de Moissac. La journée se termine par un quartier libre pour L qui revient avec … de nouveaux stylos 4 couleurs à échanger.

 

Mardi 18 juin

 

L : Ce matin, nous avons retrouvé Fred. Nous avons marché ensemble le long du canal, donc tout plat. Nous avons fait une longue pause à une écluse. Nous sommes arrivés au gîte qui est très bien.

 

Estelle : Nous quittons le gîte d’Anne tranquillement ce matin, accompagnés de Marie-Agnès et décidons de suivre le GR au bord du canal. Nous sommes bientôt rejoints par Fred que nous avions quitté à l’embranchement pour la vallée du Célé. La petite route longe le canal qui forme avec le canal du midi le canal des deux mers. Le chemin est paisible, ombragé par les platanes, les péniches glissent tranquillement sur l’eau. Nous regardons le passage des bateaux dans une écluse.

Avec gentillesse et simplicité pour Dominique, un hospitalier, L ne quitte plus Fred qui l’a pris sous son aile, comme un grand frère. Ils dormiront dans l’ancien séchoir à tabac, en haut de la maison. En fin de soirée, on entend une série de détonations impressionnantes. Il s’agit des canons anti-grêle, utilisés par les agriculteurs pour protéger leurs cultures, en prévision de l’orage.


Mercredi 19 juin

 

L : Aujourd’hui, on a marché dans des chemins boueux. Arrivés au gîte, nous plantons nos tentes dans le jardin. J’ai marché avec Fred. On a fait à manger pour trois. On a dormi sous l’orage (super !). On a fait 10 km car il a plu beaucoup et on a fait que de la route car il y avait de la boue et c'était dangereux.

 

Estelle : Nous traverserons ce matin le charmant village d’Auvillar qui domine la vallée de la Garonne. La halle aux grains circulaire, avec ses colonnes de style toscan, est le joyau de la cité. Nous arpentons les ruelles pavées, admirons les maisons de briquettes rouges et passons sous l’imposante tour de l’horloge.

La matinée passe vite aux côtés de Fred, les discussions sont intéressantes et nous ne voyons pas le temps passé. Nous recroisons Tiphaine, rencontrée à Moissac, qui elle aussi boîte depuis plusieurs jours. Le chemin sillonne la campagne avec de magnifiques panoramas sur les collines environnantes. Nous faisons halte devant le château de Flamarens, et L initie Fred au Monopoly Deal. L’église du village est surprenante. Un mur de la nef s’est effondré, dévoilant une vue magnifique sur les champs alentour. On y ressent toute l’âme du lieu, même si les affres du temps et du climat ont fait subir à la belle église des dégâts importants. Les traces des fresques murales au bleu délavé sont très émouvantes.

Un beau lien se crée entre Fred et L, ils ne se quittent plus et marchent en tête, pendant qu’avec Tiphaine nous formons le duo d’escargots amochés de fin de journée, tentant les descentes en marche arrière pour soulager nos vieux genoux.

Arrivés au gîte communal de Castet-Arrouy, nous plantons nos tentes dans le jardin et préparons le repas tous ensemble, comme à la maison. Encore une très jolie soirée.

 

Jeudi 20 juin : 

 

L : n’a pas écrit 

 

Estelle : Flic-Flac. La pluie est tombée toute la nuit, le tonnerre a retenti au loin. Tôt ce matin, le petit coq dégarni du gîte se balade entre les tentes pour réveiller les marcheurs. Le mauvais temps ne nous encourage pas à partir, nous restons un moment au gîte. Nathan, le petit garçon de l’accueillante, nous tient compagnie. L se rend compte que ses chaussures de marche ont passé la nuit à l’extérieur, Fred lui prête des “sachets” dans lesquels emballer ses pieds pour être plus au sec. Nous choisissons de rejoindre Lectoure en suivant la route, pour éviter les glissades dans la boue du chemin. Nous avions prévu de bivouaquer avec Fred du côté de Marsolan, mais découragés par la pluie, nous choisissons de faire halte chez Isabelle à Lectoure. Nous en profitons pour visiter la cathédrale, dont l’immense clocher-tour est visible de loin. Les vitraux sont d’une grande beauté et nous restons un moment à déambuler dans les allées, au son de l’orgue.  L choisit le menu du soir et se met aux fourneaux : gnocchi, cordons bleus.

 

Vendredi 21 juin

 

L : On a fait un bivouac avec Fred. On a fait un feu. J’ai fait cuire du saucisson.

 

Estelle : Nous quittons tranquillement Lectoure et ses maisons de pierre blanche. Le chemin traverse les cultures, la campagne ressemble à celle que l’on aime dessiner enfant, avec des vallons arrondis, des églises au clocher pointu, des bosquets d’arbres et de longs sillons dans les champs. Nous sommes depuis deux jours dans le Gers, surnommé “la petite Toscane française”, pour sa campagne bosselée et la richesse de son patrimoine. Dans les champs de blé, les collerettes dorées des tournesols remplacent la robe rouge des coquelicots.

Nous pique-niquons dans le jardin de la chapelle d’Ambin, petite église romane des Templiers. Le soleil a fait son apparition, L et Fred bronzent pendant que je fais la sieste à l’ombre sur un muret. Nous traversons des vergers de pruniers avant d’arriver au village de La Romieu, dont l’immense collégiale est visible de loin. L appelle sa maman et apprend que sa carte d’identité est enfin disponible : on devrait pouvoir passer en Espagne.

En fin de journée, nous décidons de bivouaquer dans le paisible jardin de la chapelle Sainte Germaine. Nous plantons nos tentes sous les chênes centenaires, L et Fred cherchent du bois sec pour allumer un feu. Le lieu est très apaisant, perdu au milieu de la campagne, la vue sur les collines alentour est très belle, dans la douce lumière du soir. Fred apprend à L à allumer le feu et on utilise enfin notre popote toute neuve qui ressort des flammes extrêmement noircies. Assis sur une grosse pierre, L se chauffe le dos auprès du feu toute la soirée. Il a l’air très heureux de vivre cette petite aventure. 

 

Samedi 22 juin

 

L :  On a marché dans la boue. Fred m’a fait découvrir la technique du “sac à caca ” , les sachets plastique qu’on utilise pour ramasser les déjections des chiens : il les met dans ses chaussures les jours de pluie pour éviter d'avoir  les pieds mouillés. On a dormi dans une caravane.

 

Estelle : Nous pataugeons dans la gadoue, la gadoue, la gadoue Ce petit air nous accompagne toute la journée, on fait des glissades dans la boue des chemins, la terre s'accroche à nos chaussures, nos pieds sont lourds. L et Fred sont toujours inséparables, ils papotent sur tout un tas de sujets et je sens le regard admiratif de L posé sur “ce grand frère” adoptif. Un petit coucou aux statues des mousquetaires à Condom et nous poursuivons notre route sous les averses. L’eau s’infiltre dans les chaussures, la cape de pluie ne suffit pas. Nous faisons halte au village fortifié de Larressingle, le temps pour Fred de goûter à l’armagnac local. Le sentier chemine entre les vignobles et les champs de soja et nous arrivons sous la pluie à Montréal du Gers, juste à temps pour acheter des victuailles à l’épicerie. Nous sommes accueillis par notre hôte du soir et découvrons notre hébergement du soir : une caravane dans le grand parc de la ferme. L s’occupe de cuisiner les pâtes et nous nous endormons en écoutant le chant de la chouette du jardin. 

 

Dimanche 23 juin

:

L n’a pas écrit

 

Estelle : Au petit déjeuner, nous échangeons avec Walter, notre hôte, qui nous raconte son parcours étonnant de vie, footballeur professionnel, puis engagé dans la marine, il est finalement devenu architecte d’intérieur avec pour passion : le théâtre des marionnettes. Il a joué tout autour du monde et détient le record du plus long spectacle de marionnettes au Guinness book, 12h non-stop en solo ! L est impressionné. Walter nous emmène au fond du hangar, où sont entreposées toutes ses marionnettes, représentant des personnages hétéroclites et des bestioles rigolotes qu’il a créées lui-même.

Aujourd’hui, le chemin suit le tracé d’une ancienne voie ferrée, en ligne droite sous les arbres. Nous nous arrêtons pique-niquer au gîte “1000 Bornes” (plus que 1000 km pour Santiago), au sommet d’une petite colline surplombant les vignes. L’étape est courte aujourd’hui et nous arrivons tôt à Eauze, sur la jolie place et ses maisons à colombages. Au menu du soir : magret de canard du Gers et… hamburger pour L

 

Lundi 24 juin

 

L : Aujourd’hui, c'est plat avec 2-3 collines. Le soir on a vu une dame qui jouait avec son chien “Moustique”. Elle nous explique un peu les spécialités de la région.

 

Estelle : Ce matin, on aperçoit enfin le ciel bleu à travers les fenêtres de notre maisonnette presque privée. Le soleil n’est pas encore suffisant pour faire sécher la terre des chemins, le sentier ressemble à une jungle tropicale, avec les immenses fougères, l’eau stagnante, la boue et les moustiques qui vont avec. Nous faisons halte au donativo “Le Chalet du Bonheur” où une adorable famille nous accueille dans le jardin luxuriant.  Ils nous font part des difficultés des hébergeurs qui reçoivent des pèlerins de plus en plus exigeants : ils regrettent que l’esprit du chemin se perde…  Au village de Manciet, nous découvrons de petites arènes rouges, typiques de la région de l’Armagnac et des landes. Nous entrons ensuite dans le bas Armagnac, zone de transition et de plateaux landais. Le chemin  devient plus sauvage et boisé, abrité par les charmes et les acacias. Nous longeons les champs de maïs un troupeau de nuages de coton se balade dans le ciel

Notre étape du soir est Nogaro, connue pour son circuit automobile. Devant le gîte, nous rencontrons : une habitante du village qui nous parle des courses landaises, le sport traditionnel local : “les écarteurs”, sont les toreros qui attendent la vache dans l’arène avant de l’esquiver au dernier moment, les “sauteurs” exécutent un saut ou une figure au-dessus de la vache en pleine course. Elle nous montre aussi des vidéos du défilé de camions et du “grand prix camions” qui avait lieu la veille. L s'amuse avec son petit chien à “chaussettes blanches”, “Moustique”.

 

Mardi 25 juin

 

L : n’a pas écrit

 

Estelle : Le “décollage” ce matin est long et le soleil est déjà haut quand nous quittons Nogaro pour une étape de 27 km. Le GR suit de longues lignes droites et des départementales une bonne partie de la journée, nous trouverons vignes et champs de maïs sous le cagnard. L prend des coups de soleil aux jambes et adopte le look “tour de cou/cagoule de Fred. Nous arrivons chez Alejandro à Aire sur l’Adour à 19h juste le temps de nous mettre les pieds sous la table. Alejandro est un espagnol très sympathique, habitué à recevoir des duos Seuil. Nous retrouvons des pèlerins  croisés ces derniers jours et une famille tout droit arrivée du Québec.

 

Mercredi 26 juin

 

L :

 

Estelle : Journée de repos à Aire sur l’Adour.L s’achète des lunettes Ray Ban de star, passage à la poste pour se délester de quelques affaires et nous filons au Mac Do tant attendu. Nous passons l’après-midi au bord de la piscine, dans le jardin du gîte coquet de Juliette. La fraîcheur de l’eau est bien appréciée en cette journée de forte chaleur. Soirée conviviale avec une nouvelle “fournée de pèlerins”.



 

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2 Comments


Fred G
Fred G
Jun 20

L et Estelle rencontré sur le magnificence chemin.

L est adorable, intelligent (il faut suivre au monopole nle version et 12/30). l se transforme de jours en jours , il rayonne.

Que de bon souvenirs.

Des bises à vous deux et de bonne ondes pour la suite.

FRED énergie

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emmanavailles
Jun 20

Ce fut un plaisir de croiser votre route et de partager un bout de chemin ensemble ! Je suis contente de voir que L continue de s ouvrir et de s épanouir. C est un jeune homme très attachant ! Je vous embrasse tous les 2 et continuerai de suivre vos aventures !

Emma

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