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Marche de Joexxx

  • 30 janv.
  • 30 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 1 jour

Marche de Joexxx accompagné par Mathéo

 

Jeudi 29 janvier

 

J : Je m’appelle J. J’ai rencontré mon accompagnant qui s’appelle Mathéo. Il est très gentil et je suis beaucoup plus serein pour la marche

 

Mathéo : Première journée avec J.

Le matin est froid et humide, alors on attend bien au chaud l’arrivée de Jean-Michel, responsable de marche. Une fois ensemble, on équipe J de la tête aux pieds, prêts à affronter l’extérieur.

Puis, nous partageons une crêpe réconfortante tandis que dehors le soleil perce enfin le plafond de nuages. J termine une montagne de glace vanille-chocolat-chantilly après avoir poliment refusé la proposition de Jean-Michel : une sardine en guise de dessert.

De mon côté, je finis les dernières cuillerées d’une crêpe caramel-chocolat tout en anticipant avec J le repas du soir : des burgers maison.

Je constate que nous sommes à peu près synchronisés niveau appétit, J et moi.

L’après-midi, nous montons au sommet du rocher Saint Michel d'Aiguilhe, admiratifs de l’énergie que les bâtisseurs ont déployée pour ériger une église si haut perchée. (Il faut dire que l’énergie, pour nous, est plutôt consacrée à la digestion à ce moment-là)

Du sommet, on aperçoit la neige à l’horizon et bientôt nous aurons les deux pieds dedans.

Mais en attendant, nous préférons rentrer au chaud et profiter de ces derniers moments où l’on peut observer le froid derrière une vitre.



Vendredi 30 janvier : Le Puy en Velay

 

J : Aujourd’hui, c’était une journée parfaite avec Mathéo et Jean-Michel. À partir de 10h, on est partis pour faire une petite randonnée à 3, on s’est mis dans les conditions d’une vraie marche pour se préparer avant le départ de demain.

 

Mathéo : Il fait encore nuit lorsqu’on se réveille. On a à peine le temps de s’habiller avant de se retrouver dehors, dans le froid d’un matin d’hiver, à grimper les quelques marches qui nous séparent de la cathédrale du Puy en Velay. C’est avec les yeux encore gonflés de sommeil et l'esprit embrumé que l’on assiste à la messe. Le prêtre nous donne sa bénédiction pour la marche, puis la lourde porte dans le sol de la cathédrale s’ouvre sur le jour qui se lève, la rue et tout le reste : la vie d’après et le voyage qui se trouve encore un peu plus loin, derrière l’horizon.

On retrouve Jean-Michel, le responsable de marche, un peu plus tard et une fois le sac rempli et fixé à notre dos, on s’aventure dehors pour une marche d’essai.

J n’a aucun mal à nous guider, Jean-Michel et moi, jusqu’au village de Polignac où nous ferons halte pour le repas.

Un rayon de soleil s’accorde parfaitement avec l’arrivée des pâtes carbonara devant J, ce qui n’est finalement pas si étonnant après avoir reçu la bénédiction le matin même. Une fois le ventre bien rempli, on repart vers le centre du Puy, encore accompagnés par le soleil.

J n’hésite pas à accélérer dans les montées pour les faire passer plus rapidement, technique utilisée finalement par Kilian Jornet en personne et bien d’autres des plus grands trailers de notre époque.

Arrivés au Puy, on s’octroie un repos bien mérité avant le départ qui vient et la route qui s’annonce longue et sinueuse.

 

Samedi 31 janvier : Bains

 

J : Aujourd’hui, on s’est levés à 9h, on est partis du Puy à 10h30 environ. On a marché 15 km et ce n’est que le début, mais c’était assez dur.

 

Mathéo : Aujourd’hui, c’est le grand départ. C’est d’abord la cathédrale qui disparaît derrière les rues qui, à chaque pas, s’entrecroisent un peu plus qui, à chaque minute, s’empilent les unes sur les autres. Rapidement, c’est toute la ville qui se retrouve entassée dans un coin de paysage, en miniature.

Pas après pas, le Puy en Velay est déjà derrière l’horizon. Le ciel est gris, bas.

Devant nous, soudain l’asphalte se transforme en chemins anciens qui passent à travers champs et le soleil réapparaît. La pluie des jours précédents a transformé les sentiers en petites rivières ou en mares. J n’hésite pas à les enjamber de rocher en rocher.

Très vite, il se lance dans une bataille impitoyable contre les tas de neige, en bord de routes. Je le rejoins dans ce combat et à coups de pieds et de bâtons, on prend rapidement l’avantage pour finalement crier victoire. 

Ce n’est qu’une vengeance anticipée, car derrière ces collines, le mois de février nous guette et certainement de la neige en bien plus grosse quantité.

Un aigle plane au-dessus de nous, J le suit du regard, puis le ciel se couvre.

Alors qu’on s’approche de notre village d’arrivée, Bains, la pluie finit par tomber, presque attendue.

En arrivant à Bains, c’est une vraie douche. Puis on sèche tranquillement à l’auberge.

 

Dimanche 1er février : Monistrol

 

J : Aujourd’hui avec Mathéo, on a fait une quinzaine de kilomètres. On est partis de Bains à 10h05. Nous avons fait plusieurs pauses, mais c’était assez facile et rapide.

 

Mathéo : On quitte Bains sous un ciel couvert. Après quelques kilomètres, la route se recouvre de neige et s’enfonce dans la forêt.

La neige imprime les traces des allées et venues et sur cette colline boisée, il est passé bien plus d'animaux que d’hommes.

A chaque pas, J s’enfonce un peu plus dans la neige, scrutant sans cesse du regard les fourrés gelés, attentif au moindre craquement de brindille.

Puis la forêt laisse place aux champs, la neige disparaît et les habitants de ces paysages retrouvent une nature plus humaine.

Le chemin continue à travers champs jusqu’à descendre vers Monistrol, nichée au bord de l’Allier. Là, derrière un pont de fer, se trouve l’aubergé de Dédé et ses fameuses pâtes à la bolognaise. Dédé nous accueille chaleureusement avec l’aide d’un poêle à bois, un chat qui se prend pour un coussin sur un canapé et une quantité de pâtes fort goûteuses, tout juste suffisantes pour étouffer un bûcheron.


Lundi 2 février : Saugues

 

J : Nous sommes partis de Monistrol d’Allier à 9h avec Mathéo. Nous avons fait environ 1h15 de montée et après beaucoup de marche. Nous sommes arrivés à Saugues.

Le soir, on a discuté autour d’une raclette

 

Mathéo : Nous quittons Monistrol après un chaleureux au revoir pour affronter la première grosse montée du voyage, proportionnelle aux tartines mangées chez Dédé juste avant de partir.

J affronte la pente courageusement déclinant les pauses que je lui propose, préférant avaler le dénivelé avec appétit.

Arrivés au sommet du plateau, un vent à fendre une brique en sept nous accueille. On tente alors de s’abriter tant bien que mal derrière un arbre et un muret pour grignoter un morceau, regardant vaguement les miettes s’envoler dans le blizzard.

Puis s’ensuit une lutte vers Saugues, face au vent, ne déviant notre chemin que pour contourner les chiens souhaitant quelques caresses pour tromper l’ennui, mais que J ne voit pas d’un si bon œil.

Chacun ses problèmes, et nous là c’est le vent qui nous gifle.

Après une série de belles collines mouillées, nous arrivons enfin à Saugues où nous faisons halte dans une auberge du centre pour nous réchauffer quelques instants entourés d’un tas d’hommes riant nous observant d’un coin d'œil étonné.



 Mardi 3 février : Le Sauvage

 

J : On a beaucoup marché dans la neige pendant 20 km.

 

Mathéo : Saugues s'éloigne de nous pour laisser place aux champs et aux bosquets. La route serpente entre les collines. Puis c’est au tour de la forêt de remplacer les champs.

Elle s’amasse en tâche noire à l’horizon, puis déborde comme la marée sur les collines blanches.

On passe un dernier hameau, puis il faut se rendre à l’évidence : on ne pourra plus l’éviter. Il faudra la traverser.

Le chemin monte et s’enfonce dans cette masse grise. Le sol se tapisse d’une épaisse couverture de neige, aidée par l’ombre des bois.

La bête de Gévaudan pourrait effectivement bien y vivre, guettant depuis les fourrés les naïfs aventureux ayant bêtement préféré la curiosité de la neige à la chaleur du poêle.

On s'enfonce déjà jusqu’aux chevilles. Les arbres dégoulinent d’une neige tiède et le chemin continue de monter. Chaque pas est incertain, les flaques et les racines étant cachées par le blanc immaculé.

Et enfin, au bout d’une ligne droite, l’ombre de la forêt laisse place au soleil presque couchant.

En s’approchant, une étendue blanche et en son centre le domaine du Sauvage et sa cheminée fumante, comme un phare, prêt à nous sauver de la nuit, de la fatigue et de l’hiver.


 Mercredi 4 février : Saint Alban de Limagnole

 

J : Avec Mathéo on est à l’auberge Le Sauvage. A 10h pile on a un peu marché dans la neige au début, pendant 1,5 km et il faisait froid, il neigeait un peu. On a fait 14 km jusqu’à l’auberge de Saint Alban sur Limagnole, puis nous sommes arrivés à 14h. Sur le chemin on a croisé des taureaux, des vaches puis des moutons.

 

Mathéo : Alors que nous prenons notre petit déjeuner calfeutrés entre les murs de l’auberge, une tempête de neige s’abat à l’extérieur. Les hébergeurs vivent ici depuis 48 ans avec pour seule compagnie les longs hivers, un poêle à bois, la forêt et les quelques pèlerins frappant à leur porte, blizzard ou par temps d’orage

Etrange sensation que de quitter ce lieu, de voir le domaine s’éloigner, puis disparaître ne l’ayant vécu qu’un instant figé et de les imaginer, eux, qui regardaient et regarderont encore les premières neiges, le réveil des oiseaux ou temps du brame, passer encore et encore.

Nous partons par la forêt. Des rideaux de neige et de vent s’abattent sur la cime des arbres, ne laissant passer que quelques rayons d’un lointain soleil. Il fait froid, il faut affronter le vent et la neige pour avancer, mais pas après pas, les kilomètres défilent, le paysage se transforme.

La route se termine sous la pluie. On finira la journée, collés au radiateur de l’auberge dans le petit village de Saint Alban sur Limagnole.

 

Jeudi 5 février : Aumont-Aubrac

 

J : Avec Mathéo, on s’est réveillés à 7h40, j’ai pris ma douche, comme tous les matins et on est partis de l’auberge à 9h30. On est passés à la boulangerie acheter des sandwichs pour le midi et après on a commencé la marche. Au début, il y avait quelques montées, c’était très dur, mais je m’en suis sorti. C’était assez rapide, nous avons marché 14,5 km et puis on est arrivés à 14h30 à Aumont-Aubrac. Le plus dur sera demain, on va faire 23 km.

 

Mathéo : Aujourd’hui, une nouvelle journée à traverser les champs, les bosquets et les hameaux.

Il n’y a plus de vent, plus de pluie, tout le paysage est à l’arrêt. Les vaches nous regardent passer, l’air indifférent. J traverse les chemins sans s’arrêter. Jour après jour, son sac lui semble plus léger.

Les kilomètres s'enchaînent. Dans le fond des vallées, la pluie laisse des traces transformant les ruisseaux en rivière, les flaques devenant des lacs.

Nous finissons la route jusqu’à Aumont-Aubrac. Devant, s’étendent les hauts plateaux de l’Aubrac, l’un des derniers passages où l’hiver sera rude, où la neige effacera nos traces et dans lequel le vent se dressera comme un mur, ou, peut-être, nous portera.


Vendredi 6 février : Nasbinals (25 km)

 

J : Aujourd’hui, c’était peut-être une des journées les plus dures. On est partis d’Aumont-Aubrac à 9h ; moi et Mathéo on a marché beaucoup plus vite que les autres jours, on faisait minimum 3 km/h. En tout, on a fait 25 km. Nous avons fait plusieurs pauses de 10 à 15 mn, et on est arrivés à 16h à Nasbinals. Puis, le soir, on a mangé des burgers et des frites dans un fast-food.

 

Mathéo : Nous quittons Aumont-Aubrac alors qu’il pleut déjà. Un long chemin nous attend.

La forêt, d’abord peuplée de grands pins, se réduit peu à peu pour ne laisser place qu’à des champs et des lignes de murets de pierre jusqu’à l’horizon. Plus rien ne nous cachera du vent.

Le ciel avance vers nous, chargé de pluie, opacifiant des morceaux de paysage. Puis il noie les sentiers jusqu’à pouvoir en observer le reflet : deux marcheurs silencieux sautant de pierre en pierre au milieu d’un ciel.

Il n’y a pas d’abri sur la route. Alors il nous faut avancer. On s’arrête au bord d’un champ, à côté de presque rien On croque dans un sandwich humide, tout en regardant la pluie tomber.

Bientôt, la traversée du plateau de l’Aubrac sera derrière nous. Encore quelques jours. On pourra alors de nouveau regarder le soleil, se croire à l’abri de l’hiver.

Mais pour l’instant, il faut avancer.

Un rayon de soleil traverse le ciel et donc un arc-en-ciel.

Derrière une colline, les premiers toits de Nasbinals, notre village étape, apparaissent.

 

Samedi 7 février : Saint Chély d’Aubrac

 

J : n’a pas écrit

 

Mathéo : Nous partons de Nasbinals. Les sentiers tous inondés sont impraticables, alors nous devons marcher sur la route pour passer le col de l’Aubrac culminant à environ 1300m

Après ça, une longue descente nous mènera vers les rives du Lot.

Le paysage n’est qu’une vaste étendue blanche, parfois parsemée de quelques clôtures et arbustes transperçant le plafond de neige. Puis le plateau s’arrête brusquement pour se transformer en vallée encaissée remplie de forêts. Nous longeons alors une route descendant dans l’une de ces vallées vers Saint Chély d’Aubrac.

La vallée est remplie de chasseurs qui nous regardent passer devant eux à la place de leur gibier d’un air blasé.

Il ne reste plus que quelques tas de neige, de plus en plus petits qu’on observe déjà comme un souvenir révolu. On écrase les derniers morceaux un par un. La vengeance est un plat qui se mange froid. Devant nous, les températures clémentes sont à portée de pas.

 

Dimanche 8 février : Espalion

 

J : Aujourd'hui, j’ai eu du mal à me réveiller. Mathéo m’a dit de me réveiller au moins 10 fois de 7h30 à 8h55, finalement, je me suis réveillé et je suis parti à la douche, on est partis assez tard de l’auberge vers 10h30. On a fait 4 pauses dans la journée de 10 minutes. En tout, on a fait 17 km. Nous sommes arrivés à 16h50 dans la ville d’Espalion. Puis on est passés à la boulangerie pour prendre quelques trucs à manger.

 

Mathéo : La halte de nuit y est faite chez Eric qui nous a chaleureusement accueillis. Lui-même a accompagné de nombreux jeunes sur la route. En fin de matinée, nous quittons Saint Chély d’Aubrac.

Le chemin continue de descendre le long de la rivière. La forêt devient de plus en plus mousseuse, et un épais tapis de feuilles mortes amortit chacun de nos pas. Nous suivons les ruisseaux, rejoignons peu à peu les rivières, puis les torrents, qui nous mènent enfin jusqu’aux rives du Lot gonflé par tout l’eau de l’Aubrac.

Nous pourrions alors nous laisser porter par le courant, voyager sans le moindre effort, suivre des chemins plus anciens encore que Compostelle : les chemins de l’eau et du temps.

Heureusement, mon pied soudain plongé dans une flaque glacée chasse bien vite ces rêves d’aventure irresponsables.

Nous arrivons finalement à Espalion où nous prendrons un jour de repos.


 Lundi 9 février : Espalion - jour de repos

 

J : Aujourd’hui, c’était la journée de pause, donc je me suis réveillé à 11h30 et à 12h40 on a mangé. On est partis dans un parc, on a fait du vélo et de la pétanque. J’ai gagné bien sûr. Puis à 16h, on est partis sécher le linge propre. Quand on est rentrés à l’auberge, j’ai vu qu’il y avait une deuxième douche en bas. Cette douche était incroyable (douche/sauna), c’est une douche où tu peux mettre la radio ou connecter ton téléphone pour mettre de la musique, il y a de la lumière, il y a de la vapeur chaude qui sort quand tu te laves et il y a d’autres options. Avec Mathéo on a regardé le prix, elle a coûté 3 000 €.

Puis après, on est ressortis pour les courses à Carrefour pour les prochains jours.

On a fait des tacos “maison” et j’ai pris ma douche. Je pense que c’était la meilleure de toute ma vie.

 

Mathéo : Aujourd’hui, c’était une journée calme, de repos à Espalion, accompagnée d’un soleil tendre et de quelques doux bruits de perceuse provenant du voisin d’en face. Le retour à la ville, finalement, dans sa forme la plus générique.

J bat son propre record de sommeil, après une nuit d’environ 15h24.

Le voilà donc en pleine forme pour un après-midi au soleil entre pétanque, balançoire et tours de vélo (qui nous a été gentiment prêté par Florian qui nous accueille également dans son auberge).

Au programme de la soirée : douche (si, ça peut-être un programme) car il faut bien préciser la douche de Florian est d’une qualité rare. C’est une douche à nous réconcilier avec la pluie et en ces temps troublés, cette douche pourrait bien nous aider


 Mardi 10 février : Campuac

 

J : Ce matin, on a pris un taxi à 9h30 pour aller à Estaing dans le village d’à côté parce que sinon ça faisait une étape trop grosse.

On a beaucoup marché sous la pluie, mais ça va parce qu’on a fait que 10 km, mais il y avait beaucoup de montées et des arbres tombés. On est arrivés assez tôt.

 

Mathéo : Nous repartons après notre journée de pause pour une nouvelle étape en direction de Cahors. Les auberges sur la route officielle de Compostelle étant fermées, nous sommes dans l’obligation de prendre un taxi sur quelques kilomètres afin de raccourcir la première étape qui aurait été trop longue sinon.

Après une journée de soleil, le ciel est bas et la pluie tombe de plus en plus fort. Les premières minutes nous mènent à un sentier transformé en torrent qui monte vers les plateaux entourant le Lot. Les pierres glissent, la boue colle. Partout des arbres sont tombés comme des allumettes et barrent la route. Il faut alors se contorsionner ou faire preuve d’un équilibre félin pour suivre le chemin.

Mais sous cette pluie qui traverse déjà nos premières couches alourdies par le ciel, ce n’est pas évident de jouer au chat, surtout avec nos sacs qui ramènent toujours nos pensées vers le sol et la terrible loi de la gravité.

Les ruisseaux se sont tous transformés en rivière d’eau rouge et opaque. Il faut sauter de pierre en pierre que l’on devine à peine pour passer. La pluie tombe de plus en plus fort jusqu’à Campuac où nous passerons la nuit.

Une vieille dame nous attend avec un poêle et deux chocolats chauds dès plus réconfortants.


 Mercredi 11 février

 

J : Aujourd’hui, c’était encore une petite journée. On a fait que 10 km. Je me suis levé à 10h30. J’ai pris mon petit déjeuner et puis on est partis à 13h avec Mathéo. Il y avait un peu de pluie, on est arrivés à 16h.

Mathéo : Aujourd’hui, nous sommes partis tard de chez Emilienne. Une dizaine de kilomètres nous attendaient sous une pluie à peine présente, juste assez pour nous rappeler que le ciel n’était pas tout à fait décidé. De la descente, une forêt humide, des sentiers encore assombris par l’eau tombée plus tôt.

Nous avancions tranquillement en discutant, au rythme du chemin. A un moment, J a tenté de pêcher du poisson avec son bâton, au bout duquel il avait fixé la dernière bouchée de son sandwich, dans les ruisseaux profonds gonflés par la pluie. L’expérience n’a pas vraiment bouleversé l’écosystème local, mais elle a occupé un bon moment du trajet.

Puis au bout des kilomètres, l’arrivée chez Ginette et son accueil chaleureux pour clore la journée.


Jeudi 12 février : Conques

 

J : Aujourd’hui avec Mathéo on est partis à 14h. On a encore fait une petite étape, c’était assez court. On a fait 10 km au lieu de 24 jusqu’à Conques.

 

Mathéo : Nous partons tard de Sénergues. La tempête a fait rage toute la nuit, il n’y a que 10 petits kilomètres à parcourir avant d’arriver à l’abbaye de Conques où nous irons dormir.

Nous choisissons de partir en début d’après-midi pour éviter le plus gros de la tempête. Sur les premiers kilomètres, les nuages jouent au chat, le soleil à la souris.

Puis au loin, quelque chose d’opaque et de gris s’avance vers nous. Un mur de pluie. Le tsunami déferle sur nous, traversant instantanément toutes nos couches et au même moment, un gros chien blanc déboule vers nous, sautant dans chaque flaque, heureux comme un escargot breton, mais un peu plus vif.

D’abord, il nous fait peur, mais rapidement, en le voyant sautiller partout, son bonheur baveux nous fait oublier la pluie et le voilà adopté par J. Il nous suivra jusqu’à Conques.

 

Vendredi 13 février :

 

J : n’a pas écrit

 

Mathéo : Nous partons de Conques de bonne heure. Une longue montée nous attend, mais après quelques kilomètres, J est pris de crampes d’estomac rendant chaque pas plus difficile.

Nous décidons de faire une pause pour la journée à Noailhac car pour dormir un gîte communal est resté ouvert.

Nous passerons l’après-midi au bord d’un feu de bois, à regarder le feu consumer les bûches, puis à essayer d’attraper une poule échappée du poulailler juste devant le gîte.

Après maintes tentatives infructueuses, nous réussissons, au bout de quelques heures et de longues discussions de tactique militaire (héritage du patriarche du côté de ma mère) à faire voler la poule pour la renvoyer à la basse-cour.

Une fois la mission réussie, nous retournons devant le feu en rêvant du fameux cigare que l’on s’allume généralement en début de permission.

Mais lorsque l’on ressort dehors, on s’aperçoit que deux poules sont désormais dehors.

Tant pis pour elles et “bon appétit” au renard.

 

Samedi 14 février : Livinhac

 

J : n’a pas écrit

 

Mathéo : Nous partons tardivement de Noaillac pour environ 16 km jusqu’à Livinhac. La pluie a enfin cessé mais un vent constant bourdonne dans nos oreilles.

Le chemin se fait sans embûche, à part sur la fin. L’idée d’un raccourci, un petit passage par champs et forêt quelques centaines de mètres tout au plus, censé nous simplifier la vie. Mais cette idée s’est rapidement transformée en quelque chose comme la reconstitution de la bataille de Poitiers, version 732. D’un côté, J et moi, de l’autre, ronces, boue et branches.

Le tout s’est fini avec juste quelques brindilles coincées sur le sac, une semelle de boue sous nos chaussures et un amour propre à peine intact. Une griffure de ronce sur l’égo, rien de plus.

 

Dimanche 15 février : Figeac

 

J : On est partis du camping à 10h. Au début, il y avait de la neige, puis après la pluie ; il y a eu quelques endroits inondés ; mais ça va, on a fait 16 km. On est arrivés à 16h.

 

Mathéo : Nous partons en direction de Figeac. Il faut d’abord longer le Lot sur quelques kilomètres avant de grimper vers le plateau à l’ouest. Partout apparaissent les traces laissées par la tempête, semblable à une enfant capricieuse et colérique qui ne range rien derrière elle.

Sur les quais du Lot des flaques de boue, mal séchées. Des branches cassées gisent sur le sol détrempé des forêts.

Une légère bruine nous accompagne toute la journée et semble nous regarder sauter par-dessus les flaques ou traverser les ruisseaux. Il me semble même percevoir un brin de mépris, dans chaque goutte, comme si elle observait nos gourdes inutiles dans ce monde devenu un immense robinet qui fuit.

Nous terminons la journée trempée à Seyrignac, un petit village à quelques kilomètres de Figeac.


Lundi 16 février : Béduer

 

J : n’a pas écrit

 

Mathéo : Aujourd’hui, étape entre Seyrignac et Béduer. Nous partons de bonne heure et la pluie se met immédiatement à tomber.

Rapidement, nous arrivons à Figeac, que nous traversons. On se permet une pause sur les balançoires et le tourniquet oubliant un instant la pluie et le froid.

Le reste de la marche se passe tranquillement, toujours à travers les champs inondés qui, à force, semblent être infinis.

Nous arrivons en milieu d’après-midi à Béduer, satisfaits des kilomètres qui nous mènent, un à un, vers le sud et l’ouest


Mardi 17 février : Cajarc

 

J : Aujourd’hui, on a marché entre 18 et 20 km. Je ne sais pas trop. On est partis assez tôt de Béduer, puis on est arrivés à Cajarc à 17h. Il a plu.

 

Mathéo : Le départ se fait de bonne heure en direction de Cajarc. C’est le premier jour sans pluie, sans vent et sans trop de montées. La traversée des champs et des bosquets a alors une saveur nouvelle, quelque chose de calme et d’apaisant.

Les kilomètres défilent le long des petits chemins bordés de murets de pierre couverts de mousse.

Nous pénétrons bientôt dans les grandes forêts des Causses du Quercy. Les arbres s’étendent à perte de vue plus courts peut-être, et les buissons plus nombreux.

Malgré l’hiver, on sent que notre route nous entraîne toujours plus au sud.

Nous atteignons Cajarc en fin d’après-midi sous un ciel qui se fait de plus en plus gris, comme pour nous rappeler que l’Espagne et le printemps sont encore loin.


Mercredi 18 février

 

J : n’a pas écrit

 

Mathéo : Aujourd’hui, nous avons traversé les causses du Quercy entre Cajarc et Limogne en Quercy. Il faisait beau pour une fois. Nous avons marché en t-shirt, presque surpris par la douceur.

Le chemin s’est déroulé sans encombre, peu de kilomètres au programme et un départ tranquille vers 11h dans la matinée. Une journée simple.

Les pierres blanches, les murets et les forêts sèches du causse prenaient une autre couleur sous le soleil. On avançait sans se presser, portés par l’impression légère que procurent les chemins en ombre et en tâches de lumière.


Jeudi 19 février

 

J : Aujourd’hui, on est partis à 11h de l’auberge. On a fait 17 km. Il a beaucoup plu et il y avait beaucoup de vent. C’était rapide, on a beaucoup marché dans la forêt. On est arrivés à 17h.

 

Mathéo : Nous partons tard de Limogne en Quercy. La parenthèse de soleil s’est vite refermée pour nous redonner la pluie et le vent habituels. On ne peut pas dire que ça nous avait manqué, mais il faut le préciser : cette journée de la veille au soleil semblait presque un peu fausse, une blague d’en haut.

Ces quelques seaux d’eau de bon matin nous permettent de juste de nous réveiller d’un rêve où le soleil passerait, traversant les arbres, chauffant nos peaux, nous éblouissant presque. Un rêve de printemps en hiver.

La traversée reprend alors son goût habituel. Sautiller dans les flaques, regarder les vaches derrière les gouttes, courir après mon chapeau qui s’envole - malheureusement dans le mauvais sens - me faisant perdre quelques mètres pour toujours, donc quelques mètres de retard sur le reste de la vie. Saleté de vent !

Nous sommes accueillis le soir chez Brigitte, dans une petite maisonnette dans la forêt aux alentours de Vaylats.

La soirée se passe entre deux chats gris qui adoptent J et un poêle qui ronronne.

 

Vendredi 20 février : Cahors

 

J : Aujourd’hui, on est partis à 9h. On a fait une longue journée de 23 km. Il n’a pas plu, il faisait assez beau. On est arrivés à Cahors à 17h35 et là c’est le deuxième jour de pause.

 

Mathéo : Aujourd’hui, le chemin nous mène à Cahors. Nous partons de bonne heure, car une grande traversée nous attend, environ 25 kilomètres jusqu’à la ville. De longues lignes droites nous emmènent à travers une forêt sèche et rase.

Le soleil nous accompagne : il n’y a presque pas de vent. Les distances s’enchaînent, sans - ou presque - aucun virage. Lentement, l’horizon redevient plat.

Au bout du chemin, Cahors apparaît enfin. Et quelque part, entre ce quadrillage de rues qui borde les rives du fleuve, se trouvent le gîte et la promesse d’une belle ribambelle de calories pour la soirée, des pizzas quelque part au bout d’une rue.

 

Samedi 21 février

 

J : Aujourd’hui, on a fait le 2ème jour de pause à Cahors. Je me suis réveillé à 10h, je suis parti me doucher, puis après à 11h30, on est partis chercher du courrier pour moi à la poste de Cahors (j’ai eu 3 lettres) et puis on est partis manger dans un fast-food. On a pris un menu tacos, de la viande chacun. Plus tard, on s’est baladés dans la ville et le soir j’ai mangé un tasty crousti.

 

Mathéo : Aujourd’hui, journée de pause à Cahors. Nous sommes gentiment accueillis pour les deux nuits chez Jacques.

Après une grasse matinée, nous déambulons dans les ruelles de Cahors. Il n’y a malheureusement pas grand-chose à faire en hiver. Alors, nous finissons par courir dans un parc, mais quelques minutes nous suffisent à rappeler à mes cuisses que nous avons marché la veille et que nous marcherons demain. Ces cuisses endolories nous permettent de se reconnecter rapidement sur l’activité la plus légitime pour un moment de pause au milieu de ce pèlerinage : non pas la tournée des bars, mais la tournée des bancs.

 

Dimanche 22 février : Lascabanes

 

J : n’a pas écrit

 

Mathéo : Nous commençons une nouvelle étape qui nous mènera à travers la Gascogne. Pour aujourd’hui, juste une bonne vingtaine de kilomètres entre Cahors et le petit village de Lascabanes.

Le paysage devient plus plat, plus sec. Les chemins sont désormais presque tous en ligne droite.

Le soleil nous regarde passer, laissant enfin notre ombre nous accompagner et agrandir le groupe. Les rayons marquent les flaques, vestiges d’une époque révolue en les séchant à vue d'œil.

Nous arrivons à Lascabanes en fin de journée, pour profiter de l’air doux d’une soirée printanière.


Lundi 23 février : Lauzerte

 

J : Aujourd’hui, on a fait une longue journée de 23 km. Nous sommes partis à 9h de l’auberge et le matin il faisait froid, mais à midi, il faisait chaud d’un coup.

On est arrivés à 17h, on s’est posés, puis on est partis faire les courses.

 

Mathéo : Dès le matin, le soleil tapait déjà fort entre Les Cabanes et Lauzerte. Une vraie lumière franche découpait les reliefs et faisait ressortir les couleurs des champs. Le parcours alternant chemins ouverts et traversée de petits bosquets, avec cette sensation de passer d’un décor à l’autre en quelques minutes.

Des parcelles cultivées à perte de vue, des sentiers plus étroits bordés d’arbres, puis, à nouveau, l’horizon dégagé. Une journée rythmée par la marche et les paysages.

 

Mardi 24 février : Moissac

 

J : n’a pas écrit

 

Mathéo : Aujourd’hui, on a fait une étape jusqu’à Moissac. Il faisait étrangement chaud pour un mois de février.

Les paysages ont changé petit à petit, les champs sont devenus plus grands, plus ouverts. On a commencé à voir apparaître des cultures de fruits, surtout des vergers de pommiers qui s'étendaient le long de la route.

A la fin de la journée, la lumière était différente.

Au loin, les Pyrénées. Elles semblaient presque fantomatiques, comme posées dans le ciel, à peine visibles.

Une belle façon de terminer l’étape.


Mercredi 25 février : Auvillar

 

J : Aujourd’hui, on a fait une étape de 24 km. On est partis de Moissac à 9h10 et ça fait trois jours qu’il fait chaud. C’était dur, mais c’est passé vite. On a fait plusieurs pauses dans la journée, mais nous sommes arrivés à 17h dans la ville d’Auvillar.

 

Mathéo : Nous partons de Moissac dans la matinée. Tout d’abord une étape dans un magasin de randonnée après le divorce, la veille, de ma chaussure et de sa semelle. Les premiers kilomètres jusqu’au magasin se font donc en claquettes et à part pour le style, je ne recommande pas.

Le chemin nous emmène sur une bande de terre coincée entre la Garonne et un canal. S’ensuivent de nombreux kilomètres sur des lignes droites bordées d’immenses platanes qui filtrent le soleil, se répètent encore et encore, comme chaque pas qui bat la mesure de ce paysage sans fin, des champs d’arbres plantés, une nature presque bien rangée. De temps à autre, un train longe ce grand quadrillage.

Entre deux bouchées de sandwich, un ragondin mort flotte sur le canal, se permettant un dernier voyage vers l’océan. On le regarde passer au ralenti.

On finit la journée à Auvillar, village perché sur les collines qui bordent cet univers fait d’eau, de lignes et de lenteur.


Jeudi 26 février : Miradoux

 

J : Aujourd’hui, on s’est réveillés à 8h10. Avec Mathéo on a pris le petit déjeuner, puis je me suis douché. Après on est partis à 10h d’Auvillar. On a fait une petite étape de 15 km et une pause tous les 5 km. C’est passé vite. On est arrivés aux alentours de 15h30 à Miradoux et quand je suis arrivé, j’ai dormi jusqu’à 18h30.

 

Mathéo : Nous partons d’Auvillar, en direction de Miradoux. Une petite étape, douce et lumineuse.

Il fait chaud, le ciel est clair presque trop pour la saison.

Le chemin nous entraîne dans les collines à nouveau, puis entre les champs ouverts. Ça monte, ça descend, ça respire large. La lumière glisse sur les cultures et nous avançons tranquillement, pas après pas.

Une journée simple, sans bruit, portée par la chaleur et l’horizon.


Vendredi 27 février : Lectoure

 

J : Aujourd’hui, nous avons fait 20 km jusqu’à Lectoure. On est partis assez tôt vers 8h25, puis on a fait des pauses de 10 mn tous les 5 km. Nous sommes arrivés à 15h à Lectoure.

 

Mathéo : Nous partons de bon matin, après avoir passé une chaleureuse soirée avec une charmante famille nous ayant accueillis comme si nous en faisions partie. Jean-Michel s’est également joint à nous la veille et nous accompagnera sur quelques kilomètres aujourd’hui. Agréable et étrange sensation que de se retrouver à un repas dans l’intimité d’une famille, après autant de temps passé juste entre nous deux sur les chemins hivernaux qui traversent la diagonale du vide.

Nous reprenons donc la marche en direction de la petite ville de Lectoure. Les champs et les talus se réveillent, le soleil se croit au printemps, fait pousser les choses, rend joyeux les oiseaux.

Les kilomètres s’enchaînent sans encombre. Il y a ce qu’il faut de vent et de soleil. Nous ne laissons rien derrière nous, si ce n’est un peu de boue déplacée, dernier vestige d’une époque révolue.

 

Samedi 28 février : Condom

 

J : n’a pas écrit

 

Mathéo : Nous quittons Lectoure dans une lumière un peu plus grise que les jours précédents. Il ne fait pas vraiment beau, pas vraiment froid non plus, juste une journée qui avance tranquillement.

Vingt-cinq kilomètres jusqu'à Condom. Les pas s'enchaînent réguliers. Les paysages s’ouvrent et se referment.

Nous repensons à la dame rencontrée la veille, à sa gentillesse simple, aux discussions qui prennent leur temps et qui laissent une trace. Et le soir, un autre accueil. Un monsieur sympathique vêtu d’une belle barbe, une porte qui s’ouvre, une voix chaleureuse après la route.

Encore une journée faite de marche, de visages et de kilomètres.

 

 

Dimanche 1er mars : Condom

 

J : Aujourd’hui, c'était le jour de pause. J’ai dormi jusqu’à 11h30, puis j’ai pris le petit déjeuner à 14h. On est sortis avec Mathéo pour aller manger. La journée est passée vite. Le soir, on a mangé avec l’hébergeur qui s’appelle Pierre et il est gentil.

 

Mathéo : Aujourd’hui, nous faisons une pause à Condom. Une halte simple, presque nécessaire. Pierre, notre hôte, ouvre sa porte comme on ouvre un espace sûr. Il fait tout pour qu'on se sente chez nous. Et ça fonctionne.

Grasse matinée sans culpabilité. Petit déjeuner tranquille qui s’étire un peu. Des échanges sans urgence, des silences confortables.

La journée passe doucement. On ne fait pas grand-chose et c’est très bien comme ça. Prendre du temps au soleil, feuilleter des bandes dessinées, laisser le soleil étirer les ombres et le vent nous rafraîchir.

Un dimanche plein de mollesse, à la hauteur de sa réputation.

 

Lundi 2 mars : : Condom ---> Montréal du Gers

 

J : Aujourd’hui, on est partis à 9h30 pour aller à Montréal du Gers. C’était une petite étape de 16 km. Il y avait du soleil, ça fait une semaine qu'il ne pleut pas. C’est passé vite et on est arrivés à 15h20.

 

Mathéo : Nous repartons pour une petite étape de Condom à Montréal du Gers. C’est la dernière ligne droite avant les Pyrénées et la frontière espagnole. En attendant, nous poursuivons notre chemin à travers champs et collines, des paysages de plus en plus plats et vastes. Le soleil ne nous quitte pas. La boue non plus.

Nous achevons la journée en flânant paisiblement au soleil dans le jardin de nos hôtes.


Mardi 3 mars : 

 

J : n’a pas écrit

 

Mathéo : Nous quittons Montréal tardivement. La veille, un pèlerin s’est joint à nous au cours de la soirée.

A peine partis sur le chemin, nous le retrouvons. Il prévoit les mêmes étapes que nous pour les prochains jours, nous partagerons donc la route quelque temps.

C’est la première fois que nous marchons ainsi en compagnie de quelqu’un. Expérience à la fois agréable et un peu étrange que de renouer enfin avec la conversation en marche et de partager nos pas avec d’autres. Nous ne sommes plus seuls.

Les kilomètres paraissent soudain plus courts, nos pas plus légers, plus grands. Si ça continue ainsi, nous serons en Espagne en quelques enjambées.


Mercredi 4 mars : Nogaro

 

J : Aujourd’hui, il ne faisait ni froid ni chaud. On a marché une vingtaine de kilomètres pour aller à Nogaro. On est partis à 9h et on est passés à la boulangerie. On a marché assez vite. On est arrivés à 14h30. De toute la journée, on n’a pas fait de pause.

 

Mathéo : Nous poursuivons notre traversée des campagnes du Sud-Ouest, portés par la lumière du printemps. Ce soir, Nogaro sera notre étape. J ne souhaite pas s'arrêter, alors nous avançons en silence à travers les champs baignés de soleil. Les pommiers sont en fleur.

A mi-parcours, dans un petit village assoupi apparaissent les premières arènes de corrida : pas à pas, le paysage change et nous sentons que nous avons déjà laissé un autre pays derrière nous.

Nous atteignons Nogaro en milieu d’après-midi. Deux autres marcheurs partageront la soirée avec nous. Le printemps dépose sur notre route des fleurs et des pèlerins.


Jeudi 5 mars : Aire sur l’Adour

 

J : n’a pas écrit

 

Mathéo : Aujourd’hui, nous faisons route vers Aire sur l’Adour. Nous croisons rapidement deux autres marcheurs avec qui nous marchons un moment. Les paysages se mêlent alors aux discussions sur tout et sur rien, sur leur vie et la nôtre. Puis, ce sont les discussions qui se teintent des paysages autour de nous.

Le temps passe plus vite ainsi et en quelques mots et quelques pas, nous arrivons à Aire sur l’Adour. Le ciel se couvre, juste un moment où nous poussons la porte de notre gîte.

Nous passons alors la soirée dans encore d’autres discussions avec notre hôte et ses chats qui nous font nous sentir un peu comme chez nous.

 

Vendredi 6 mars : Pimbo

 

J :  n’a pas écrit

 

Mathéo : Nous marchons d'Aire sur l'Adour jusqu’à Pimbo. Le ciel était gris, mais il n'a pas plu.

Nous avons traversé de longues lignes droites à travers champs, ce qui rendait la marche un peu monotone. Les paysages changeaient doucement, entre champs et villages.

Par moments, le vent se levait légèrement mais il ne nous a pas gênés. Pas à pas, nous nous rapprochons de notre étape du soir, en suivant le chemin et en gardant le rythme. Pimbo s’invite alors dans le paysage, un petit village et son église perchée sur une colline.

 

Samedi 7 mars : Larreule

 

J : Aujourd’hui, on est partis à 10h. On a fait une petite étape de 18 km. On est arrivés aux alentours de 16h40. Il y avait peu de soleil et du vent. Dès qu'on est arrivés, on a vu les chiens de la dame (4). On a visité sa ferme.

 

Mathéo : Nous nous réveillons à Pimbo après une nuit quelque peu rustique dans le presbytère de l’église.

Nous repartons alors à travers champs. Peu à peu, le plat se transforme en collines, annonçant les Pyrénées qui se rapprochent de jour en jour, bien que pour l’instant, encore timides, cachées derrière les nuages.

Le chemin continue et nous amène dans le petit village de Larreule. Nous sommes accueillis dans une ferme où nous passons la fin de la journée à observer la traite des vaches, les chiens ronger leurs os, un perroquet chantant de l’opéra et tous les animaux qui occupent ces lieux.

 

Dimanche 8 mars : Maslacq

 

J : Aujourd’hui, nous sommes partis de Larreule à 9h. On est partis malheureusement le ciel était partiellement gris, le beau temps a décidé de nous quitter après une semaine. Je suis plutôt content parce que j’aime quand il fait chaud. Je préfère finalement la pluie et le ciel gris. Nous avons fait une étape de 28 km. Nous sommes arrivés aux alentours de 17h30. Notre hôte nous a gentiment accueillis et plus tard dans la soirée, nous avons mangé et discuté ensemble.

 

Mathéo : Nous partons de Larreule de bon matin. Une légère pluie s’invite à notre marche dès les premiers pas. Quelques averses, quelques gouttes à peine suffisantes pour réveiller un escargot ou noircir l’asphalte.

Nous traversons alors les bosquets, nous discutons à travers champs, mais laissons les nuages passer. Entre deux d’entre eux, la silhouette d’une montagne donne cette drôle de sensation d’être à la fois petit et grand.

Le soir, nous arrivons à Maslacq. Nous partageons alors de belles et longues discussions autour d’un feu qui crépite avec Béatrix, notre hôte.


Lundi 9 mars : Navarrenx

 

J : Aujourd’hui, on a très peu marché, car j’ai eu très mal aux pieds. Du coup, on a fait le reste du chemin en voiture.

Dans la journée, il y avait beaucoup de soleil.

A 15h, nous sommes partis à la pharmacie et puis nous avons fait les courses à Carrefour.

 

Mathéo : Nous franchissons une première colline depuis Maslacq. Les Pyrénées sont désormais toutes proches et s’étendent devant nous.

Mais au bout de quelques kilomètres, une douleur s'empare des pieds de Joël. Peut-être le début d’une tendinite, ce qui nous oblige à faire de l'autostop pour terminer notre étape jusqu'à Navarrenx. La plupart des voitures refusent de nous prendre et passent devant nous l’une après l’autre, mais nous finissons quand même par arriver. Nous prenons alors du repos en espérant que tout ira mieux demain.


Mardi 10 mars

 

J : Aujourd’hui, on a fait 18 km. On est partis à 9h30 pour faire les courses à Carrefour pour le midi et le soir.

A partir de 14 km, j’ai eu mal au tendon, du coup j’ai fait le reste du chemin en voiture (les 4 derniers kilomètres).

 

Mathéo : Nous partons de Navarrenx en début de journée. Les collines se font plus hautes, les forêts plus mousseuses. Les Pyrénées sont désormais là, juste devant nous. Quelques couches de collines vertes et derrière, tout proche, un mur qui se fond dans les nuages.

A peine quelques kilomètres avant l’arrivée, le tendon de J lui crie soudain de s’arrêter. Notre hôte vole alors à son secours en venant le chercher dans une minuscule voiture évitant à sa cheville endolorie la dernière heure de marche.

Je continue alors seul l’ascension d’une grosse colline, admirant au sommet les montagnes toutes proches avant de redescendre à travers champs, entre les bourdonnements des abeilles jusqu’à une maison isolée, notre gîte du soir.

C’est la première maison du Pays Basque.


Mercredi 11 mars

 

J : Aujourd’hui, on a fait 25 km pour aller à Larceveau. On est partis à 8h40. On a fait plusieurs pauses pour éviter que j’aie mal.

 

Mathéo : Nous entrons vraiment dans le Pays Basque. Les prairies y sont vertes, les collines imposantes et les noms des villages imprononçables.

La faune y est également différente. Un pays peuplé de moutons et de fromage.

Un lombric de la longueur de mon bras, sûrement dépressif tente un suicide en croyant une traversée de route à sa propre allure, celle d’un lombric donc !

Nous avançons sous un ciel couvert, nous offrant de temps à autre une averse. Les montagnes sont à portée de jambes, bien que cachées derrière les nuages. Nous ne voyons alors que des débuts de pentes sombres s’élevant jusqu’à notre imagination.

Nous arrivons le soir à Larceveau, dernière étape avant Saint Jean Pied de Port, dernière étape avant la dernière


Jeudi 12 mars : Larceveau - Saint Jean Pied de Port (18 km)

 

J : Aujourd’hui, on est partis de Larceveau à 9h10. On a fait une petite étape de 18 km jusqu’à Saint Jean Pied de Port. C’est passé assez vite. On est arrivés à 15h30. Maintenant, c’est la dernière étape en France et la pause

 

Mathéo : Cette fois, c’est bien la dernière étape. Le soleil brille et il n’y a que 18 km avant d’arriver à Saint Jean Pied de Port.

Une toute dernière petite ligne droite avant les montagnes et l’Espagne. Le paysage est vert et il paraît déjà derrière nous. Nous traversons nos derniers champs avant que la petite ville n’apparaisse soudainement derrière une colline.

Nous prendrons ici le repos nécessaire afin d’être certains que la cheville de J se rétablisse complètement. Une journée, peut-être deux.


Vendredi 13 mars : Saint Jean Pied de Port

 

: Aujourd’hui, c’était la journée de pause. Je me suis réveillé à 11h40. On n’a pas vraiment fait quelque chose mais ça m’a fait du bien de ne pas marcher.

 

Mathéo : Aujourd’hui, journée de pause à Saint Jean Pied de Port. On ne fait pas grand-chose.

On passe à la poste restante récupérer la carte d’identité de J, une manière bien officielle d’apercevoir la route pour l’Espagne et non plus qu’une simple idée derrière un horizon.

On marche dans les rues faites de blanc, de rouge et de pierres. Puis on ne fait rien encore. On s'ennuie un peu. Un privilège. On mange, puis on attend d’avoir faim à nouveau.

Demain sera une nouvelle journée de pause, faite de ruelles et de pas grand-chose.

Une journée pour rêvasser à la suite, une transition douce vers l’après.

 

Samedi 14 mars : Saint Jean Pied de Port

 

J : Aujourd’hui, c’était la deuxième journée de pause, ça ne me manque pas, mais ça fait longtemps que je n’ai pas marché. Demain soir, on sera normalement en Espagne.

 

Mathéo : Nouvelle journée à attendre à Saint Jean Pied de Port aujourd’hui. Nous devons patienter que la cheville de J se rétablisse complètement. Comme prévu, nous n’avons pas grand-chose à faire.

J se réveille à une heure que je n’oserais citer. On se laisse bercer par les heures qui passent. On s’occupe un peu en écrivant.

Demain, c’est le grand départ vers l’Espagne. Une immense pente nous amènera vers Roncevaux, première étape vers de nouveaux horizons.

 

Dimanche 15 mars

 

J : n’a pas écrit

 

Mathéo : Nous reprenons la marche aujourd’hui. La route suit le fond d’une rivière vers l’Espagne. Ce sont nos dernières heures en France. Nous traversons les champs avec une once de nostalgie, peut-être seront-ils différents là-bas.

Derrière la dernière ferme française, un gros bâtiment rempli d’enseignes de marques les plus luxueuses barrent le paysage. C’est ici que nous faisons nos derniers pas en France. J est effaré de voir un magasin Lacoste alors que nous marchons dans la boue “que fait-il ici ?”

Il n’y a pas si longtemps ici, c'étaient les barbelés et miradors qui donnaient une limite à l’horizon. Maintenant, c’est le capitalisme.

Nous continuons notre assaut de la route d’asphalte qui monte et qui monte. On dit “holà” à un monsieur qui passe. Au col, on dit au revoir à la France d’un bout de regard dans le vent, les pieds dans la neige. Puis, on descend au monastère de Roncevaux et à son immense albergue où nous passerons la nuit.





L'Etat finance cette marche à hauteur de 80 %

Le reste est financé par vos dons



(Ces dons ne constituent pas de l'argent de poche supplémentaire pour le binôme mais nous permettent de financer leur marche)





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8 commentaires


Toyota 9 places
27 févr.

Petit na nga c’est comment ? Toujours une pensée pour toi obligé ! Gros bisous je t’aime

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Fanny B.
25 févr.

Bonjour Joel,

Je lis avec attention les étapes de ton parcours, quel exploit! Tout le monde est fier de toi! Je pense bien à toi et t'encourage bien fort, crois en toi, tu es tout à fait capable d'aller au bout, n'oublie pas que tu es un jeune étonnant avec de grandes resssources!

Merci de nous faire partager ta marche, tu écris toujours aussi bien!

A bientôt 🎈

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SamyCeosp
03 févr.

Bah alors Jojo, AVEC UN CHIEN la

Fier de toi mon grand continue sans lâcher

Par contre écris un peu plus, fais nous rêver là avec un chien


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Fatoumata
03 févr.

bonjour Jojo , je suis fière de toi et ton parcours. Ne lache surtout pas. T’es un battant et on pense fort à toi ❤️

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Tako
02 févr.

Coucou, Joe j’espère que tu vas bien et que tu n’es pas trop fatigué. En tout cas prends bien soin de toi on t’encourage tous n’abandonne surtout pas tiens le coup grosse force à toi de la part du groupe Espoir ❤️

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