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Marche de Stexxx

Marche de Stexxx accompagné par Cedric


Samedi 15 octobre :

S : Je m’appelle S. J’ai 17 ans et je viens du département de la Loire (42) et d’une ville connue pour son équipe de foot.. Je pars en mission sur le chemin de Compostelle pour accomplir une tâche et effectuer un travail sur moi-même pour créer des nouveaux chemins de vie pour de nouvelles aventures.

Mon ressenti : je suis arrivé à Seuil le mardi 11 octobre 2022. Depuis mardi jusqu’à aujourd’hui, nous avons fait beaucoup de préparatifs et de transports. Une semaine bien chargée avant le départ sur le chemin de Compostelle. Mais nous avons pris le temps de faire deux marches pour nous entraîner.

Aujourd’hui, une journée de train de Rennes jusqu’au Puy en Velay. Nous sommes arrivés vers 15h, avec Cédric qui sera mon accompagnant. Puis nous profitons d’une visite de la ville du Puy en Velay, puis d’une soirée détente..

C’est vrai que j’étais stressé de venir à Seuil pour faire cette marche, mais aujourd’hui j’attends qu’une chose: le départ. J’espère vraiment que ça va m’aider.

Merci à Cédric qui m'accompagne pendant ces trois mois et merci à toute l’équipe Seuil pour cette randonnée.


Cédric : Je m’appelle Cédric et je pars découvrir le chemin de Saint-Jacques de Compostelle pour cette période hivernale avec S.

Après le stage de début de marche, où S a démontré des aptitudes de bon marcheur, nous avons pris quelques trains, direction le Puy en Velay, ville chargée d’histoire. A peine les sacs à dos posés dans la chambre, que nous voilà repartis dehors pour profiter de la ville et ses merveilles, la structure dalleuse, aux arcs de pierre volcanique, donne des allures de cité et nous impressionne.

Mais le clou du spectacle reste à venir, avec l’une des statues les plus hautes du monde, perchée sur un rocher, haute de 22 m, la statue de Notre Dame de France, un bébé à la main, elle ouvre les bras pour accueillir le ciel, du haut de son perchoir.

S saurait-il ouvrir ses bras au chemin et accueillir tous les bienfaits qu’il peut lui apporter ? Cette question se posait autour d’une partie d’échecs dont S a l’air d’être un amateur chevronné. Demain,l’aventure commence.


Dimanche 16 octobre : Montbonnet

S : Aujourd’hui, le grand départ sur le chemin de Compostelle. A peine 1 kilomètre quand on rencontre une femme au nom de Lilou qui vient de Corse et qui nous souhaite “le meilleur pour ces trois mois de marche”. Une journée avec un beau temps, mais beaucoup de vent. Sur la fin de la marche, j’ai commencé à avoir des douleurs avec le poids du sac de marche. Mais je suis allé jusqu’au bout; de très beaux paysages et des randonneurs très sympa;


Cédric : Et nous voilà partis pour une aventure de trois mois, digne d’un marathon. Et c’est sur le rythme lent et progressif d’un coureur de fond que nous prendrons le temps de marcher, de s’arrêter pour lire des informations sur les paysages.

C’est ainsi qu’on a appris que la Loire est/était une région dotée d’une grande diversité de pierres volcaniques. Une église construite autour de cette richesse se désigne être polychrome. Cela apporte une beauté singulière à l'architecture comme en témoigne l’église de Saint Moléson, village ancestral de 950 âmes que nous avons traversé.

S découvrira les sentiers terreux qui traversent de vastes champs, délimités par des lignes de pierres rassemblées et découvertes lors d’un précédent labourage de terre. Déjà le “système D” à l’époque.

La curiosité de S accepta qu’on finisse cette première journée de marche par la visite de la chapelle Saint Roch située à deux pas de notre destination du jour, Montbonnet. On y apprendra que le maître des pèlerins, le gardien de ces derniers, s’appelait Saint Roch. Sachant ceci, espérons qu’il nous portera chance et que ça sera un gage de réussite pour cette marche.


Lundi 17 octobre : Monistrol d’Allier

S : Aujourd'hui, nous avons fait 15 km. Nous avons fait un bout de chemin avec des randonneurs, un père de famille et deux enfants d’une dizaine d’années. Nous avons mangé dans un petit village, au nom de Saint Privat d’Allier à “La Vieille Auberge”, c’est le nom de ce restaurant, puis une fois le repas fini, nous sommes repartis sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle, Rochegude, petit village où se trouvaient une chapelle et un ancien château.

Nous avons fait une petite pause pour profiter du paysage, puis un coq s’approche de nous et je lui donne des noix. Il fait le tour, puis le coq monte sur le ventre de Cédric, puis redescend. Nous reprenons la marche 1h après nous arrivons au gîte. Très bon accueil de l’hébergeur. Journée bien passée. Je me sens bien, mal aux jambes, mais tout va bien.


Cédric : Nous avons la chance d’encore marcher sous le soleil, ce qui permet de pleinement s’adonner à la contemplation. Quelques siestes se sont ainsi invitées à notre journée. L’une à la sortie du village de Saint Privat d’Allier où le village se mouvait avec le paysage verdâtre second plan. La deuxième pause se passe sur le promontoire de la chapelle de Rochegude, lieu symbolique, car un ancien château y fut construit. Aujourd’hui, il n’en reste qu’une tour en piteux état. Tout le contraire d’un coq qui sera venu nous rendre visite, avec son élégante arrogance, sa sublime couleur orangeatre au niveau de la collerette, jusqu’au noir soyeux qui l’entoure. Il s’amusera avec nous quelques minutes. Je fus surpris de voir un coq aussi sociable qui pouvait même se laisser aller à quelques caresses.

La fin de journée nous amène à Monistrol d’Allier dans un gîte appelé “La Tsabone” où nous serons reçus comme des rois, dans une atmosphère joyeuse.


Mardi 18 octobre : Saugues

S : Aujourd’hui, départ de Monistrol d’Allier. Un réveil avec un petit déjeuner préparé par Patrick, l’hébergeur du gîte, puis un départ à 9h15, direction Saugues, une montée dure dès le départ, mais j’ai réussi à aller jusqu’au bout. Arrivés à Saugues vers les 13h30, nous allons directement au restaurant du village où l’on s’est régalé. Après le resto, nous allons au gîte, où l’on se repose une petite heure. Une heure après, nous retournons au village pour faire des courses, puis acheter quelques affaires qui nous manquaient. Je me sens très bien, mais avec du stress depuis hier soir. En espérant que la marche m'aidera à surmonter cette étape.


Cédric : Les premières étapes nous en mettent plein les mirettes et on ne se prive pas de contempler un si beau spectacle. Régulièrement, nous avons un paysage composé de vallées et de petites montagnes. Les couleurs d'automne se fondent dans ce décor pour en dresser un tableau unique. Assis sur notre petit bout de rocher, nous aimerions s’y attarder encore plus, mais la marche nous appelle, alors on se remet le sac à dos, on repart, on se retourne une dernière fois comme pour enregistrer cette image dans un coin de la tête. Et quelques centaines de pas plus loin, un nouveau décor apparaît. La beauté pleuvait de partout, autant que les cèpes et les bolets que nous trouvons en route.

Mais pour gagner ces superbes points de vue, il aura fallu cravacher, surmonter l’ascension d’une longue montée caillouteuse de plusieurs kilomètres à la sortie du village de Monistrol d’Allier. La chapelle troglodyte de Sainte Madeleine fut superbement conservée et elle nous offre un moment de pause solitaire.

Quelques heures plus tard et nous voilà quasiment arrivés avec un finish sympathique. Nous nous situons sur un plateau surélevé qui offre en contrebas la vue sur Saugues, avec la célèbre légende de la bête du Gévaudan. Sincèrement, S n’aura rien à lui envier tant la quantité de pâtes avalées aurait fait frémir ce loup légendaire.


Mercredi 19 octobre : Le Sauvage

S : Départ de Saugues vers les 9h. Une étape de 19,5 km jusqu’au gîte Le Sauvage. Une étape avec de magnifiques paysages sous les couleurs d’automne et de très beaux chemins. Une étape avec de belles montées sur la fin de la marche, mais on a réussi à aller jusqu'au bout.

Je vais beaucoup mieux qu’hier, très fatigué, mais le stress m’a passé.


Cédric : Encore une journée de marche où nous serons éblouis par les paysages qu’il nous est donné de voir. La beauté étouffe les paroles et le silence est roi, entouré d’une étonnante chaleur pour cette période de l’année.

Nous nous enfonçons de plus en plus profondément dans les forêts et la nature, au milieu de grands et majestueux pins sylvestre qui nous entourent.

L’humilité et le respect devraient être de mise face à cette belle nature imposante, mais éclatante. S est-il aussi subjugué et touché par la diversité de vie qui nous entoure ?

Ce soir, nous logeons dans un lieu magique, appelé la Dômerie des Templiers du Sauvage. La ferme est si grande avec un aspect de robustesse qu’elle en est imposante. Ces grands espaces sont propices à la réflexion, à la découverte de soi. Ça y est, le chemin a vraiment débuté.


Jeudi 20 octobre : Saint Alban sur Limagnole

S : Aujourd’hui, départ du gîte Le Sauvage (19,5 km) jusqu’à Saint Alban sur Limagnole. Deux kilomètres et nous croisons deux dames qui étaient avec nous au gîte Le Sauvage. On commence à discuter avec elles, puis à un moment elles nous posent une question “d’où on se connaissait, Cédric et moi”. Je leur explique que c’était par une association Seuil et que Cédric était un accompagnateur et là on apprend que ces deux dames étaient deux Juges des Enfants de Belgique.

Quand j’ai appris ça, je me suis dit que je n’étais pas le seul à faire cette marche. Dans ma tête c’était si ces deux Juges font cette marche, c’est qu’elles ont besoin de changer d'air et ça m’a motivé énormément car tout le monde est confronté à des soucis “famille, boulot ou alors tout simplement juste pour le plaisir”.

J’ai discuté avec une des deux juges de mes différents soucis de famille ou école et elle m’a dit “si tu arrives au bout du chemin à “Fisterra”, Ta vie sera sans échec et les étapes à venir seront moins compliquées que la marche”. Puis, on arrive à côté d’une chapelle Saint-Roch, puis Cédric et moi reprenons la route. Pendant toute la journée, j'ai pensé à cette phrase.

Une heure avant de manger à 11 h environ, je marchais seul devant, pendant que Cédric discutait avec d’autres pèlerins, je pensais beaucoup à des solutions pour mon retour en janvier. Mais il y a beaucoup de choses, même trop de choses à réfléchir pour trouver des solutions ou alors prendre des décisions qui sont dures à faire.

Bref, merci à cette juge qui m’a aidé avec une seule phrase. Je pense à beaucoup de choses en ce moment.

Dans les jours à venir, j'essaierai de me libérer sur des sujets qui ne me font pas forcément plaisir.


Cédric : Chaque jour nous avalons aussi bien les kilomètres que les soupes préparées. Nos meilleurs amis s’appellent : huile Arnica et mixeur. Aussi saugrenu que ça puisse paraître, nous nous trimballons avec un mixeur pour déguster des bons légumes frais, un plat chaud qui apaise l’esprit et les muscles après ces journées de marche.

Le secret pour aller au bout ? Bien manger, bien se reposer, bien s’étirer.

Jusqu'à là, S suit le programme à la lettre. Il fait partie de cette famille des “marcheurs nés” tant sa marche fluide esquive les souches ou cailloux dangereux en tout genre. Et ceci malgré la pluie qui a commencé à apparaître. Sera-t-elle épisodique ? Ou sera-t-elle quotidienne ? Le jeu du chat et la souris débute. Nous avons réussi à esquiver une courte, mais intense trombe d’eau en trouvant abri à la chapelle Saint Roch, située à mi-chemin de notre destination finale du jour; Saint Alban sur Limagnole. Duo de marcheurs : 1. La pluie : 0. Arrivera le jour où il faudra se résigner et marcher sous la pluie, mais tant qu’on peut éviter des vêtements trempés, on prend.


Vendredi 21 octobre : Aumont-Aubrac

S : Une journée qui est passée très vite, 13 km qui sont passés vite. Pendant ces 13 km, j’ai pas arrêté de penser à comment je pourrais convaincre ma famille pour les revoir. Mais malheureusement, j’ai trouvé aucune solution. Beaucoup de personnes me disent “pense pas à eux, fait ta vie et eux viendront à toi”. Ces personnes ont tout à fait raison. Mais dur à faire. Bref, une journée passée super vite.

Demain, une étape de 27,1 km. J’espère qu’elle passera vite.

Hier soir, j’ai eu une discussion avec Cédric où je lui ai expliqué mon histoire, ça m’a soulagé énormément. Je le remercie d’avoir pris le temps d’écouter mon histoire.

Au repas de ce soir, on se régalera au resto du village au Mont Aubrac avec une spécialité de la région, l’aligot. Merci encore à Cédric.


Cédric : Le chemin nous amène dans des forêts de plus en plus épaisses, pour un dépaysement de plus en plus grand, mais pour gagner notre dû, il aura fallu traverser des chemins moult racineux et rocailleux. La sauvagerie des lieux est gardée par l’une des plus anciennes auberges du chemin appelée Les Estrets. Cet exil rural au sein de la nature amène à la réflexion selon S. Et il a bien raison. Les convictions font surface, sont décortiquées, retravaillées, remodelées. Nos questionnements remontent hors de l’eau et apparaissent. C’est alors qu’il faut les regarder et essayer de comprendre, si l’on peut. Nous n’en sommes qu’au début. Le temps et la marche sont nos alliés. Ils dissiperont nos doutes au fur et à mesure que la marche viendra nous envelopper.


Samedi 22 octobre : Nasbinals

S : Un réveil à 6h45, on range nos sacs, on récupère les sandwichs à la boulangerie et une nouvelle journée redémarre. A peine partis, qu’on s’arrête pour regarder un magnifique lever de soleil au-dessus de Aumont-Aubrac, quelques photos et on reprend la marche. Quelques kilomètres plus loin, on s’aperçoit qu’il y a une énorme flaque d’eau qui prenait tout le chemin. Avec Cédric on a essayé de faire un petit pont pour que les autres pèlerins puissent passer tranquillement. 10 mn passent et on reprend la marche. Une journée avec des paysages à couper le souffle, des arbres aux couleurs d'automne, des plaines avec quelques reliefs, des murs de pierre qui séparent les enclos et des pèlerins avec qui on partage nos différentes aventures.

Une journée avec un temps idéal à marcher, mais pas forcément la bonne saison pour ce temps-là.

Une marche avec de la fatigue sur la fin de journée. Une étape dure demain : 33 km de marche espérant que les paysages nous fassent passer le temps.


Cédric : Frodon et Sam repartent avec leur baluchon et laissent définitivement derrière eux, une terre principalement peuplée de pins sylvestre. Avançant d’un bon pas, le paysage change progressivement. Les pins laissent place aux bouleaux, aux chênes et aux hêtres. Leur allure est légère tant ils sont subjugués, tant préoccupés. L’émerveillement s’illustre par la teinte de couleur des feuilles des arbres d’un vert pomme, à un jaune pâle ou bien d’un rouge vif. L’ensemble offre des tableaux de vue uniques somptueux, à chaque détour de regard.

Mais ce n’était rien à côté de ce qui les attendait… La traversée du “Morbras” (l’Aubrac) avec ces grandes plaines vertes où l’horizon se perd sur une ligne vallonnée de petites montagnes. Autour de nous, pas une seule trace de technologie. Uniquement un paysage pur, brut. Des vallées, des terres qui sont si grandes, si immensément grandes que ça renvoie avec brutalité et humilité à la petitesse de l’être humain.

Les deux petits êtres sont contents de respirer à pleins poumons la sauvagerie de ce paysage en mangeant férocement leur sandwich. De temps à autres, le silence se rompt par l’envie de l’un ou de l’autre de partager quelque chose d’aperçu. La beauté se lie à la complicité naissance.

D’un regard entendu, ils repartent en laissant derrière eux, assurément l’une des plus belles étapes qu’il leur aura été donné de voir.

Ils stopperont leur marche du jour à Nasbinals, village de 500 âmes dont leur caractère n’a rien à envier à la typicité structurale de leur habitation. Même en pensant laisser le plus beau derrière eux, la vie continue de les époustoufler. Ça promet de belles surprises à venir.


Dimanche 23 octobre : St Côme d’Olt

S : Une étape de 33 km. Une étape dure pour moi sur la fin, mais j’ai réussi à aller jusqu’au bout. Comme d’habitude, des paysages en or, des plaines incroyables et un temps parfait pour la marche.

Je suis fatigué après une journée d’efforts incroyables. Je n’ai pas beaucoup d’inspiration ce soir, mais demain j’aurai plus d’inspiration.


Cédric : C’est amusant de voir ce que la vie a à nous offrir lorsqu’on y prête attention.

Hier, nous avons rencontré un homme d’une petite quarantaine d'années, à la voix posée et calme. Entre deux gorgées de diabolo, nous échangeons des banalités qui découlent sur le sujet de Seuil. Il nous apprendra que sa femme lui avait offert le livre de Bernard Olivier et qu’il l’avait terminé quelques jours plus tôt.

Heureux hasard ou signe du destin ? Ou bien encore hasard du destin ? A vous de voir.

Cette rencontre n’est pas la première que nous faisons. Le chemin a l’air d’être aussi riche en connaissances et rencontres que de la diversité des nationalités. En une semaine, nous aurons rencontré plusieurs personnes natives du pays plat, la Belgique. Ou encore, une famille chrétienne venant d’un “pays neutre”, la Suisse.

Car les gens font le chemin pour différentes raisons. Aussi bien pour la spiritualité, la foi, tantôt pour le côté sportif que ça représente ou alors pour se vider la tête. Bref, il y en a pour toutes les sauces.

Ce soir, un traditionnel plat de pâtes sauce tomate olives remplira un estomac affamé.

S a su affronter admirablement la difficulté qui s’est dressée contre lui avec cette étape ô combien difficile. Il a dû faire face à bon nombre de montées et descentes jonchées de cailloux de toutes tailles, de souches, de chemins plus escarpés. La contrepartie de cet effort donné ne se faisait souvent pas beaucoup attendre, à la découverte d’un paysage à couper le souffle. S savait l’apprécier à sa juste valeur.

Maintenant, cette marche montagneuse est derrière nous, tout comme nous laissons à regret le plateau d’Aubrac et ses merveilles, nous partons vers le Lot.

D’ici là, repos. Demain, seulement, une petite dizaine de kilomètres nous séparent du gîte à la ville d’Espalion.


Lundi 24 octobre : Espalion

S : Une journée avec 6 km de marche, mais 6 km ont suffi car la journée d’hier a été l’une des plus dures depuis le départ.

Une matinée où j’ai pu dormir, 1h de marche pour les 6 km et une après-midi où j’ai pu visiter Espalion. Une fin de journée où j’ai perdu le moral. Je repense beaucoup à ma famille, notamment à mes parents. J’espère que cette marche de trois mois m’aidera à prendre les meilleures décisions à ces problèmes, car malgré la situation d’aujourd’hui cette situation ne s’arrangera pas avant quelque temps. Heureusement que j’ai les appels téléphoniques avec mon oncle et ma copine qui me remontent énormément le moral, même si la distance est là.

J’ai déjà marché 164 km en huit jours. Je me surprends beaucoup, car je ne pensais pas si bien marcher.


Cédric : “Qui ménage sa monture va loin”. C’est pourquoi aujourd’hui était une petite étape d’un peu moins de 10 km. Après l’effort fourni, il est important de laisser du repos au corps pour récupérer avant de reprendre la route. N’oublions pas qu’il y a trois mois de marche devant nous. Rien ne sert de courir. Nous sommes là pour prendre le temps et mesurer, aussi difficile soit-il, le lent changement qui s’immisce en nous au travers de vieilles questions enfouies en nous qui remontent. Laissons le temps oeuvrer, et les solutions apparaîtront d’elles-mêmes comme un déclic

Le plus simple est finalement peut être le plus difficile : apprécier les jours qui passent, le moment présent. On essaie d’appliquer les leçons. Pour cela, aujourd’hui fut consacrée aux visites des églises de Saint Côme d’Olt et d'Espalion. Ces plus beaux villages de France valent leur titre tant l’architecture ancestrale est intacte, villages d’un autre temps, nous sommes transportés, la tête levée à contempler.

Le chemin, c’est aussi ça : la diversité des lieux et des paysages qu’il est donné de voir et dont il faut s’en saisir.


Mardi 25 octobre : Le Soulier

S : Une journée de 33 km en partant d’Espalion jusqu’à Le Soulier gîte. Beaucoup de montées et de bitume. Arrivée Au Soulier vers 19h, Michel l’hébergeur nous laisse le temps de poser nos affaires pour prendre une douche. Une fois fini, nous allons manger avec d’autres pèlerins. J’ai passé une soirée super cool. Nous étions une dizaine à table. Nous avons fait connaissance. On a expliqué à chacun notre tour pourquoi on fait ce chemin. “On voit que le monde va mal” après chaque histoire de pèlerins, mais heureusement tout n’est pas perdu. Demain, une journée de 15 km pour aller chez les Frères à Conques.


Cédric : Oh la vache ! Il ne faudrait pas tous les jours des étapes comme ça ! 33 km de montées, de descentes, de montées, de descentes. Ça n'en finissait plus ! Et on les voyait qu’elles nous narguaient en broutant leur herbe, allongées, peinardes à nous regarder de leurs gros yeux vitreux se demandant bien pourquoi ils se donnaient autant de mal ces garçons.

Mais la variante du chemin, en empruntant le GR6 à partir d’Estaing, nous a offert de sacrés paysages à 360°. A la fin d’une montée sans fin, mais qui pourtant, en a donc bien une, on atteignait un plateau qui dominait les autres, qui donnait une vue 360° spectaculaire. ?????? (lol) plus de fatigue, aussi vite le sac posé, deux trois clics d'appareils photos, histoire de et on apprécie de s’allonger dans la verdure à admirer tout ça. C’est beau la nature quand on prend le temps de l’observer.

Et tout ça sous 23°… en tee shirt. Ça sent l’été qu’y arrive… mais jusqu’à quand cette utopique saison printanière va-t-elle laisser place à l’automne ?

S s’en sort admirablement bien. Il a ça dans le sang, le garçon, c’est sûr. A défaut du Covid, il a chopé le syndrôme de la marche, pour sûr. Il te cavale les kilomètres sans sourciller ; c’est bluffant ! Et tout ça entre deux cigarettes en plus ! Qu’est-ce que ça donnerait s’il en finissait pour de bon avec cette saloperie.

Arrivés au gîte du Soulier, on était bien saoulé. Ce dernier kilomètre de bitume en lacets… qu’on a qu’une envie c’est de faire un tout droit et de couper à travers. Mon dieu !

Mais cette tablée de neuf personnes a vite gommé cette fatigue. C’était un repas très chaleureux, plein d’ambiance et d’échanges. Ça change des tête-à-tête. Merci Michel pour ce bon moment passé.


Mercredi 26 octobre : Conques

S : Une nouvelle journée de 14 km avec un temps merveilleux. Une journée où on recroise des pèlerins avec qui on a sympathisé. J’ai trouvé que les 14 km sont passés super vite.

Aujourd’hui, j’ai beaucoup regardé les paysages. Les pensées n’étaient pas présentes ou alors très peu. Arrivé à Conques vers 16h30, 30 mn de visite de ce super village.

Ce soir, on dort dans l’abbaye de Conques, avec les pèlerins rencontrés ces derniers jours. Demain, 19 km. Direction ---> Decazeville


Cédric : Les quelques 15 kilomètres qui nous séparent de Conques passent rapidement, d’autant plus que les échanges avec S. ont été riches et intéressants, résultat de la réflexion personnelle et intime qu’il est entrain de faire. Les « effets thérapeutiques et introspectifs » de la marche.

Le village, son abbaye… d’une beauté qui laisse sans voix. La pierre mêlée aux tuiles donne un aspect authentique et médiéval à ce village perdu au cœur des moyennes montagnes.

Le soir, nous avons retrouvé un” wagon de pèlerins” rencontré plus tôt sur le chemin. Le repas fut partagé ensemble avant “les comptes”, une messe d’une dizaine de minutes suivie d’une bénédiction des pèlerins

Demain, direction Decazeville et le fameux premier jour de repos tant convoité pour sa grasse matinée.


Jeudi 27 octobre : Decazeville

S : Une journée qui s’est déroulée “comme sur des roulettes”. 19 km de marche. Nous avons marché environ une dizaine de kilomètres avec des pèlerins avec qui j’ai bien rigolé.

Nous avons eu le droit à deux montées. La première était à la sortie de Conques d'environ 2,5 km, soit 300 m de dénivelé. Puis, à la fin à la sortie de Decazeville, de 2,1 km, soit 150 m de dénivelé. Arrivé au gîte Saint Roch, un petit sirop, on s’installe, on mange et une soirée avec des blagues. On a bien ri et la soirée s'est terminée avec des jeux de société. Une soirée qui m’a détendu après une belle marche.


Cédric : Et beh ! Quelle étape de bitume ! Il aura fallu de la grimpette, de la sueur, du dos courbé en veux-tu en voilà pour passer le col de ces montagnes (oui, oui, un col).

Tout ça, c’était à la sortie d’Estaing, magnifique village aux allures "moyenâgeuses". On en aura beaucoup passé de ce genre : Saint Chély d’Aubrac, Nasbinals, Saint Côme d’Olt, Estaing. Autant vous dire qu’on a pris une sacrée claque lorsqu’on a vu Decazeville. Il y avait 27 km qui nous séparaient de cette ville.

Pour l’une des premières fois, nous avons marché avec d’autres pèlerins : Nicolas et Bruno. Deux personnes qui se sont rencontrées sur le chemin. C’est l’une des spécificités de ce long sentier : les rencontres. Elles sont nombreuses et variées durant ce périple. Rencontrerons-nous des personnes allant jusqu’au bout ? Ferons-nous des rencontres inoubliables qui nous marqueront ? Nous verrons ce que la vie a à nous offrir.


Vendredi 28 octobre : Decazeville – Repos

S : Aujourd’hui, journée repos. A midi, nous avons fait l’apéro avec Caroline, l’hébergeuse, et Kitri, une pèlerine. Puis une après-midi de repos. Ce soir, cinéma à Decazeville. Nous allons voir “Simone Veil, le voyage du siècle”. Merci à Cédric.

Nous avons pris des cailloux à Conques. Le but est d’en prendre un “préparé” et peint par des bénévoles, pour les poser quelque part sur le chemin, les prendre en photo, puis les mettre sur facebook pour que d'autres pèlerins les retrouvent.

Nous faisons ça pour le plaisir, surtout pour la bonne cause : ça s’appelle “Les galets des Myosotis”.


Cédric : Journée de repos bien mérité après 12 jours de marche consécutifs. Après un rapide tour de ville à Decazeville où rien de marquant nous a intrigués, nous sommes retournés au gîte. Bien plus convivial fut l’apéro du midi avec l’hébergeuse et une pèlerine pour qui c’est la fin du trajet. Une partie de l’après-midi a été consacrée au jeu d’échecs. S a été beau joueur. C’était plaisant. Puis, nous avons discuté avec des pèlerins rencontrés sur le chemin. Nous logeons à la Chapelle Saint Roch, 2 km après Decazeville. A l’arrivée de deux pèlerins exténués par cette grimpette, S leur a offert deux menthes à l’eau. Beau geste de sa part. Il s’est vu récompensé de 2 €. Ça lui permettra de s’acheter son paquet de cigarettes plus tôt que prévu. Beau clin d’oeil et leçon de vie : donner sans attendre de recevoir et la vie vous le rendra

Le jour de repos est passé bien rapidement. Demain, on rechausse les godillots pour 30 km et une halte à Figeac.


Samedi 29 octobre : Figeac

S : Aujourd’hui, 27 km de marche avec le soleil au rendez-vous.

Une journée où j’ai été sur les nerfs car je n’avais plus de cigarette. Je fume un paquet en deux jours. On a pas beaucoup d’argent de poche, ce qui entraîne à pas avoir assez pour acheter des cigarettes. Une fois arrivé à Figeac, la première chose a été chez un bureau de tabac pour acheter des clopes. Deux cigarettes et j’arrive à me détendre.

Une fois arrivé au gîte, le pèlerin avec qui j’ai pu discuter m’a beaucoup plu. Parler à une dame qui a été très gentille avec moi où j’ai pu lui parler et elle a pu me parler de son enfance compliquée.

Puis, j’ai fait une partie d’échecs avec Cédric et Sandra “la dame avec qui j’ai parlé” s’approche de moi et me donne un collier en forme de coquille Saint Jacques avec une croix au milieu. Ça m'a beaucoup touché du geste qu’elle m’a fait ressentir, comme si elle voulait me donner de la force. Merci encore à Sandra.


Cédric : Hier soir nous sommes allés au cinéma voir le biopic sur Simone Veil. Quel film poignant ! A la sortie, nous en avons parlé avec S. Il a beaucoup aimé. Je l’ai trouvé très juste dans son analyse.

Mais aujourd’hui… journée suffocante ! Il est en manque de nicotine, d’oxygène, ça le turlupine, il a la haine.

Le soleil étouffant n’aide pas à calmer les nerfs. Ça marche sec sur le bitume. Clac, clac ! Le bruit net des bâtons révèle l’humeur du moment.

Journée chou blanc ! Parler ne sert à rien, seule la cigarette compte.

Les addictions transforment, manipulent. Elles rendent privilégiées et nécessaires ce qu’il n’est pas, la pensée à assouvir devient de plus en plus régulière jusqu’à devenir obsessionnelle.

Nouveau jour de repos à Figeac qui est un joli petit village médiéval. Il sera bien plaisant de se perdre dans ses ruelles, de flâner, découvrir.


Dimanche 30 octobre : Figeac - Jour de repos

S : Aujourd’hui, jour de repos. Une petite visite dans la ville de Figeac. Une fin d’après-midi où j’avais un coup de mou. Je repensais à mes potes, du fait que je ne les vois plus. Mon meilleur pote me manque, ainsi que ma copine qui a toujours été là pour moi. Cela me rend triste du fait que je ne serai pas là pour son anniversaire, ainsi qu’à Noël.

Il y a aussi mon oncle. Ça fait pas longtemps que je le connais, mais il est là dès que j’en ai besoin. Je lui ai pas beaucoup dit, mais je l’aime énormément, car c’est le seul qui est là quand j’en ai besoin, car le reste de la famille “s’en tape de ma gueule”. Ça fait trois jours que je réfléchis, mais je pense tirer un trait sur eux. Ça me fait énormément de mal, mais c’est la seule solution à faire. Tous mes proches, amis, copine et mon oncle me disent “fais un trait sur eux et fais ta propre vie”. C’est dur à faire, mais c’est la seule solution pour faire sa propre vie. Et ce soir, je veux vraiment dire merci à mon oncle, ma copine et mes amis d’être là pour moi. Vous me soutenez beaucoup dans mes projets. Un grand Merci.


Cédric : Journée de repos à Figeac où nous flânons dans les ruelles médiévales. La visite de l’église nous éblouira, les sculptures détaillées nous intrigueront. On y restera de longues minutes à contempler les détails ; quelle prouesse architecturale !

L’après-midi, quelques parties d'échecs autour d’un jus de fraise. Ça se détend, ça prend le temps. Il fait bon de pouvoir souffler de temps en temps.

Les batteries rechargées, nous partirons demain pour un petit périple de quatre jours. Ça va, ça devrait aller.


Lundi 31 octobre :

S : Aujourd’hui, une étape de 27 km. Une journée où j’ai été très fatigué. Ce soir, je ne me sens pas capable d’écrire.


Cédric : Dur dur la reprise ! Ces derniers jours de marche étaient entrecoupés de pauses, ce qui n’aide pas à adopter un rythme.

La sortie de Figeac, quel couac ! Une longue montée de bitume qui s’étale, qui s’allonge…

Les petits pieds implorent la pause, récompense accordée dans le petit village de Faycelles. Allez voir sur internet, ça vaut le coup d'œil.

Plusieurs pauses dans la journée aideront à rendre la marche moins pénible. Heureusement

que le soleil était là ! Pas dit qu’en temps normal, nous aurions fait autant de break avec ce drôle de temps qui interroge. Et c’est bien. S en est conscient !

Depuis quelques jours, nous sommes dans le Lot et la végétation qui s’y trouve est verdoyante. Où est donc l’automne qui était si marqué sur le plateau d’Aubrac ? Chaque département choisit-il sa saison ?

Blague à part, nous marchons la plupart de la journée en tee shirt. S a quelquefois du mal à supporter ces quelques degrés en plus, lui qui est très sensible à la chaleur.

Ce soir, nous nous sommes arrêtés dans un lieu hors du temps. Ça s'appelle “La Source d'Ussac. Le propriétaire, Dominique, occupant d’une ferme, tend vers l’autonomie complète qui répondra à ses besoins. C’est beau. Nous l’avons aidé à nourrir les bêtes, brebis et cochons. Il nous a appris qu’en plus du foin qu’il donne habituellement aux brebis, il a rajouté un mélange de maïs et céréales (orge, seigle) pour leur donner du tonus. Dans quinze jours, l'agnelage va arriver. S était ravi d’aider, de voir d’autres animaux. C’était la première fois qu’il caressait des cochons.

Demain, une nouvelle étape de 25 km avec un symbole à venir…



Mardi 1er novembre : Limogne en Quercy

S : Aujourd’hui une étape de 25 km. Une journée qui est passée super vite. J’ai été dans mes pensées toute la journée. Je pensais à mes parents pour leur écrire une lettre. Je suis encore en réflexion, mais peut-être que dans les jours à venir j’aurais enfin la réponse. Je pensais aussi à mes proches. J’ai su qu’ils me préparaient une surprise pour mon retour.

Ca y est nous avons passé les 300 km. Jeudi arrivée à Cahors. Nous aurons fait la moitié du Chemin français.

Ce soir, je n’ai pas grand-chose à dire, mais dans les jours à venir je serai un grand écrivain.


Cédric : Cela fait maintenant deux jours que nous ne croisons plus de pèlerins : moments de partages plus intimes, les parties d’échecs battent leur plein le soir.

Encore une belle journée de marche ensoleillée qui accompagnera notre randonnée, avec la barre symbolique des 300 km de passés pour S. Bravo à lui.

300 kilomètres, 0 ampoule, 0 gémissement, 0 retard ! Ça ressemblerait bien à un joli départ, non ? En tous cas, c’est encourageant pour la suite.

Cette belle journée s’illustrait aussi bien par le soleil au zénith, que par le paysage changeant qui nous entoure. Le plateau montagneux de l’Aubrac et ses alentours ont laissé place à de grandes plaines vallonnées qui s’étalent beaucoup plus. Comme si une “main magique” était venue passer sa paume sur la cime, qu’elle y exercerait une douce pression jusqu’à étaler ce pic en plateaux surélevés. La profondeur de champ s’invite, l’horizon se découvre. Pause café à Cajarc. Il faut bien souffler et évacuer cette dose de beauté. 4h nous séparent de Limogne en Quercy. Nous marchons sur des petits sentiers entourés de murets qui délimitent les parcelles paysannes. Les pins sylvestre ont cédé leur place aux chênes et aux bouleaux.

Faute de logement ouvert, nous dormirons dans un camping ce soir. Espérons que les prochaines réservations ne soient pas aussi compliquées. Surprise !


Vendredi 4 novembre : Cahors, repos

S : Une journée de repos bien mérité. Nous avons eu un temps pluvieux, mais ça ne nous a pas empêché de visiter Cahors et de visiter le musée avec de beaux tableaux, même si je ne les comprenais pas trop lol. Nous avons aussi été dans la librairie où nous avons repris les mêmes cookies d’hier qui sont les meilleurs au monde, lol. Une soirée où je suis très fatigué, je suis malade depuis cet aprèm où j’ai eu des vomissements, peut-être une intoxication alimentaire. J’espère que la nuit va me reposer pour que demain on reprenne la marche. J’ai aussi écrit une lettre à toute ma famille. J'ai écrit six pages, mais six pages que je dois relire avant d’envoyer.

Cédric : Et les gouttes de pluie ont fini par arriver mais lors de notre jour de repos, on est plutôt chanceux. Du coup, on n’a pas flâné dans les ruelles de Cahors, comme on a l’habitude de le faire lors du jour off. Ça ne nous empêchera pas de remarquer une similarité architecturale entre les villages passés : Figeac, Cajarc, Cahors, Montcuq. Le Lot regorge de villages médiévaux qui méritent d’être découverts. Ce pays est peuplé de petits villages caractéristiques qui ne demandent qu'à être visités. Aussi la contemplation s’adonne aussi bien aux paysages grandioses qu’aux villages reculés.

Pour une fois, notre jour de repos portera bien son nom : visite d’une librairie dans l’idée de faire découvrir la lecture à S, l’une de mes passions. Tous les genres y passeront : romans, mangas, BD. Ce sera un échec.

Alors on se rabat sur un jeu de société, les échecs. Il écoute de plus en plus les conseils pour les mettre en application. Les parties deviennent de plus en plus intéressantes. Il arrive à élever son niveau. C’est rigolo car parfois, sa jeunesse, caractérisée par un bel élan de vie, mais aussi une certaine impatience, le pousse à jouer trop rapidement et à commettre la faute fatale qui fera basculer la partie.

Quelques parties plus tard, on ira s’aérer l’esprit en contemplant le musée Henri Martin et ses œuvres surdimensionnées.

On terminera la journée par un travail d’écriture. S s’y adonnera pleinement après un temps de réflexion. Je suis content pour lui. Il a décidé de s’écouter. D’écouter ses émotions, ses profondes pensées pour les retranscrire sur papier.

Ainsi se sentira-t-il plus léger ? Est-ce la voie du chemin qu’il est en train d’espérer ? Seul lui est en mesure de donner réponse à cette question.

Demain, petite reprise avec une courte étape d’une quinzaine de kilomètres


Samedi 5 novembre: Trigodina

S : Aujourd’hui, je me suis installé dans un rêve où je passais pour la première fois à la frontière espagnole, passais les Pyrénées, parlais avec des espagnols, arrivais à Fistera, puis, prenais le chemin du retour en avion et pensais tout le temps du trajet. A repenser à ces moments merveilleux tels que les paysages, les chemins ou encore même les papillons qui nous montrent les différents chemins.

Effectivement, j'ai encore le temps de penser à franchir la frontière espagnole, mais j’ai une impatience d’arriver à Saint Jean Pied de Port. Une petite journée avec un soleil et un vent frais, mais surtout 13 km passés à une vitesse folle.


Cédric : Journée de marche où la nature s’est révélée à nous aujourd’hui. Sur un petit sentier caillouteux, alors que nous marchions, un petit lapin sur le bas-côté nous observait. Une fois remarqué, on s'est arrêté, l’observant. Echange de regards complices avant qu’il parte bondir ailleurs. C'était un beau moment.

Ça aura été une jolie étape. Quasiment que des sentiers terreux dont nos pieds raffolent. La végétation nous entoure, le bruit des oiseaux nous accompagne. C’est reposant. La réflexion sur soi-même arrive spontanément et naturellement. Il n’y a pas besoin de “forcer la chose”. La nature est ressourçante. C’est indéniable.

Notre sens de l’observation s’aiguise aussi. On est plus conscient de ce qui vous entoure, un peu moins dans notre bulle de pensées. Elle éclate pour partager notre vie et nos ressentis avec ce qui nous entoure.

Ainsi, avec S on mesure notre avancée avec un changement radical de paysage.

Les terres paysannes délimitées par des murets, le sont maintenant pas le bocage. Les couleurs d’automne observées aux environs du plateau d’Aubrac sont remplacées par un vert printanier. Beau et inquiétant à la fois. A quand l’automne dans cette région ?

Le temps de penser à tout ça, que notre courte étape du jour sera déjà terminée.

Quinze petits kilomètres effectués, parfait pour une reprise. Les corps ne sont pas douloureux, tout va pour le mieux.

Nous dormirons “Chez Rémi” à Trigodina ce soir. Le repas du jour : une tartiflette. On est reçu avec chaleur et convivialité, ça fait plaisir.

Demain, nous effectuerons à nouveau une étape record avec 33 km à devoir enquiller. Ce sera un réveil aux aurores, la hantise pour S, lui qui aime dormir longtemps.

Mais il n’a pas de mal à s’endormir, ce qui lui permet d’avoir un bon sommeil réparateur. Allez, à tout à l’heure.


Dimanche 6 novembre : Lauzerte

S : Aujourd’hui, ça a été une grosse étape de 33 km entre Trigodina jusqu’à Lauzerte. Une journée très sympa, même si les coups de feu des chasseurs nous empêchaient d’écouter la nature.

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de ma petite amie, dommage que je ne sois pas avec elle pour fêter ses 17 ans : un coup de fil me laissera le temps de lui souhaiter “Bon Anniversaire”.


Cédric : Aujourd’hui, étape record égalée. Environ 40.000 pas effectués, soit 33 km de parcourus. Et S s’en est encore une fois très bien sorti. Pas une ampoule, pas une douleur, c’est super. Cette réussite tient à sa rigueur quotidienne : étirements et huile d’arnica 2 fois par jour. Mieux vaut prévenir que guérir. C’est le fameux travail de l’ombre, celui qui est invisible aux yeux des autres, mais ô combien important car dans ce genre d’aventure, la récupération est l’une des clefs pour réussir. Trois mois de marche ne se préparent, ne se vivent pas de la même manière que si c’était sur une semaine. Tout diffère, le rythme quotidien, l’allure de marche.

Et S aura eu une belle allure régulière pour cette étape sans effectuer trop de pauses, ce qui nous aura permis de ne pas arriver trop tard.

La chaleur du soleil nous aura permis de conserver cette belle allure. Elle contrastait avec le froid saisissant du matin. On commence à ressentir le froid arrivé. Particulièrement tôt le matin, mais très vite, il s’estompe pour laisser les rayons caresser notre peau, dont la quiétude de leur douce chaleur est réconfortante


Lundi 7 novembre : un peu avant Moissac, gîte Le Colibri


S : Une journée compliquée pour moi. Aujourd’hui, je me suis senti seul. J’ai été seul, car je repensais à mes amis, ma petite copine, mon oncle. Je pensais à tous ces moments avec beaucoup de souvenirs. A un moment, j’ai craqué. Cédric était devant moi, j’ai pris du recul pour me lâcher sur mes larmes.

Mais bon, Cédric m’a réconforté en disant que dans deux mois, toutes les personnes à qui j’ai pensé seront toujours là à mon retour.

Plus que deux mois à tenir et tous les moments perdus seront rattrapés en janvier

Il y a aussi l’attente de l’appel de mon éducatrice que j’attends impatiemment car, à vrai dire, je ne sais pas où je vais à mon retour de marche, mais bon, j’aurai bientôt l'appel.

Ce soir, à notre arrivée au gîte Colibri, nous avons eu le droit à une visite de la ferme. Nous avons donné à manger au cheval, au lapin, joué avec le chien et caressé le chat… Une soirée plutôt cool autour des animaux.


Cédric : Ce dernier hébergeur aura vraiment eu la main sur le cœur. C’est simple, nous avons été reçus comme des rois ! Soupe, entrée, plat, dessert, fromage, infusion. Le tout autour de discussions vivantes et chaleureuses. Bref, on a eu un repas 4*. Il faut savoir qu’après des longues journées de marche éreintantes, il est parfois très agréable de ne pas avoir à gérer les repas. A être accueillis à bras ouverts avec un sourire franc et une belle jovialité, d’un coup de baguette magique, la fatigue est derrière nous, les sacs sont posés, le verre est siroté, les souliers sur le bas-côté. Ces personnes se dévouent et aident les pèlerins de par leur hospitalité à aller au bout de leur aventure.

Malgré les coups de mou qui peuvent arriver subitement et font partie des aléas du chemin, S ira au bout de son périple. L’une des clefs de réussite à cette aventure sera bien l’hospitalité des hébergeurs.

Mais il n’y aura bien entendu pas que cela. Tout au long de cette marche hivernale, nous sera dévoilé ce trousseau.

Allez, courage S. Déjà un mois de fait. Plus que deux !


Mardi 8 novembre :

S : Aujourd’hui j’ai eu beaucoup de mal à marcher, beaucoup dans mes pensées, mais ça va le faire. Aujourd’hui, rien à dire. Une bonne nuit de sommeil m’attend.


Cédric : Quelle étape, mes aïeux ! Une longue ligne droite de plus de 20 km le long du canal des deux mers, le tout sur une piste cyclable. Une route sans fin. A côté de ça, ça restait agréable d’user de la semelle au milieu d’allées de platanes.

Chacun allait à son rythme. Le mauvais temps rôde autour de nous, mais ne nous atteint pas encore. Espérons que ça dure le plus longtemps possible.


Mercredi 9 novembre :

S : Aujourd’hui, journée passée très lentement. Je commence de plus en plus à trouver le temps long.

Demain 30 km. Je ne sais pas si je vais y arriver, car je commence à être fatigué. J’espère que ma colère va passer avant que j’explose


Cédric : Belle étape d’une vingtaine de kilomètres à travers des champs labourés, en relief. Il y a un rapport d’immensité qui arrive. C’est un paysage lunaire, beau, seule la ligne d’horizon s’obscurcit. Encore une fois très chanceux, nous passerons entre les gouttes. Mais la tempête de colère qui arrive nous guette. Éclatera-t-elle ? Ou le sombre horizon passera-t-il à côté de nous ?

D’ici là, nous trouvons réconfort chez Nathalie où nous serons très bien reçus, “comme des rois”. A demain pour de nouvelles aventures.


Jeudi 10 novembre :

S : Aujourd’hui, étape de 13 km au lieu de 30. J’ai pu dormir ce matin et j’ai pu me reposer. 13 km dans la brume et le froid, mais une matinée passée très vite. J’ai pu me reposer une bonne partie de l’après-midi. Je me suis mis aussi à la place d’un peintre où j’ai pu dessiner un super tableau que je dois terminer.

Aujourd’hui, quelques coups de mou, mais qui n’ont pas duré où j’ai pu ressentir à tous mes moments passés avec ma copine et mon oncle. J’attends patiemment le 10 janvier 2023, mais en même temps, je vais finir la marche, car c’est un chemin inoubliable, mais il ne faut pas que ça dure longtemps. Lol.


Cédric : Petite étape d’une quinzaine de kilomètres au compteur. On s’adapte à toute heure selon les états de fatigue, mais parfois il n’y aura pas le choix et il faudra dépasser ses limites.

Aujourd’hui, nous nous sommes arrêtés au village de Lectoure. La courte étape a permis d’arriver tôt et de visiter ce village médiéval. Ces étapes raccourcies permettent de prendre plus de temps et sont aussi appréciables. J’ai l’impression que S a particulièrement aimé cette après-midi off. Je l’ai vu très souriant, ça fait plaisir à voir.

Demain, direction La Romieu, soit 17 km à effectuer. Ça devrait aller.


Vendredi 11 novembre : La Romieu

S : Une super journée avec un super soleil. Une étape de 19 km sans aucune pensée sur tout le chemin, juste un regard sur le magnifique paysage qui nous entourait.

Arrivés à La Romieu, nous avons visité la magnifique collégiale de La Romieu, classée au patrimoine mondial.

Ce soir, nous allons partager le repas avec d’autres pèlerins. J’aimerais aussi retrouver le calme, passer une soirée avec Cédric et moi. J’aime beaucoup les autres pèlerins, mais être seuls, ça fait du bien aussi.


Cédric : Aujourd’hui est un jour spécial. Cela fait un mois jour pour jour que S et moi nous connaissons. C’est fou de se remémorer les premiers jours de rencontre au gîte. On a l’impression que ça fait une éternité, mais que c’était hier. Drôle de sentiment paradoxal.

Jusque là, le binôme se porte à merveille. Aucun couac à relever, pas d’huile sur le feu. Et surtout la sensation qu’un changement s’installe en lui. Quelle chance d’être spectateur de ça.

Aujourd’hui était une belle étape au milieu de terres labourées. Ça provoque un sentiment d’immensité et de calme, au milieu de cela. Le beau temps et un ciel bleu azur aident à cet épanouissement.

Demain, petite étape d’une vingtaine de kilomètres jusqu’à Condom, après une halte à La Romieu


Samedi 12 novembre : Condom

S : Aujourd’hui, nous avons parcouru 13 km pour un départ à 8h09 pour une arrivée à 11h15. Nous avons eu le temps de passer à la poste pour récupérer le courrier que j’avais.

J’ai eu deux lettres, une de ma copine et une de mon oncle. Le fait de lire ces lettres cela m’a fait beaucoup plaisir, mais ça m’a surtout redonné un sourire et redonné du moral. Heureusement que j 'ai ma copine et mon oncle qui seront toujours là pour moi.

Suite à ça, Cédric et moi avons mangé dans un petit resto qui était un pur délice : rôti de porc avec une touche de chocolat et d’orange avec une sauce bourguignonne avec comme accompagnement du riz, puis une petite visite dans Condom où nous avons visité la cathédrale, puis nous nous sommes installés dans un bar où nous avons aussi joué aux échecs. Une soirée qui s’annonce plutôt bien avec d’autres pèlerins.


Cédric : Courte étape d’effectuée où S aura littéralement “volé”. Ses pas étaient légers, son allure vive. L’empressement à recevoir ses lettres était palpable. Etant partis de bonne heure, nous avons réussi à arriver à temps. Son franc sourire reflétait son bonheur de recevoir des nouvelles de ses proches.

Une après-midi de repos à Condom où la borne des 500 km a été passée. Les pieds sont habitués, le sac à dos n’est plus un poids et surtout un soleil au rendez-vous qui est réconfortant et qui ajoute beaucoup de plaisir aux étapes.

Le passage du col des Pyrénées et la frontière espagnole se font de plus en plus souvent penser. Les discussions tournent autour de ça. Plus qu’une grosse semaine avant ce fameux passage. D’ici là, ça sera la découverte du Pays Basque.


Dimanche 13 novembre

S : Aujourd’hui, nous avons parcouru 18 km. J’ai beaucoup discuté avec Cédric. Nous avons mangé dans la plus petite cité fortifiée de France qui est un très joli village.

530 km au compteur, ça c’est cool.

Nous sommes dans un gîte chez Napoléon qui est assez sympa. Ce soir, rien à dire, mais demain je serai plus poétique.


Cédric : Depuis quelques jours, nous suivons un rythme tranquille. Les pas défilent. L'automne tarde à arriver, le soleil pointe encore le bout de son nez. Champs labourés, petits sentiers sont notre quotidien. Les pauses se font autour de villages d’un autre temps. Dernier en date : Larressingle. Le casse-croûte du midi avait quelque chose de lunaire au milieu de ce décor. Etape symbolique, car nous venons de traverser un pont qui indique que nous sommes à 1000 km de Santiago.

L’anecdote du jour ? La dame du jour nous avait laissé les clefs de sa boutique au lieu de celle du gîte; on n’est pas les seuls à être dans la rue de temps en temps.


Lundi 14 novembre :

S : Aujourd’hui, petite étape de 17 km. Nous avons pris la voie verte, ce qui nous a été un chemin très rapide, même si le temps n’était pas là.

Cédric a une bonne idée, nous avons acheté des tupperware pour notre repas du midi, ce qui nous fera faire de grosses économies..

Demain, nous sommes en jour de repos. Trop cool.


Cédric : Première journée de marche sous la pluie qui nous épargnera un déluge, juste de quoi appréhender, découvrir des conditions pluvieuses. Quelque peu couverts par les arbres, nous serons aussi chanceux. Le fait de marcher sur une route cyclable fraîchement bétonnée ne nous empêchera pas de croiser une biche à quelques mètres de nous. Le passage d’êtres humains ne les empêche pas d’être curieuses

Depuis quelques jours, les étapes se raccourcissent, cela fait du bien à S qui peut se reposer et d’ailleurs, demain sera un jour de repos. Une halte au village d’Eauze


Mardi 15 novembre : Eauze

S : C’est notre jour de repos. Nous nous sommes reposés cette matinée. Nous avons aussi peint et dessiné, ce qui nous a occupés l’après-midi. Nous avons fait des courses en fin d’après-midi pour préparer notre repas de demain. Demain, étape de 20 km jusqu’à Nogaro


Cédric : Jour de repos à Eauze après une semaine (plus ou moins) d’étapes consécutives. S aura attendu ce jour de repos avec impatience.

Comme à notre habitude, ce jour de “non marche” se divisera en deux temps. Un consacré au quotidien : les courses et tout le tintouin. Un autre, où la détente sera le mot d’ordre. Sieste, jeu d'échecs, peinture, musique classique égaieront cette après-midi pluvieuse. Se délester du sac à dos est revigorant. Demain, nous repartirons sur le chemin avec comme étape : Eauze → Nogaro, soit une vingtaine de kilomètres


Mercredi 16 novembre : Nogaro

S : Aujourd’hui, une étape de 20 km sous un magnifique soleil. Nous nous sommes arrêtés dans un gîte “Chalet du bonheur” où il y avait un jardin spectaculaire. Nous nous sommes arrêtés prendre un café avec la compagnie d’un chat, paon, oiseaux et moutons. 30 mn reposantes, puis nous voilà repartis sur le Chemin de Compostelle. Nous voilà arrivés autour des 16 h sur Nogaro ; quelques courses, puis une arrivée au gîte à 17h. J’ai eu le droit à un quartier libre de 45 mn où j’ai pu visiter la ville, puis à mon retour, j’ai pu apprécier le calme jusqu’à entendre les mouches voler.


Cédric : « 9 h : clic, clac, clic, clac, clic, clac etc..

10 h : rebelote : clic, clac, clac etc..

11 h : clic, clac,stroutch, clarch, clourch, clic, clac

Qu’il est agréable d’entendre cette douce mélodie aux oreilles. Ce bruit régulier des bâtons de S venant claquer le sol.

La rythmique est harmonieuse et enveloppe le cerveau qui envoie un message mécanique au corps : clic, clac, clic, clac, les pas découlent avec la précision des aiguilles d’une horloge. Entendre le vent caresser les feuilles ou le chant des oiseaux sous un soleil d’automne, d’un beau ciel bleu ? Non ! pas de légèreté quand même ! Rendez-moi ce bruit sec et répétitif ».

PS. mes propos doivent être lus avec humour !


Jeudi 17 novembre : Aire sur Adour

S : Aujourd'hui, une étape de 27 km. Pffff content d’être arrivé. Une étape simple, mais fatigante. Aujourd’hui, j’ai pris une décision que je devais prendre, la décision que j’ai prise, c’est que la lettre que j’avais écrite a fini déchirée car j'en ai vraiment marre de faire le premier pas à chaque fois, puis je vois pas pourquoi je chercherai à les retrouver pour que six mois après je sois exclu de ma famille. De toutes façons, ma famille, je l’ai déjà “ma copine, ses parents, mon oncle et mes potes”, eux au moins ne me lâcheront pas comme une merde. Ma copine, je la connais depuis la 6ème et elle a toujours été là pour moi et moi j’étais là pour elle et mon oncle depuis juin 2022. Mais je sais qu’il sera là pour moi tout le temps. Mes potes aussi sont là pour moi. Donc pour moi, faire ma vie avec ceux qui seront toujours là est la meilleure chose !!


Cédric : Plus les journées passent, plus les kilomètres s’amenuisent vers Saint Jean Pied de Port. Mais qu’est ce qui au contraire, d’une ombre à peine visible à l’horizon, devient de plus en plus nette au fur et à mesure que les jours avancent ?

Ce qui n’était qu’un simple trait horizontal et bosselé à endroits prenait des allures de mirage. Mais, ce trait a grossi ! Les contours sont de plus en plus lisibles, on peine à croire à ce que l’on voit. C’est tellement beau.

S goûte à cette liberté par les grands espaces, par le dépaysement et l’admiration. La grandeur des lieux, l’espace sans limite et sans fin ; les routes qui se perdent dans l’horizon le font réfléchir.

Des décisions sont prises, puis changent, ainsi va le cours de la vie. L’important est que cette route semble lui apporter plus de légèreté par moments. Et c’est bien là le principal.

Ce trait qui grossit … vous avez compris que je parlais des belles Pyrénées.


Vendredi 18 novembre : Miramont-Sensacq

S : Aujourd'hui, une étape de 20 km avec un temps pluvieux, mais la journée est passée très vite. Ce soir, j’ai eu une discussion avec Cédric où j’ai pu me libérer en lui parlant de ma famille, ça m’a fait beaucoup de bien d’avoir pu me libérer. Cette nuit, je me suis réveillé plusieurs fois toutes les 2h environ, mais je ne sais pas pourquoi, peut-être que la discussion m’a empêché de dormir.


Cédric : Le chemin est aussi bien physique que mental. Aller de plus en plus loin vers l’inconnu, étant paumés au milieu de la France, ça questionne, ça interroge.

Les pas font vibrer la terre. La lave du volcan s’active par l'enclenchement de cette marche. D’état endormi, elle se réchauffe de colère devenant de plus en plus brûlante ; elle finit par jaillir du cratère d’un jet puissant et continu.

Exprimer ce que l’on ressent, ce que l’on a sur le cœur est une force. Ça permet d’avancer, Essaye d’avancer, tu t’en sentiras que plus léger.


Samedi 19 novembre : Arzacq

S : Aujourd’hui, nous avons fait une étape de 18 km dans un froid terrible. Lol. Nous nous sommes arrêtés à Pimbo où nous avons pu prendre notre dîner dans un petit resto avec une vue magnifique, même si le temps ne nous a pas permis de voir les Pyrénées.

Arrivés à Arzacq vers 14h45 environ, quelques courses, les mains à la pâte pour la préparation du repas. J’ai appelé mon oncle où j’ai pu voir mes cadeaux de Noël en avance. Lol. Merci encore à mon oncle. J’ai aussi appelé ma copine où elle a pu me montrer quelques trucs pour mes 18 ans. Heureusement qu’ils sont là.


Cédric : Petite étape de 18 km aujourd’hui. Assez pour marcher et boire un café, assez pour regarder les oiseaux batifoler et voir la pluie tomber. Moins de bitume qu’à l’accoutumée, mais assez pour user les souliers. Les passages en forêt donnent le sourire ; les rouges-gorges nous accompagnent, c’est beau.

C’est aussi agréable que de voir S sourire comme ça. Un sourire franc et sincère.

Il y a des journées comme ça ou rien ne sert d’en rajouter.


Dimanche 20 novembre : Arthez de Béarn

S : Aujourd'hui, une étape de 27 km. Pfff grosse journée et grosse fatigue, mais bon faut pas crier victoire, car demain 33 km, donc ce soir, nous allons nous coucher plus tôt pour un lever très tôt.

Aujourd’hui, nous avons pu voir les Pyrénées de plus en plus près, mais pas le temps, car les nuages sont arrivés très vite. Au dernier 1/4h, nous avons eu de la pluie. Heureusement, nous étions presque arrivés.


Cédric : S pourrait faire de la marche son “compagnon de route”. Il a trouvé son rythme, il a une cadence fluide. Les pauses arrivent plus tardivement et sont encore plus appréciées. Même les “étapes bitume” comme aujourd’hui n’effriteront pas notre moral qui reste intact.

On pense souvent aux Pyrénées et à Saint Jean Pied de Port qui a une grosse symbolique pour nous.

Demain, nous nous lèverons aux aurores avec un début de marche à la frontale pour être sûrs de bien arriver à Navarrenx.


Lundi 21 novembre : Navarrenx

S : Aujourd’hui, nous avons parcouru 33 km. Du début jusqu’à la fin, sous une tempête de pluie qui ne s’arrêtait pas. Des piscines entières nous tombaient sur la tête. Mais cela ne nous a pas empêchés de continuer de marcher.

A l’arrivée, nous avons dormi chez l’hébergeur le plus connu du Chemin de Compostelle, au nom de “L’Alchimiste”. Nous avons passé une super soirée.


Cédric : Je connaissais Stevie Wonder, mais pas S power. Aujourd’hui, c’était le surnom qui lui était trouvé, naturellement. Jusqu’à la fin, il m’a époustouflé et je tiens à le féliciter de l’étape mentale et physique qu’il vient de passer.

Je ne sais pas si la pluie qui s’est abattue ici était du même acabit que chez vous, mais ici, c’était quelque chose.

33 km à parcourir sur un joli dénivelé de plus de quelques centaines de mètres étaient déjà un bel effort, mais alors sous cette trombe d’eau ! Plus d’une personne aurait arrêté, trop trempés, trop fatigués mentalement. S, lui n’aura rien lâché et sera allé au bout de ces fichus 33 km.

Partis à 7h15, nos pieds étaient trempés, à 7h30 nos chaussures, des éponges, de 8 à 9h, le cours d’eau des fossés filait à vive allure, comme notre rythme de marche sous cette pluie battante. A 10h, les vêtements nous collaient à la peau et S était là, imperturbable, présent et concentré sur sa marche. A midi, il était tellement trempé qu’il a changé la panoplie du marcheur. L’après-midi aura été de la même trempe que la matinée, sans discontinuité. Nous posons les sacs à 17h, heure à laquelle nous arrivons au gîte.

Aujourd’hui, S a passé un cap. Bravo à lui.


Mardi 22 novembre : Gîte Bellevue

S : Aujourd'hui, une étape de 20 km. Une étape simple, mais longue. En sortant de Navarrenx, nous avons eu le droit à des inondations ou encore à des rivières qui inondaient la route. Nous avons eu le droit à des étapes de Pékin Express en passant par des troncs d’arbres, ce qui nous faisait passer par-dessus la rivière ou faire le tour des flaques d’eau par la forêt. Bref, on pourrait presque dire que l’étape défi programmée par Seuil était bien celle d’aujourd’hui.


Cédric : Une journée de répit où les intempéries se sont momentanément calmées. Ce qui a été agréable de marche sans grelotter, sans se dépêcher de terminer la pause pour ne pas congeler de froid.

Aujourd’hui, nous avons vu la conséquence des trombes d’eau qui sont tombées la veille. Chemins bloqués par des mares d’eau, nous devions nous frayer un chemin dans la cambrousse afin d’éviter la trempette jusqu’aux chevilles. C’était amusant. Et puis, ça brise la monotonie de “suivre une trace”. Ça n'a pas eu l’air de décourager S. Bien au contraire. Aujourd’hui, 20 km ont été effectués. Il ne reste plus que 48 avant d’arriver à Saint Jean Pied de Port. Ça se rapproche, ça se rapproche !


Mercredi 23 novembre : Larcevau

S : Aujourd’hui, une étape de 27 km. Nous avons eu de la chance d’éviter la pluie. 27 km où nous pouvons voir de plus en plus les Pyrénées, plus que 19 km avant d’arriver à Saint Jean Pied de Port.

Cédric m’a lancé un défi de faire 3 km dans une montée sans m’arrêter et en échange j’avais le droit à un gâteau basque qu’il paiera de ses propres deniers. Et bien j’ai raison de faire la montée. J’espère l’avoir bientôt. mdr.

Je voulais dire aussi que j’arrive mieux à parler avec Cédric car au début on marchait chacun de notre côté, ne se parlant presque pas.


Cédric : Durant cette belle étape, nous aurons à coeur de faire une belle pause à la chapelle de Soyatz. Ce panorama nous offrira un aperçu de la chaîne des Pyrénées ou un aperçu, car les nuages viendront nous en cacher une partie. Qu’un aperçu, nous prenons ce qu’il y a à prendre. Nous sommes déjà très chanceux de pouvoir contempler ce qui nous est donné de voir. On a eu du mauvais temps qui persiste ces derniers jours.

Avant dernière étape avant Saint Jean Pied de Port.


Jeudi 24 novembre : Saint Jean Pied de Port

S : Aujourd’hui, nous avons fait 20 km pour arriver à Saint Jean Pied de Port. Tout le long de l’étape on profite du paysage, « la vue sur les Pyrénées! ». Une pause déjeuner à St Jean le Vieux et on repart pour les 4 derniers kilomètres.

Enfin arrivés! Yes ! Trop content! J’ai réussi à faire tout le chemin français, plus que 800 km avant Santiago. Nous prenons une pause bien méritée, visite du village, une nouvelle coupe chez le coiffeur, à la poste pour récupérer les lettres et nous voilà repartis sur le chemin des Pyrénées par la variante Valcarlos.


Cédric : Aujourd’hui a été un grand jour. Nous avons fait les derniers kilomètres français (ou plutôt une partie). Après-demain, nous passerons la frontière à pied pour atteindre Roncevaux.

Quel évènement quand même ! S aura marché pas loin de 800 km et tout cela sans broncher en acceptant sa situation, en acceptant, pas après pas, d’avancer.

Encore de belles aventures vont nous attendre d’ici là.


Vendredi 25 novembre : Saint Jean Pied de Port

S : Je souhaiterais avoir un deuxième jour de repos. svp Merci.


Cédric : Moment critique ! Les relâchements arrivent. L’envie de revoir ses proches est de plus en plus forte, pourquoi continuer alors qu’il y a déjà 700 km d’accomplis ? Car il faut aller au bout de l’aventure ! Tellement de choses, d'événements vont nous attendre. Allez courage ! Maintenant, tu es plus proche de la fin que du début. Il ne faut pas lâcher, tiens le coup !


Samedi 26 novembre : Roncevaux

S : Aujourd’hui, je fais ce que je devais faire, continuer la marche jusqu’à Fisterra. Après ma première mission du Puy en Velay → Saint Jean Pied de Port, me voilà reparti pour ma deuxième mission Saint Jean Pied de Port ---> Fisterra.

Aujourd’hui a été de traverser les Pyrénées par la voie de Valcarlos. J’ai réussi enfin. Me voilà avec Cédric à Roncevaux. Nous avons passé l’Espagne. Je suis vraiment content de me dire que je suis enfin en Espagne. C’est mon premier pays à visiter. Le chemin d'aujourd'hui a été vraiment chouette, des paysages grandioses jusqu’à en couper le souffle.


Cédric : Le chemin est comme la vie. Il s’y reflète toute la beauté et toute la difficulté qu’on peut y trouver. Il peut y avoir des hauts et des bas, mais il ne faut pas se focaliser dessus. Il faut continuer cette aventure pour découvrir toute la richesse et la beauté qu’elle peut apporter. Et il a décidé de continuer. Le moment critique est passé. Nous n’avons plus qu’à aller de l’avant et vivre pleinement cette deuxième partie de marche : le chemin espagnol.


Dimanche 27 novembre : Zubiri

S : aujourd’hui départ de Roncevaux pour une petite étape de 22 km. Nous avons eu droit à un paysage spectaculaire, en plus de cela, un soleil qui faisait briller les feuilles d’arbres comme en automne, en espérant que le temps restera comme cela.


Cédric : Et nous voilà en terre espagnole. Une bien belle étape dans les montagnes sous un froid vivifiant. Heureusement le soleil de fin de journée sera plus réconfortant. Tout autant que ces couleurs d’automne qui nous laisseront rêveurs.

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