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Marche de Nepxxx

Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Marche de Nepxxx accompagnée par Kenia

 

Du Lundi 13 au 17 mai :  Préparation à la marche

 

N : Je m’appelle N. J’ai 16 ans. Je viens d’Avignon dans le 84. Je pars pendant trois mois marcher de Séville à Ribadesella. Je suis arrivée à Rennes pour effectuer des marches pour s’entraîner pendant trois jours. Le vendredi à 9h le 17 : grand départ pour Séville. On devrait partir de Rennes jusqu’à Nantes, puis arrivées là-bas, on devrait prendre l'avion/train et un bus pour aller dans une auberge. Avant mon départ, j’étais beaucoup stressée à l’idée de partir marcher trois mois avec une accompagnante. Mais j’ai hâte de pouvoir marcher avec Kénia. Cette marche va me permettre de m’accepter comme je suis et d’arriver à accepter le passé que j’ai eu.

 

Kénia : Durant cette semaine de stage breton avec N, nous avons commencé à nous apprivoiser à marcher un peu, à démarrer intensément l’entraînement sportif, à attendre beaucoup, mais ce sont ces moments d’attente qui ont amorcé les moments d’échanges, déjà très riches. Elle m’a certainement maudite pour les courbatures de nos petites séances de sport, mais elle me pardonnera, j’en suis certaine. On a aussi préparé son sac avec notre super responsable de marche, objectif 5 kg pour N et 10 pour moi. Le check in nous a révélé plutôt 20, 10 kg pour N et 13 pour moi. A suivre

On est parties à 9h de notre superbe gîte ce matin. Direction Séville. Il va falloir arrêter de vanter les mérites de l’avion en matière de vitesse parce que 9h plus tard, nous n'avions toujours pas quitté la Bretagne. Ce départ par train, bus, avion, avion, bus, longue attente à l'aéroport nous ont bien épuisées.

 

Samedi 18 mai

 

N : n’a pas écrit

 

Kénia : Nous sommes arrivées à Séville dans notre auberge à 2h du matin. Nous sommes prêtes à passer notre première nuit dans la chaleur andalouse. Le départ pour la marche est demain matin. Direction Santiponce. On a profité de cette journée à Séville pour récupérer la fameuse crédencial, passe-droit pour les auberges de la via Plata avec le premier tampon. On est allées “baver” devant les robes de flamenco, écouter de la musique au parc et manger la tortilla la plus bourrative de ma vie.

 

Dimanche 19 mai

 

N : Aujourd’hui, grand départ jusqu’à Guillena, beaucoup stressée et beaucoup d’appréhension pour cette première marche de 23 km. Malheureusement, nous ne sommes pas allées jusqu'à Guillena parce que nous n'avions plus trop la force de continuer. Nous sommes arrivées à 15h et on était parti à 9 h. On a fait des pauses à peu près toutes les heures ou un peu moins. Cette première journée a été un peu compliquée entre les kilomètres parcourus et le moral qui en joue. Le soir, nous sommes parties manger, moi j’ai pris du pain avec du jambon qui était trop bon et du pain et du fromage. Kénia, elle a pris une salade remplie de mayonnaise. Demain, reprise de la marche. J’ai hâte malgré le stress.

 

Kénia :  Première étape écourtée avant l’arrivée et avant de découvrir les vrais beaux chemins de la via Plata, une quinzaine de kilomètres dans une zone industrielle des plus splendides, un dimanche, en plein soleil. N a craqué, normal, c’était vraiment moche. Mais après une bonne séance de yoga, une maxi douche et une “salade” qui est en réalité un pot de mayonnaise avec quelques morceaux de patates et de tomates (je vais devenir obèse si on continue comme ça), on est regonflées à bloc pour l’étape de demain.

 

Lundi 20 mai : 

 

N : Nous sommes enfin arrivées à Guillena vers 14h30. Nous sommes parties vers 9h. Au début, on est passées par des chemins pas beaux du tout. Il y avait que de la route et des voitures Puis passé un moment, on a pris un chemin où il y avait plein de champs.

Arrivées à Guillena, on a déposé nos affaires dans l’auberge, nous sommes parties au supermarché pour le repas du soir et de demain matin. Ce soir, on va faire une séance de yoga comme tous les jours. On en a fait le matin avant de partir et le soir en rentrant de la marche. On s’étire beaucoup parce que le sac pèse lourd. J’ai un sac d’au moins 10 kg, mais il y a des affaires que j'abandonnerai sur le chemin. Le sac me pèse sur les épaules et les hanches. Et demain, c’est reparti.

 

Kénia : Première étape terminée. On a longé des chemins remplis de camomilles et de sauterelles qui nous devançaient. On a aperçu les bébés hirondelles dont les becs dépassent des nids sous les toits, entendu et aperçu un couple de faucons crécerelles, observé plein de martinets qui planaient au-dessus de nos têtes. Tout cela sous un soleil à 32°, un peu dur pour N, température optimale pour moi. C’était bien. Jusqu’à ce que je vive une expérience les plus nulles qu'il soit donné à un être humain de vivre : un moucheron est entré dans mon oreille et est resté un moment beaucoup trop long. Le bruit de son battement d’ailes dans mon tympan me hante encore.  Vivement déconseillé. Mais ne vous inquiétez pas, je suis vivante et prête pour les 18 km de demain.


Mardi 21 mai

 

N : Je suis arrivée à Castilblanco de Los Arroyas vers 15 h et nous sommes parties, cette fois bien avant 8h à peu près réveillées. C’était compliqué, car j'avais l’habitude de me lever tôt. Avec la difficulté de l’épreuve, on a fait 18 km en beaucoup de temps, mais je suis fière de moi d’avoir accompli le 3ème jour de marche. Pendant la marche, j’ai pris des photos avec un appareil photo qu’on m’a remis lorsque j’étais à Rennes. Il y avait de super paysages, même si c’est la campagne, c'était magnifique. On a rencontré peu de personnes, mais beaucoup d’animaux (lapins, vaches, chevaux, différentes sortes d’oiseaux …). Puis à 19h, on a mangé des nouilles chinoises. Comme tous les soirs, on va s’étirer. Demain est une nouvelle étape.

 

Kénia : Cette nuit, j’ai dormi dans un lit collé à un mur où était écrit en gras : “Jesus is the way and the truth and the life”.

On a commencé par traverser une oliveraie gigantesque remplie de lapins qui détalaient dans tous les sens en laissant des traînées de poussière rouge derrière eux avant de se faufiler dans leur terrier. On s’est fait accompagner pas mal de temps par une huppe fasciée avec la crête sur la tête et croisé plusieurs fois un gros oiseau avec un casque noir sur la tête, dont je cherche encore le nom.

Je passe beaucoup de temps à regarder en l’air les oiseaux qui planent au-dessus de nos têtes ou les fourmis par terre qui transportent des ailes de papillons, à ramasser des trucs, en espérant alléger la souffrance de la marche de N qui agonise derrière moi. Elle me demande de faire des pauses toutes les 15 mn. Je pousse jusqu’à 30 pour lui montrer qu’elle peut le faire et aussi pour éviter de mettre plus de 6h à faire 15 km. Toutes ces pauses me forcent à lâcher prise sur ma volonté constante de performances.

On a fait une pause à un endroit où un type avait abandonné son caleçon Calvin Klein bleu électrique. Je ne peux pas m'empêcher de penser ”au Retour vers le Futur” en le voyant traîner là au milieu de nulle part. Je me demande comment il est arrivé là. Et puis en avançant un peu, je comprends assez vite, pour des raisons qui m’échappent totalement, que ce morceau du camino n’est pas convoité que par les pèlerins, mais aussi par les couples amateurs de végétation cramée et de poussière.

 

Mercredi 22 mai

 

N : Étape terminée, on est arrivées à Almaden de la Plata (30 km), mais l’étape est aménagée heureusement, sinon ce serait vraiment compliqué. Étape aménagée veut dire : 15 km taxi, 15 km à pied et on est arrivées. Je crois que jusqu’ici, c’est la plus belle étape qu'on a faite en termes de paysage. On a traversé des chemins pas si compliqués, au final que des lignes droites et des descentes. La fin est plus compliquée et pénible. On est vers 4,6 km avant la fin et c’est le chemin le plus dur. D’abord, il y avait des pentes raides remplies de cailloux. J'avais trop mal aux pieds et c'était sur des kilomètres.

Arrivée jusqu'à ce que je croyais être le bout, non, il y avait bien plus dur, bien plus fatiguant, une pente raide sous la chaleur pour arriver dans une superbe rue du village. Une pente désagréable, avec un sac lourd, plus la chaleur, et encore ce n’est pas la plus grosse chaleur du tout. Après cette longue pente, on devait descendre. C’était raide et rempli de cailloux, heureusement je ne suis pas tombée. Après la pente raide que j’ai racontée et la descente qui fait mal aux genoux, j’étais très fatiguée et j’avais vraiment envie enfin d’atteindre l’auberge. On est arrivées à 15h. Comme d’habitude, le rituel du soir quand on arrive : repas, douche, étirements, manger (on a mangé une pizza) et on est allées au supermercado (supermarché) du coin, pour le lendemain. Ce soir, au plus vite, dodo pour entamer la nouvelle marche de demain.

 

Kénia : Quatrième jour, on marche toujours dans la même direction par rapport au soleil qui me donne droit à une transformation rapide en pepito voir du côté droit couleur hiver à gauche. Mais un pépito qui aurait été un peu grignoté sur la partie chocolat.

En marchant, je ne pouvais pas m’arrêter de penser à un documentaire vu avec N avant de partir. Une production Netflix d’un mec de Hollande qui fait le chemin de Compostelle depuis le Puy en Velay. Un film sans intérêt aucun où le type se filme en train de parler à son téléphone avec uniquement des plans de sa tête ou de ses pieds. Mais tout de même à plusieurs reprises, il nous montre son ombre, en déclarant qu’elle le suit partout. J’ai vérifié, la mienne aussi me suivait partout, toujours du même côté certainement pour bien me faire comprendre l’effet pepito qui m’attend.

C’était une belle journée. On est parties un peu tard ce qui nous a valu la grimpette de 500 m sous le soleil le plus chaud de la journée, mais en arrivant au sommet, la vue sur tout le chemin qu’on venait de parcourir était impressionnante.

“Regarde N, tout ce qu’on a fait. - “Même pas, je regarde”. Et effectivement, elle n’a pas regardé. Je lui ai dit qu’il restait 700 m avant l’arrivée, elle m’a regardé avec une expression semblable à celle qu'elle aurait pu avoir si je lui avais annoncé qu’il fallait maintenant qu'on construise une barque pour traverser un océan : ”mais 700 m c'est énorme””

On venait de faire 12 km durant lesquels elle marchait tellement vite que je ne pouvais plus la suivre. J’ai dû oublier comment fonctionne le cerveau à l’adolescence. En tous cas, elle m’a impressionnée. La même qui refusait d’avancer hier m’a semée aujourd’hui. Elle devait vraiment en avoir marre de me voir ramasser, ramasser des trucs par terre tous les 100m.


Jeudi 23 mai

 

N : Arrivés à El Real de la Jara, regardez où cela se trouve si vous voulez, pour voir à quel point El Real de la Jara est tout petit. Je pense le plus petit village qu’on n’ait vu. Vraiment pas grand-chose à voir à part un château mais il reste pas grand-chose. On a fait 16 km. Le chemin était assez paisible, calme sauf qu’il y a eu des petites montées et quelques descentes. Quand on est arrivées, il était vers 12h. On a fait quelques courses et on est arrivées à l’auberge. C’est la première fois qu’on est seules pendant une nuit dans une auberge. Demain, nouvelle journée

 

Kenia : Le réveil était difficile pour moi. Je ne dors pas très bien depuis plusieurs nuits. Depuis notre départ, on a toujours retrouvé le même groupe de pèlerins à chaque étape. Et malgré mes tampons d’oreilles, la proximité des lits n’est pas simple. C’est le plus gros ronfleur du groupe qui nous demandait tous les soirs si on avait bien nos tampons. Un bougre exubérant de bonne corpulence.avec des boucles d'oreille un peu partout. Tous les soirs avec ses amis rencontrés sur le chemin, on pouvait les observer se descendre des quantités impressionnantes de bière après avoir marché entre 15 et 30 km (l’étape de 30 km a été aménagée pour nous à ce niveau-là de la marche. Et heureusement, vu l’état de N à la fin de nos 15 km). Hier soir, lorsqu’il est rentré dans le dortoir, il a annoncé très fort à tout le monde qu’il fallait bien mettre nos tampons parce qu'en plus des bières, il avait beaucoup fumé, tout cela en français. Nous ne sommes que deux à parler français mais une minute plus tard, il ronflait. Arriver le plus rapidement à l’auberge était devenu le défi des autres marcheurs pour ne pas avoir à se retrouver dans le lit proche du sien.

Ce matin, ils sont toutes et tous partis pour Monesterio à 33 km. On ne les a donc pas retrouvés ce soir car on coupe l’étape en deux, on y sera demain soir. On est accueilli dans l’auberge municipale Le Real de la Jara, un petit village perdu au milieu des collines, situé à une soixantaine de kilomètres au nord de Séville dont les rues pavées sont totalement désertes.  La fatigue commence à se faire sentir, surtout au niveau de mes très - trop nombreuses ampoules aux pieds et le poids de l’appareil photo, les pellicules et le carnet commencent à tirer sur mes épaules. Mais le chemin est plein de surprises. On traverse des élevages de chevaux, de moutons, de chèvres et même de cochons noirs. Il y a de   grandes portes en métal au milieu des champs où ont été collés les stickers “attention dinosaures”, “attention aux nids de ptérodactyles”. Propulsez-moi dans Jurassic Park et toute douleur est oubliée. On s’est fait accompagner par les chants des fauvettes et de pinsons avec des grands oiseaux qui planent régulièrement au-dessus de nos têtes sans que je parvienne à savoir ce que c’était. Jusqu’à ce qu’on se rapproche de l’église du village et qu’on y découvre sur son toit plusieurs nids de cigognes remplis de juvéniles pas encore prêts à voler et qui nous regardaient d’en haut.

 

Vendredi 24 mai

 

N : On est arrivés à Monesterio. Il y avait 20 km et j’ai réussi ! Au début pendant 2h, c’était vraiment plat, c’était super. Mais plus tard, on a dû longer l’autoroute pendant plus d’une heure et on a dû marcher en pente raide quelques fois sous la chaleur mais pas de vent.

Nous sommes arrivées vers 13h. Au bout d’un moment sur le chemin, je me suis vraiment demandé quand on terminait cette marche et surtout quand on arrivait.

En arrivant, bien évidemment, on s’est reposées dans une chambre d’hôtel et en bas de l’hôtel on est allé boire quelque chose et mangé un bout dans un restaurant. Là-bas, c’est la ville du jamon (jambon) partout en Espagne. Alors, là-bas on a visité un musée du jambon, ils nous ont expliqué comment ils faisaient, leurs traditions. Puis on a visité un musée du champignon, on nous a expliqué ce qui était dangereux ou pas, leurs pousses etc… Les deux étaient intéressants.

A la fin du musée du champignon, on a pu faire notre propre dessin de champignons. J’ai emporté le dessin de Kenia et le mien. Demain, nouvelle étape.

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Kenia : n’a pas écrit

 

Samedi 25 mai

 

N : On est allé à Fuente de Contes vers 13h30. On est arrivées, on a fait 22 km si ce n’est plus. Au début, le chemin est super agréable, pas de montées, on avait une vue merveilleuse sauf vers la montée, c’était compliqué sous la chaleur et c’était une route avec des champs et peu d’arbres donc peu d'ombre. En arrivant, on a un peu visité le village et on est allé à une messe en espagnol pour moi c’était cool. Demain marche.

 

Kénia : Hier, nous sommes parties sous une lune rose parfaitement ronde. Le matin il fait 12°c on cherche le soleil tandis qu’une heure plus tard on le fuit à tout prix. En arrivant à Monesterio on a pu lire sur le panneaux lumineux d’une pharmacie qu’il faisait 36°C; Nos pieds hurlaient de douleur sur les derniers kilomètres. Je sentais comme des décharges électriques à chaque pas. Le sentier qu’on a suivi longeait l’autoroute tout en étant le moins aménagé et pourtant un des plus agréables qu’on ait eu depuis notre départ. Un tout petit chemin rempli de végétation qui nous fouette les jambes au passage et les centaines d’eucalyptus de tous les côtés. L’étape paraissait longue et compliquée de par les nombreuses montées et la fin du sentier sur le goudron.  Mais ce n’était rien comparé à aujourd’hui. 5h à marcher sur un chemin de cailloux et de poussière, en plein soleil dès son apparition à 8h du matin, entouré de champs jaunes et secs. Des collines arides à perte de vue. Aucune ombre. Aucun arbre, les seules tâches sombres du paysage étant les centaines de panneaux solaires. On n’arrive plus à savoir si les marques sur notre peau sont celles du soleil ou de la poussière qu’on a avalée toute la journée. J’ai une allergie qui pointe son nez sur tout le corps et toujours les pieds en feu. On vient de s‘arrêter à Fuente de Cantos, à 80 km au sud de Mérida, la prochaine ville où on pourra s’arrêter pour une pause d’une journée après dix jours de marche. Mais ici, il ne semble pas y avoir grand-chose à voir. Hier, à Monesterio, nous avons été intrigués par des panneaux indiquant “musée du Jambon”. On est allé voir, l’homme à l’accueil était très content de nous dire que c’était gratuit et que tout pouvait être traduit grâce au QR code dans les différentes salles.

Un grand espace flambant neuf pour comprendre la fabrication du jambon traditionnel de la ville ; autrement dit plusieurs vidéos montrant comment égorger le cochon en famille. C’était dur. Je ne mange plus la viande depuis plus de dix ans et j’ai été un peu traumatisée par les animaux qu’on tuait pour les manger dans la maison qu’on habitait quand j’étais petite. Même N qui se nourrit principalement de jambon cru depuis qu’on a mis un pied en Espagne, n’a pas voulu entrer dans la petite salle de cinéma qui diffusait sur grand écran la fabrication du jambon depuis le cochon vivant jusqu’à l‘assiette avec tous les détails, toutes les étapes

Il y avait aussi une balance pour voir si nous ferions de bons jambons. Je me suis surtout attardée sur le fait que j’avais perdu 2 kg avec une seule semaine de marche. N était contente de me montrer les panneaux d’informations où étaient indiqués que le jambon contenait plein de protéines et une multitude de vitamines différentes.

J’ai eu ma revanche en l’emmenant au musée du champignon.  On est passé dans une salle fluorescente, devant des vidéos de pousse de champignons, mais à part ça le musée n’avait pas grand intérêt éducatif ou artistique. L’homme à l’accueil nous a informé que nous pourrions aller aussi visiter le musée du jambon.

Je m’en souviendrais d’autant qu’aujourd’hui notre seule pause à l’ombre possible a été à côté d’un élevage de cochons sur terre battue. On avait changé d’ambiance comparée aux différents élevages en liberté dans les enclos à dinosaures qu’on a traversés il y a quelques jours.

 

Dimanche 26 mai : 

 

N : Aujourd’hui, c’est Zabria. Réveil compliqué mais on s’y fait. On a fait 26 km. (4 km de plus qu’hier). Au début vraiment pas cool, campagne, pas d’arbre, rien autour (en gros la campagne) on a vu des cochons. L’odeur était immonde pendant un bout du chemin. 1h plus tard, on a trouvé un mini village après ça c’était plus agréable même si par moment c’était vraiment lassant de voir des vignes, de la campagne. Pour moi, pour l’instant, ce n'est pas le plus beau chemin. Vers la fin du chemin qui était interminable (où je ne voyais pas le bout) on est allé dans un autre village. Aujourd’hui, il faisait du soleil mais avec du vent, c’était supportable. J’ai oublié de dire mais on avait trop mal aux pieds. Je ne précise pas mais on fait des pauses quasi toutes les heures et heureusement sinon on ne tient pas. Après le village, on doit faire encore 35 mn de route. On en pouvait plus. Quand on est enfin à Sabria, il est vers  13h30. L’auberge était quelques mètres plus loin. On s’est reposé, mangé etc… Ce soir, on est allé au ciné regarder “Mes amis imaginaires” en espagnol bien sûr. Mais c’était compréhensible. Je pense davantage en espagnol et je comprends mieux. Demain encore une nouvelle étape, vivement la pause qui est dans trois jours.

 

Dimanche 2 juin :

 

N : Ce matin, une bonne surprise nous attendait. On s’est levées vers 5h30 du matin pour se préparer comme d’habitude. Alors que Marc s’est levé à 4h et parti vers 5h de l’auberge. En partant, il avait pris les clefs et nous a enfermées dedans. Trop bonne la surprise !

Kenia m’a dit aussi qu'en partant il avait laissé tout allumé. Pour la porte, c’était une autre histoire. Kenia a appelé la dame qui nous a accueillies (Maria) et elle n’a pas répondu. Puis il y avait des personnes à côté et personne n’a répondu. Alors, on a ouvert la porte, on a pris 30 mn alors qu’on s’était levée tôt. Il y avait un cadenas autour comme une sorte de crochet et c’était tellement dur. A ce moment-là, on maudissait Marc qui était notre ennemi number 1, plus trop notre ami. Quand on a réussi (enfin) on était hyper énervées surtout Kenia mais on a rigolé de la situation complètement absurde.

Pour cette marche au bout de 1h30, on a vu une magnifique rivière. On a été obligées de faire une pause, c’était tellement beau.  On voyait plein de poissons, d’oiseaux. Après notre pause et quelques mètres plus loin de la première pause, on a vu plein de moutons et on était vraiment au milieu. Kenia m’a prise en photo. Puis après tout ça, c’était un peu comme les marches d’avant mais un peu plus joli. Il y a une pause où c’était vraiment moche. C’était au bord de la nationale parce que oui on longe beaucoup la nationale, mais par des chemins plus cools parce que la nationale c'est trop ch … C’était 26 km pour aller au prochain village, ça indique qu’il fallait 6h de route. On en a fait à peu près 10h. Ce qui est vraiment énorme mais on en pouvait plus.Kenia avec ses ampoules qui font vraiment peur et moi avec mon genou qui me fait mal et trop mal aux pieds. Pour moi, je ne voyais plus la fin. On a fait des pauses assez longues. Après ce périple infinissable, on est quand même arrivées vers 16h, l’heure où il fait tellement chaud. Pour l’auberge, la veille Marc nous a dit que Maria, la propriétaire (celle qui nous a accueillies) avait réservé une auberge, donc à Valdesalor pour 3 à 50 €. On lui a dit que non, on allait dans une autre auberge. Mais comme toujours, il a insisté et au final, aujourd’hui on est allé comme on avait dit, en plus de ça, c’était moins cher et on a fait moins de dépenses là-dedans mais on a croisé qui à l’auberge ? Marc qui avait changé ses plans apparemment. Dès qu’on est arrivé, il nous a dit qu’il était mille fois désolé etc… Mais bon, ça c'était passé depuis, donc les excuses on s’en foutait un peu. Après ça, on est allé à un mini casino parce que dimanche il n’y a rien d’ouvert. On a mangé, fait nos étirements, nous sommes douchées et plus tard nous nous sommes reposées car on était trop fatiguées. Aujourd’hui, c’était plutôt intense mais pas plus que les autres étapes où l’on n’avait plus d'eau et les paysages archi nuls. Mais bon, on y arrive toujours. Pour l’eau ici c’est compliqué. Elle est soit pas potable avec un arrière-goût dégueu et ça donne mal au ventre, soit l’eau est traitée et ça donne aussi mal au ventre. Il n’y a pas trop de juste milieu. En tous cas pour aujourd'hui, on est bien arrivées ;

(Je parle beaucoup de Marc, mais je vous promets  que c’est compliqué de ne pas être à bout mais  après on en rigole) ,

 

Lundi 3 juin

 

N :  Aujourd’hui, réveil compliqué vers 6h. On devait faire à peu près 3h de route pour aller à Cacérès. Le chemin était simple, on a fait qu’une seule pause près de l’autoroute, c’étaitpas joli. On ne faisait que longer l’autoroute en passant par des petits chemins pour ne pas être sur la route et pour que ce soit agréable. Au début c’était plat, puis des fois ça montait, mais c’était plutôt bien. En arrivant vers la fin, il devait rester même pas 1h. On a croisé deux pèlerins qui eux aussi allaient dans la même direction que nous. De là où on était on a vu Caceres, c'est une grande ville. C’est superbe ! Vers la fin, c’était très long. L’auberge pour pèlerins est en centre-ville, alors il fallait traverser toute la première partie de la ville. Plus loin, ça grimpait beaucoup et on n’était pas loin de l’auberge. Quand on est enfin rentrées dedans, on a attendu pour que les chambres soient dispo vers 12h et nous sommes arrivées vers 10h30. On s'est mises sur la terrasse. Aujourd’hui, il ne faisait pas particulièrement chaud mais plutôt bon. A midi, on a regagné nos deux chambres. Pour ce qui est de Marc, on ne l'a pas revu aujourd’hui. Pour cette après-midi, on a prévu d’aller chercher des chaussures pour Kenia (elle a trop mal aux pieds + ampoules). Et moi, c’est une cartouche de stylo parce que le mien n’écrit plus. Oui, j’écris beaucoup c’est sans doute pour ça. Pour aller chercher des chaussures, on est allées à Décathlon en bus, sinon c’était 40 mn à pied, puis lorsqu’on est rentrées on est allées à la poste, ça a duré une éternité. Il y avait beaucoup de monde, puis vers 20h on est allées au ciné, c’était “Maria Montessorie” ça a duré un peu plus d’une heure mais c’était génial, ça raconte l’histoire de Montessorie et les enfants qui apprennent de différentes manières, elle parlait italien presque tout au long du film et c’était sous-titré en espagnol, mais ça parlait beaucoup français. On a pu facilement bien comprendre 

 

Kenia : Le lendemain, le réveil est très douloureux bien qu'on ait qu’une petite étape à faire. Mais je suis bien malade. Le chemin est beau, je crois qu'on n’a pas pris celui qu’il fallait car nous n’avons vu aucun balisage la première heure. Mais ça nous a permis de passer à côté d’un lac avec le soleil qui se lève et de se retrouver au milieu de plusieurs centaines de moutons avec les gros pattous qui nous mettent en garde de rester à distance. La suite du chemin n’est plus tortueuse avec un sentier plein de crevasses ce qui nous éloigne des monotones précédentes mais avec des ampoules ouvertes à tous les orteils, ça devient un parcours de niveau supérieur. Ce serait tellement plus simple d’être un petit Mario qui saute grâce au bouton B, tout léger. Tous les pèlerins qui ont déjà fait un des chemins au moins une fois ne peuvent s'empêcher de vous louer leur avis sur tout. Ton sac est trop lourd, pas assez grand. Faut plus de litres d’eau, tes chaussures ne vont pas, pour tes ampoules, tu devrais faire autrement. C'est comme si lors de leur première marche quelqu’un les avait embêté avec ça et qu'ils se sentaient le devoir de transmettre cette attitude de casser les pieds à tous les nouveaux. On entend aussi tous les jours la même chose de la part de ceux qui ont fait la via de la plata, le chemin sur lequel on est le dernier c'est un français qui nous l’a sorti “ce chemin n’est vraiment pas intéressant, très plat, moche, trop chaud au sud, ensuite le temps se gâte en montant, moi je, moi je, moi je ?

On laisse parler mais au fond, j’aimerais beaucoup leur demander pourquoi ils le refont pour la 2ème ou 3ème fois s’ils le trouvent aussi peu intéressant ? Il a aussi fait partie des très nombreuses personnes à nous dire qu’il revenait en septembre pour faire le chemin portugais qui longe la côte. Je vous déconseille donc de partir faire ce chemin en septembre si vous recherchez un peu la solitude. Il ne faut pas croire mais les pèlerins sont de grands bavards.

Aujourd’hui, on est allées à Decathlon car j’ai pris la décision de changer de chaussures. Elles sont super pour mes petites randonnées en Haute-Loire mais pas pour le plat brûlant d'extremadura, mais comme je n’arrivais pas à imaginer les laisser sur le bord de la route, j’ai décidé de les envoyer en France, chez ma mère. Je suis arrivée au guichet de poste avec mes deux grosses chaussures et leur ai demandé une boîte pour les envoyer. La nana bien qu’adorable était un peu gauche et a mis un temps anormalement long à sortir l’étiquette envoi. Tout est informatisé, il n’y avait pas possibilité d’écrire les adresses à la main et il s’est passé une bonne trentaine de minutes avant qu’elle ne comprenne que l’adresse expéditeur devait être une adresse espagnole. Au total, une heure passée dans un bureau de poste plein à craquer avec la sensation que tous les gens qui attendaient ont souhaité ma mort pour le monopole du guichet n°8. Un grand merci donc aux Mulliez de s’être propagés partout en Europe tels des MacDonald. Et merci à la poste pour l’envoi de mes chaussures qui n’arriveront peut-être jamais jusqu’en France. Pour la petite histoire, il n’y avait absolument rien à Décathlon qui convenait à mes pieds. J’ai opté pour une paire légère, par cher, en attendant de recevoir les bonnes à la prochaine poste restante. Mais changement de chaussures voulant systématiquement dire nouvelles ampoules, le compte est à 19 à ce jour. Ce soir, je ne tenais plus réveillée lorsqu’on est en “pause”, on continue à marcher, à arpenter les villes pour faire un maximum de choses. Mais je sens qu’on commence à en fatiguer.

On est allées voir le film Maria Montessori avec l’incroyable Jasmine Trinca dont je suis tombée amoureuse et qui interprète à merveille le rôle de Maria. C’était beau.

J’ai repensé au jeune cigogne qu’on a trouvé mort sur le chemin. C’était arrivé récemment. Cela m’a fait beaucoup de peine. Mais j’ai quand même essayé de lui piquer une jolie plume au juvénile blanche tâcheté de noir. Sa mort était trop fraîche, ses plumes bien trop accrochées à son corps et N qui a failli tourner de l'œil quand j’ai tiré dessus. En rentrant du cinéma avant que je ne m’écroule en quelques secondes sur mon lit qui grince, on s’est fait raccompagner par un groupe de martinets qui planaient à toute vitesse dans les ruelles en slalomant autour de nos corps comme des vaisseaux.de Star Wars.

 

Mardi 4 juin

 

N : On est arrivées à Casar de Caceres, on a parcouru comme hier 12 km. Le réveil était encore compliqué, mais on va s’habituer au fur et à mesure. On a fait des petites montées moins qu’avant ça c’est sûr et des descentes plutôt raides et peu longues. Le paysage était un peu pareil que d’habitude ou sera plus joli quand on va monter dans le Nord. Je trouve qu’il faisait plus chaud qu’hier alors qu’il était à peine 9h et on est arrivé là-bas à 10h, on a fait qu’une pause comme hier. On a longé l’autoroute encore avec différents chemins. L’auberge n’était pas ouverte. Il fallait les clefs donc on s’est assises juste en face. Il y a des travaux juste en face, il y a énormément de bruit. Après une douche et être passées par un supermarché, on va se reposer. Dans L'auberge nous ne sommes plus seules il y a deux messieurs qui sont arrivés. Ils parlent tous les deux espagnol et un peu anglais et j’ai entendu des phrases en français parce que franchement je ne comprends rien. Aujourd’hui, nous n’allons pas faire grand-chose. On fait déjà beaucoup de kilomètres par jour. Pour ce qu’il est question d’eau ici encore, l’eau est dégueu, ça peut parfois donner mal au ventre, sinon aujourd’hui c’était sympa, c’était le dernier 12 km avant les gros kilomètres mais dans trois jours on a enfin la deuxième pause.

 

Kenia : Ce matin, on a quitté la belle ville de Caceres et pris la route pour Casar de Caceres, un petit village situé à côté, même si le terme “à côté” ne veut plus dire grand-chose à cette étape. 20 km et plus, à pied avec les sacs lourds et des chaussures de torture, ce n’est plus considéré comme étant à côté. C’est toujours quelque chose à la sortie d’une ville, on se perd facilement mais il y a toujours vraiment toujours quelqu’un qu’indique le chemin dès qu’on nous voit arrêtées plus de 20 secondes. Et c’est assez plaisant. Ce matin, c’est un monsieur dont je ne distingue même pas le visage tellement il est loin  à l’autre bout de la rue, qui nous fait signe de prendre la rue d’après. Il est 6h30 du matin et l’air est déjà lourd. C’est une petite étape de 12 km, on arrive tôt à l’auberge municipale, accueillies par la nana de l’office de tourisme qui nous parle en français avec un joli accent. Je n’ai pas compris comment elle a su qu'on parlait français, c’était assez surprenant. On est les premières à s’installer, suivies de près par un nouveau coréen qu’on retrouvera plus tard à d’autres étapes et qui ne semble jamais se souvenir de nous.”Where are you from ? I am coréen” yes, we know” Il parle très fort au téléphone, joue au solitaire sur son ordinateur qu’il emmène partout sur le chemin et veut qu’on mange avec lui les gelées multicolores qui ne nous inspirent pas du tout confiance.

La cloche de la mairie située de l’autre côté de la petite place où se trouve l’auberge sonne toutes les heures d’un son qui résonne sur la dernière note comme un bol tibétain. J’apprends à N à utiliser une machine à laver. Visiblement, le coréen non plus n’en a jamais utilisé, c’est elle qui lui montre comment s’en servir. Un deuxième mec arrive, David, un italien, à peu près mon âge qui lui non plus n’a jamais utilisé de machine, puis un 3ème espagnol un peu plus vieux, toujours aussi penaud devant la machine. Je me dis que j’ai fait une bonne action aujourd’hui. Je propose à N d’aller visiter la seule attraction de la ville, le musée du fromage. Une ancienne demeure traditionnelle utilisée pour la fabrication de la torta del casar, une sorte de tome qui peut soit être ferme, soit coulante comme de la crème de camembert. Un petit musée tout en sobriété mais qui m’a permis d’apprendre tout le vocabulaire espagnol de la bergerie

 

Mercredi 5 juin

 

N :  Réveil plutôt compliqué mais on a réussi à se lever. Aujourd’hui, c’est 22 km pour aller au lac d’Alcantara. On passe toujours sur l’autoroute ou on la longe par différents chemins de campagne. ça ne montait pas tellement et on est parti tôt ce matin pour arriver vers 15h. Il y a un moment où je me suis complètement perdue et pendant presque une heure je cherchais Kenia et inversement. Pour finir enfin arrivée dans une sorte de refuge où il y a un abri, on a planté la tente, on a mis pas mal de temps mais c’était la première fois que je dormais dans une tente. Quand on a installé notre tente et gonflé nos matelas, on a pu s’y glisser. Pour faire tenir la tente on a dû prendre des cailloux pour la faire tenir et les fils on les a attachés à un poteau on ne pouvait pas planter dans la terre, c’était vraiment sec et il y avait peu d’endroits pour la mettre. On a pu dormir dedans, on a été réveillées par un renard qui faisait que crier, après je n’ai pas beaucoup dormi et au début, il faisait très chaud dans la tente et plus tard dans la nuit, il faisait très froid. On change vite de température ici. Cette journée était épuisante.

 

Kenia : Ce matin, j’ai mis le réveil plus tôt et pourtant je prends tellement de temps à soigner et protéger mes pieds avant de partir que le départ est plus tardif que prévu. On a une grosse étape qui nous fait un peu peur. Aucun point pour se ravitailler en eau sur le chemin, l’auberge où nous allons est fermée, on le sait, on prévoit de camper. On n’a pas énormément de nourriture avec nous non plus. Je me dis qu’une fois arrivées à l’auberge vers 11h30, on pourra aller demander de l’eau en frappant aux portes. J’espère aussi secrètement que bien que fermée, l’auberge aurait un point d’eau extérieur, on ferait une petite pause, puis on irait jusqu’au village suivant où il y a des zones pour poser la tente et des supermarchés. La vie serait un peu ennuyeuse si tout se passait toujours comme on le prévoit mais parfois on aimerait quand même bien un peu de répit dans ces aléas. On avance bien sur les premiers kilomètres. N est toujours devant, la règle est de toujours rester à vue l’une de l’autre. Je l’appelle régulièrement pour qu’elle ralentisse et elle doit se retourner pour vérifier que je suis bien derrière.

Au niveau d’un croisement, je l’appelle pour m’assurer qu’elle a bien pris la bonne direction, pas de réponse. J’avance. J’arrive sur un sentier rocailleux qui monte et qui descend en surplomb de l’autoroute avec une vue sur le lac d'Alcantara au loin, la direction que nous suivons. 10 mn sans la voir, je me résous à admettre qu’elle a continué sur le mauvais chemin sans voir les panneaux. Elle avance beaucoup en étant dans une bulle hermétique à ce qui se passe autour, ce qui pourrait être tentant de faire lorsqu'on nous dit qu’il est impossible de se perdre sur ces chemins. Je pose mon sac et démarre une chasse à l’homme pour la retrouver, faisant plusieurs aller-retour en l’appelant jusqu’à ce qu’elle me réponde Elle était au croisement, me cherchait mais toujours sans voir le panneau qui indiquait notre direction. Ce crapahutage sous le soleil de plomb me vaut de prendre ma bouteille d’eau beaucoup plus rapidement que prévu et la fatigue se fait sentir. La suite du chemin est des plus désagréable, on longe la nationale sur l’asphalte brûlant, soufflées par les camions qui passent à toute vitesse.

L’auberge où nous arrivons est située à côté de quelques maisons au bord d’un lac qui submerge une partie des grands eucalyptus. Il n’y a personne dans les maisons et on meurt de soif. Je repère celles qui paraissent les moins habitées pour y entrer et pouvoir remplir nos gourdes. Première tentative défectueuse, le robinet extérieur ne laisse couler qu’un mince filet d’eau. Une des habitations semble vraiment abandonnée, je décide de passer par-dessus la barrière pour espérer y trouver de l'eau. Le robinet laisse couler l’eau laissant échapper au passage pas mal de saletés ce qui me fait douter de sa potabilité. Je suis déjà malade depuis 5 jours alors au point où j’en suis, je préfère qu’on puisse s’hydrater un minimum. Une chatte a eu ses petits dans ce jardin à l’abandon. Ils me regardent tous avec un air curieux et craintif. Trois petites têtes noires et blanches et une tigrée. L’un d’eux est plus téméraire que les autres et me fixe, intrigué pendant que les autres détalent au moindre de mes mouvements. Je ne m’attarde pas volontairement car je risquerais de repartir avec un sous le bras. Une voiture arrive un peu plus tard et on commence à entendre les hommes beugler depuis l’auberge. Je descends les voir pour leur demander de remplir nos bouteilles et après qu’ils m’aient demandé avec qui je marchais et où on dormait, je remonte et on décide d’aller dormir de l’autre côté de la nationale, sur les hauteurs. Je ne le sentais pas. A chaque fois que j’ai eu ce sentiment que j’ai immédiatement refoulé pour faire confiance et accepter les façons de vivre différentes des miennes, je me suis retrouvée dans des situations plus que dangereuses. Avec N, il n’était pas question de prendre le moindre risque. La nuit a été courte on a mis un temps fou à monter les tentes, le sol était plus que dur, impossible d’y planter quoi que ce soit et ces tentes ne tiennent que si elles sont fixées au sol. Dès que son matelas fut gonflé, N s’est immédiatement endormie, pour être réveillée à 1h du matin par le cri à la fois effrayant et ridicule d’un renard roux à côté de nos tentes et ce pendant une bonne trentaine de minutes, je venais juste de m’endormir. La veille, un cycliste à l’auberge m’a dit qu’il avait croisé un lynx dans la matinée. On n’en a pas vu, mais les grands vautours fauves croisés au détour de rochers et ce renard ont magnifié cette journée difficile

 

Jeudi 6 juin :

 

N : Réveil à 4h30, très tôt mais dès qu’on s’est levées, il y avait plein d’étoiles et il faisait bon dehors. On a replié la tente, dégonflé les matelas, rangé nos sacs et nous préparer pour ensuite partir. Vers 5h30 départ aux lampes frontales. On part pour Grimaldo. Nouveau décor, on est rentrées dans un village qui était très loin pour faire notre pause. Il devait être 9h et quelques quand nous sommes arrivées dans ce village après toutes les montées et descentes très raides. Ce matin-là, la seule chose ouverte c’était un bar avec que des churros c’est la 2ème fois depuis qu’on est en Espagne qu’on en mange. Après ça, on est passé par la pharmacie pour Kenia et ses pieds et c’était reparti. Je pense que les churros ne sont pas bien passés, avec Kenia on avait mal au ventre. Pour la suite, après le village on a dû passer par une montée hyper raide et au soleil vers 10h et quelques. Après ça on est passé par une belle forêt où il y avait eu des ruisseaux et il faisait bon. On entendait plein d’oiseaux chanter. Mais vers la fin, c’était interminable même malgré le fait que c’était incroyable. Au bout d’un moment, on a vu Albergue 1 km. C’était la fin du chemin mais avant d’aller à l’auberge, on a eu une petite montée, la dernière, le dernier effort. A Grimaldo, on a remarqué que c’était très petit. Il n’y avait même pas de supermarché, mais à côté il y avait un bar qui était dispo tout le temps sauf vers 16-17h on a dû manger dans un restaurant juste en face (c’est pratique on ne marche pas beaucoup). Dès qu’on est arrivé à l’auberge, j’ai tout de suite dormi et j’ai fait que ça toute l’après-midi tellement j’étais épuisée. Le soir, on est allées au bar pour manger un plat à deux, avec de la tortilla (plat traditionnel en Espagne même s’il y en a beaucoup), puis une salade et des frites. C’était plutôt bon même si je n'ai pas mangé grand- chose. Les churros n’étaient pas trop passés. Au bar, il y avait une télé où il y avait les infos en espagnol. Je me rappelle que ça parlait de Gaza avec les bombes lancées par Israël, puis ils ont parlé de la chaleur et des températures qui baissent dans le Nord (là où on va aller) et il y a une télé réalité en espagnol, c’était drôle à voir. Après tout ça, à 21h, on a dormi. J'étais encore fatiguée mais j’étais pas la seule. Demain nouvelle marche

 

Kenia : Le ciel est maculé d’étoiles et de voie lactée comme on en voit rarement. Il est 1h30 du matin et après mon éternelle heure passée à soigner mes pieds, on se met en route. La marche devient difficile. Mon mal de ventre et la courte nuit y sont pour beaucoup, mais lorsqu’au bout de 3h on a fait notre première pause dans une cafétéria qui ne propose que ces churros infâmes, je découvre que de nouvelles ampoules sont apparues sur mes pieds. J’en compte plus d’une vingtaine au total que je n’arrive pas à soigner car on marche tous les jours et auxquelles viennent se greffer de nouvelles à cause de mes pieds trop larges qui ne rentrent que dans des chaussures de garçons, les industriels ont décrété que les femmes devaient avoir les pieds fins apparemment. Je file à la pharmacie avale deux ibuprofène pour pouvoir avancer et on repart. Je porte mon attention au maximum sur mes autres sens pour oublier mes pieds. Un groupe d’agneaux sautillent et courent vers nous lorsqu’on passe près de l’enclos pendant que leurs mères les rappellent. Pour la première fois on passe dans une forêt, c’est incroyable le bien que ça fait après ces 15 jours de champs brûlés. On troque l’odeur de foin pour celle des pins et de la sève. N fatigue et a besoin de faire une pause pendant que de mon côté les médicaments faisant effet, je peux de nouveau avancer à un rythme décent mais en l’attendant je m’assois quand même sur un tronc d’arbre et bien sûr, me colle de la sève partout sur l’arrière de mon short. On passe dans une partie de la forêt avec d’immenses chênes-liège tortueux et par des ruisseaux, les premiers aussi. On sent qu’on avance et qu’on passe dans une zone géographique bien différente. On passe la soirée sous la pluie et l’orage ce qui fait énormément de bien pendant que je réalise que je me traîne une tourista depuis une semaine. Je ne peux pas y faire grand-chose pour le moment à part me mettre à la diète. L’odeur de la pluie sur le bitume chaud m’aide à y faire abstraction. Je fais l’autruche, volontairement

 

Vendredi 7 juin

 

N : C’est parti pour le réveil vers 6h15. On est parti à 6h40 quelque chose comme ça. On s’est trompées de chemin en même temps le chemin était indiqué qu’au début du village et il faisait nuit, on a pris les lampes frontales pour y voir quelque chose. On a traversé toute la route et on a descendu toute une pente qui était agréable. A la fin du chemin, on a le chemin qui s’offre à nous, deux pour aller dans un village, un tout droit et un autre à droite où il y avait plein d’herbe et un petit ruisseau. On a opté pour le chemin à droite. Au bout du compte, il n’y avait plus de chemin à part de longues herbes. On est revenues sur nos pas où il y avait tous les chemins. On a fait une mini pause juste pour voir où on allait. On a pris un chemin qui n’était pas celui qu’on devait prendre, mais on ne pouvait pas revenir en arrière. Nous avons continué à prendre le chemin tout droit. C’était sur la route. On voit beaucoup de voitures. On a croisé des moutons et des chevaux. Il y avait des champs tout autour. Il y avait beaucoup de vent, le ciel était rempli de nuages et le soleil transperçait un peu les nuages. Petit à petit, j’ai trouvé qu’il faisait lourd. Dans les champs, il y a eu un système d’arrosoir et avec le vent j’ai reçu quelques gouttes d’eau. C'était agréable. On a fait notre deuxième pause plus loin et il nous restait 1h53 de marche. C’était notre dernière pause avant la longue route qu’on devait longer où il était impossible de faire une pause. Avant la grande route où les voitures passaient on est passé par un petit village (au début de la marche) et on a pris de quoi manger pour la route. Un monsieur nous avait donné des petites bouteilles vraiment pas lourdes de lait qui avaient aussi le goût de fraise. C’était très bon. J’ai pris les deux bouteilles comme Kenia ne peut pas boire du lait. Je reviens sur la route qui était très longue quand j’ai vu un panneau qui indiquait 2 km. Pour le premier kilomètre, on est passé sur un pont qui ne faisait que de monter. A la fin de cette montée, c’était affiché : 1 km restant. Je peux dire que les derniers kilomètres étaient très épuisants et avec Kenia on avait mal aux pieds. Moi c’était parce qu’on avait beaucoup marché donc c’était normal, pour Kenia c’était les ampoules (heureusement, je n’ai pas d’ampoule). Un point positif pour moi. L’auberge était vers l’entrée du village. On est arrivé pour 13h à Galisteo. K a pu appeler le mec qui nous a accueillies. Il se présente : Jésus c’est pas du tout commun comme nom mais en Espagne visiblement si. C’était un accueil plutôt chaleureux. A l’intérieur de la maison je trouve ça cool. Il nous a dit qu’il y avait du lait offert par la maison, c’est trop sympa. La maison est tout en bois et en pierre. Il y a deux salles de bain et elles sont plutôt bien. Et en haut, il y a notre chambre avec deux lits à côté. Il nous a montré le plan de Galisteo, un petit village. Il y a 3 supermarchés. Il y a aussi quelques restaurants, des pharmacies, des médecins, des bars etc… Ce village est tout petit, on ne fera rien de spécial. Bref, après être installées dans la chambre puis pris notre douche, on s’est dirigé vers le supermarché. Il est vraiment petit et il n’y a pas grand-chose je trouve. Après avoir tout acheté, on se dirige chez le médecin pour Kenia qui a mal au ventre. Moi j’attends dans la salle d'attente avec les courses. Un moment plus tard, elle avait le papier pour les médicaments prescrits donc on est allées à la pharmacie juste à côté ensuite on est rentrées. On s’est reposées. Moi j’ai lu, j’étais en train de lire sur la liseuse de Kenia Le chant des écrevisses. Cela parle en bref d’une fille qui a dû se débrouiller seule et qui par la suite a eu des problèmes avec un mec et a eu des problèmes de justice pour rien. Après ça, je me suis vraiment reposée. On a mangé et écouté un livre audio enregistré, c’est un mec qui part voyager parce qu’il n’a plus rien à perdre (il est malade et va mourir dans deux ans). Il part voyager avec une meuf qu’il ne connaît pas. C’était trop bien, drôle à la fois et triste a des moments. Bref, sinon ici c’est la pause. Je suis trop contente, enfin !! 

 

Kenia : Ce matin, on a réussi à partir avant 5h30. On essaye de partir avec un rythme qui nous permettra de tenir sur les prochaines étapes qui vont commencer à être bien plus longues et difficiles. Un vent chaud souffle très fort au point de me faire perdre l’équilibre à plusieurs reprises. Impossible de trouver le sentier officiel, on se résout à suivre celui des cyclistes, sur la route. Je crois qu’il n’y a rien de pire pour les pieds que de ne marcher que sur du bitume pendant 6 heures. Pendant la semaine de préparation au départ, nos responsables de marche nous ont beaucoup parlé de l’introspection que ça allait générer les problématiques à se retrouver confronter à soi-même, la difficulté à vivre autrement de manière nomade etc ... Un bouquet d’informations, de conseils et d'anecdotes qui ont totalement négligé le potentiel douleurlié au fait de marcher non-stop. J’avais imaginé avoir quelques ampoules mais pas au point de ne plus pouvoir poser les pieds au sol et cette tourista, chose très commune pour moi, mais jamais aussi longtemps. Arrivé à Galisteo ce soir, on sera en pause d’une journée, donc je décide faire abstraction de tout mon corps et d’avancer comme un robot. On verra après. Même si c’est difficile et loin d’être agréable sur cette route, N avance, donc il faut que j’avance.

L'impact de l’homme sur le reste du vivant est plutôt bien représenté par les routes de campagne jonchées de cadavres de rongeurs, d’escargots, d’insectes ou d’oiseaux (auxquels je prélève quelques plumes au passage tout en pleurant intérieurement), les amas de détritus, les fourmis. On passe devant un tout petit enclos en bordure de plusieurs hectares de terrain où un cheval blanc griffé de partout et d’une maigreur cadavérique a visiblement été laissé à l’abandon sans eau et avec pour seule nourriture des arbustes plein d’épines. Ne pas regarder (mais lui nous fixe) ne pas s’attacher, avancer sans réfléchir. Cela me tord le ventre. Mais c’est peut-être aussi la diarrhée, allez savoir. Arrivées à Galisteo, je file directement chez le médecin pour qu’elle me donne de quoi me réhydrater. Au menu pour la semaine à venir, riz, patates, carottes cuites et puis je m’enlève immédiatement toute la tension et l’objectif d’avancer sans faiblir qui retombent.

 

Samedi 8 juin

 

N : Salut ; moi je me suis réveillée vers 9h30 et Kenia, je pense, un peu avant. J’ai très bien dormi même si après j’étais encore crevée. Je ne suis pas la seule. Après avoir bouffé un petit truc, on a eu la visite de Jésus pour nettoyer la maison à l’aide de la meuf. Et il nous a proposé des cerises dans un bol. J’aime trop ! C’était trop bon, j’ai tout mangé. Kenia n’en a mangé qu'une seule avec son mal de ventre, elle ne peut pas. Normalement, on n’a qu’un jour de repos, mais comme Kenia a très mal aux pieds avec les nouvelles chaussures qu’elle a achetées il n’y a pas si longtemps que ça, plus les ampoules, alors on prend encore un jour de repos. On repart lundi. On a encore étudié le plan de marche avec les kilomètres et on a finalement bien profité de la pause et des 12 kms de lundi parce après ça pique grave. Je vous dirais le jour même mais à mon avis, on va bien le sentir au niveau de la fatigue et des pieds. Après aussi nos discussions, on est allées à un supermarché pour prendre pour ce midi et ce soir. J’ai mangé des pâtes avec de la sauce tomate avec un sandwich de salchichon (saucisson en espagnol) et plus des olives. Après on a mis nos affaires qui puent dans la machine à laver (on a demandé à Jésus) et après on va faire nos étirements et se reposer encore une fois. On regarde aussi dans les autres villes si il y a un cinéma. J’aime beaucoup y aller ou une piscine pour nous remonter le moral sur les kilomètres à venir. On a hâte d’aller quand même un peu plus dans le Nord, c’est là où il y aura la mer et les chemins seront, je pense, beaucoup plus beaux que ceux qu’on a traversés. Et ici à Galisteo, on a croisé pour l’instant deux mecs qu’on avait croisés. Des irlandais et un autre coréen qu’on aurait vu à Grimaldo mais on ne sait pas où il dort. Ce n’est pas le coréen que j’avais raconté où il n’arrivait pas à se faire comprendre le pauvre. Lui on l’a perdu de vue. Enfin bon.  Avec Kenia, on a joué au petit bac pendant un moment et après on est allé plus loin dans le petit village. Kenia elle s’est assise sur un muret et dessiné pendant que je faisais le tour des remparts. J’ai vu des champs à perte de vue, c’était rempli d’herbes vertes et au loin des montagnes énormes. Je voyais d’en bas des nids de cigognes, c'était vraiment beau. Je voyais tout autour plein de maisons entassées mais il n'y avait vraiment personne. C’était comme mort, vide. Plus loin, il y a une entrée qui donne sur la place du village où il y a l'église. Je voulais y entrer mais c'était malheureusement fermé. Peut-être demain matin, elle sera ouverte. De l'autre côté des remparts, j’ai vu deux croix en hauteur hyper grosses et grandes. Je me suis assise juste à côté, pour bien regarder la vue qui s’offrait à moi. Première fois que je m'assois quelque part et que je ressens comme de l’apaisement, seule en regardant la vue et en profitant de cet instant. Puis, j’ai retrouvé Kenia au même endroit et je trouvais son dessin hyper beau. Elle dessine bien. Après ça, on est revenu dans la maison. Ce soir, il y a un mec qui est venu et plus tard un couple qui ont une chambre juste à côté de la nôtre. Bref. Salut

 

Kenia : Galisteo. Cette ville est très reposante. C’est une ancienne cité médiévale qui a gardé ses remparts et sa tour. L’église aussi semble être de la même période. Les habitations modernes ont été construites à l’intérieur des remparts mais toutes ont une architecture plus contemporaine accrochées aux remparts de l’autre côté, ce qui donne l’impression de maisons superbes. La commune est entourée de parcs éoliens et photovoltaïques, une des idées de l’homme pour se donner bonne conscience. Sur les conseils de notre responsable de marche, je décide qu’on va rester ici un jour de plus, histoire de reprendre des forces et voir mes pieds cicatriser un peu. Dans les rues pavées, on retombe sur le duo irlandais qu’on a déjà croisé plusieurs fois sur le chemin et dans un village où l’on s’est arrêté. Ils sont un peu différents des autres marcheurs que l’on croise. Ils ne dorment jamais dans les auberges pour pèlerins mais dans les pensions un peu plus onéreuses. Si on s’est payé le luxe de faire pareil (de toutes manières, il n’y avait pas d’auberge), et on se retrouve dans le même gîte décoré avec beaucoup de goût. Des photographies du début du siècle dernier très bien encadrées jonchent les murs et les meubles à côté d’objets insolites, c’est beau. C’est la première fois que je peux discuter avec ces deux hommes. Ils doivent avoir dans les 65 ans et ont ce fort accent que j’adore. Quelque chose de très doux se dégagent d’eux. Dès qu’ils s’installent quelque part, ils reprennent leur partie de cartes. Lors d’une pause, l’un deux m’a demandé si on allait jusqu’à Santiago “vous allez voir, l’arrivée à Santiago est incroyable, c’est une ville superbe avec une ambiance hors du commun”. J’aimerais bien le croire mais je reste sur ma réserve. L’image que j’en ai, est semblable à Lourdes, un temple de la consommation version Jésus Christ et Marie.

 

Dimanche 9 juin :

 

N : Réveil à 9h30. J’ai bien dormi et on s’est beaucoup reposé. Aujourd’hui deuxième pause, ça fait du bien. Ce matin, on n’a rien fait à part, moi j’ai lu le journal d’Anne Frank qui était écrit en français (c’était pas mal), puis après avoir mangé, on a voulu aller à l’église mais encore fermée, dommage. On a monté des marches en pierre parce qu’on voyait un peu les rues d’en haut sur les champs que j’ai vus hier. Après on a vu qu’il y avait des machines pour faire du sport, c'était cool. Il y avait 4 machines et on est rentré. On a cherché pour moi une liseuse pour que je puisse télécharger tous les livres que je veux. Au fait, bientôt je vais me racheter un cahier parce qu’il me reste environ deux pages et je pense que je vais beaucoup écrire durant les marches à venir.

 

Lundi 10 juin

 

N : Hola, de retour pour marcher. On fait 12 km alors on se permet de se lever vers 6h pour partir à 7h. 12 km c’est environ 3h de marche pour aller à Carcaboso qui est encore un mini village. Au début de la marche, on a traversé un pont romain où on avait la vue sur des champs étalés sur des kilomètres. Puis il y avait un rond-point et on a pris le mauvais chemin. On s’en est rendu compte qu’on retournait en arrière. Je n’ai pas précisé mais aujourd’hui, il pleut grave ! Après on est retourné au rond-point où nous attendait une dame qui était hier au refuge. Elle allait au même endroit que nous aujourd’hui. Elle parlait anglais, alors bon moi et l’anglais c’est à peu près comme l’espagnol, je comprends : nada. Elle a fait le chemin plus ou moins avec nous. On passait par des champs qui avaient des systèmes d’arrosoirs, alors qu’il pleuvait, c’était inutile. Durant la marche, il y a eu tout un tas d’escargots, je faisais mon maximum pour en écraser aucun. Pour aujourd’hui, on a eu deux petites montées, c’était plutôt un pont à traverser. Il y avait des petites rivières sur le bord, c'était chouette. Malgré le fait que j’étais trempée, l'air était frais et la pluie fraîche. Pendant la marche, je me suis dit quand même que le soleil me manquait. De toute façon, on n’est jamais content de la météo qu’il pleuve, qu’il vente ou neige. On en a. 2 heures plus tard passé par un mini village. Je m’en rappelle de l’odeur : ça puait affreusement. J’ai remarqué que dans absolument tous les villages en Espagne, dehors, ils mettent des bouteilles énormes. C’est assez étrange et drôle à la fois. Revenons à nos moutons. En tous cas, on est bien arrivées saines et sauves à Carcaboso. Les chambres à l’auberge ouvraient vers 12h. Entretemps juste à côté on a pris un petit déjeuner avec la dame dont je viens de parler et un pèlerin. Puis on a fait des courses pour aujourd’hui et demain dans un mini supermarché. En fait, ici, il y en a deux. Après ça, on est rentrées pour tout déposer nos affaires et on a dormi. J’ai fini un nouveau livre que j’avais mis sur la liseuse, c'était “l’enfer des foyers”, c’était un petit témoignage qui porte bien son nom qui comporte 650 pages. Facile à lire. Sinon à part ça, tout va bien. Ciao

 

Mardi 11 juin

 

Kenia : On quitte la ville au tapis d’herbe vert fluo fraîchement déroulée pour une marche de 27 km. Aujourd’hui, j’ai 37 ans et j’ai passé ma nuit à ramasser du vomi. Le gérant de l’auberge, un petit bonhomme adorable aux jambes très gonflées, voulait me le souhaiter ce matin, mais je pense qu’on est parti trop tôt. Il connaissait l’association et a tout de suite compris d’où on venait en nous voyant. Il m’a dit qu’il fallait que j’apprenne l’espagnol à N. J’essaye. En même temps, je ne suis ni professeur, ni hispanophone, mais je la fais réciter quand même. Pour elle, au départ, l’espagnol était la plus belle langue du monde et puis c’est rapidement devenu la langue la plus difficile au monde. Elle avait pour objectif d’apprendre à parler plein de langues différentes. Je crois qu'elle est en train de revoir ses ambitions. Le chemin est au départ très bucolique. On traverse durant plusieurs heures des champs de vaches immenses, on passe plusieurs grilles verticales et horizontales, celles pour éviter que les troupeaux ne passent, car ils se coinceraient les pattes dedans. Et bien nous aussi. On a toujours l’impression qu’on va tomber dans le trou. En passant une des barrières, on est reçu par un chien censé garder le troupeau qui nous fait une fête incroyable. Je savoure ces moments avec les animaux. Toutes ces vaches qui s’arrêtent de vivre, comme dit N lorsqu'elles nous voient passer, comme si elle n’avait jamais vu le bipède avant ça. On passe un long moment à marcher dans ce pré jusqu’à ce qu’on réalise qu’on a sans doute suivi un des tracés laissés par les vaches au lieu de suivre le bon chemin. Une nana nous suivait et commence à nous parler en espagnol avec un accent épouvantable lorsqu’elle nous rattrape 20 mn plus tard. Je lui demande de suite si elle parle français. Bingo. Je lui explique qu’on s’est trompé de chemin.

“Bah où ça c’est sûr, vous avez pris le mauvais, fallait prendre à gauche tout à l’heure, hein, j’en étais sûre. Maintenant faut retourner en arrière”. Personne ne t’a obligée à nous suivre, on ne savait même pas que tu étais derrière. Tout était de notre faute. Elle a fait demi-tour et a escaladé un muret pour passer de l’autre côté du champ et rejoindre la route. En 10 mn c’était réglé. Et puis c’est devenu infernal. Plusieurs heures à marcher sur la nationale, les bords de route sont remplis de petits crapauds qui nous sautent entre les pieds avant de finir écrasés comme des crêpes sur le goudron ou séchés par le soleil avant d’être grignotés par les fourmis. C’était un peu la journée des cadavres, un renard, une fouine, plusieurs oiseaux, un veau, des centaines de crapauds. Malheureusement sur la route, les vautours peuvent difficilement faire leur boulot.

A la fin de la journée, épuisées, on monte comme on peut nos tentes dans un pré. Je n’ai jamais eu à monter des tentes aussi peu pratiques. On passe la nuit à grelotter malgré nos duvets et nos polaires. J’attends juste que mon réveil sonne pour ne plus avoir à essayer de dormir. Je repense à un vieux croisé à l’entrée du village qui nous a tout de suite arrêté et parlé alors qu’on n'attendait que de pouvoir aller nous asseoir au café pour digérer la journée. Il a longuement insisté sur le fait que mes parents devaient être de Majorque ou des îles Canaries vu mon physique. Je n’ai pas très bien compris. Puis nous a parlé de la seconde guerre mondiale. Là non plus je n’ai pas bien compris. Et puis j’insiste pour partir, à ce moment, il fixe mon pansement situé tout en haut de l’intérieur de ma cuisse. Il me demande ce que je me suis fait, comment je l’ai fait, avec un sourire en coin. Là, j’ai compris et on est parties.

 

Mardi 11 et Mercredi 12 juin

 

N : Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Kenia. Pour son anniversaire de bonnes surprises ont été bien présentes, de nouvelles ampoules qui font encore plus mal. 27 km avec pratiquement à la fin que de la grande route, dormir sous une tente, pas d’auberge

Enfin bon la totale. Pour moi : j’ai une ampoule qui fait mal, j’ai deux coups de soleil au visage parce que ça me brûle mais comme je ne me vois pas je ne peux pas deviner, et les 27 km m'ont épuisée et pas que moi d’ailleurs.

Sinon malgré le fait que je vous écris vers 20h24 le visage en feu et sous une tente, je vais quand même vous raconter notre péripétie d’aujourd’hui.

En sortant du village, Carcaboso on est passé par un chemin hyper cool. On a croisé des vaches et on a vu des petits ruisseaux. Il y avait beaucoup de végétation qu’on ne voyait pas au début, il y avait de l’ombre tout le long du chemin. Point positif. Je vous rappelle que 27 km c’est environ 6h de marcher. On a fait à peu près 8h. C’est 4 de plus, puis après on est passé par plusieurs enclos où il y avait encore des vaches, mais aussi quelques chevaux. On est passé par de mini forêts. Ensuite, on a voulu prendre un chemin plus court dans le sens des flèches, mais un monsieur a dit qu’il fallait aller de l'autre côté parce que de ce côté il n’y a que de grosses routes. Alors on a fait demi-tour. C’est à ce moment que ça grimpait un peu et puis contrairement à lundi, il ne pleut plus mais il fait soleil. Il fait au moins 25°c mais pas comme les premières marches où il faisait chaud, puis on est arrivé tout en haut et on a pris des chemins vers la droite, on a longé toutes les routes par ces chemins. Il y avait une forêt. C’est vrai que c'était assez long. On est passé par une petite ferme où un chien nous a accueillis. Je pense qu’il voulait juste partir alors qu’il y avait un enclos. Puis on a passé un petit muret de pierre. On a été interpellées par une dame qui nous parlait espagnol. Mais on a compris par son accent qu’elle parlait français. Elle disait qu’elle nous avait suivies et qu’elle pensait qu’on s'était trompées. Alors que non, nous ne nous sommes pas trompées. On devait juste escalader le muret et traverser un champ pour rejoindre la route. Elle, elle a décidé de retourner en arrière pour prendre le chemin qui est plus long, mais on va au plus court. Pendant plus d’1h30 on était sur une longue route toujours très droite qui n’avait plus de tout. Les températures étaient chaudes. Pendant 1h30, on revoit des voitures et un peu de champ, c’est très moche. Après ça, on a fait une pause dans un village puis on est redescendues, mais on s’était trompées de chemin. Quand on se perd, c’est très fatigant, en même temps il n’y avait pas de flèche indiquée. Après la pause de 30 mn, où Kenia saignait des pieds et moi je me mettais un pansement pour ma première ampoule. Quand on a trouvé le chemin, c’était que de la route pendant 1h30. On avait très mal aux pieds. Kenia plus que moi et ça se comprend. On était aussi fatiguées ; il devait être 14h. Sur le trajet, rien d’extraordinaire. Après la très grande route, on a enfin vu Villar de Plasencia, le village où on doit aller, village en hauteur, alors sur les derniers efforts, c’était encore des petites montées. On est allées dans un bar pour prendre de l’eau pétillante et se reposer un peu plus longtemps. Après l’appel téléphonique avec ma psy, on est parties du bar et on a redescendues tout ce qu’on avait monté pour ensuite s’installer dans la tente. Pas loin, après, on a trouvé un coin pour monter la tente. Après avoir fini, on a mangé un peu et on s’est mises direct dans la tente pour enfin se reposer de notre journée très fatigante

Ce matin, je n’ai pas beaucoup dormi, c’est toujours difficile de dormir dans une tente. Je ne suis pas seule Kenia aussi a très peu dormi. On s’est réveillé vers 6h30. On a fait comme la première fois en tente, on a dégonflé les matelas, rangé nos tentes et nos affaires dans le sac et c’est parti. On devait prendre de grosses routes mais il y avait un chemin qui était un “chemin vert”. On est beaucoup passé par des forêts, des coins d’ombre, des petits ponts. C’était toujours tout droit, on ne risquait pas de se perdre. Au bout d'une heure, il y avait un petit restaurant au bord de la grande, c’était plutôt un petit restaurant rapide pour les routiers qui s’arrêtent déjeuner. Moi j'ai pris un croissant. Il faut savoir qu’ici c’est plutôt drôle, on a un couteau et une fourchette pour un croissant. Plutôt inutile. et un jus d’orange. Je fais la traduction pour m’en rappeler : jugo de naranja y un croissant. Et pour Kenia, c’est un toast à la tomate et un thé ; Après ça, c’est reparti. Encore environ 2h.  J’ai appris des phrases en espagnol que j’ai notées sur mon autre carnet tels que : quisiera un jugo de naranja y un croissant, quisiera veut dire : je voudrais. Les clefs : llanes et avec Kenia je pense pendant un long moment au dialogue en espagnol, en faisant comme des mises en situation.

 

Kenia : Le lendemain matin, ma tente est trempée et mes affaires avec. C’est la première fois que je marche avec ma polaire, je n’arrive pas à me réchauffer. On récupère une voie verte, ce qui s’annonce monotone et ennuyeux mais reposant. On n’aura pas à faire des aller-retours pour trouver les bons chemins. On évite aussi de se faire souffler par les voitures qui roulent à 90 km/h. C’est sur une de ces routes que N a découvert ce qu’était la douleur des ampoules. “J’ai l’impression que je vais mourir, je ne peux plus marcher”. On s’est arrêtées pour la soigner et puis j’ai doucement rigolé en voyant qu’elle n’en avait qu’une et qu’elle était déjà percée. Je pense que ça ira, tu t’en sortiras. Je pense surtout qu’on commence à bien sentir la fatigue s’installer.

En arrivant à l’auberge, on croise le coréen pour la 4ème fois, mais il ne nous reconnaît toujours pas. Il me demande d’où l’on vient dans un anglais plus qu'approximatif, “Françaises”.

 

Jeudi 13 juin

 

N : On va à Calzada de Béjar. On sait déjà depuis hier qu’on va en moufler. Dès le début de la marche, on passe par des grandes routes dès le matin ; sachant en plus que quelqu’un nous a réveillées vers même pas 5h du matin parce qu’il se préparait et en partant en bas il n’a pas fermé la porte et toute la lumière rentrait. Donc on est passé par des grandes routes pendant longtemps, on a pu passer par des petits chemins pour éviter de prendre la route. C’était assez joli. On voyait les montagnes de très près et comme toujours des animaux tels que des moutons, des chevaux. On a quand même fait une première pause près de la route pour au moins grignoter quelque chose, puis on a fait une deuxième pause plus loin dans un village, dans un café. A ce moment-là, on avait croisé juste avant le village le coréen qu’on a dépassé qui lui faisait une pause avant la forêt qu’on a traversée. Cela nous a fait du bien de se poser enfin sur une chaise à l’intérieur du bar. Kenia a pris un thé et moi rien du tout. Je n’avais vraiment pas soif. Après cette pause, on a continué mais là, c'était en hauteur et tout était en pierre. ça montait progressivement et on montait des marches pendant la montée. De là où on était on voyait le village ou on a fait la pause. C’était incroyable. Puis quand on est sorti de la montée, on était encore sur la route. C’était très pénible, c’était très long. Mais on a réussi à aller dans des chemins qui longeaient la route, par une forêt très étroite. Il y avait plein de ronces à éviter, ce qui était compliqué. Avec quelques égratignures de rien du tout, je m’en sors puis on retourne sur la route. Mais très vite, on passe par des chemins de campagne, à un moment ça descendait beaucoup dans une forêt, c’était agréable il y avait plus d’arbres, des chevaux. On avait encore la vue de très près des montagnes mais aussi une vallée d’arbres. On avait fait une pause dans un parc, un chat est apparu il était trop mignon mais il était maigre du coup Kenia lui a donné à manger. Il s’est jeté dessus. Après ça on a continué notre route et là c’était chiant. On a fait que de monter des affreuses pentes raides qui ne terminaient jamais. Quand on a fait notre pause, on a vu encore la dame qui parlait français et elle disait que c'était encore loin. Elle n’avait pas tort mais c’était décourageant. Il était à peu près 13h, après la dernière pause on a continué à monter mais on savait que les prochaines marches allaient monter, c’est normal on monte en altitude. Je vous épargne un peu les dernières difficultés de marche dans la chaleur, mais je peux toujours parler du paysage rempli de vert, de champs et d’un ciel avec un peu de nuages et un soleil qui brille mille feux avec quelques brins d’air qui ne faisaient pas de mal. Au dernier effort, on a vu un village tout en pierre. On savait qu’il n’aurait absolument rien dans ce village. Encore plus paumé que les autres, un village tout en pierre. On est arrivé vers 14h et juste à côté de l’auberge, une femme nous attendait. C’est très bien l’auberge était tout au bout du village. Quand on est rentré, on a eu la surprise de voir le coréen alors qu’on ne l’a pas vu sur le chemin et surtout il était bien derrière nous et on ne l’a pas vu nous dépasser. Trop chelou, je me suis même dit qu’il a sûrement pris un taxi ou un bus. Mais il a dit que lui non plus ne savait pas comment il a fait pour nous dépasser. Il a pris la grande route, c’est sûr que c’est plus court parce que nous on prend différents chemins moins chiants mais un peu plus longs. Après cette incompréhension avant de faire toute chose, on va s’étirer. On entend le bruit d’une canette et on comprend tout de suite que le coréen est en train encore de boire de l’alcool. Il le fait tout le temps. Dans l’auberge on est plus seulement avec le coréen mais avec un monsieur qu’on a croisé sur la montée et un cycliste qui est arrivé à 16h. Une heure plutôt chaude pour faire les montées en vélo, enfin bon, Kenia a pris d’abord la douche, elle m’a dit qu’il n’y avait pas d’eau chaude et qu’il n’y avait que de l’eau glacée. Super. A mon tour de me geler sous la douche. Après ça on va se reposer après la courte nuit d’hier et cette marche qui a duré pour nous à peu près 7h et c’était 24 km. Il ne reste que 3 jours à tenir pour notre repos à Salamanque. On a trop hâte. Je vois bien que Kénia souffre des pieds vraiment. Sinon là on a bouffé dans le bar. Il servait vers 18h et comme on y est allé avant on a pu boire pour moi un coca, ça ne change pas et pour Kenia un ice tea. J’ai pris pour le repas un sandwich au jambon et à la tomate et pour Kenia un sandwich à la tortilla qui je le rappelle est au fromage. Ca devait être ultra bourratif mais c’est pas grave. On a croisé tous nos pèlerins qui mangeaient dedans pendant que nous on était à l’extérieur pour profiter du soleil. Après on est revenu à l’auberge. Kenia a trouvé dans la bibliothèque un livre français pour moi qui doit être pas mal. C’est de Melissa da Costa et le titre “La doublure”. Ça parle en bref d’une relation toxique et ça montre la face obscure de l’âme humaine mais aussi bien de la passion comme de la manipulation.

 

Kenia : On continue sur le GR100 mais on quitte la région autonome l'Extremadura pour Castilla y Leon où on peut enfin crapahuter sur les rochers au lieu de marche sur de la caillasse en ligne droite. On emprunte des petits chemins dans la forêt bordée de menthe sauvage et on passe au-dessus d’une rivière pour laquelle je troquerai volontiers mon sac contre un kayak. Au sortir de la forêt le chemin est rempli de loriots qu’on entend de tous les côtés et que je parviens enfin à apercevoir. C’est enfin agréable de marcher malgré mes ampoules en sang. Il doit faire 26°c. Il y a quelques nuages et beaucoup d’air, le matin est très frais, on démarre les marches en polaire, la goutte au nez. Lorsqu’on part avant 6h du matin, il ne fait pas plus de 7°c. On peut même apercevoir encore un peu de neige sur les hauteurs. On arrive à l’auberge à 14h, un peu tard, je n’arrivais plus à avancer. Elle est située à l’entrée du village où la propriétaire nous attendait. Elle nous a aperçu arriver en rentrant à vélo dont elle se sert pour faire les aller-retours entre l’auberge et le bar que le couple tient, lieu social. Le village est situé à moins de 2mn à pied. Il n’y a rien d’autre dans le village à part les boîtes à lettres et je me dis que je pourrais en profiter pour enfin poster mon courrier que je promène depuis dix jours.

En arrivant à l’auberge, on tombe sur le coréen, arrivé une demie heure plus tôt. On reste tous les trois figés interloqués. On échange un regard d’incompréhension avec N. Il était parti avant nous ce matin, nous disant qu’il était très lent. On l’avait rattrapé assez rapidement, doublé alors qu’il faisait une pause et on ne l’avait pas revu de la journée, lui non plus ne comprend pas comment il a pu arriver avant nous sans nous croiser. Au moins, il ne nous a pas oublié entre-temps.

Je file vite prendre une douche pendant qu’elle est disponible, il n’y en a qu’une pour le dortoir où nous sommes 4 avec le coréen (dont on ignore toujours le nom) et un espagnol que je n’apprécie pas beaucoup. La douche est mon moment de relâche après une journée de marche. Mais celle-là est loin d’être la plus agréable, l'eau est glacée et l’espagnol, bien qu’on entend parfaitement que quelqu’un est sous la douche depuis l’extérieur, me met la pression en essayant d’ouvrir la porte à plusieurs reprises. Lorsque je sors enfin, après au moins 10 mn d’attente intenable pour lui, je vois qu’il attend devant la porte les bras croisés, comme si tout lui était dû. On l’a croisé sur le chemin, il nous a dépassées en baragouinant un truc et en marchant très vite, le sac complètement penché à droite sur son dos. De derrière, il donnait l’impression d’être tordu. Il a dû arriver au moins une demi- heure avant nous, il avait largement le temps de prendre sa douche au lieu de commencer à me taper sur les nerfs. De l’intérieur on l’entend pousser des grognements, certainement parce que l’eau est froide. Il pense peut-être que j’ai pris toute l’eau chaude qui n’a jamais existé.

Ce soir, on mange au bar. Il n’y a rien d’autre de possible. On est entourées d’hirondelles rustiques avec leur cou tout rouge et N dévore un sandwich jambon tomate pendant que je pense à terminer le mien qui est à la tortilla. Un peu plus tard, on voit arriver nos deux compagnons de chambrée, et le coréen me demande comment s’appelle ce que je mange pour qu’il puisse demander la même chose. On revoit aussi la française qui erre dans le village puis les deux irlandais qui viennent faire leur partie de cartes. Il ne leur reste que trois jours de marche et semblent un peu moroses d’arrêter si tôt. J’aime beaucoup leur douceur.

Il est temps d’aller me coucher, je n’en peux plus. Pendant qu’on lit un peu, le coréen dont le lit est situé en face du mien, le téléphone allumé sur le ventre qui bip fort à chaque fois qu’il reçoit un message. Il ronfle déjà et j’ai oublié mes boules quies dans une auberge la semaine dernière. L’espagnol fixe son téléphone sur le lit, au-dessus de lui situé en face de N et lance ce qui semble être un programme télé, assez fort pour que tout le dortoir puisse l’entendre. Je commence un peu à pester, il n’est certes que 20h30 mais vu l’heure de mon réveil, j’avais pour ambition de m’endormir rapidement. Je prends sur moi en bouillonnant intérieurement jusqu’à 21h30 où après un changement de programme qui donne l’impression que le son est encore plus fort, je décide d’aller lui demander le plus gentiment possible, de au moins baisser le son, par respect pour les autres. Je réalise qu’il dort. Je m’en doutais. Ce c… s’est endormi en laissant allumé un programme télé comme s’il était tout seul. Pour finir, je le réveille brusquement et je lui dis d’éteindre son téléphone. Le programme télé est éteint maintenant les deux ronflent. Et toujours, des bips de messages. Les ressorts du matelas qui nous “charcutent” le dos vont finir de m’achever.

 

Vendredi 14 juin :

 

N : Ce matin, c’était compliqué. On a pas très bien dormi avec le mec qui ronfle et en plus met sur son téléphone la radio en espagnol qui était assez forte. Et le coréen avec son téléphone qui fait que vibrer et qui ronflait. Malgré ça, on s’est levées et on est parties. Il faisait très frais pour une fois mais tout a une fin. Les chemins qu’on prenait étaient tellement cools ; On a marché en pleine forêt parmi les enclos de vaches. On a vu des petites rivières qui n'étaient pas sèches, encore heureux. Les chemins n’étaient pas bien compliqués. Les flèches se voyaient et c’était toujours tout droit. Après la longue forêt, au bout de 2h de route pour arriver dans village où il n’y avait qu'un bar, on a fait notre première pause. On a vu le mec qui ronflait et le coréen est arrivé après. Il devait être 9h et le mec buvait de la bière comme toujours ; Nous on a remarqué qu’il buvait de la bière après les appels avec une meuf. On va sûrement mener notre enquête. Je vous en dirai plus si possible. C’est très drôle. Sinon moi j’ai pris comme toujours un jus d'orange et comme ils n’avaient pas de croissant, j’ai quand même eu les petits croissants emballés avec du Nutella. C’était trop bon et Kenia a pris du thé et des tartines avec de la confiture. Après la pause, c’est reparti. On a enlevé nos tee-shirts à manches longues. Oui à cette heure, il faisait bien chaud. Il y avait des montées qui n’étaient pas des pentes raides comme hier. C’était une montée en tourbillon. On est arrivées au 2ème village qui était à 2,5 du premier. On ne s’est pas arrêtées ici parce que déjà ce village est encore plus paumé que le premier. Il y a eu encore des routes très plates avec beaucoup de gros cailloux qui font mal. L’inconvénient d’aujourd’hui c'était la chaleur, pourtant il ne faisait que 29. On a continué sur des chemins en forêt et des chemins de campagne. On n’a pas vu de mouton mais plutôt des chevaux et des vaches. J’ai trouvé cette marche moins longue et surtout moins chiante. On a vu de beaux paysages, on est arrivées à Fuenterroble vers 12h, l’heure ou on peut manger dans un bar parce que ici il n’y a pas de supermarché mais des bars. On est arrivées pile au moment où il y avait une sortie scolaire. Plein de personnes nous disaient bonjour “hola”. A l’entrée du village, l’auberge était à 7mn. A ce moment-là, j’avais quand même très envie d’arriver. A l’auberge, c’est bien chaleureux. On a été accueillies par un monsieur. La pièce était grande et remplie de plein d’objets chrétiens. Pour les chambres, c’est séparément, les filles d’un côté et les gars de l’autre ce qui n’est pas plus mal. On a été accueillies par trois filles aussi qui étaient des migrantes. Ici, il les accueille et ils font partie de leur famille. Je trouve ça chouette. Elles parlent un peu français. Quand on a déposé nos affaires, on est allées manger. On avait trop faim. On a bu un coca et on a pris des frites avec des œufs (ils ont oublié les poivrons mais ce n’est pas grave). Après ça on est rentrées. A l’auberge, il y avait une cour qui était jolie. Il n’y a que des petites statuettes de Jésus et Marie, la Vierge Marie aussi et bien sûr des croix. Ce soir, vers 20h, nous sommes invitées à passer un dîner avec tout le monde. Eux ils préparent le dîner. Je trouve ça cool c’est le premier dîner qu’on a avec je pense plus de monde. Le dîner s’est bien passé. J’ai oublié de dire, mais au-delà de l’auberge, c’est une association qui recueille des enfants. Le monsieur nous a même dit que les trois filles qu’on avait vues faisaient partie de leur famille. C’est touchant.

Revenons au repas, on était autour d’une table avec les pèlerins, on avait des pois chiches, ensuite une salade avec du thon, des tomates, des oignons, des œufs et des sardines. Il y avait de grosses parts de tortilla et bien sûr du pain. En dessert, on a eu des nectarines et des petits gâteaux à la noix de coco. Tout était absolument bon. Le monsieur qui nous accueillait était hyper sympa. Une ambiance cool régnait là-bas. Après ce repas, on est parties se coucher. Demain on va le sentir passer.

 

Kenia : On prend une petite route depuis plusieurs jours le matin après deux ou trois heures de marche, suivant ce qu’on trouve, on s’arrête prendre un petit déjeuner dans une cafétéria ou un bar. Ce matin, on retrouve l’espagnol qui est parti juste avant nous. La gérante porte un tee-shirt bleu avec un loup dessiné au dos, tout droit sorti d’un marché des années 2000. Le bar est rempli d’étagères pleines de chips et de confiseries. En plus du jus d'orange de N que je pensais prononcer correctement, mais finalement non vu la manière dont on me regarde, à chaque fois je prends des réserves de chips. J’ai peur qu’on tombe à court de nourriture, je ne vois aucun supermarché pour faire les courses sur les prochaines étapes avant Salamanca. En revenant sur la terrasse, je découvre notre ami coréen qui vient d’arriver et d’ouvrir une bière. Il est 9h du matin. Il nous offre une banane, je nettoie mes pieds et remets les pansements et on repart. Mes pieds sentent autant le moisi que le cerveau de Cyril Hanouna. A la différence que je devrais pouvoir les soigner un jour ou l’autre. Le début du chemin est beau comme souvent on finit généralement sur les routes goudronnées. Je croise deux personnes, du regard l’une sourit, je le sais, juge mon look. J’ai mis mes sandales avec des chaussettes pour pouvoir marcher sans trop de souffrances tout en les protégeant. J’ai toujours été très critique des gens qui osent mettre des chaussettes avec des sandales ou des claquettes. Je suis bien obligée de reconnaître que c’est très confortable. N me le confirme, elle le fait tout le temps. Par contre, je reste campée sur ma position, on n’a vraiment pas l’air très fine. Ca fait partie des choix esthétiques avec lesquels je suis en total opposition, mais passons. On passe par un tout petit chemin, dans la forêt féérique avec un petit ruisseau, les fleurs partout, la lumière qui perce les feuilles des arbres, un petit pont et les morceaux de vestiges romanes. Et je trouve un nid d’oiseaux par terre, fait de lichen, de plumes et de crins de cheval que je m’empresse de ramasser. Puis je passe le reste du trajet à me demander comment je vais pouvoir le garder entier sans l’abîmer jusqu’à la fin du périple, juste avant l’arrivée dans le village, où on va s’arrêter on se retrouve nez à nez avec tout une famille de jeunes oisillons qui sautent de branche en branche. C’est la saison des premiers envols. Je le vois aussi dans les nids de cigognes. Je pourrais me planter à un endroit et passer le reste de mon temps à les observer. Je sens que l’attirance de N pour les animaux est un peu plus ténue. Alors on avance. En arrivant à l’auberge, je comprends assez rapidement où on va dormir ce soir. On nous installe dans une immense pièce pour prendre nos identités, une pièce très haute de plafond remplie de statuettes de Jésus à tous les âges. Notre hôte nous explique que c’est une auberge paroissiale qui accueille les pèlerins et nous invite à manger le soir avec eux ainsi que le petit déjeuner. Bien sûr, le dîner ne se fait pas sans une prière au début du repas mais les hommes (il n’y a que des hommes dans la paroisse ) qui nous ont accueillies, qui nous font à manger, font les pitres en permanence, ce qui réussit à me détendre un peu. On mange avec tous les autres marcheurs, Tonyo, l’espagnol qui s’est présenté après nous avoir cassé les oreilles, ne parle que de la marche, tout le temps. On sent qu’il fatigue aussi les autres. J’ai droit au visionnage des albums photos de toutes ses marches sur son téléphone. Albums photos en musique, avec le son au maximum.


Samedi 15 juin

 

N : On est à San Pedro de Rozados, 30 km ; Oui oui c’est juste énorme. On est parties tôt ce matin, justement parce que c’était long. On a longé un peu la route puis après c’était agréable. On avait la vue sur des kilomètres de champs. Le paysage était loin. Après le pic de montée on a dû redescendre. Là c’était une partie pénible. On était sur la route. On a essayé de contourner avec des petits chemins, mais il y avait trop de bois partout et il y avait des trous dans le sol que l’on ne voyait pas à cause des herbes hautes. C’était un chemin plutôt compliqué avec plein d’herbe qui piquait. On a fait une pause, on avait faim, mais on avait tout “bouffé”. On n’avait plus aucune énergie, mais il a bien fallu repartir. Il restait environ 20 minutes. Si on continuait à marcher dans le chemin, on gagnait du temps, au contraire par la route, on rajoutait environ 10 mn de plus. Après une pause, on a quand même continué. Ça ne montait plus, juste un chemin tout droit. Puis on a vu le village, un mini village où à mon avis, on en a fait bien vite le tour. Mais il fallait traverser une longue route plate pour y accéder.  Mais arrivées au village, on était un peu perdues. On ne savait pas où était l’auberge. Les flèches étaient mal indiquées, mais on a réussi à trouver. Sauf qu’il n’y avait personne dans l’auberge. On a su qu’il fallait retourner dans un bar pour avoir accès aux clefs et notre tampon sur notre livret. En rentrant, il fallait attendre la dame. Une éternité. Elle était je ne sais où. Au bout d’un moment, elle est venue et nous met le tampon et nous remet les clefs en nous disant que le repas est vers 19h. On a très faim, mais comme il n’y a pas de supermarché, encore ! on va devoir attendre. On est retournées à l'auberge. Direct quand on arrive, on a le pèlerin qui boite, qui ronfle et met sa radio espagnole. Sans surprise, on entend que ses ronflements et sa radio de plus en plus forte. On dépose nos affaires. Kenia l’a pris en photo, c’était très drôle. Quand l’heure est arrivée, on est reparties dans le bar où on a croisé la dame qui parle français et le mec qui ronfle est arrivé plus tard. Le coréen, on ne l’a plus revu. Dommage ! Pour le repas, on a attendu longtemps. Il y avait 2 menus, soit un plat avec du poisson et des pommes de terre, soit du poulet avec des pommes de terre. Moi j’ai choisi le deuxième et kenia le premier plat. En entrée, il y avait des pois chiches. C’était très bon. Ensuite des gens sont arrivés, une dame avec son bébé trop mignon, tout gros. Il m’a souri. A la fin du repas, on n’a pas mangé de dessert, mais la dame m’a donné un yaourt nature pour le lendemain. On est reparties à l’auberge, on a lu et dormi ensuite. Enfin on a plutôt essayé vu qu’il ronflait, il a éteint sa radio juste quand Kenia lui a demandé parce que pour lui ce n’était pas un problème.

 

Kenia : Au réveil, Manuelo, notre hôte, nous attend dans la cuisine à 5h du matin en nous faisant griller des tartines. Je suis loin d’avoir faim à 5h du matin. Et l’idée c'est d’être prête aussi tôt et de pouvoir partir tôt, pas de s’installer pour un festin matinal. Mais il insiste. Il y a plein de boîtes de gâteaux sur la table, de la compote de pêche faite par eux, des fruits, de la gelée de coin, du pain, des pâtes à tartiner. Il ne veut pas qu’on parte. On s’installe 20 mn avec lui et je me force à avaler un morceau de pain et un fruit avant, pour qu’il nous laisse partir. Il voulait qu’on attende qu’il fasse jour et qu’on prenne notre temps. Je me lancerais bien dans des explications pour lui dire que je ne mets pas un réveil à 4h30 du matin pour partir 4h plus tard et marcher 30 km sous le soleil, mais je lui dis juste qu’on s’en va, il est temps.

L’atmosphère était très douce dans cet endroit. Il y avait une chaleur familiale dans laquelle on se sentait bien. Mais mon cursus tolérance est assez limité lorsqu’il s’agit de vivre entouré de petits jésus qui te regardent de tous les côtés. Les premières heures de marche sont froides. J’ai toutes les couches possibles sur moi et toujours une petite goutte gelée qui pendouille à mon nez. Je n’arriverais à me réchauffer que lorsque le soleil sera apparu. En attendant, on avance devant une aube naissante couleur feu à l’horizon. Dans un champ, les vaches qui nous regardent toujours avec cet air intrigué et les lapins qui déguerpissent à notre arrivée. On passe un pic qui nous monte à 1000 m, entourées d’éoliennes qui font des bruits de montre à chaque brin de vent qui se lève.

En redescendant sous la torture de mes pieds qui me font de plus en plus souffrir, on découvre un paysage chamboulé par des travaux d’aménagement, des centaines d’arbres abattus de chaque côté de la route, au milieu des champs. On passe devant une très grosse ferme avec ses imposants cochons, toujours aussi morts de peur lorsqu’on passe à 5m de leur clôture. Comment leur en vouloir lorsque leur seul lien avec l’homme est celui de l'abattage.

Malgré le ciel bleu, je suis toujours frigorifiée lorsqu’on arrive à l’auberge où on retrouve Tonio. Je ne sais pas comment on trouve la force de commander son corps d’avancer lorsqu’on est à bout, mais on l’a fait. Je sens N commencer à fatiguer. Elle marche derrière moi malgré ma lenteur extrême. A notre arrivée, Tonio est endormi dans son lit, sur le dos, en position de cadavre, en train de ronfler avec son téléphone branché sur un programme tv, volume au maximum. Lorsqu’on le retrouve plus tard au resto, il dit à la serveuse qu’on est ses amis et que je suis très sympathique, avant de prendre un couple en otage pour leur parler de la marche, toujours en faisant les questions et les réponses. Le soir, je profite de mon capital sympathie pour lui demander de ne pas du tout mettre le son de son téléphone “mais tu n’entends pas de ton lit”. “C’est une seule et même pièce, bien sûr que j’entends ton téléphone quand tu regardes une vidéo”. Il l'éteint. Meilleure nuit depuis trois semaines.

 

Dimanche 16 juin

 

N : Dernière marche avant la pause ; On est parties assez tôt, parce qu’on savait que ça allait être ch … Au début, c’est très beau. On a assisté au lever du soleil. Il y avait deux chevaux, trop mignons. La vue était belle, on a traversé un village où il n’y avait rien, et à cette heure, rien n’est ouvert. A l’extérieur des maisons, il y avait des sculptures chrétiennes. J’ai trouvé ça très beau.  Puis après ça, on a continué, il y avait un autre village où on a pris notre petit déjeuner.  On a croisé une pèlerine qui parle français et qui vient de Suisse, mais elle parle plutôt anglais. Comme il n'y avait pas de jus d’orange, ni de croissant, alors j’ai pris un jus d’amande et du pain à tartiner avec de la confiture de fraise et du beurre. Après ça on est reparties, on a croisé aussi une dame, on s’est dit qu’elle était vraiment chrétienne vu sa tenue stricte et sa tresse, on ne l’a pas revue pendant la marche. Elle était derrière nous. On a grimpé un peu mais beaucoup moins que les autres jours. On voyait la ville de là. C’est très compliqué pour le moral de se dire qu’on y est presque alors qu’au final, pas du tout. Au bout d’un long moment, on a dû traverser une pente, très raide, et on a revu encore la grande ville. On y était presque, mais on a dû continuer tout droit. A cet instant, j’ai vu plein de vélos de partout et un vélo avec un gars jeune sans doute qui courait juste à côté.  Cette ville est encore plus immense que Merida, je suppose. L’auberge est très loin, on doit traverser tout une partie de la ville. On traverse un grand pont médiéval où en bas de ce pont, il y avait comme une course de chevaux et beaucoup de gens regardaient ce spectacle. On a continué, vu une belle cathédrale, juste immense. On se sent tout petit. A peine arrivées, qu’on voit que l’auberge ouvre à partir de 15h. Il était à peine 13h. Au bout d’un moment après s’être assises devant l’auberge, on décide quand même de manger. C’était chiant. Il fallait tout redescendre. Alors on a trouvé un restaurant qui faisait toutes sortes de toasts. J’ai choisi deux toasts au jambon et Kenia un toast aux oeufs brouillés et un toast à je ne sais plus quel goût. Mes deux toasts étaient très bons. Ici, le pain est baigné d’huile. J’ai mangé le toast aux oeufs parce qu’ils sont mis dans des petites tranches de jambon. Kenia a mangé un toast et a décidé de prendre en plus une salade. J’ai goûté la salade était salée mais très bonne. Il y avait des tomates, de la salade, des olives, des anchois. On a pris des boissons, toujours le même coca pour moi et ice tea pour Kenia. Après cela, on est reparties à l’auberge Trois pèlerins attendaient : le mec qui ronfle, un mec qui fait le chemin en vélo et une coréenne ou une chinoise. Dès l’ouverture, on est rentrées. On a été accueillies par un couple qui parlait espagnol mais entre eux en anglais. On devait déposer nos affaires en bas pour ne pas avoir de puces de lit. Alors on a dû prendre un seau pour mettre nos affaires. Ils nous ont ensuite mis un tampon sur le carnet. On a déposé nos affaires en haut. Dans la chambre, 4 lits superposés. Après avoir pris une douche et s’être un peu reposées pour écrire les cartes postales. Ensuite on est allées au supermarché, puis on a mangé. Mais ici, il n’y avait rien pour faire chauffer et comme on n'avait pas vérifié avant, on a pris des pâtes. On a dû trouver une solution. On a pris une sauce piquante comme à chaque fois. C’était très bon, on a pris du pain avec. Un repas un peu à la va vite. Après ça, la dame m’a proposé de dessiner. J’ai dessiné une énorme rose avec dessus un mec qui avait un emblème de la Colombie.  Ils nous ont expliqué que l’auberge fermait à 22h. Le soir juste devant l’auberge, il y avait un jardin rempli de lumière, avec des chansons, une dame qui se promenait, c’était Alice au Pays des Merveilles. C’était trop beau. Après on est retournées dans la chambre, j’ai lu et on a dû dormir parce qu’on a su qu’on ne pouvait pas rester dans l’auberge le lendemain. On devait quitter l’auberge le lendemain à 8h. La grasse matinée, on ne l’aura pas.

 

Kenia : Demain, marche de 25 km avant Salamanca, avant un passage aux urgences. Dès notre arrivée. Ce n’est plus tenable. Je vois bien qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Je prends des antidouleurs et avance le plus vite possible pour arriver rapidement. En arrivant devant l’auberge à 13h, on voit qu’elle n’ouvre qu’à 15h. Il faut qu’on attende 2h en allant manger un morceau avant de voir arriver un couple d’américains cinquantenaires pour nous ouvrir ainsi qu’à Tonio qui nous a rejointes, un cycliste et une japonaise qui marche depuis avril. C’est notre jour de pause, mais le couple nous dit qu’on ne peut rester qu’une seule nuit ici, il faut changer d’hôtel demain. On range nos sacs dans les casiers anti-punaises de lit, les premières qu’on rencontre et on file aux urgences pour mes pieds où on va rester deux heures pour au final ressortir avec un diagnostic ridicule “ampoules aux pieds. J’ai honte. Et en même temps, le médecin était un peu démuni d’en voir autant réunies au même endroit. Elles se superposent, se cachent les unes sur les autres, s’agrandissent entre elles, sèchent mais se développant en-dessous, se forment sous les ongles, comme un champignon qui se propage. “Il faut arrêter de marcher, vous en avez partout”. Il faut surtout qu’on me coupe les pieds et qu’on m’en mette de nouveaux. Mais effectivement, la solution pour stopper cette spirale d’ampoules est de faire une pause. Il m’enrubanne les pieds de gaz et de bandes remplies de bétadine et on repart. Le temps de rentrer, j’avais une nouvelle ampoule.

A notre arrivée à Salamanca, on découvre que c’est le dernier jour d’un festival d’arts mixtes et dans le beau jardin accolé à l’auberge, il y a une installation lumineuse de prévu le soir. On a de la chance car au lieu de faire la queue jusqu’à minuit pour rentrer, on a un accès privilégié à l’incroyable installation que l’artiste a créée. Un grand labyrinthe sur le thème d’Alice au Pays des Merveilles, un parcours féérique avec des décors qui mettent des étoiles dans les yeux, le costume exubérant de la reine de pique, celui, incroyable du lapin, une batterie de systèmes de vidéo, installations sonores et lumineuses viennent animer les décors déjà beaux. L’ambiance est douce, on a envie d'y rester. Je discute avec la japonaise qui m’annonce qu’elle a 63 ans, je lui en aurai donné 45. Les japonais sont vraiment très énervants pour ça. Depuis le dortoir, on entend encore la musique du jardin, elle me berce et je m’écroule. Les derniers jours avant l’arrivée étaient denses. Il y avait les petites bulles de pause avec le souffle chaud que les narines des chevaux qu’on croise me mettent sur la joue, les claquements de bec des cigognes qui résonnent dans la ville, ou la découverte que N a commencé à écrire une liste de “rêves”. Au commencement de la marche, je lui avais demandé si elle avait des rêves dans la vie, elle m’avait répondu que non. Ça m'avait un peu fait de la peine. Et sans en parler, elle en a commencé une qui s’allonge de jour en jour.

 

Lundi 17 juin

 

N : Réveil à 7h. Au début, j’ai cru qu’on allait marcher mais pas du tout, c’est la pause. On a fait notre sac, on s’est préparé pour dire au revoir à tout le monde et partir. On aurait déposé nos sacs pour aller déjeuner et récupérer le courrier. D’ailleurs, j’ai toutes les lettres et ça m’a fait très plaisir de tous vous lire. Pour le petit déjeuner on est allées au supermarché prendre du pain, des gâteaux et des fruits. Puis on s’est installées au soleil dans une magnifique rue. Il y avait deux filles qui se sont assises un peu plus loin et qui ont mis de la musique, bien sûr en espagnol, mais moi j'ai bien aimé. Ça change bien sûr. On est allées dans l’après-midi chercher un appareil photos, mais il n’y en avait pas. On a un peu découvert Salamanca qui est une très belle ville, mais ici on en fait vite le tour. Aujourd’hui, on devait se faire masser dans l’après-midi, mais elle était malade, donc on va essayer de le programmer pour un autre jour. En attendant, on a bu un coup (de l’eau pour nous deux) sur une terrasse au soleil. Puis on est revenues et on a pris le goûter dans la chambre. On s’est reposées. On est allées au cinéma pour voir Emily Watson. C’était sur sa vie. Je vous fais le résumé : sa passion le chant sauf qu’elle rencontre un mec dans un bar qui lui est avec une femme, elle le saura après d’ailleurs. Emily a une addiction : la cocaïne. Au fil de sa carrière, elle va en désintox, à la demande de son père. Mais elle en reprend bien plus tard et meurt d’une overdose. Le film est génial, c'était de 20h à 22h. Ici, il y a des films en VO que le lundi et le reste de la semaine, non. Trop chelou. Dans le film, ça parlait anglais et c’était sous-titré en espagnol, c’était compréhensif et au final ce film fait beaucoup réfléchir pendant et après. Sinon, à Salamanca finalement on est restées un jour de plus. Ça nous a fait du bien. Ici, c’est cool, il y a beaucoup de choses à faire

 

Mardi 18 juin

 

N : Réveil vers 9h et quelques. On a super bien dormi. On a pu obtenir un rendez-vous pour le massage chez la même dame vers 11h30, on s’est préparées puis ensuite nous sommes parties prendre le bus. Le temps était moche. On s’en est aperçues bien sûr, moi j’étais habillée comme en plein été. Quand on est rentrées, on a été directement dans la salle d’attente. Une dame est venue nous accueillir. J'avoue que j'étais un peu paniquée à l’idée de me faire masser. Mais la dame était très gentille. Ça a duré je ne sais pas combien de temps, environ 1h. C’était trop bien. Elle m’a fait un massage partout, elle m’a fait deux fois à la tête et au visage. Après cela, je suis allée attendre dans la salle d’attente pour que Kenia se fasse à son tour masser. Moi j’avais pris mon livre dont je vous ai parlé et je l’ai terminé dans cette salle. La fin du livre n’était pas une magnifique fin mais plutôt une fin atroce et une fin qu’on ne s’attendait pas. Après avoir fini ce livre, j’ai contemplé le ciel et malheureusement, il pleuvait beaucoup et je n’avais qu'un petit foulard pour me protéger qu. Puis on est rentrées, on a fait quand même des courses. A ce moment-là, on est rentrées vers 14h et quelques presque 15h. Alors j’ai dû attendre de manger pour aller appeler le psy dans la chambre. On a beaucoup parlé, j’ai dû raccrocher vers un peu plus de 16h. Après ça, j’ai pu quand même manger. Puis on s’est reposées. Ensuite on est allées écouter un concert de jazz. C’était une salle dehors, c’était tellement bien. Il y avait trois musiciens qui jouaient et un homme et une femme qui chantaient à tour de rôle. La soirée était vraiment cool.

 

Mercredi 19 juin :

 

N : Aujourd’hui encore on est à Salamanca. Aujourd’hui on a visité un musée d'Art Nouveau avec des sculptures faites en polystyrène, en bronze aussi. C'était magnifique. Différentes salles : une salle avec des sculptures et plein de salles avec des poupées, c'était étrange, certaines faisaient peur, d'autres étaient très belles, toutes bien habillées avec des habits d’époque. J’ai pris des photos des sculptures et des poupées. Ça a duré pas mal de temps mais j’ai trouvé ça pas mal. A midi on est allées manger au restaurant indien; À l'intérieur il y avait deux sculptures d’éléphant, une belle pièce avec des tables en bois. Avec les sculptures on était plongées dans l’Inde. Nous, on s’est mises dehors malgré qu’il faisait un peu froid par moments. On a commandé toutes sortes de plats pour goûter. D’abord il y avait comme un gros pain dans une corbeille : on en a pris un nature et un autre au fromage. Après on a pris un plat avec du riz avec une sauce à part, juste excellent, avec de la viande en sauce et quelques légumes. Après on est retournées dans la chambre. Moi j’ai pris un autre livre sur ma liseuse : Eva et les bêtes sauvages. Je l’ai rapidement lu, ça parlait d’une mère qui se plaçait dans son passé., ça parlait beaucoup d’addiction, de soirées, de prostitution, mais surtout de la dure réalité des pays pauvres. Ça se passait en Colombie, un livre que Kenia m’a choisi parce que je parle beaucoup de Colombie. Donc, ça parle de la pauvreté, des guerres et de l'épouvantable métier qu’elle fera, médecin là-bas. Enfin bon, après ça on s’est reposées.

PS J’ai déjà fini le livre que je viens de vous décrire, il est incroyable.

 

Jeudi 20 juin

 

N : Holà encore Salamanca Cela fait cinq jours. On a acheté un nouveau jeu de cartes.  Ce jeu est pas mal. Aujourd’hui, on est allées à la laverie pour laver et sécher nos fringues, là-bas en attendant on a joué aux cartes, on a mangé des biscuits dans la laverie en attendant. Dans l’après-midi on est allées dans une boutique vintage très classe. Il y avait des pinces à cheveux trop belles, en forme de chat et toutes sortes d’animaux, des boucles d’oreilles particulières. Un rayon vêtements mais c’était très grand, des chaussettes chelou et plein d'autres babioles aussi classe les unes que les autres. Kenia a pris des boucles d’oreilles qui étaient lourdes certes mais très belles, ça brillait de partout.

Après ça, on est allées au cinéma pour voir un film sur l’accouchement qui se passe à Madrid à une époque où une fille est placée dans un camp de redressement catho. C’est sa mère qui l’a envoyée là-bas parce que pour elle c'était une honte de voir sa fille enceinte sans se marier avant.  C’était surtout pour sa religion et la honte que sa mère avait. Elle se fait deux copines, une part chez un médecin pour avorter et son autre amie en bref meurt (se suicide) parce qu’elle ne peut pas avorter et que là où ils vivent n’a plus grand intérêt. Alors il ne reste plus qu’elle ; On lui enlève son enfant et on lui dit qu’il est mort, à la fin elle retrouve sa mère. Ça n'aboutit à rien alors elle part et se débrouille seule. Un film intéressant encore.

 

Vendredi 21 juin

 

N : La pause est encore plus longue que ce que je pensais. C’est vraiment long ici à attendre pour partir. On pensait partir aujourd’hui, mais non, alors on en a profité pour aller visiter le musée de Salamanca. Il est juste très beau. Je ne sais pas lequel des musées depuis qu’on est ici m’a le plus plu. Sans doute tous, aucune préférence. Dans ce musée, il y avait une partie moderne et une autre plus ancienne. D’abord, la partie ancienne où est notamment la partie sur le christianisme. Il y avait de belles peintures. En premier lieu, des peintures de la résurrection, quand Jésus vient à la vie, quand il meurt sur la croix. A côté de chaque peinture, il y avait des petites pancartes pour décrire les œuvres. En espagnol, c’était un peu compliqué. Il y avait une sculpture pas terrible de Jésus qui saignait de partout et dans une autre salle, Marie sous différents angles et différentes façons. Puis, des peintures de professeurs devenus prêtres. Après, tous les rois et reines d’Espagne exposés dans de jolis cadres ; et là on rentre dans un monde violent, mais toutes ses images sont fausses, c’est ce que m’a expliqué Kenia. Ça montrait des personnes avec un masque, toutes sortes de personnes, il y avait des vidéos de violences, des personnes par terre, blessées.

On est allées à l’extérieur où il y avait des sculptures en pierre sur le mur. J’en ai pris aussi des photos. C’était en marbre cette fois ! On avait la vue d’en bas, du jardin. Puis trois autres salles sur du moderne, encore des peintures religieuses mais récentes cette fois. Après cette visite, on est allées juste en face du musée où il y avait des murets, des abris, des bancs et il faisait beau ; On s’est installées pour discuter de ce qu’on a vu… Après on est allé prendre à manger (du riz, olives, pain de mie, tomates, fruits, gâteau au chocolat). Dans un parc qui était plutôt grand, on s’est installées sur un banc, il y avait beaucoup de monde.qui venait. On a pu écouter le livre audio, c’est la fin du livre. On a dû arrêter parce que pas loin il y avait trop de gens qui faisaient du bruit et hurlaient de partout. De ce que j’ai compris, il faisait une chasse au trésor. Pendant, ce temps, j’ai attrapé mon carnet et j’ai noté toutes les émotions en espagnol parce que juste après on allait au cinéma. On a dû tout redescendre pour prendre le bus et aller au cinéma vers 17h30. Quand on est arrivées on a pris des pop corns mais ce n’était pas précisé que c’était salé. On en a bouffé, mais je préfère le sucré au caramel. D’ailleurs, on n’a pas tout fini. C'était comme un dessin animé. C'était le numéro 2. Le 1 je l’avais déjà vu. C’est sur une fille où on voit dans sa tête les émotions (tristesse, colère, joie, dégoût) sauf que dans le 2 il y a 4 nouvelles émotions qui apparaissent (l’ennui, la timidité, anxieux et l’émerveillement). J’ai compris ça à la fin du film sinon j’avais compris les premières émotions et juste la timidité et l’ennui. Ça a duré jusqu'à peu près 19h et quelques. On s’était mises au 3ème rang parce que l'on savait qu’il y aurait des enfants. Franchement, ce n’est pas le meilleur film qu’on ait vu depuis qu’on est en Espagne. C’était un peu enfantin et je n'ai pas très bien compris. On a repris le bus pour rentrer. J’ai oublié de dire, on a changé de chambre. Déjà c’est deux fois plus cher et en plus ils nous ont mis un lit alors qu'on en avait demandé deux. Mais il n’y avait plus de place, alors on a dû faire avec. Kenia ce soir-là, a pris son matelas qu’elle a gonflé et le duvet. Moi, j’étais dans le grand lit. Toutes les deux, on a continué à lire de notre côté, comme on a fini notre livre audio. A la fin, c’était prévisible, mais c’était une fin malheureuse. C’est une bonne journée qui finit.

 

Samedi 22 juin :

 

N : On se réveille un peu plus tard que d’habitude, mais c’était nécessaire. On est toujours à Salamanca ça fait déjà une semaine qu’on fait une pause ici. Bref après s’être préparées, on va faire du sport dans un autre parc. En pleine forêt, on fait des étirements avec la vue en face d’une rivière et à notre droite un pont avec des touristes. Pour aller à cet endroit, on a quand même grimpé sur un tronc d’arbre allongé. Après notre séance, on est allées dans un supermarché faire les courses pour aujourd’hui et demain. On est passé à la papeterie mais 2 secondes. Puis on est reparties pour aller manger vers 13h dans le parc mais juste à côté cette fois. Kenia avait pris des pâtes toutes simples, pour moi des pâtes avec du poulet au curry. Juste trop bon en plus avec de la sauce piquante. Le ciel s’est un peu recouvert cette après-midi. Ah en Espagne, faut pas oublier le samedi tout est fermé à partir de 14h et le dimanche il n’y a rien, mais comme pour des grandes villes comme ici, il y a quand même des restos ouverts. Le temps de manger et de faire le blog, on est parties vers 14 h pour revenir juste le temps de mettre les courses dans la chambre et ensuite repartir. Kenia a vu qu’il y avait un bar où il y avait un concert vers 17h30. On avait le temps et juste devant le café, on a découvert un autre musée payant bien sûr. On a eu des audiophones où en gros un mec parlait de la visite. On devait appuyer sur un bouton pour aller dans chaque salle. Le problème c’est l’entrée, il n’y avait aucune porte et la voix continuait à parler comme si à cet instant on devait être à l’intérieur. On en a bien rigolé parce que chaque fois il nous arrive toujours un truc comme ça. En fait, la porte était juste là où nous sommes passées, en gros la porte principale. On l’a découverte grâce à deux meufs qui avaient elles aussi des téléphones et se dirigeaient vers l’entrée. On a visité en gros la maison du duc et auparavant du Roi et de la Reine. Je précise que dans le téléphone était heureusement pour nous, il y avait aussi la langue française. Il y avait un étage avec un escalier en bois.

Kenia a vu qu’il y avait un endroit avec de la musique, des lumières de partout et quelqu’un qui raconte des histoires. On s’est dit qu’on prendrait le bus. Mais avant tout, elle a de nouveau recherché, ce n’était pas à Salamanca mais dans les montagnes bien plus bas de Salamanca. On s’est dit qu’on allait tout simplement rentrer. Arrivées dans la chambre, on a mis de nouveau un livre audio. Ca parle d’une femme qui rencontre un mec ennuyeux parce qu’elle était déprimée mais ne l’aime pas. Lui tout ce qui l’intéressait c’est lui et sa grande personne. Il y aura une morale à tout ça. Elle rencontre un autre homme sans que son mari le sache, on verra bien ce que ça donne. On a mangé pratiquement la même chose : riz, tomates et olives. Ce soir, on a inversé, Kenia a pris le lit moi j’ai gonflé mon matelas et j’ai sorti mon duvet. A demain

 

Dimanche 23

 

N : C’est reparti pour la route. Enfin. Déjà une semaine là-bas. . Aujourd’hui, c’est une marche de 15 km. De retour dans les paysages de broussailles. J’ai trouvé ça plus long alors que 15 km on les a faits en pas beaucoup d’heures. ça fait bizarre tout d’un coup de remarcher. Première fois que j’ai des courbatures aux jambes, sans doute le sport et les étirements faits avec Kenia. C’était le désert, rien autour à part un petit village. Ils étaient en train de gonfler une piscine et ils mettaient un circuit de jeux d’eau pour les enfants. Quand on est passé, il y avait un bar et le dimanche tous les gens du village riaient, discutaient dans le bar. Il y une femme qui nous a dit “bon camino ! Aujourd’hui, on a voulu camper, c’était prévu. On a n’a pas campé depuis le 11 juin depuis l'anniversaire de Kenia. ça remonte ! Il y avait peu d’ombre. On est parties à 9h, c’était la première fois. On n’avait pas prévu qu’il fasse si chaud, certes moins chaud qu’avant. Sinon que dire de plus sur le paysage à part que c’est encore moche et qu’il n’y a que des herbes sèches. Quand on est arrivées au village, on a voulu aller dans un bar. On a regardé sur un plan où l’on pouvait camper. Finalement, on décide de ne pas camper, parce qu’il n’y a pas d’ombre, pas de coin pour poser la tente et aux alentours, il n’y a que des champs jusqu’à Zamara, ce qui veut dire que demain et les prochains jours, on va avoir que des champs et des villages perdus où il n’y a pas de supermarché, mais bon, on avait vu qu’il y avait une auberge. Donc, déjà on est arrivées vers 14h. Pour le bar, Kenia a voulu prendre un sirop de menthe mais il n’y en avait pas. Du coup, on a pris des boissons comme d’habitude plus deux bouteilles fraîches. Pendant ce temps, on a joué aux cartes. Quand on est parti du bar, il devait être à peine 16h. L’auberge n’était pas encore ouverte. Kenia appelé et ils ont dit qu’ils arrivaient dans pas longtemps. Quand on est rentrées dans la chambre, il y avait 4 lits superposés. On a pris un lit en hauteur, puis il y avait un salon, il y avait une petite cuisine, 2 salles de bains, hommes/femmes et une terrasse. On s’est installées, avons fait nos étirements. J'avoue que ça fait mal en plus avec les courbatures. J’ai déballé mon sac pour le refaire, lavé mes fringues et suis allée me doucher. Ensuite, on a écouté le livre audio en même temps qu’on mangeait. J’ai fini les deux sandwichs aux oeufs, thon, jambon, fromage avec un fruit au dessert. Il était vers 20h, on a éteint la lumière pour lire chacune de notre côté avec nos liseuses. Je tiens à préciser que nous sommes à Calzada de Valdunciel.

 

Kenia : c’est reparti. De retour sur les chemins d’un ennui mortel qui longent l’autoroute encombré des déchets laissés par les gros crados, c’est reparti aussi pour baver devant les centaines de figuiers et mûriers qu’on croise et qui me rendent frustrée à l’idée de savoir que d’autres en profiteront parce que, pour le moment, rien n’est mûr. Mais j’avais hâte de repartir, retrouver les gros cadavres de serpents sur la route (j'espère secrètement pouvoir en apercevoir un vivant quand même un. On avait croisé un gros lézard vert fluo en train de bronzer au milieu d’une route, mais jamais de serpent). Les jeunes milans apprennent à voler, ils volent bas juste au-dessus de nos têtes. Je regarde leurs possibles plumes qui pourraient s’en détacher mais pour le moment, échec. Pendant que je cherche désespérément la présence d’animaux et que je m’extasie dès que j’en croise un, N a dévoilé sa deuxième passion après JC, les bébés et les enfants. Me voilà bien “mais regarde, il est trop mignon, il tient des clés dans sa main”. Oui, super, génial, vraiment

Pour ce jour de reprise, j’ai blindé la protection de mes pieds. Premièrement, j’ai changé de chaussures pour la troisième fois. Je fais les pansements que l’urgentiste m’a dit de faire, je recouvre de scotch américain pour que le frottement glisse dessus (merci aux randonneurs en montagne) et je recouvre de vaseline toutes les parties sans protection. J’ai les pieds qui ressemblent à des pieds de Robokop.

A chaque pause, j’aère mes pieds, fait sécher mes chaussettes et remets de la vaseline et je découvre ce que c’est de marcher sans douleur, c’est incroyable.

La première étape est gentille. 15 km pour arriver dans un trou perdu et on est seules dans l’auberge. Le gérant semble avoir une très forte dyslexie en plus d’un possible cancer du poumon vu sa voix et sa respiration. Il s’obstine à écrire mes deux prénoms sur le reçu, Charlotte se transforme en Chaltorre.

 

Lundi 24 juin

 

Kenia : Terminé les champs de vaches, les troupeaux de moutons, les gros patous et les chênes-liège,on passe aux cultures intensives sous arrosage automatique à perte de vue. Heureusement, il est toujours possible de trouver un peu de charme à ses bêtises humaines. On commence à marcher de nuit pour éviter les grosses chaleurs qui arrivent. L’aube est assez magique peu importe le décor, les lumières sont différentes tous les jours.

Ce matin, c’est une lumière dorée scintillante qui vient se poser sur les étendues de blé. Et puis, soudain, une petite tête qui me fixe et se met à bondir hors les blés. Impossible de voir précisément ce qu'il était, à chaque bond il disparaissait dans les blés. Sur le chemin depuis quelques jours, j’essaye d’imiter le chant des oiseaux. Un désastre. Je ne sais pas du tout siffler. Je m’en fiche, personne ne m’entend et heureusement. Je suis ridicule. Et question ridicule, j’en connais un rayon, surtout depuis qu'on a commencé la marche. N ne m’aidant pas beaucoup dans ces moments-là, il nous est arrivées plusieurs de nous sentir très bêtes.

 

Mardi 25 juin

 

N : Holà ! Arrivée à Zamora ; On a brûlé une étape parce qu’il n’y avait pas de supermarché ni de bar, ce qui veut dire qu’on aurait crevé de faim. Dommage, ce village était à 14 km à peu près 3h de marche, pour aller à Zamora c’était 19 km. Au total, on a parcouru 32 km. C’est énorme. J’ai pris plein de photos. Au départ, on passe dans une forêt plutôt desséchée et des troncs au milieu de la route. C’était un chemin de terre dure remplie de trous avec de l’eau sale. A notre droite, on a le chemin de fer et à notre gauche, la forêt. Plus loin il y avait des champs. On est passées par plusieurs forêts, au bout de la marche, ça montait un peu comme une colline mais en moins pénible. On a fait une première pause vers 9h30, sachant qu’on est parties à 6h30. Donc les 14 km étaient plaisants en plus on a vu de nouveau des vaches. Arrivées donc au premier village, où on devait s’arrêter, c’était tellement mort, personne, rien n’est beau. Tout est grisâtre avec des vieilles maisons en pierre. On en ressort rapidement, sans pause. Au bout d’une heure environ après le village, on passe dans un autre village où on pouvait faire une pause dans un café. Un paysage comme d’habitude devient un chemin de campagne, on voyait le village au loin, c’est démoralisant. On s’est installées dehors, pris un coca pour moi un ice tea pour Kenia, du pain et pour moi, je ne sais pas le nom c’était deux coques comme dans les moules avec par-dessus du poulet, un délice. C’était notre grande pause. Après on a traversé un mini village par une grande route et ça montait. Très chiant, c’est dûr. On devait bifurquer à gauche pour prendre une route très droite remplie de chardons, de trucs qui piquent sous la chaleur écrasante, une chaleur qui brûle de mille feux. On a quand même fait une pause parce qu’il restait encore 5 km. Pas trop d’arbres ni d’ombre. Les 5 km étaient très longs. On voyait la ville de Zamora qui est immense. Je ne sais pas quelle ville des trois (Mérida, Zamora, Salamanca) est la plus grande. En fait c’est une grande route désagréable.  Paysage toujours pareil, route remplie de cailloux. J’essayais d’esquiver les plus gros, mais bon c’est un peu un échec. La chaleur nous ralentissait et pour ma part une fatigue beaucoup trop. C’était pesant et fatigant et puis pour manger, je n’avais que des biscuits au chocolat, des fruits et c’était tout. Malgré ça, on a tenu bon. Quand on rentre dans Zamora, c’est très joli, il y a des rivières partout, beaucoup de bars, de restaurants, de monde aussi. De très belles maisons et beaux bâtiments nous entouraient. Il y avait des coins d’eau pratiquement tous les mètres pour reprendre de l’eau et se rafraîchir.  On a traversé la ville, on devait marcher sur un pont et arriver à l’auberge. Mais le pont était fermé pour cause de travaux, donc on a dû faire tout le tour et prendre un autre pont, mais avant on s’est arrêtées dans un bar pour boire et repartir. J’ai pris une photo d’en dessous du pont parce que la rivière passait par là. Sur le pont, il y avait des planches pas très solides. Je me suis même demandé si ça n’allait pas tomber, mais tout va bien si je vous écris c’est qu’on est en vie. On est enfin arrivées à l’auberge en remontant une allée, ça montait un peu en colimaçon. Arrivée à l’auberge, on a été accueillies par une dame et un mec nous ont mis le tampon sur le livret et nous ont montré la chambre. Rien d'étonnant, juste deux lits superposés et deux tables de nuit. Ils nous disent que l’auberge ferme à 22h. En bas, en descendant les escaliers, il y a la cuisine et le salon. Pour les pèlerins, ils donnent de l’eau en bouteille, du sucre et du lait et pour demain, on aura un petit déjeuner offert.

On est arrivées vers 16h, j’ai vite pris ma douche pour aller appeler la psy à 17h30. Après on est allées juste en face pour visiter un musée de 3 étages de choses anciennes. J’ai pris des photos. On a vu un monsieur qui faisait le camino del Norte, c’était son 42ème jour. Il a dit qu’en Espagne, il prend un peu d’eau qu’il se met sur le front, j’ai compris que c’était pour se protéger du mal. Il était très gentil. Bien après on est monté et moi vers à peine 21h, je dormais déjà. A demain

 

Kenia  : Ça sent l’été sur le chemin,  c’est la première fois même si les petits crapauds pleins de sable font toujours les mêmes bruits de bulles. J’ai découvert que j’ai été victime d’une énorme tromperie, crédule que je suis. Ce que je croyais être des mésanges huppées étaient en fait des cochevis huppés. Je les aime bien et j’ai bien ramassé leurs coquilles d'œuf trouvées par terre, même si je ne parviens pas à les garder entières plus de 24h.

On a marché 32 km aujourd’hui. Il faut que je pense à des choses et que je m’occupe, l’étape n’est pas très agréable et il recommence à faire chaud en fin d’après-midi. On arrive épuisées à Zamora, une jolie ville taillée dans une roche striée de plusieurs couleurs avec de très nombreuses églises romanes et un fleuve en bordure où les canards font le toboggan sur les petites cascades et où tous les rochers sont occupés par des cormorans, hérons et cigognes. Mais en arrivant, on est tellement vidées, épuisées que c'est difficile d’en profiter. Je n’ai qu’une envie me mettre sous une douche froide. Je sens mauvais plus que jamais. On est accueillies dans l’auberge pour pèlerins où on ne rentre qu'en possession de plusieurs credentials, le passeport du bon pèlerin,  par deux jeunes cathos tout sourire et beaucoup trop joyeux pour la situation. Mais tout de même, ils sont gentils ces cathos bien qu’un tantinet dans l'exagération, à nous laisser des petits mots d'encouragement pour notre journée de marche, la seule fois où on a été reçues avec des petits déjeuners de reines. C’était dans l’auberge paroissiale remplie de petits jésus. Celle-ci est accolée à l’église en haut de laquelle est toujours perchée une famille de cigognes, comme une présence rassurante partout où je passe. Je leur découvre un nouveau cri en plus de leur claquement de bec. Grosse passion cigogne mais uniquement parce que je ne vois plus beaucoup de vautours, c’est toujours eux les meilleurs

Je trouve quand même un peu d'énergie pour embarquer N au musée ethnographique de Zamora.qui me fait de l’oeil et on fait bien. On découvre les tenues locales traditionnelles du XVIII° et XIX°s, les outils et instruments de musique entièrement taillés et gravés dans le bois et la corne, des masques ibériques et des amulettes par centaines les moins sculptées, les pattes d’animaux, les grosses compositions de “trucs” entourés de broderie, je suis totalement fan.

 

Mercredi 26 juin

 

N : Buenos Dias. Aujourd’hui, c’est 19 km. On s’est levées plus tard vers 7h. pour prendre le petit déjeuner. J’ai pris du pain de mie avec de la confiture de fraise, une pêche, un petit gâteau et du lait froid dans une tasse. Après ce déjeuner hyper, il y avait un petit mot sous les assiettes ”buen camino” avec un smiley ???????????? qui veut dire bonne route. Après on a dû partir. On a mis du temps pour sortir de la ville, il ne faisait pas froid, la température augmentera plus tard.  Au début, c’était une grande route avec plein de voitures, encore très chiant, puis  on est passées  dans un chemin en longeant l’autoroute. Je vais beaucoup dire dans ce blog “chemin moche” ou encore “chiant”, mais c’est tellement ça pour l’instant. Alors on a traversé une route toute droite avec plein de cailloux. J’ai croisé un mec qui avait garé sa voiture qui m’a dit “holà”. Il m’a dit qu’il faisait très chaud et qu’on devait faire attention, c’était gentil de sa part. On a traversé un petit pont, on a tourné à droite pour prendre une route basique, chiant ; Quand on est descendues, il y avait des travaux mais on pouvait passer. Encore une longue route pour rejoindre le chemin.: toujours la chaleur, aucun arbre. Il y avait des dos d’âne, on ne voyait plus la fin. Puis on est passées à gauche pour prendre une route. Si vous voulez vraiment savoir, il y avait des champs de blé moisi et des champs à perte de vue, de la terre séchées avec des trous partout. L’horreur, sachant qu’en haut, ça renferme la chaleur. Ensuite, on est montées sur un énorme pont qui descendait. Puis on est allées à droite, on a fait une pause de 1h après les travaux dans un parc où il y avait des bancs et des tables à l’ombre et des jeux pour enfants. Je ferme la parenthèse. Nous cherchons de l’ombre. J’ai trouvé un arbre mais au soleil avec une vue sur les champs. J’ai vu un lièvre passé, j’ai voulu prendre une photo, mais trop tard, il était parti.  A ce moment-là, j’attendais Kenia au soleil. J’étais cramée dans le sens que j'étais fatiguée. J’ai mangé mes dernières pêches qui restaient, des fruits secs et une orange. Je pensais qu’on allait faire une  autre pause mais il restait en principe moins d’une heure pour y arriver. Alors on n’est pas restées longtemps et heureusement car le soleil tapait de plus en plus fort. Là encore on avait une montée remplie de cailloux, puis une ligne droite longue. Trop épuisant. Il y avait une vue sur le champ de panneaux solaires, le truc vraiment moche à regarder. On a dû traverser encore un chemin le dernier avant un peu d’autoroute. Je m’étais trompée en plus de chemin, j’ai dû tout remonter. Pour l’autoroute, c’était long. Au bord de l’autoroute, il y avait une auberge. Enfin. On est arrivées au village paumé. En deux secondes, tu n'es plus à Montamarta tellement il n’y a que des maisons. Arrivée à l’auberge, il y a plusieurs lits qui étaient séparés par un mur, une salle de bains hommes/femmes. Un côté pour laver nos fringues et dehors pour les étendre et un salon plutôt grand sans cuisine. À14h, le supermarché est fermé et ouvre qu’à 18h, on a décidé de manger au restaurant. Avant ça, je me suis lavée, j’ai lavé mes fringues, et les ai étendues. Après on est parties, il fallait longer l’autoroute pour rapidement passer à gauche au restaurant. Il y avait des tables dehors. On a voulu s’asseoir, sauf que quelques minutes plus tard, Kenia avait mal aux yeux, la lumière était trop forte. Donc on est retournées à l’intérieur avec la carte pour commander. J’ai pris un hamburger à la viande et au fromage, il n'était pas si gros que ça, Kenia a pris des frites et une grosse salade. Comme j'avais encore faim, j’ai pris la plupart des frites avec du ketchup et une petite partie de la salade. Il y avait des olives, des tomates, des oignons, des feuilles de salade. C’était parfait, comme boisson de l’eau gazeuse pour Kénia et coca pour moi. On a recroisé le mec dont je parlais dans le blog d’hier, il est venu nous dire bonjour. Il nous a montré des photos du gosse de son pote. Il a dit aussi que c'était dur.

Moi je ne vous ai pas dit c’était dur pour moi aussi, mais j'ai mal au dos, aux jambes et bien sûr aux pieds. Je suis obligée d’en parler. Sinon il nous  a dit “buen provecho” qui veut dire en français “bon appétit”. Je l’avais vu sur un carnet pour apprendre l’espagnol. J’étais assez fière de moi, même si ce n'est pas grand-chose, mais c’est la première fois que j’ai répondu un truc bien et que je connaissais. J’étais obligée de le partager. Passons, on a vu qu’il y avait la clim sur nous, j’avais trop froid. On est reparties à l’auberge et là c’est le repos, il y avait un autre pèlerin qui dormait et qui ronflait. Je sens que la nuit va être dure même si ce n'est pas de sa faute. On était chacun dans notre lit, en train de faire le blog, puis après de lire la suite de mon histoire sur ma liseuse. Après avoir lu, on a fait une séance d’étirements, puis après il était un peu plus de 18h, pour aller au supermarché. Il pleut beaucoup, on est un peu trempées quand on arrive au supermarché qui est petit, donc grand-chose. Comme il n’y avait pas de cuisine, on a pris des gâteaux pour demain, et une mini salade avec des petits pois, des carottes, des poivrons et des haricots dans une sauce. Finalement, on revient trempées. Finalement il y avait une cuisine. Bon, j'ai mangé ma salade et j'ai pris du pain avec du chocolat en guise de dessert.

Je vous écris du salon sur la table, il est 20h35. Après je pense lire, puis dormir. Demain on a regardé le chemin, il est encore moche, c’est mort. Attendez-vous à avoir des pages de description. Mais bon, il faut être positive, sinon on a le moral dans les chaussettes et puis c’est mieux de trouver un truc positif que d’être toujours dans le négatif. On verra tout ça demain. Je vous laisse avec mon récit. A demain

 

Kenia : Cette nuit j’ai rêvé que crevette, une de mes deux super chatonnes, était un écureuil qui me suivait partout. Depuis j’ai un gros coup de blues, je suis en manque de lien animal, c’est dur.  Je prends conscience que c’est la première fois que je pars longtemps sans en avoir au moins un sous la main. Partout où je suis partie plusieurs mois, j’ai toujours été entourée d’animaux sur place. Je n’avais pas assez considéré le problème de l’itinérance à ce niveau-là. J’ai les larmes qui me montent aux yeux. Le chemin est d’une monotonie abyssale. N est très loin devant pendant que je bloque sur les cailloux par terre. D’ailleurs, j’ai mal au dos. Mon appareil est bien plus lourd que le premier et tous les cailloux que je ramasse pèsent un peu trop sur mes épaules. On s'arrête dans un village où il n’y a absolument rien mais où on retrouve Eugenio, un adorable marcheur de 79 ans qui en 2012 avait rencontré une autre accompagnante de Seuil qui marchait avec deux jeunes. On arrive à bien se lier malgré mon pauvre espagnol qui stagne et son maigre français qu’il devait parler pour communiquer avec les fournisseurs pour son boulot. Une cigogne est là sur un pylône électrique juste à côté de l’auberge et un orage pointe enfin le bout de son nez

 

Jeudi 27 juin

 

N : Aujourd’hui c’est 23 km pour aller à Granja de Moreruela. Au début, on traverse donc le village de Montamarta. On avait devant nous le mec qui nous parlait à chaque fois. En sortant du village, un lac trop beau où j’ai pris une photo. Sachant qu’on s’est levées à 5h30 pour partir aux alentours de 6h, il faisait assez frais.  On prend une pente remplie de cailloux puis après c'est tout droit avec des chemins avec des cailloux.

On a pris ensuite un mini tunnel pour passer en-dessous de l’autoroute. Il y avait des graffitis bien dessinés j’aurais dû prendre une photo. De nouveau, on est sur un chemin plein de cailloux et avec des flaques d’eau. On a traversé un pont, des chemins différents, un peu boueux par moments avec des herbes encore mouillées. Il y avait quelques nuages qui couraient, du soleil et un petit air. On continue tout droit et j’arrive devant un lac très beau où j’ai pris une photo, d’un bleu éclatant avec plein de végétation autour.  Il y avait plein de chemins, moi j’ai continué tout en haut où il y avait plein d’arbres et juste devant un autre lac tout aussi beau, j’ai pris une autre photo et je me suis posée là pour attendre Kenia. Il devait être 9h30. J’ai vu un rapace passé au-dessus de moi pris en photo également. Il était magnifique. Après il y avait plein de chiens de garde qui déboulent tous en même temps. Au bout d’un moment, j’ai attendu Kenia (1h), je me suis dit qu’il y avait forcément un problème. Alors j’ai tout redescendue avec mon sac pour voir où elle était et si tout allait bien. Je suis descendue tout en bas de la colline, mais pas de Kenia, alors j’ai décidé de retourner sur mes pas. Près de la deuxième rivière, j’ai décidé de marcher en suivant les flèches mais je trouvais ça chelou de ne pas la voir. A un moment donné, je vois une dame avec deux chiens. Je l’interpelle et lui demande si je peux appeler de son téléphone Kenia. Je lui explique la marche. Tout ça en espagnol. Je me suis bien débrouillée. Quand j’ai appelé, ça disait : ligne occupée. La dame m’a dit de continuer que ce n’était pas grave. Elle a fait un bout de chemin avec moi, puis je suis repartie seule et l’ai remerciée. Le chemin était moche. Je me suis trouvée courageuse pour la marche d’aujourd’hui comme quoi avec du recul, on trouve toujours une qualité qu’on n’a pas trouvée chez soi avant ça. Donc, j’ai fait pour la première fois, une marche seule. J’ai réussi et de toute façon, c’était à chaque fois indiqué.

J’ai fait une pause. Je suis passée par un premier village où j’ai juste longé les maisons pour ensuite retrouver un champ avec une usine de cochons. ça pu de fou.  J’ai passé par des chemins, des villages. Après j’ai dût encore passé sur un pont où il y a l’autoroute en dessous.Il ne restait pas longtemps, il y avait une dernière montée et quelques  arbres autour. Je trouvais ça long cette dernière route. J’ai vu un bar et je me suis dit que c’était ici qu’il fallait passer. Je me suis installée dehors bien contente d’enfin m’asseoir. Je n’arrêtais pas de penser où était Kenia et comment on s’est perdues de vue. J’ai rencontré une dame et lui ai demandé où était l'auberge ; elle qui m’a fait rentrer dans le bar, a pris les renseignements sur ma carte d'identité et j’ai payé l’auberge. Elle m’a donné les protections de lit et m’a indiqué où était l’auberge. En gros avant l’église. Je suis arrivée vers 12h30, suis rentrée dans l’auberge, c’est assez bien. On a une salle de bain et juste devant les chambres avec des lits superposés. Il y avait déjà le mec gentil dont je vous ai déjà parlé et un autre qui s’appelle Ramon. Lui je retiens parce que jamon c’est le jambon et c’est la même prononciation. J’ai déposé mes affaires et j’ai expliqué que j’ai perdu Kenya. Vers 13h30 on entend une porte et c’était Kenia. Tout le monde s’est retrouvé sourire. Je ne pense pas qu'elle s’attendait à ça, vu sa surprise. Direct, on s’est raconté comment on a bien pu se perdre. En fait, tout simplement, il y avait plusieurs possibilités de chemins et elle en a pris un autre que le mien. Elle s’était arrêtée à un bar pendant 2h pour m’attendre au 2ème village et elle m’avait fait un mot qui disait de continuer, mais moi je ne l’ai pas vu. Bref, sinon on est retournées au bar pour qu’elle mette le tampon et des draps pour Kenia. On a mangé, moi j’ai pris des pâtes avec de la sauce tomate en entrée et après du poulet avec de la salade. Je n’ai pas tout mangé parce ça faisait beaucoup. On a commandé une bouteille d’eau fraîche. On est reparties dans l’auberge. On s’est douchées, puis je suis allée à l’étage où il y avait une table et des chaises avec juste un micro-onde et un frigo. J’ai lu sur ma liseuse et j’ai aussi écrit le blog. Vers 17h, un mec revient, un italien. Il crie beaucoup comme un espagnol. Il m’a demandé où était sa chambre et j’ai dit en bas. Kenia est revenue rapidement. Elle avait à peine dormi 5min tellement il parlait fort. Vers 19h, on est  allées au supermarché, mais on ne l'a pas trouvé tout de suite. Il était juste à côté de l’auberge sauf qu’il y avait du monde dedans et c’était tout petit, donc il fallait attendre à l’extérieur sauf qu’il était tellement petit qu’il n’y avait rien à manger.

Mais l’italien et les autres m’ont dit qu’au bar ils faisaient des sandwichs pour manger ce soir.

On est retournées au bar. J’ai récupéré la pochette de Kenia et la mienne pour faire les comptes, le blog. En attendant 19h30, j’ai demandé une glace. Un magnum chocolat blanc et pour Kenia un coca. On était dehors avec l’italien qui parlait avec Kenya, il disait  que c'était le  pire  camino parce qu'il y en avait de beaucoup plus beaux. Moi ça m’a démoralisée, même si je sais que pour l’instant c’est moche, mais bon.

Puis après on avait trop chaud on est allées dedans et c’était l’heure pour commander. Kenia voulait un sandwich à la tortilla, la  dame a dit que c’était qu’au fromage et au jambon, sauf qu’après elle lui en a fait 2. Elle était très gentille. Moi j’ai eu 2 sandwichs. L’italien m’en a donné. A 20h on est parties pour de bon. Et là c’est l’heure de dormir. J’étais épuisée par cette marche. Juste avant notre amie trop sympa m’a fait beaucoup rire, comme il avait pal au pied, en s'asseyant il faisait “oh jésus” et en plus avec la prononciation en espagnol, même Ramon, rigolait. Après j’ai dormi direct. Depuis que je marche, je fais vraiment des siestes quelques fois, ce que je ne faisais jamais avant. Je dors direct dès que je me pose. Sur ce, à demain pour vous raconter d’autres trucs.

 

Kenia : On part en même temps qu’Eugenio ce matin qui nous distance assez rapidement. N prend aussi son rythme alors qu’au bout d’à peine une heure, je commence déjà à m’arrêter pour prendre des photos. Le ciel après l’orage est duveteux, on a une boule de feu qui s’élève à l’horizon sous le ciel gris foncé au-dessus de l’autoroute, mais surtout la pluie a ramolli la terre rouge et permet aux animaux de passage d’y laisser leurs traces.

On se dirige vers un village à quelques kilomètres à l’est de la frontière portugaise. Le chemin passe proche le long d’un lac de retenue d’un barrage où on aperçoit des ruines grandioses sur les hauteurs du lac. Avec le soleil qui se lève, c'est magique. Mais depuis plus d’une heure, je n’ai plus vu N devant moi, ni derrière. On a dû prendre deux chemins différents, j’ai vu sur la carte qu’il y en avait plusieurs, mais qui finissent toujours par se rejoindre. Il n’est que 9h du matin donc je laisse un mot à N sur un panneau qui indique un bar à 300m et me pose dans celui-ci une heure et demie pour l’attendre au cas où elle passerait par là. Je me sens bien aujourd’hui, il ne fait pas trop chaud, le paysage est beau, je croise un âne, je n’ai pas mal aux pieds, tout est parfait. Pas de N, je repars, de toutes manières, elle sait où on va et le chemin est extrêmement bien indiqué comparé à d’autres qu'on avait eus.

Je traverse un second village désert et me retrouve nez à nez avec un paon au milieu de la ruelle qui court se cacher derrière une voiture. Je passe doucement à côté de la voiture et le voit ressortir à toute vitesse de l’autre côté avec une longue traîne. Un petit moment suspendu. Je continue mon chemin et je finis par arriver assez tard à l’auberge. Quand je pousse la porte, il y a tout le monde qui me dévisage, N morte d’inquiétude, Eugenio qui se demandait où j’étais passée et un nouveau Ramon qui tentait visiblement de rassurer N. Moi j’ai juste passé la meilleure journée depuis qu’on a commencé. Mais je sens que ça n’a pas été facile pour elle, elle n’arrête pas de rire nerveusement. Pourtant elle s’est très bien débrouillée. Elle est arrivée jusqu’à l’auberge, récupéré les clefs et payé elle-même, marché 6h toute seule sans se perdre. Beaucoup de premières fois d’un coup pour elle, dont elle peut être fière, mais qui l’ont épuisée. Elle a froid alors qu’il fait 30°c et s’endort avant 21h.

Un italien qui arrive en trombe alors que je venais de m’endormir, en panique parce que tous les lits du bas étaient pris et qu’il ne pouvait pas grimper à l’échelle. La moyenne d’âge dans le dortoir étant de 65 ans, je me dévoue pour lui laisser mon lit. Mais le gars ne s’arrête jamais de parler. Il est parti à peu près en même temps que nous de Séville mais s’est arrêté plusieurs semaines à Monesterio car le chemin étant trop difficile, avant de nous rejoindre à Granja de Moreruela en bus pour continuer jusqu’à Santiago. “The best” oui, oui on nous a déjà averti. J’ai eu beau lui expliquer plusieurs fois le chemin qu’on faisait, pourquoi et qu’on n’avait pas la main sur le choix des sentiers, il persiste à me dire que ce chemin est le pire qu’il n’ait jamais fait et qu’il ne comprend pas pourquoi on a choisi celui-là. Et puis, l’éternel : le merveilleux, celui qui ne fait la fierté que de son propriétaire, l’album photos du chemin de Compostelle.

Regarder les photos de quelqu’un qu’on ne connaît pas sur un téléphone pendant 10 mn, pas génial. Regarder les photos de paysages qu’on voit depuis un mois, pas terrible non plus. Ajouter à cela les photos du gars en question devant le paysage qu’on a l’impression qu’on ne pourra jamais atteindre avec l’océan derrière, vraiment pas cool mec. 

 

Vendredi 28 juin

 

N : Aujourd’hui on ira à un village : Tabara, c’est à 23 km. Réveil vers 5h. Ils ont direct allumé la lumière, heureusement parce que le réveil de Kenia sonnait depuis un quart d’heure. Donc sans lumière, aucune de nous deux ne se serait réveillée. J’ai bien dormi en tout cas, ça m’a fait beaucoup de bien. On est les premières à partir, le reste déjeune en haut. On part vers 6h30, on suit les flèches qui indiquent d’aller à gauche pour marcher sur une route toute droite avec rien  autour, mais à ce moment-là, il fait frais et on trouve agréable de marcher. Moi, je me trouve plus légère. Après la sortie de cette big route, on a tourné à droite pour être dans un petit chemin très beau. Et puis tout était indiqué. Donc on passe la forêt très belle, plein d’autres lieux, de la route où l’on marche un peu avec plein de trous.  J’ai vu plein de lapins. Ils étaient trop mignons. A un moment, on voit deux chemins. Un chemin en hauteur et un autre qui suit juste la forêt. On a pris ce chemin-là, On sort de ce beau chemin pour aller ol il y a rien autour à part des champs. On monte quand même sur un pont et là c’est que des routes  avec plein de cailloux. On a vu une usine de cochons (encore) mais ça pu de fou, c’était horrible.  Malgré qu’il fasse un peu chaud, j’ai mis mon écharpe. Il y avait des cris de cochons. A gauche, il y a encore une usine de cochons, ça ne sentait pas au début, puis l’horreur, c’était dégueu. Puis on a continué sur une route très plate et toujours tout droit. Il y avait juste une montée. Il devait être à peine 8h30 quand on est arrivées au village. On se dit c’est chelou; c’était marqué que le premier village on arriverait à 10h.  On a étudié le chemin et aujourd’hui on devait passer par un pont en dessous il y avait une rivière. Mais zéro rivière. En continuant on rentre dans le village on va au premier bar il est fermé mais on décide d’attendre, sur la porte c’était écrit 8h. Le mec était en retard. Au bout d’un moment, on avait faim et ce n’était toujours pas ouvert. Il y avait un deuxième bar, fermé aussi. On a voulu aller au supermarché, mais trois pas après Kenia me dit qu’on est à l’opposé du chemin et qu’en gros, on s’est totalement trompées de chemin depuis le début et qu’il ne fallait pas prendre les flèches. La déception, on avait fait tout ce chemin pour rien. On est revenues au bar qui entretemps était ouvert et on s’est assises en terrasse mais pour trouver une solution. Si on faisait demi-tour, on mettait 4h + les heures restantes de route qu’on devait faire. C’est énorme. En plus, à un moment, le téléphone bug. La seule solution c’était de prendre un taxi. Kenia appelle un taxi et le monsieur vient 30 mn après. Pendant qu’on discutait avec deux mecs trop gentils qui nous ont souhaité un bon camino et le mec voulait nous emmener en voiture jusqu’à Tabara parce qu'avec lui c’était moins cher, mais on ne pouvait pas annuler Le taxi arrive, met mon sac dans son coffre direction Tabara. Il nous dépose au village qu’on devait aller, comme ça on marche dans la bonne direction. On traverse tout le village, en fait le plus moche. Il commence à faire chaud, il est 10h et c’est toujours tout droit dans un endroit pas très beau, c’est juste un peu long. On commence à apercevoir le village, On doit faire le tour. Le village est en hauteur. Il est plutôt joli mais l’auberge n’est pas si près que ça. Il faut traverser le village parce que c’est à la sortie du village. Quand on arrive, il doit être midi. L’auberge est super. Un mec nous accueille. Il était en train de cuisiner. Il nous dépose nos sacs dans la chambre. Il y en a deux. Il y a deux salles de bains. Ce soir à 20h, on est invité à manger. Quand on arrive on se repose, moi je lis et j’écris. Puis après une douche. On va sur la terrasse pour lire, faire les comptes et encore écrire. Il faisait plutôt chaud alors je suis rentrée. C’est à ce moment-là qu’arrive Ramon qui nous dit que notre ami était arrivé à l’auberge mais qu’il arrête le camino aujourd’hui parce qu'il a eu des mauvaises nouvelles concernant sa famille. C’était trop triste. On se suivait, puis il est parti. Il était vraiment cool, puis vers 19h, Kenia me dit qu’elle va se faire masser par le mec qui nous a accueillies parce qu’il lui a proposé. Moi je suis restée dedans, puis avant 20h, j'étais en terrasse. Puis on a annoncé le repas. Il y a trois autres personnes qui font aussi le camino. Au début du repas, il n’y avait pas Kenia, elle était toujours en train de se faire masser. Elle est arrivée un peu après. En entrée, soupe de pâtes très bonne, puis paëlla très bonne. Un grand plat de paëlla et en dessert, il y avait une verrine avec un nappage de caramel et du lait. Le repas était incroyable. Il y avait un autre monsieur qui nous a aussi accueillies. Bref, après ce repas, il devait être 21h, on est parties dans la chambre tous ensemble, pour moi, lire et enfin dormir. J’ai oublié de dire que pendant le repas on a eu chacun un petit papier qu’on devait piocher en anglais et en espagnol. J’ai demandé à Kenia la traduction et ça veut dire : “Ce qui doit être sera et ce qui doit arriver, doit arriver forcément”. A méditer pour ce soir.

 

Samedi 29 juin

 

N : Aujourd’hui, direction Santa Marta de Tera (23 km) qui veut dire en français Sainte Marie de Terre. J’ai un doute pour  “Marie”. On ne s’est pas trompées de chemin et en plus le temps est très nuageux. Il a un peu plu dans la nuit, donc tout au long de la marche, il faisait frais. C’était super. On a eu des forêts tout le long, vu des lapins, des grenouilles et des oiseaux, peu de montées et peu de descentes. Super beau paysage. ça faisait vraiment plaisir de marcher au frais. On a fait qu’une pause. C’était tellement agréable. Au bout d’un moment, ça en devient long. 23 km ce n’est pas rien. On est arrivées vers 12h. D’abord on a déposé nos affaires dans la chambre où il y avait deux chambres, lune de 6 lits superposés et l’autre de 4. Au début, il y avait notre ami Ramon qui partait pour une autre auberge parce qu’il avait fait Tabara jusqu’ici en bus en pensant qu’il allait pleuvoir et il n’avait pas des chaussures convenables. On s’est retrouvées seules un petit moment. On s’est fait à manger mais vers 13h, notre ami speedy gonzalès alias l’italien est arrivé et a mangé avec nous. Il nous a donné toute sa bouffe, le mec n’a pas compris qu’on était chargées à bloc. Ensuite, étirements et dodo, lui il est allé dans l’autre chambre pour ne pas nous ennuyer avec ses ronflements, mais on lui avait quand même dit qu’il n'y avait aucun problème. Cio

 

Kenia : Pour la première fois depuis le départ de Séville, on passe une soirée super avec les autres marcheurs, dans une auberge dont l’hôte nous a préparé un repas, toujours le même qu’il sert tous les soirs aux pèlerins depuis dix ans

Le lendemain, on démarre à 6h après s'être forcées un peu pour honorer le petit déjeuner qui nous était offert. L'atmosphère est brumeuse, il pleut sans pleuvoir mais il fait doux. On traverse des parcelles d’arbres carbonisés où la végétation a repris tout autour des squelettes noirs avec une forte odeur d’eucalyptus qui nous éclate aux narines. Rapidement, je me rends compte qu’on n’est plus du tout sur le chemin, je n’ai pas vu de flèches depuis un moment. Tant pis, on continue sur ce sentier qui traverse quelques vignes. On passe devant un vieux en train de chanter mais complètement sourd, il n’entend pas lorsqu’on lui dit bonjour, ou décide sciemment de nous ignorer. Mais 15 secondes plus tard, il me court après pour me proposer de boire du vin. Non merci, il est 10h du matin, j’ai rien dans le ventre et 20 km dans les pattes. Il a l’air un peu vexé. Le soir, on retrouve Gregorio, l’italien qui nous surnomme Speedy Gonzalès, dans une auberge à côté de l’église de Santa Marta de Tera connue apparemment pour avoir la plus vieille église romane de la région et la sculpture de la première représentation du pèlerin. Il faut passer par le cimetière pour pouvoir la voir. “J’aime bien les cimetières” “Oui moi aussi, par contre, fais gaffe tu marches là sur quelqu’un”. Elle a fait un bond comme jamais je ne l’avais vu faire et puis elle s’est ravisée, finalement les cimetières, bof…


Dimanche 30 juin :

 

N : Salut, aujourd’hui nouvelle marche : Rionegro del Puente. Très joli paysage. On est passées par plein de forêts aussi magnifiques les unes que les autres. J’ai pris plein de photos. Notre amie speedy gonzalez était juste devant et on l'a rattrapée après. Il faisait très frais après tout c’est le matin. On est passées par un petit pont où il y avait, des deux côtés, deux parcs remplis de jeux et de jeux d’eau qui étaient activés. On a parcouru des kilomètres dans des forêts, entourées de lapins, d’oiseaux qui chantaient.

A un moment, on est passé dans un premier village où il y avait un restaurant de pèlerins et comme on est dimanche, c’était fermé. Donc on a continué, on est passées en hauteur, un peu compliqué, on monte beaucoup et peu de descentes mais avec beaucoup de cailloux. On est passées sur un pont avec de magnifiques lacs. Juste en dessous du pont, il y avait un coin tranquille où l’on pouvait faire une pause tout proche de l’eau avec quelques arbres. On a mangé un peu. Après on est reparties vers un village où il y avait des forêts, d’ailleurs on nous a klaxonnées, un mec en voiture nous a fait coucou. C’était trop drôle. Ici, rien d’intéressant, tout est fermé des maisons en ruine abandonnées. Il restait encore 1h. Encore des montées et des descentes, puis tout droit. Pour atteindre l’auberge, il fallait monter en hauteur. En face de l’auberge, un bar. On a retrouvé speedy gonzalez et le coréen. Enfin ! On a mangé au bar avec eux et le mec qui était très chouette nous a invitées à manger tous ensemble. Chacun parle sa langue, l’italien, l’espagnol, l’anglais et un peu de français. Un autre mec est venu mais je ne sais pas pourquoi il était en voiture et chargé d’affaires. Personne ne fait le chemin ici comme ça. Trop chelou. C’est ici qu’on fera la pause.

 

Kenia : Il fait froid lorsqu’on quitte Santa Marta, mais l’air est doux, la lumière incroyable, des traces d’animaux partout, des oiseaux dans tous les sens. On traverse une forêt, longe un canal, contourne un lac et son barrage. Et je n’ai plus du tout mal aux pieds depuis un moment. Une partie de moi a très envie d’en profiter, l’autre est un peu préoccupée par N qui, contrairement à d’habitude, est loin derrière moi et se plaint de grosse fatigue, c’est la première fois. A peine arrivée à l’auberge, N au bout de sa vie, Gregorio ne nous laisse pas une seconde de répit et nous invite au restaurant gastronomique à côté de l’auberge. Je n’avais pas du tout faim mais difficile de refuser. Et pour égayer encore plus ma journée, Kan, le coréen qui ne nous reconnaissait jamais est de retour et il nous reconnaît. On passe la soirée tous ensemble. Jusqu’au moment où on me lance sur le sujet politique, les résultats des élections de la journée sont en train de tomber. Je me retrouve à devoir débattre d’un sujet sensible dans une langue qui n’est pas la mienne, avec des gens plus vieux qui me soutiennent que peu importe le résultat, ça ne changera rien.

Facile à dire. Je m’effondre en larmes, de colère contre eux qui se mettent des œillères et mettent ma rage sur le compte de ma jeunesse, contre la société inacceptable dans laquelle on évolue mais aussi certainement de la fatigue. Le nez plein de morve au point de ne plus pouvoir renifler, on finit par aller se coucher. Bien sûr, impossible de fermer l'œil avant quelques heures avant que mon réveil sonne à 5h, alors qu’on est en pause aujourd’hui. Grosse loose

 

Lundi 1er juillet : 

 

N : Repos. Pas trop car en fait, je vais vous expliquer pourquoi. Tout d’abord on a très bien dormi. Pourtant on était en haut dans des chambres seules. J’avais très froid puis très chaud. On s’est réveillées vers 9h30. Comme à notre habitude quand on est en pause. Après m'être préparée, je suis allée lire au soleil. Vers un peu moins de 10h, Kenia vient me voir en me disant qu’il y aura un problème de nourriture. Bar fermé, restaurant fermé toute la journée. Deux solutions, soit on va à un village à 2h d’ici sans sacs, soit on prend nos sacs et on va dans une auberge. La deuxième solution est plus efficace. Le temps de faire les sacs et de se préparer, on part vers 10h30. Route compliquée pour moi sous la chaleur écrasante. On passe par des petits chemins de cambrousse qui renferment la chaleur. On arrive dans ce village, un peu ancien avec beaucoup de bars et de restaurants tout au long de la route. On est à Mombuey, très chouette village. A peine arrivées que Kenia me dit qu’on est invitées par le mec qui tenait l’auberge à Tamara. Il y avait une paella à l’entrée et des frites, de la viande. Je n’ai pas beaucoup mangé. En même temps, je n’étais pas très bien et j’étais fatiguée. J’ai quand même mangé le dessert, mousse au chocolat avec de la chantilly. Après lui avoir dit au revoir, direct je vais me reposer sous l'épaisse couverture et duvet. Je vais vous la faire très courte. Je suis allée chez le médecin parce que je tremblais comme jamais. J'étais très rouge du visage et j’avais mal au ventre. Il nous a dit d’aller à l’hôpital de Salamanca. Les pompiers arrivent. Il faut juste savoir qu’on est allées dans un hôtel à une étoile. Diagnostic de l’hôpital : coup de chaud, sans doute. Rien de grave. Sur ce je vous dis à demain.

 

Kenia : Au moment où mon réveil sonne à 5h du matin alors qu’on est supposées être en pause. Pause qui démarre un peu de travers lorsque je me rends compte qu’il n’y a pas de commerce et que le bar qui avait pu nous accueillir, est fermé. J’annonce à N qu’on va quand même devoir faire 2h de marche aujourd’hui jusqu’au prochain village, à moins qu’on décide de jeûner, ce qui n’est absolument pas une option pour moi qui n’ai rien avalé hier soir par contrariété politique et qui rêve déjà d’une assiette de frites. N traîne les pieds, se plaint comme une ado ronchon, grande première, je vois bien que quelque chose ne va pas mais elle ne veut rien lâcher. Je finis par comprendre qu’elle a mal au ventre, ajouter à cela, la fatigue et j’en suis convaincue un coup de chaud. Elle ne se sent vraiment pas bien, sans vouloir exprimer le problème. Une heure s’est écoulée sans que je ne comprenne ce qu’il se passe et que je perde totalement la main sur la situation N qui ne se sent pas bien, une femme qui la voit et me gronde parce que je ne l’emmène pas chez le médecin (elle se dit sûrement que je suis une mauvaise mère). Direction le médecin qui, en tâtant son ventre, nous dit “une ambulance arrive. Je pense que c’est l’appendicite”. L’ambulance met une heure pour revenir où on était il y a six jours. Je vois tout le chemin qu’on a fait, défiler par la fenêtre et ça me déprime un peu, comme si on effaçait à la gomme toute notre avancée. N à l’agonie. Arrivée aux Urgences à 20h30, N qui me demande si elle va mourir, l’infirmière qui se marre et lui dit que ce n’est pas son heure. Un mec à côté beugle ; N est dans son beau pyjama d’hôpital rayé rose et bleu et puis sorties de l’hôpital à 2h du matin avec comme diagnostic “petite diarrhée à cause d’un coup de chaud et mal au ventre”. Fin

 

Mardi 2 juillet

 

N : Nous sommes parties de l’hôtel vers 10h. On doit prendre à manger et prendre un bus pour repartir à Mombuey. Le bus part à 13h30. On mange un bout et on lit sur un banc en attendant. On met une heure ou un peu plus car il y a fait des détours. Un retour plutôt fatigant. Arrivées à Mombuey, j’appelle la psy. Pas grand-chose à dire à part qu’on reste encore un jour de plus et que l’on va faire les courses. A demain.


Vendredi 5 juillet :

 

N : Salut à tous. Aujourd’hui, c’est 17 km pour aller à Pueblo de Sanabria. Réveil vers 5h. On a fait la connaissance hier soir d’un couple qui ne parle pas français donc on parle grâce à google. C’est leur 5ème chemin de Compostelle, ils sont très gentils. On est parties vers 6h, avons refait tout le village et là c’est le même paysage. On marche parmi les nombreuses forêts gigantesques que j’ai prises en photo. On a fait une pause dans une forêt où il y avait une grosse pierre, puis on a continué, ça montait un peu et descendait un peu mais sans plus. On est allées quand même un peu sur la route. Ici, il fait chaud malgré un petit air. On est passées par deux villages très petits mais mignons. On a vu une biche, des ruisseaux et des pins. On est arrivées vers 10h lorsqu’on voit déjà l’énorme village bâti en hauteur. On sait déjà qu’il n’y a pas d’auberge, donc on va se trimbaler les sacs et aussi dormir sous la tente. Avant ça, on a pris un petit déjeuner dans un bar, sauf qu’il fallait avant monter un tout petit escalier qui n’en finissait jamais. Tout ça avec les sacs. Très dur avec le soleil qui tapait.

Arrivées en haut, il y avait un bar, on a pris de l’eau gazeuse puis après un jus d’orange, du thé rouge pour nous deux. Comme petit déjeuner, j’ai pris du pain à tartiner avec du fromage blanc. Très bon petit déjeuner. Après on est allées visiter un peu plus loin “le musée des géants” qui porte bien son nom. La dame nous a parlé en français de l'histoire des géants, que c’est une tradition. Dans le musée il y a de grands costumes géants faits à la main. Ils déambulent comme ça dans la rue.  Il y a un roi, une reine, des diables, des démons pour faire peur aux enfants, pinocchio. J’en ai pris des photos. Puis on voit un château plutôt ancien, beaucoup de rues sur les montagnes en face. Il y avait de grandes affiches qui montraient des animaux qu’il y avait à cette époque : loups. C’est magnifique. Il y avait des pièces remplies de peintures. Après la visite du château, on s’est reposées devant sur un muret pour lire ou se reposer. Après on a marché pour aller au restaurant. Comme entrée :  pâtes, de bonnes portions, puis des frites, de la viande, de la salade. On a dû remarcher vers 16h pour trouver un endroit pour la tente. On se pose, montons la tente et on passe à nos occupations. A demain

 

Kenia : On enchaîne les toutes petites étapes et je sens une pointe de frustration s’installer en plus de la fatigue mentale. Je sais qu’après une journée de 30 km de marche, je changerais de discours, mais là, les 2-3 heures de marche quotidiennes me paraissent ridicules par rapport à notre rythme de départ. On est sur des sentiers beaucoup plus verts, avec des forêts remplies de biches et de faons. L’air est plein d’une forte odeur de transpiration animale. On arrive dans une petite ville médiévale très touristique au pied des montagnes que sillonnent les loups ibériques. On sait que l’auberge est fermée et pour ne pas dépenser 60 € dans un hôtel, on plante la tente une fois sorties de la ville. N ne voulait pas faire 2h de marche de plus pour aller à la prochaine étape. Mais avant de partir, je tiens absolument à visiter le Musée des Géants. Des marionnettes en papier mâché de 3m de haut, aussi impressionnantes que terrifiantes issues d’une tradition catholique que l’on trouve principalement aux Pays-Bas, dans le Nord de la France et en Espagne. Un pèlerin en qui j’ai zéro confiance nous a parlé de géants qui auraient existé mais qu’on aurait détruit toutes leurs traces pour les protéger, les cacher (cacher des géants.). La femme du musée qui, à mon accent nul, a tout de suite reconnu d’où nous venions et qui parlait parfaitement français, nous a expliqué qu’il y avait beaucoup d’histoires de géants dans la Bible. Je n’ai pas été vérifier par moi-même pour le moment, la question reste en suspens.

 

Samedi 6 juillet

 

N : On se réveille vers 6h pour partir à 7h, parce qu’aujourd’hui, c’est 13 km. Il fait très froid par contre et humide. On se prépare, nous habillons chaudement pour partir tranquilles. On a fait finalement 1h30 de marche au lieu de 2 parce qu’on s’était avancé hier. Donc petite marche. C’est la première fois qu’on ne fait que ça. On parcourt des forêts, un village où il n’y a rien. Vers la fin, c’était une grande route pas si longue que ça et là il faisait un peu chaud. On est arrivées vers 8h. On est allées dans un bar prendre un jus d’orange et pour moi deux gâteaux comme il n’y avait rien d’autre. Puis on est allées à l’auberge classique avec des lits superposés. Le temps de se doucher, laver les vêtements et lire. On a mangé vers 12/13h au restaurant pour entrée pour moi une salade classique, pour Kenia une soupe, en plat principal j’ai pris du poulet avec des frites. J’ai tout mangé. Très bon.

Pour Kenia, du saumon, de la salade. Pas de dessert pour nous.

Sinon, ici il n’y a rien à faire. Dans l'église on ne pouvait pas rentrer parce qu’il y a une communion ou un truc. L’église est petite. Alors à 15h, on est rentrées à l’auberge. On a lu et écrit. Bref à demain

 

Kenia : Comment les gens font-ils pour dormir dans un duvet ? J’ai essayé de tout mon cœur pendant beaucoup trop longtemps. On ne peut pas mettre ses pieds et ses jambes comme on veut, on est bloqué dans un sarcophage (bien que je n’en ai jamais essayé) ou dans un cercueil (idem), je me “caille le cul” tout le temps. On m’avait expliqué que pour être bien, il fallait entrer dans son duvet en ayant le corps chaud, donc en ayant fait des squats avant, ça ne marche pas. Je tente de mettre toutes les couches possibles sur moi, je sens que je transpire, tout est moite à l’intérieur mais je reste frigorifiée. Je suis nostalgique des vieux duvets rectangulaires énormes qui pouvaient s’ouvrir en couette, avec en plus des motifs parfaits. Tout ça pour faire 1h50 de marche le matin et arriver dans un coin paumé où il n’y a rien de rien, même pas de quoi s’acheter à manger. Obligées d’aller au restaurant où ils mettent de la viande partout. Mais on a une vue sur la montagne qu’on va gravir en partie demain et je crois que j’ai hâte qu’on recommence un peu à pousser nos limites.

Ce n’est pas du tout le cas de N par contre.




 

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3 комментария


Eve D.
Eve D.
il y a 10 heures

J’adore votre blog! Nxxx, je trouve que tu décris très bien tes expériences. Vous avez toutes les deux le bonjour de Gaetxxx 😜. Il n’a toujours pas appris à faire marcher la machine à laver.

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Valérie alamo
Valérie alamo
03 июл.

Ma N, je me régale en te lisant. Tu sais bien raconter ton voyage hors du commun. Je visite l'Espagne grâce à toi. Pour les ampoules il faut mettre de l'argile verte dessus , dis le à K ;) Tu m'épates de jour en jour... Je vois avec grand plaisir que tu essaies de parler espagnol et surtout que tu lis des romans très différents les uns des autres. Je suis très fière de toi ... Les bonbonnes d'eau devant la porte des maisons c'est pour empêcher les chats et les chiens de faire pipi devant l'entrée... Je t'embrasse très fort. Un abrazo . Tata V.

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Valérie alamo
Valérie alamo
24 мая

Bravo Néné. Je t'admire beaucoup, tu es une championne ! Bisous

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