• pierresauge

Marche de Lyexxx

Samedi 11 décembre : Le Vivier sur Mer

L : Je m’appelle L. je viens du département de la Savoie. A la fin de ma peine, le “Jour Meilleur” est arrivé. Je suis arrivé à Seuil, c’était il y a presque un mois, le 16 novembre. J’ai fait la connaissance de Charles mon accompagnant mais le “Jour Meilleur” n’a pas eu lieu parce que je me crois encore en prison et je ne veux pas marcher. Mais aujourd’hui on a marché 13 km c’est le “Jour Meilleur”!

Cordialement


Clémence : L. c’est un collectionneur d'expériences à Seuil. “Frère!”

Premier accompagnant Charles avec qui ils vivent tous les deux l’inertie totale. Et oui ” Frère !”

Puis, moi, Clémence de l’équipe Seuil, j’arrive. Je garde une lueur d’espoir pour que L. décolle. Mais comme dit L. “on change pas les habitudes en un claquement de doigts. Frère !” Jusqu’ici nous avons fait plus de kilomètres en voiture, en train qu’à pied.

À la radio, il y a une chanson qui revient toujours « Jour Meilleur » d’OrelSan.

Je trouve qu’elle va à L. comme un gant, je vous invite à l’écouter et lire les paroles ci-dessous.


« J’ai la flemme Frère. » Éternel refrain de L. L’inespéré est arrivé et L. dit : « je pars marcher. » Nous voilà à ses premières étapes alors qu’il est à Seuil depuis un mois.


Laisse-moi dire deux, trois conneries, avant que t'en fasses une

Le problème de la vie c'est qu'il y en a qu'une

On soignera jamais la dépression comme on soigne un rhume

Mais dis-toi que tu pourras compter sur moi le temps qu'ça dure

Allergique à la vie, les matins sont obscurs

Quand tout a un arrière goût d'déjà vu

Les nuits sont mortes, tout le monde t'a abandonné, même la lune

Mais la fin du désert se cache peut-être derrière chaque dune

Tout va s'arranger, c'est faux, je sais qu'tu sais

Des fois j'saurai plus trop quoi dire, mais j'pourrai toujours écouter

Tout va pas changer, enfin, sauf si tu l'fais

Quand t'as l'désert à traverser, il y a rien à faire, sauf d'avancer

Rien à faire sauf d'avancer

On en rira quand on l'verra sous un jour meilleur

Jour meilleur, jour meilleur

On en rira quand on l'verra sous un jour meilleur

Jour meilleur, jour meilleur, jour meilleur

Comme dans toutes les chansons d'variét' où toutes les meufs sont parties

Comme dans tous les morceaux de rap où tous tes potes t'ont trahi

Des fois t'as besoin de soutien, des fois t'as besoin d'un ami

Des fois t'as besoin d'avoir la haine, des fois t'as besoin d'un ennemi

En vrai, tu peux pas tout contrôler faut que tu l'acceptes

Être heureux, c'est comme le reste, faut d'abord apprendre à l'être, je sais

Tu vas te coucher en disant demain j'le fais

tu t'réveilles en disant demain j'le fais, mon ami

(Orelsan)


Dimanche 12 décembre : Le Vivier sur Mer au Mont-Saint-Michel

L : le Mont-Saint-Michel.

Simple.

On a parcouru 22 km.

Simple.

Tous les deux nous avons pique-niqué sur la côte en la longeant.

Basique.

j’ai pris quelques photos.

Simple.

Si je marche, dédicace à Benjamin de Seuil qui m’a fait réfléchir, merci à toi.

Basique.

Ouais gaga, le chien de Clémence est avec nous.

Basique.

j’ai les bases de la marche.

Basique.

Déesse m’a supplié de lui acheter du déodorant. Mieux, il a plongé dans la baignoire en chantant.

Basique.

Une casserole un peu grasse avec des restes de pâtes ici et là c’est une casserole pas lavée.

L. : « oui, c’est lavé »

Clémence : « non, c’est pas lavé. »

Refrain qui tourne en boucle. En bref, nous ne sommes pas d’accord.

Simple.

La marche fait son effet, nous sommes d’accord.

Basique.



Clémence : Avec L., nous sommes partis ce matin de bon pied en longeant la côte.

Simple.

Si L. était resté dans son lit qu’il aime tant, tout ça ne serait pas arrivé.

Basique.

Les kilomètres défilent, le Mont-Saint-Michel et les moutons en imposent de plus en plus.

Basique.

22 km dans les pattes, L. découvre qu’il a des jambes.

Simple.


Lundi 13 décembre : Mont Saint Michel - Pontorson

L : ma best Life aujourd’hui ça a été de marcher autour du Mont-Saint-Michel et d’avoir parcouru 15 km de Mont-Saint-Michel à Pontorson. Au Mont-Saint-Michel on a marché dans les sables mouvants et visité la cathédrale. C’était ma best Life en double pied best Life.


Clémence : Dans sa “Seuil best Life”. L. fait Groover “ ses Salomon” à coup de splash dans la vase du Mont-Saint-Michel. Marcher dans la baie. Tourner manège par deux fois. Ses grolles changent de couleur. Le goût du risque, il rêve d’explorer les sables mouvants. Dans sa “Seuil best Life”, L. rêve de faire des bains de pièces d’or comme Picsou. Près des remparts du Mont-Saint-Michel, son rêve à portée de main avec les pièces jetées en masse par les touristes. Accessible, rêve reporté. Dans sa “Seuil best Life” L. larguerait tout pour déménager ici et être embauché comme conducteur de bateaux sur roues . Mais la vie de quartier… Danser “sa Seuil best Life” son âme d’enfant est en ébullition. Cache-cache à deux, ça marche, ça balance, c’est grand plaisir. Dans sa “Seuil best Life”, L. dit « je suis un adulte ! » C’est quoi le mode d’emploi ?


Mardi 14 décembre : Pontorson à Dol de Bretagne 25 km

L : Avec Clémence, on a marché 25 km. On a marché et toutes les cinq minutes l’odeur du feu rentrait dans mon nez. La dame du gîte a habité dans ma région pendant 40 ans, elle nous a montré ses trois chiens. J’ai bien parlé avec elle, c’était bien elle habitait juste au-dessus de la prison où j’étais incarcéré, là où y’a les rats ninja. Fin


Clémence : L. est surprenant et sûrement plein de talent : passer de l’immobilisme au plaisir de marcher, plaisir de jouer avec Gaïa qu’il a rebaptisé graïa ou pizza, plaisir de jouer à cache-cache et de me faire un caprice parce que je refuse une seconde partie. Aujourd’hui, c’est un nouveau défi de 25 km. Il finit les jambes en feu on aurait pas dit. La chambre d’hôte est aussi une nouvelle expérience qu’il semble apprécier tant dans le cadre bucolique que l’accueil chaleureux de nos hôtes. Demain L. se lance en cuisine. Ce sera son premier repas qu'il veut faire tout seul pour accueillir son nouvel accompagnant. On vous dira…


Mercredi 15 décembre :

L : Aujourd’hui, je devais faire une grasse matinée mais je ne l'ai pas fait. Nous sommes allés acheter des croissants pour petit déjeuner et après à Super U pour acheter le repas que je vais cuisiner ce soir. Jean-Michel mon nouvel accompagnant est venu avec le sourire, sympa, je sens qu’on va passer de bons moments.


Clémence : Escale à Combourg au gîte de la Cascade de Tremuson.

L voulait une maison tout confort. Il ne la trouve pas à son goût, perdue au milieu des bois, feu de cheminée, l’ambiance va se réchauffer avec l’arrivée de Jean-Michel, son nouvel accompagnant. Paul nous régale des Ty Chen de Rennes, tandis que L passe en cuisine pour le dîner. L’artiste au piano nous mijote un riz à la bolognaise, dont il est très fier et nous aussi. C'est une première.

Dans ses 100 pas du soir, L s’affaire à raviver le feu du poêle.. Quoi faire de mieux pour contrer l’ennui ? Oubliera-t-il qu’il a des raisons de râler ? Pas sûr..


Samedi 16 décembre : Hédé Bazouge à Bécherel 16 km

L : Mon aperçu sur Jean-Michel. J’étais ravi de faire sa connaissance, un homme très bien qui a beaucoup de respect et qui m’encourage à aller encore plus loin, je le sens plus motivé que Charles dans le projet. Avec Jean-Michel nous avons fait une étape de 20 km qui s’est très bien passée, un peu d’énervement de ma part que j’ai réussi à gérer c’est pas aller loin.


Jean-Michel :

Et voilà, le premier jour de marche pour moi, Jean-Michel. Je suis le nouvel accompagnant de L.. J’ai déjà fait un accompagnement en 2017 durant trois mois et je souhaitais renouveler cette expérience. Je suis déjà dans l’aide aux autres de par mon activité de sapeur-pompier volontaire, mais être accompagnant chez Seuil permet d’accomplir une action encore plus forte. Aujourd’hui est un jour de découverte et de mise en route pour moi. Je marche avec L. et Clémence. Il marche bien, il semble apprécier. La faim calme ses ardeurs, il aime savoir le temps qu’il reste à marcher. Le parcours est agréable sous les châtaigniers mais les sols sont gorgés d’eau…


Clémence : Avec Jean-Michel, L. prouve que les miracles existent. Il est prêt à partir en un temps record.

Avec Jean-Michel, « les règles de vie de Seuil » lui sembleront peut-être moins tyranniques. Il découvrira le plaisir d’écouter le chant du rossignol.

Avec Jean-Michel, c’est l’assurance pour L. d’aller tous les jours plus loin. Petit homme deviendra grand.

Avec Jean-Michel, la parenthèse joyeuse et diabolique avec Clémence se referme.

Bonne route à vous deux.


Vendredi 17 décembre :

L : Aujourd’hui, nous avons marché 18 km de Bécherel au Cordon Blanc. On a bien parlé avec Jean-Michel et j’ai pu appeler mon père. Nous avons discuté de la situation; après la marche, je vais en Foyer PJJ pendant six mois. La Juge ne m’aime pas, mais je vais lui montrer que je suis plus malin qu’elle.

Jean-Michel : Ce matin, nous sommes partis 10 mn après l’heure convenue la veille au soir.

L travaille sur son organisation du matin et c’est positif.

Nous partons direction Plouasne où nous quittons le GR afin de suivre l’itinéraire construit pour rejoindre le seul hébergement trouvé pour le soir. La pause du matin est encore un peu longue, mais L en a pris conscience. Il se dit d’ailleurs lui-même un peu long dans certaines tâches.

Nous nous retrouvons sur une longue voie verte et sèche. Nous cheminons bien plus facilement que le matin et la veille.

L est tout de même bien fatigué et plonge dans une longue sieste.


Samedi 18 décembre : Dinan

L : Avec Jean-Michel nous avons parcouru 15 km sur le GR 34, chemin de grandes randonnées, mais dommage la fin est dans deux semaines. Mais aujourd’hui le manque de stupéfiants est trop présent, mon briquet se casse après la douche, les chaussures me font mal aux pieds. Le stupéfiant, j’espère qu’il ne va pas prendre le dessus.


Jean-Michel : L. se lève assez facilement et prépare son sac dans la foulée. La méthode est à améliorer, mais on progresse. Nous avons droit à un méga petit déjeuner préparé par Sandrine. Visite d’Évran et de son marché pour quelques achats et nous voilà rapidement le long du canal en direction de Dinan. Nous profitons encore d’une belle journée, mais fraîche. L. s’extasie devant les envolées de canards, il marche d’un bon pas et sa montre l’aide à rythmer le parcours. Nous avons commencé à réduire le temps de pause et c’est bien accepté par L. Arrivés à Dinan, nous visitons la vieille ville et prévoyons de repartir voir les illuminations de Noël.


Dimanche 19 décembre :

L : Aujourd’hui on a fait une étape importante de 24 km. Les jambes étaient mortes, à la fin, je commençais à en avoir marre. Arrivés au gîte, il n’y a plus d’eau chaude et je n'ai pas de serviette. En plus de ça, Clémence me prend pour un minot et je n'aime pas ça. Ça m’énerve. Sinon, avec Jean-Michel ça se passe bien en général, il a plus le “remède” pour me lever que Clémence.


Jean-Michel : Départ de Dinan légèrement avant l’heure prévue après un super petit déjeuner ! Nous marchons dès 9h dans la brume et rejoignons le port afin de retrouver le GR. Cette première partie est assez rapide jusqu’à notre première pause.

Aujourd’hui, gestion des pauses avec la montre ! L. écourte lui-même la première, car il se refroidit à l’arrêt ! En fin de matinée nous attaquons les montées et descentes successives. Cette étape est assez longue et sur la fin la fatigue commence à se faire sentir. À l'arrivée, un super gîte nous offre un repos bien mérité. L. pense qu’il n’y a pas assez d’eau chaude, mais il a rempli la grande baignoire !


Lundi 20 décembre : Dinard


L : Aujourd’hui j’ai pas eu la motivation, mais je l’ai fait quand même, un peu pensif pour mon avenir. J’ai plus envie de rien. En plus, avec le manque qui se fait de plus en plus fort et avec de plus en plus d’énervements, je commence à me renfermer sur moi-même.

Le soir, y a moyen que je pète un plomb, dans pas longtemps.

En général, ça se passe bien, mais avec de moins en moins de motivation. Je vous dirai ce que je ferai demain : je vais réfléchir avec mon père ce soir. Fin


Jean-Michel : La boulangerie est juste à côté du gîte, donc ce matin, croissants frais pour le petit déjeuner. Nous partons peu avant 9h et rejoignons le GR quitté la veille.

La marée est haute ce matin et nous empêche de prendre certaines portions du GR.

L est fatigué aujourd’hui, mais parle toujours autant. Nous pensions que le beau temps serait avec nous, mais finalement c’était bien gris toute la journée.

L’arrivée sur Dinard par la côte est très belle avec une belle vue sur Saint Malo. L manque de motivation et souhaite en savoir plus sur son devenir après la marche.


Mardi 21 décembre : St Briac sur Mer


L : À partir de demain j’arrête la marche. Se lever à 7h du matin tous les jours c’est pas fait pour moi qui est un lever tard. Désolé Jean-Michel mais je ne peux plus me lever à 7h du matin pour aller marcher et me coucher à 22h le soir. Je peux plus non plus avoir d’écran et les règles quand je marche sont pires que quand je ne marchais pas. La réponse de la juge je m’en moque car elle me prend pour son petit.


Jean-Michel : Ce matin, le manque de motivation de L se confirme. Au petit-déjeuner, il m’écrit un mot pour m'annoncer son intention d’arrêter la marche dès ce soir. Il ne reste pourtant que quelques jours, mais c’est trop pour lui et il préfère retourner en prison !!!

Nous quittons notre joli petit appartement d’une nuit vers 9h. Le beau temps est de la partie, nous reprenons le chemin par la plage qui se trouve à 300 m. Nous en prenons immédiatement plein les yeux. La mer est haute, l’eau est claire, bref les vues sont magnifiques;

L profite bien du parcours et marche bien jusqu’à Saint-Lunaire, lieu de notre repas de la mi-journée. La suite est plus difficile pour lui, il est dans l’abandon. Après une discussion avec Paul, il confirme son intention d’arrêter et souhaite être incarcéré le plus rapidement possible.

Nous arrivons péniblement à Saint-Briac-sur-Mer après seulement 17 km.

L’accueil au gîte du Vieux Logis est très agréable, notre logement est spacieux et donne sur un petit jardin bucolique;

Malgré cette belle étape, il préfère l’ambiance de la prison aux pseudos contraintes de la marche Seuil.

L choisit de ne pas saisir sa chance et veut sa vie d’avant


Mercredi 22 décembre : Lanrigan,


Pas de blog, L souhaite arrêter d la marche


Jeudi 23 décembre : Lanrigan

L : la reprise : j’ai arrêté la marche il y a deux jours, j’ai fait de la merde et cet après-midi mon éducatrice PJJ m’a appelé pour me proposer un deal : si je fais la marche jusqu’au bout avec un comportement parfait, je rentre chez moi. Demain avec Jean-Michel, le « baceux » on va marcher entre 18 et 20 km. Nous nous sommes fixés des règles pour nous deux. Fin


Jean-Michel : Il semblerait que la fin annoncée précédemment ne soit qu’une fin de chapitre ! Et oui, après deux jours d’immobilisation, L a finalement décidé de reprendre la marche afin d’avoir une chance de pouvoir retourner chez lui à Chambéry dès le 7 janvier.

C’est donc reparti dès demain pour un parcours de Saint-Briac-sur-Mer à Saint Jacut sur Mer mer. L s’engage à adopter une attitude irréprochable et pour cela à respecter un contrat écrit par lui. Le fait de pouvoir rentrer chez lui le motive à terminer sa marche dans de bonnes conditions. Alors à très vite pour la suite de l’aventure.


Vendredi 24 décembre : Saint Jacut sur Mer

L : Aujourd’hui, ça s’est bien passé dans l’ensemble, à part que ce soir je ne vais pas manger et j’ai une tendinite à la cheville droite. Sinon, tout va "bene", dans deux semaines je rentre chez moi et j’arrête les bêtises, plus de prison, ni de garde à vue. J’ai toujours de l’espoir pour que mon éducatrice PJJ tienne son deal, mais il faut toujours se méfier de la justice, surtout pour récidive de trafic de stupéfiants. La prison ça m’a appris à mettre mes c…sur la table quand il le faut.


Jean-Michel : Aie ! Réveil à 5h30 ce matin, ça pique pour L. Un petit voyage en train, puis en bus afin de nous positionner à nouveau à Saint-Brieuc-sur-Mer. Et nous voilà en marche dès 9h vers Saint-Jacut-de-la Mer. L veut marcher vite, il n’en fait qu’à sa tête. Pour ma part, je n’accélère pas le rythme. Nous marchons donc en silence jusqu'au repas qui se prend assez tôt. Après cette pause déjeuner, la fougue diminue et le parcours n’est pas très agréable.

Nous arrivons assez tôt à la maison d'accueil de l’Abbaye. La formule est un repas amélioré + nuit + petit déjeuner, mais L n’est pas satisfait. Il ne veut pas manger avec tout le monde. Autre problème, il a mal aux pieds, il est parti trop vite. A suivre.


Samedi 25 décembre : St Cast le Guildo

L : Aujourd’hui, c’est le meilleur jour depuis que je suis arrivé à Seuil, que de bonnes nouvelles, un nouveau futur, je suis plus un taulard dans deux semaines, je serai chez moi, ça me motive encore plus et ça j’en aurai la confirmation en appelant mon père tout à l’heure. Sinon, dans l’ensemble tout s’est bien passé. On a croisé deux chiens errants en pleine forêt. J’avais mal aux jambes, mais je suis allé jusqu'au bout. Fin


Jean-Michel : Nous quittons la belle maison d’accueil de l’Abbaye après un copieux petit déjeuner (enfin pour moi car L ne veut pas être avec d’autres personnes). Il fait doux et la journée s’annonce ensoleillée. Nous profitons pleinement de ce beau parcours sans dénivelé jusqu’à Guildo. Après la pause café, le relief escarpé nous dévoile un profil beaucoup plus sinueux. L est beaucoup plus calme aujourd’hui, il compte les jours. Son repos d’hier après-midi et de cette nuit semble avoir réparé son tendon (on croise les doigts). Aujourd’hui, nous avons marché lentement afin de le ménager.

Comme d’habitude, L se plaint de sa jambe droite sur les derniers kilomètres. Ce soir, il semble content. Il a eu son père au téléphone, il est heureux que la marche continue.


Dimanche 26 décembre : Plevenon

L : en plus ma rotule m’énerve, les règles m’énervent, 1 h de télé, même pas un film, une musique. Les règles de Guantanamo. Je pense pas pouvoir supporter ça longtemps. J’ai 17 ans, pas 6 ans. On me dit même quand je prends ma douche, on se lève à 7h30 pour aller marcher. Maintenant je fais ce que je veux. Celui qui n’est pas content, c’est pareil. Fin

Jean-Michel : Ce matin, nous décollons vers 9h30 après quelques achats pour le repas de midi. L a mal à sa jambe ce matin, donc nous marchons lentement. Le début du parcours est agréable dès que nous récupérons le GR. Passé Les Sablons, il est moins joli et nous le quittons vers la pointe du Muret afin de rejoindre le gîte du soir par le chemin le plus court. En effet, L souffre de plus en plus, nous raccourcissons donc l’étape au maximum. Les deux derniers kilomètres se font à un rythme très lent jusqu’au gîte. Demain -----> médecin


Lundi 27 décembre : Plevenon

L : Aujourd’hui, je suis allé chez le médecin. J’ai une inflammation de la rotule, donc j’ai 48h de repos avec des médicaments et en ce moment je suis “gonflé”, c’est-à-dire que je réfléchis beaucoup. J’ai rien, pas de télé en plus y a You Tube et c’est rare, donc je comptais pour en profiter. En plus en ce moment j’ai besoin de m’isoler seul pour réfléchir. Je vais pas bien, je suis sur les nerfs qui sont à vif, ils peuvent “péter” à tout moment. Ça fait six mois que je tourne, je pense que rentrer chez moi.

Les nerfs à vif, je me fais des nœuds au cerveau. Tout seul je pensais sortir de prison et m’isoler chez moi dans ma chambre en cogitant dans ma tête et dans mon cerveau y a tellement de nœuds que je vais devenir nerveux, « m’emboucaner » avec tout le monde si je ne m’isole pas. En plus, mon père veut me récupérer, mais on dirait que la juge ne veut pas. Ça nous fait du mal à tous les deux, moi et mon père. C’est mal et je ne peux pas l’appeler, ni rien faire, ça m’énerve encore plus et après Seuil aussi ça je cogite beaucoup sur ça. Madame la juge vous pouvez comprendre que j'ai besoin de m’isoler, moi et mon père, sinon ça m’énerve beaucoup trop pour respecter les placements. Fin


Jean-Michel : Après le petit déjeuner, le responsable du gîte nous dépose à la Maison de Santé de Fréhel. Le médecin accepte de nous recevoir à 13h. Nous faisons quelques courses, puis nous attendons de 11h à 13 h.

Le médecin détecte une grosse inflammation et préconise en plus du traitement, 48h de repos.

Après quelques difficultés à la pharmacie, nous retournons en taxi au gîte de l’Entre Deux pour deux nuits. Nous repartirons le 29 pour le Cap Fréhel.

Mardi 28 décembre : Plevenon

L : Aujourd’hui ça s’est bien passé. J’ai regardé la télé et fumé. Le temps commence à être beaucoup trop long. Je le vois bien passer. Je ne suis pas fait pour faire de la marche, ni supporter les règles de Seuil. Mais aussi je fais que de réfléchir, je me dis que 9 jours, je vais pas tenir parce que le temps passe pas et ça m’énerve, du coup je pense arrêter la marche le 4 janvier. J'espère que vous n’allez pas m’en vouloir surtout Paul. Fin


Jean-Michel : Journée de repos pour le genou de L. Ce fut une longue journée durant laquelle il ne s’est rien passé. Demain départ pour une petit étape en espérant que le genou tiendra bien.


Mercredi 29 décembre : Plurien

L a écrit une lettre à sa juge.


Jean-Michel : Nous sommes en marche pour une petite étape. Le ciel est gris, mais il fait doux. Nous rejoignons la côte aride et très ventée. Nous marchons avec le vent de face. Il nous empêche d’avancer librement mais peut-être qu’il balayera toutes les questions que L se pose.

Nous nous enfonçons parfois dans la forêt de pins et nous retrouvons un peu à l’abri. Nous prenons un long moment pour la pause déjeuner et en profitons pour observer les surfeurs qui attendent la plupart du temps la bonne vague.

Nous sillonnons ensuite dans les pins en alternance avec la route jusqu’aux Sables d’Or les Pins, puis nous rejoignons Plurien par un chemin étroit hors GR.

Nous y trouvons une boucherie-charcuterie chez qui nous trouvons nos repas du soir. Ayant le temps, j’en profite pour visiter la superbe église du village qui, pour une fois, est ouverte. Celle-ci aurait été édifiée après l’en 1000 sur les ruines d’un temple gallo-romain voué à Jupiter, dieu de la foudre. Non loin de là nous trouvons ensuite notre hôtel.


Jeudi 30 décembre : Plevenon

L : Aujourd’hui, nous avons marché 15 km et en tout je suis à 277 km. J’espère ne pas avoir fait tous ces efforts là pour rien, sinon je suis dégoûté. En plus en ce moment ça se passe bien. En plus, on fait de petites étapes en ce moment à cause de mon inflammation à la rotule, mais ça va mieux. J'ai eu de la chance. En plus en ce moment, le temps passe bien depuis 2-3 jours même si ça passe vite et bien je commence quand même à en avoir marre, mais on tient les “z’hommes”, mais y a aussi les “z’hommelettes”, mais moi c’est les « z’hommes » parce que ce n’est pas tout le monde qui marche 277 km, sans téléphone, sans télé, sans stupéfiant et surtout en dormant dans la même chambre que Jean-Michel qui ronfle comme un moteur de Subaru et qui a la certitude de ne pas ronfler fort. Il aime souvent avoir le dernier mot, mais il y arrive souvent. Je lui fais remarquer, mais il me dit non à chaque fois.

Il y a aussi mon père qui me manque, ça va faire bientôt six mois que je ne suis pas rentré chez moi. Tout me manque, ma chambre, mes potes, ma meuf, la liberté, jouer à la playstation, tout me manque et c’est normal. J’ai envie de le dire, mais j’ai fait des conneries et j’assume jusqu’au bout la fin des conneries. LOL, ZUP en force, arrah.


Jean-Michel : Ce matin, nous partons du petit village de Plurien vers 10h15 pour une petite étape de 15 km. Afin de ne pas dépasser les 15 km, nous rejoignons Erquy en parcourant la campagne. Le chemin en sous-bois est magnifique, mais très accidenté. Nous déjeunons à Erquy, puis rejoignons le bord de mer. Nous profitons du beau temps et marchons le long des plages de Caroual et de la ville de Berneuf. Nous alternons maintenant plages et chemins plus sauvages, mais herbeux et confortables.

Aujourd’hui, les dénivelés sont au rendez-vous, mais nous procurent des vues magnifiques de Erquy au Verdelet.

Nous arrivons à Pléneuf par un chemin en sous-bois juste avant de découvrir le centre jusqu’à l'église à côté de laquelle se trouve notre hôtel.

Quelques courses pour le goûter et le soir, puis je me fais couper les cheveux dans un salon de coiffure hors d’âge et plutôt bordélique. La coiffeuse est bien sympathique et me vante la beauté des étapes à venir tout en maniant la tondeuse avec dextérité. Nous rentrons à l’hôtel pour une soirée de repos.

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