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Marche de Kezxxx

  • 27 avr.
  • 37 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 1 jour

Marche de Kezxxx accompagné par Adrien

 

Jeudi 23 avril : Le Puy en Velay

 

K : Ce matin, la matinée fut quelque peu mouvementée (un voisin alcoolisé ayant posé des problèmes à ma mère et moi), mais j’ai finalement pu partir serein. J’avais tellement attendu ce moment que ça ne me paraissait pas réel ; enfin je partais !

Avec mon éducateur, nous avons pris le train pour Lyon vers 10h30 et pendant tout le trajet, je brûlais d’impatience de rencontrer mon accompagnant pour ensuite disparaître pour ces trois longs mois.

Arrivé à Lyon, je rencontre mon accompagnant, Adrien, avec qui j’ai seulement une décennie d’écart. Le courant est très bien passé et après le repas nous embarquons pour le Puy en Velay.

Après deux trajets en train, nous arrivons enfin à bon port. Le Puy est beaucoup plus grand que ce à quoi je m’attendais. Notre appartement est juste au pied de la cathédrale, la vue est magnifique.

Avec Adrien, l’après-midi, nous avons visité partiellement la ville et avons fait nos courses pour le repas du soir. Celui-ci était catastrophique dans sa préparation ; le riz collait de partout ; les oignons sautaient de la poêle. Bref, pas franchement une réussite.

En résumé, une très bonne journée et j’ai hâte de commencer cette aventure.

 

Adrien : Une journée pour le moins chargée. Réveil à Paris, déjeuner à Lyon et café au Puy en Velay. Après des semaines d’attente et de préparation, nous y voilà. On se rencontre tous autour d’un bon repas. La timidité des premiers instants laisse rapidement place aux discussions pour apprendre à se connaître.

K est plein d’énergie. Super sportif et motivé. Il ne se demande pas s’il va arriver jusqu’au bout, mais plutôt si on aura le temps d’aller jusqu’au Portugal après l’Espagne !

On profite de la première soirée pour se promener, faire des courses et découvrir la ville.

On se lance dans notre première préparation de repas ensemble avec K qui prend le lead. Il y a encore de la marge de progression pour cuisiner ensemble, mais pour une première, vraiment pas mauvais.

On prend nos marques petit à petit et avons hâte de commencer le chemin.

 

Vendredi 24 avril : Le Puy en Velay (2ème jour)

 

K : Ce matin, petit déjeuner basique, avec Adrien. Nous avons plus tard été rejoints par Jean-Michel pour procéder aux essayages et achat du paquetage au Décathlon du Puy. Une fois bâtons, gants, lunettes, sacs, vêtements et autres en poche, nous avons regagné le centre et l’appartement pour déposer nos affaires et établir les plans de route et réservations.

Nous avons procédé ainsi : après avoir consulté le “Miam Miam dodo”, le guide indiquant les auberges, snacks et campings disponibles pour chaque étape du trajet, nous avons réservé nos gîtes pour les 4 prochains jours. Ainsi, le 1er jour, nous réservons pour le 5ème, le 2ème pour le 6ème et ainsi de suite.

Après cela, plus tard dans l’après-midi, nous sommes allés chercher notre crédencial de pèlerins, puis Jean Michel nous a quittés peu après.

Ensuite, nous avons visité le rocher Saint Michel et sommes montés dans la statue de Notre Dame de France, jusqu'à dans sa couronne.

A l’heure où j’écris ces mots, nous sommes en fin d’après-midi et il nous reste encore à préparer nos sacs et faire le ménage dans l’appartement. Il ne faudra pas veiller trop tard ce soir, car le départ se fera tôt demain matin. Je brûle d’impatience.

 

Adrien : Première nuit très agréable même si couchés un peu tard car on discutait. On se réveille de bonne heure et on file acheter le matériel du jeune, ça devient très concret et excitant pour tout le monde. De retour à la maison, on déballe tout et on se prépare. Après un bon repas au calme en terrasse, on part “travailler” nos chaussures dans les hauteurs du Puy. On commence par le bureau d’accueil des pèlerins pour récupérer la crédencial qui nous accompagnera tout le long du chemin. On enchaîne ensuite avec la statue de Notre Dame de France et le rocher Saint Michel, avec de beaux panoramas. On se familiarise ensemble aux tâches quotidiennes de gestion des comptes, réservations des hébergements et préparation des étapes.

Ce soir, on sort manger un petit bout en ville, se promener et se coucher tôt pour être prêts pour demain, pour la messe de 7h et le grand départ.

 

Samedi 25 avril : jour 3 – Montbonnet

 

K : Le grand départ ! Enfin ! J’attendais ce jour depuis des mois et enfin, nous y étions. Je ne sais pas si j’étais inconsciemment stressé, mais je n’ai pas fermé l'œil de toute la nuit. Et pourtant, quand le réveil a sonné, je sortais du sac de couchage, avec plus d'énergie que jamais. L’excitation du moment sûrement. Nous avions mis le réveil à 6h pétantes et, après avoir fait un brin de ménage dans l’appartement et finalisé notre paquetage (qui pèse tout au plus 8 voire 9 kg), nous quittons les lieux à 6h45 pour assister à la messe de départ dans la cathédrale qui prenait place à 7h. Bien qu’étant athée de chez athée, ce moment fut très significatif pour moi. Au-delà d’une cérémonie religieuse, ce fut la célébration d’un nouveau départ pour moi. Le début d’un voyage durant lequel j’espère changer et devenir la personne que je veux être, mais également de me forger un esprit sain dans un cœur sain. Une fois la trappe ouverte, c’était le grand moment ; nous nous sommes engouffrés dans celle-ci, je descendais les marches pour entamer ce qui promet d’être une des expériences les plus importantes de ma vie.

Après avoir mangé un bout dans une boulangerie au Puy, nous nous mettons en route sur le sentier. Au début, celui-ci arpente plutôt des villages (où l’on ne trouve pratiquement que de vieilles bâtisses en pierre) et longe les jardins et les routes. Puis après une vingtaine de minutes de marche, les paysages deviennent légèrement plus sauvages : les “choses sérieuses” commencent pour Adrien et moi.

Sur le chemin, nous croisons de nombreux pèlerins et la bonne ambiance règne, tout le monde salue tout le monde dans une grande convivialité.

On note que beaucoup de belges (tout comme Adrien) sont présents sur le chemin.

Tout au long du sentier, les paysages se diversifient plus ou moins, et les bâtisses défilent une à une.

Plus tard dans la journée, près de notre arrêt du soir, Montbonnet, nous nous sommes arrêtés une petite demi-heure pour nous reposer dans un champ de hautes herbes vertes et brillantes, tels des aventuriers épuisés. Ce moment de paix aurait pu durer l’éternité.

Une vingtaine de minutes plus tard, nous arrivons à Montbonnet, plus précisément au gîte “L’Escale”. Ma première nuit en gîte !

L’atmosphère est très détendue et l’ambiance très conviviale, semblable à une grande famille, composée de pèlerins pourtant tous inconnus les uns des autres. Parmi eux, Jam, un pèlerin américain qui fut ma 1ère interaction au gîte. Nous discutâmes longuement avec lui, une occasion de pratiquer notre anglais au passage.

J’apprécie tellement ces moments d’échange et de partage, de découverte d’autres modes de vie… La suite de ce périple s’annonce déjà fort prometteuse….

 

Adrien : Réveil très matinal aujourd’hui après une courte nuit. Peu avant 7h nous quittons la maison après avoir fait du rangement et du ménage. On monte les marches de la cathédrale avec une certaine excitation, on sent que ça devient réel.

Les bancs sont pleins et nous recevons la bénédiction du prêtre. La trappe de la cathédrale s’ouvre et on se lance.

Pause petit déjeuner et on commence la montée très rapidement avec les bâtons et on s’y habitue vite. K galope en montée et en descente, n’est pas intéressé à l’idée de faire une pause. Il propose tout de même, à la vue d’un grand champ vert, de s’y allonger rapidement.

Pour 15h, nous arrivons au gîte et découvrons la dynamique de ces lieux. Accueil énergétique de Mendi, puis installation dans le dortoir. K lance la discussion avec un américain retraité qui partage notre chambre, un pèlerin plus aguerri qui parle de la force du chemin.

Le repas du soir est hyper convivial, tout le monde se mélange et discute. Une chose qui rassemble tout le monde : le plaisir de la marche, de l’introspection et de la rencontre. Après une petite balade digestive pour se remettre de la bonne nourriture, on se prépare à se coucher avant d’entamer notre deuxième journée de marche. 

PS. Premiers coups de soleil, snif snif 😢

 

Dimanche 26 avril - Jour 4 (15 km) - Monistrol d’Allier

 

K : La première nuit en gîte fut moins agitée que la précédente : j’ai dormi comme un loir. Après un bon petit déjeuner à base de pain-beurre et de confiture, nous nous sommes mis en route pour notre 2ème journée de marche. Dès le début, les paysages s’annonçaient magnifiques : des champs  de diverses couleurs, jaune, vert, brun s’étendaient à perte de vue devant mes yeux et bordaient d’immenses forêts, de grands arbres d’un vert très sombre. Nous nous étions liés d’amitié avec divers pèlerins du gîte durant le repas d’hier soir et nous les re-croisons sans cesse le long du chemin, resserrant ainsi les liens déjà établis, y compris en partageant un café lors d’une halte au petit village de Saint Privat d’Allier, dernière bourgade avant Monistrol d’Allier, notre halte du soir.

Un temps après ça, après avoir continué sur environ 5 km, nous avons fait une 2ème pause sur des roches imposantes surmontées par une tour en ruine et au pied de laquelle se trouve une mignonne petite chapelle, dont le tout était fait en roches superposées.

Nous retrouvons ici nos 3 amis suisses qui dégustaient leur sandwich bien mérité. Je m'écarte d’eux pour monter sur les roches, en hauteur, et prendre quelques minutes avec moi-même. Je contemplais les vastes étendues de vert, cet horizon de cimes qui semblait infini. Je pensais à cette marche, à ce voyage et à ce que j’avais laissé derrière et que je retrouverai dans un quart d’année, non pas en tant que garçon, je l’espère, mais en tant qu’homme.

Après une bonne heure, nous reprenons la route, il nous restait 2 km environ.

Nous sommes passés tout d’abord par sinueux chemin, en descendant une forêt d'arbres très fins aux feuilles d’un vert très lumineux, presque fluorescent, pour ensuite arriver sur un chemin semblant comme au centre d’une vallée, formée par les massifs verdoyants alentour.

Après une ultime descente d’une route goudronnée, nous arrivons finalement à bon port.

Nous résidons dans le camping “La Vicier”, escale très agréable, bordant une rivière également très pittoresque. Après avoir déposé nos sacs dans la tente-dortoir, nous sommes allés nous rafraîchir dans cette rivière, dont le son des courants berce nos oreilles, lorsque j’écris ces lignes.

Durant cette petite baignade, je rejoignais l’autre rive du ruisseau après avoir “affronté” les courants et les pierres glissantes et j’eus le plaisir de titiller un serpent gris dont les écailles semblaient sèches du bout de mon orteil.

Je gagnais ensuite une petite plage paisible, semblant figée dans le temps et baignée par les rayons chauds du soleil.

Nous avons ensuite pris une douche revigorante et sommes présentement en train de mettre par écrit nos aventures d’aujourd’hui.

Ce n’est que le 2ème jour, mais j’ai l’impression d’être parti depuis deux semaines sur ce sentier que je suivrai pendant 3 mois jusqu’en Espagne (mais j’espère de tout mon coeur avoir 2 semaines restantes après être arrivé au point zéro pour continuer jusqu’à Porto et ainsi atteindre le Portugal)

 

Adrien : Content au réveil ce matin, on a bien dormi. En descendant dans la pièce commune, on retrouve l’énergie de la veille. On papote, on se prépare à prendre la route. Le gîte fermant à 8h30, nous visons presque tous de partir aux alentours de… 8h29.

On part chacun notre tour, mais ayant des pauses et rythmes différents, on se croise régulièrement. Au prochain village après notre départ de Montbonnet, on se fait inviter pour un café par la Camille suisse rencontrée au gîte.  D’autres voyageurs se joignent, on se conseille sur la route : les pansements pour ampoules se glissent d’une main à l’autre. On visite aussi une belle chapelle construite il y a plus de 900 ans. Impressionnant !

Quelques kilomètres plus loin, on se retrouve avec le même groupe, par hasard sur un gros rocher avec vue panoramique. Cette fois-ci, photo de groupe, une belle bande !

Les gens sont intrigués et impressionnés par notre projet, on échange beaucoup.

On galope les derniers kilomètres et on arrive à notre destination. Un petit village paisible au bord d’un fleuve, une vraie âme de vacances.

En attendant le check-in, on se baigne dans l’eau froide et peu profonde, mais ça fait un bien fou. Puis lessive, bon, à la machine mais quand même, pour avoir le temps d’écrire ces lignes au bord de l’eau avant le repas du soir.

Déjà hâte de reprendre la route demain et de croiser quelques visages connus aussi.


Lundi 27 avril : Saugues

 

K : 3ème jour de marche. 13 km environ. Nous avons quitté le camping vers 10h30 environ après avoir roupillé un peu plus que d’habitude. Le petit déjeuner proposé par le camping ne valant pas le coup, nous avons entamé le camino avec seulement 2 barres de céréales fruitées dans l’estomac. Pas très robuste, il faut le reconnaître.

Nous quittons Monistrol d’Allier pour ensuite entamer une montée quelque peu… imposante qui durera une bonne heure et demie. Durant celle-ci, nous sommes passés au travers d’une grande forêt dont les feuilles d’arbres étaient d’un vert scintillant illuminaient le sentier. Nous fîmes notre première “marche silencieuse” qui fut longue de 30 minutes. Parfait pour une montée. Cette marche muscle, certes, notre corps, mais c’est dans ces moments passés avec soi-même que se forge notre esprit.

La faim commençait à se faire fort ressentir et arrivés à la fin de cette montée, nous nous sommes arrêtés dans une petite boulangerie sur le trajet, l’UJO-pain, et nous avons pu nous rassasier avec de bons sandwichs bien garnis.

L’endroit avait un petit air de paradis, idéal après cette montée. Nous y avons rencontré une sud-africaine résidant en Australie, Adri, avec qui nous avons un peu conversé avant de nous remettre en marche. Il nous restait environ 8 km pour arriver à Saugues. Le chemin était relativement simple, mais le soleil tapait fort et la chaleur était pesante. Je bronzais tandis que je voyais les bras d’Adrien tourner au violet au fil des heures. Nous recroisâmes Adriana sur la route, mais nous allions à très vive allure.

Puis après de nombreux paysages de champs blancs, jaunes et verts, nous arrivâmes enfin à Saugues, dont le folklore tourne presque exclusivement autour de la bête du Gévaudan. K et moi on était tout excités, cette légende ayant attisé mon imagination étant enfant.

 

Adrien : Wow ! Une sacrée journée ! Une qui m’a montré la puissance du chemin et des émotions qu'il procure.

La journée a commencé par un rêve en douceur dans notre tente/dortoir nichée proche de la rivière.

L’étape d’aujourd’hui ne faisant que 12 km, on en profite pour se mettre en route à notre aise.

Très rapidement, on se rend compte qu’une belle montée nous attend. On convient, au pied de celle-ci, d’entamer notre première marche en silence. K et moi étant de nature bavarde, on avait peu eu l’occasion de vivre ce silence.

Nous voilà alors lancés, dans notre bulle respective, à l’ascension de ce chemin de plus de 500m de dénivelé positif. Arrivés en haut, un nouveau défi nous attendait, pas mal de kilomètres en plein soleil, le corps qui fait mal. Alors on sent tous les muscles du corps, les pieds qui font mal et les bras qui brûlent, mais on avance !

Le chemin nous mène sur un point de vue de Saugues, notre destination du jour. On galope la descente et on arrive avec hâte au gîte du voyageur, avec qu’une idée, une bonne douche fraîche et un peu de repos. Nous voilà plus frais.

Le soir, on convient de se cuisiner un repas dans ce gîte qui n’accueille que 6 personnes

Ce soir, c’est fajitas au menu, alors on file à Carrefour faire le plein, tout ce choix m’avait manqué

Une fois le repas prêt, on s’asseoit avec une autre femme du gîte, on apprendra plus tard qu’elle s’appelle Carine ; parce que, oui, ce n’est qu’après une très longue et riche discussion, au moment de se coucher, qu’on pense à lui demander son nom car sur le camino, cela n’importe finalement beaucoup moins, l’ordre des choses est inversé.

Cette rencontre a été spéciale. Nous sommes trois, 16, 27 et 56 ans avec beaucoup en commun. Pas nécessairement sur le fond de nos idées et encore moins sur nos trajets de vie, mais plutôt sur ce qui nous anime et ce qui nous a amené ici. On échange et on met des mots, à notre tour, sur ce qu'on ressent au plus profond de nous. On se sent émus, on sent la chair de poule qui nous traverse, chacun à sa manière. Carine, elle est touchante.

C’est là que je prends conscience de la force du chemin et que je commence à comprendre pourquoi on est ici.


Mardi 28 avril

 

K : Ce matin, nous sommes partis tôt du gîte, aux alentours de 7h avec seulement un t-shirt à manches courtes en guise de haut. Je fus quelque peu surpris par le froid matinal. Dès le début de la marche, les champs d’herbe verte perlés d’humidité étaient un véritable plaisir pour les yeux. Quelques vaches, chevaux et moutons s'éveillaient paisiblement, tout comme nous.

Puis, le soleil sortit et réchauffa le temps. Après ces quelques champs, nous nous sommes enfoncés peu à peu dans diverses forêts, de grands arbres foncés bordaient les chemins. Ces bois éveillaient réellement quelque chose en moi, Ils étaient représentatifs d’une… L'ambiance me plaisait beaucoup.

Après avoir enchaîné plateaux et forêts sur quelques kilomètres relativement simples, nous arrivons dans un petit village où nous avons trouvé les ruines d’un château du 12ème siècle, dont les creux des douves étaient encore visibles et comportaient comme pièce principale les restes d’une tour construite sur un rocher dans laquelle j’ai pu voir plusieurs oiseaux s’y nicher. Ayant croisé Tom, ami pèlerin américain, quelques minutes auparavant, nous échangeâmes quelques mots avec lui, à propos de la tour etc.

Tandis que Adrien et lui continuaient de bavarder à deux, je les laissais quelque temps pour rejoindre une croix faisant partie des restes du château, à environ une vingtaine de mètres de la tour. Je ne sais comment l’expliquer, mais je trouvais à cette croix un charme et un esthétisme tout particulier.

La lumière du soleil touchait parfaitement cette croix qui se tenait là, seule au milieu des petites roches, comme seule survivante d’une époque désormais révolue.  Je ne pouvais pas m’arrêter de la contempler, j’aurais pu rester là des heures.

Après avoir pris une ou deux photographies, nous avons pris la route. Nous traversâmes en majorité des plateaux. Sur ceux-ci, nous avons croisé quelques pèlerins, largement moins qu’à l’accoutumée, cependant notre départ s’étant fait tôt le matin, nous avons croisé une jeune psychomotricienne, un runner préparant son ultra et deux dames avec leurs chiennes, déjà croisées la veille à notre arrivée à Saugues.

Nous arrivons à Chazeaux dans un petit camping/chèvrerie.

A peine installés, la pluie a commencé à tomber avec intensité, mais nous avons tout de même décidé de sortir visiter le village voisin, Chanaleilles, sympathique sous la pluie.

Nous étions toujours en Haut-Gévaudan où l’empreinte de la bête était partout, jusqu'à dans les décorations des maisons

Après notre escapade mouillée (en compagnie de Tom une fois de plus), nous rentrâmes à notre tente. J’y fis quelques entraînements de renforcement musculaire et après cela, je pris une douche chaude après cette longue et grande douche froide.

Ce soir, nous mangeons au camping un repas délicieux majoritairement à base de chèvre et fîmes connaissance avec nos “voisins” en parlant voyage, politique et autres.

 

Adrien : Ce matin, on décide de se lever tôt, on a de l’énergie et de la pluie est prévue pour l’après-midi.

7h15, nous voilà sortis de la boulangerie avec quelques sucreries pour le chemin. Le matin est calme, les champs et la forêt brillent. En passant dans un village, on s’arrête pour observer une tour construite sur un rocher autour du 12ème siècle et tombons sur Tom, l’américain rencontré au premier gîte. Il fait partie de ceux qui prennent leur temps en marchant pour observer les oiseaux, se renseigner sur l’histoire des lieux et observer les paysages, se faisant dépasser par ceux qui préparent une course et ne jettent qu’un regard bref autour d’eux. On croise aussi deux femmes et leurs chiens rencontrés la veille qui nous disent avoir parlé de nous à tout le monde “les deux jeunes super motivés qui vont jusqu'à Saint Jacques”. Il est vrai que par ici beaucoup ne font qu’un petit tronçon, mais peu ont l’ambition ou le temps d’aller jusqu'au bout.

Après quelques heures de marche, on s’arrête avec Tom qui nous offre le café. Quand on reprend la route, on réalise que notre pause n’était en fait qu’à… 200 m de notre point d’arrivée.

On s’installe dans une spacieuse tente pour la nuit juste à temps pour éviter la pluie. On profite de l’après-midi pour se promener sans sac et prendre du temps pour nous.


Mercredi 29 avril : 5ème jour de marche - Saint Alban sur Limagnole

 

K : Nous avons quitté Chazeaux la nuit précédente et nous quittâmes le camping vers 9h50 et commençons à marcher vers Saint-Alban-sur-Limagnole. Au début de la marche, les paysages sont majestueux, avec des plateaux très “ouverts”, de verts champs et un horizon très lointain.

Ensuite, le sentier devint de plus en plus impressionnant et beau ; en effet, nous nous enfoncions peu à peu dans les forêts, aux alentours du Sauvage, lieu où nous étions censés passer la nuit précédente. Les bois devenaient de plus en plus épais et sombres et les arbres plus sombres. Nous croisâmes sur le chemin les pèlerins avec qui nous avions partagé le petit-déjeuner royal qui nous avait été préparé ce matin à la chèvrerie, mais également nos amis que nous avions déjà croisés et côtoyés durant les 4 premiers jours.

Après une courte pause à bavasser, nous reprîmes notre allure et passâmes à travers une forêt très claire et lumineuse, cette fois-ci. Après avoir passé celle-ci, nous arrivâmes sur une route à côté de laquelle nous sommes tombés sur une petite fontaine dont l’eau qui s’en écoulait serait, selon un paysan contant aux groupes de pèlerins son histoire, miraculeuse. Je ne puis dire si elle l’était vraiment, mais je peux, en revanche, affirmer qu’elle était fort revigorante. Plus tard, quelques minutes après, suivant la route, nous avons changé de département, pour passer en Lozère.

Après quelques kilomètres et une petite pause auprès d’un coq très dominant, nous arrivâmes au gîte de l’Imprévu à Saint Alban, un petit village sympathique.

 

Adrien : Au réveil, il fait frais et humide, mais le soleil brille et le ciel est bleu. Au petit déjeuner, on prend des forces et dégustons de délicieux produits locaux. Un plateau de confitures qui a le mérite d’attiser notre curiosité, c’est pas tous les jours qu'on met sur notre tartine de la confiture de tomate ou de lentilles du Puy !

Puis on prend la route, dans le silence du matin et nous voilà re-plongés dans la magie du camino. Je suis submergé par une sensation de bonheur face à des plaisirs si simples. Marcher en silence, entre les arbres qui laissent entrevoir les premiers rayons de soleil, entendre les oiseaux chanter et devoir tout simplement avancer en observant les pensées qui traversent notre esprit. Le silence est puissant, il nous laisse seul face à nous-même.

Et au bout de ce chemin, on reprend la parole et croisons des pèlerins que l’on connaît et apprécie (et qui nous lisent peut-être). Des échanges simples et sincères qui font du bien.

En s’approchant de notre ville d’arrivée pour aujourd’hui, on longe une maison avec un beau jardin qui attise notre attention. Un panneau y dit “nous ne faisons qu’emprunter ce bout de terre à nos enfants si vous devez en prendre soin, n’hésitez pas à vous y poser quelques instants”. Alors on rentre et on se pose à l’ombre d’un arbre. Ni une, ni deux, un coq et ses quatre poules viennent à notre rencontre. Le coq bombe le torse et nous fait comprendre qu’il est chez lui. Finalement, on doit avoir de bonnes têtes, vu qu’il nous a laissé reposer nos mollets tranquilles.

Milieu d’après-midi, on arrive au gîte, un bâtiment d’une école, transformé en refuge à pèlerins. La fille qui gère, ses parents retraités qui donnent un coup de main en cuisine, on sent bien l’ambiance familiale. Ici, tout est prix libre et conscient. Un tarif référence est donné, ensuite chacun adapte en fonction de ses revenus, c’est chouette. On prépare ensuite un délicieux plat bien gourmand pour se réconforter. On papote avec une fille du Vénézuela venue spécialement pour le camino.

Puis après le repas, les instruments font leur apparition. K du haut de ses 16 ans, impressionne la salle. Il a une superbe voix qu’il n’a pas peur de poser sur les chants qui font vibrer l’espace commun. Il en profite également pour se remettre à la guitare qu’il apprécie beaucoup jouer. Ce soir, on part donc au lit reposés et contents de cette belle journée !


Vendredi 30 avril : Aumont-Aubrac

 

K : La soirée d’hier fut véritablement formidable. Après un repas entre pèlerins durant lequel l’ambiance n’était pas au rendez-vous, (sûrement la timidité de chacun). Nous sortîmes avec Adrien, prendre deux boules de glace, chacun dans le restaurant du gîte voisin. Après cela, j’ai pris ma corde à sauter, et me suis entraîné une petite dizaine de minutes. En remontant au gîte, les gens chantaient, dansaient, jouaient de l’accordéon, l’atmosphère était cette fois-ci, très naturelle et conviviale. Après avoir rejoint cette bande de joyeux lurons, nous entreprîmes de chanter en cœur, menés par Délia, dont la voix semblait nous transporter vers un autre monde. Quelque temps après, je peux même prendre une gratte et en jouer un peu, pour la première fois au moins depuis six mois, je pense. Nous passons un moment mémorable où chacun laissait sa personnalité ressortir, le temps de chaque chant, et qui restera gravé dans nos mémoires à tous.

Au matin, nous nous levâmes aux alentours de sept heures, nous prîmes un bon petit déjeuner, qui fut une occasion pour nous de découvrir un mot encore inconnu, le « coulis » de pissenlit. Le liquide était semblable au miel, une explosion de sucre en bouche, un véritable délice. Nos estomacs remplis, nous avons pris la route vers 8h45. Nous commençons la journée avec 45 minutes de marche silencieuse, l’occasion pour moi de me retrouver seul avec mes songes de la matinée. Nous traversons des champs, et des plateaux, avec un petit dénivelé au début. Après 2h30 de marche, nous étions déjà presque arrivés au bout de notre étape, une quinzaine de bornes, et donc à notre escale du soir à Aumont-Aubrac. Quelques kilomètres avant l’arrivée, nous nous posons dans un champ d’herbe et nous posâmes en silence. Je ne sais pourquoi, mais quelques minutes furent remplies de bonheur pour moi. Nous fûmes rejoints un peu plus tard dans cette pause, par Mercedes, Délice, et Thibault, des pèlerins rencontrés le soir précédent. Après une bonne heure à discuter, nous finissâmes la marche du jour avec des amis, rencontrés au premier gîte, samedi soir. Quelques heures après, après avoir pris une douche revigorante, et lavé notre lessive à la main, nous eûmes quelque temps de libre avant de sortir manger, j’en profite donc pour monter les quelques marches d’une butte en face du gîte, et y lire mon roman, baigné par le soleil.

 

Adrien : Aujourd'hui est une journée calme. La météo est bof, les paysages aussi, en tout cas moins spectaculaires que les jours précédents. Quand on dort en gîte, le réveil se fait tôt. On se met en route à 8h30 pour une petite étape. On décide de marcher vite pour se dépasser, mais prenons ensuite une bonne pause dans un champ de fleurs, pour ne pas arriver trop tôt. Et vu que nous sommes au bord du chemin, on croise des pèlerins de la veille, qui nous rejoignent. L’occasion de papoter et apprendre à se connaître. Puis un bon repas, le soir, une balade, avant de se coucher.

 

Vendredi 1er mai : 7ème jour – Nasbinals

 

K : Nous partîmes tôt ce matin pour entamer une étape de 27 km jusqu’à Nasbinals, aux alentours de 7h. La boulangerie étant fermée le 1er mai, nous avions le ventre vide au départ. Les 7-8 km premiers kilomètres furent essentiellement de la route et les paysages n’étaient pas vraiment à couper le souffle mais se diversifièrent plus tard. En effet, nous traversâmes une forêt dont le sol était recouvert de mousse, très agréable à l'œil. Mais c’est quelques kilomètres plus loin que la marche devient encore plus intéressante. Des plaines d’herbe mi-verte, mi-morte, plutôt plates, même si quelques collines s’y devinaient tantôt. Ces étendues rappelaient fort celles en Ecosse, impression accrue par les nuages recouvrant d’ombre les paysages. Après quelques kilomètres passés sur un chemin sillonnant les plaines, nous en vînmes à monter une côte pour déboucher sur une vue époustouflante.

Le vent soufflait sur les buissons et les roches au sommet, si bien que nous y passâmes 45 mn à contempler les monts. J’en profite pour coucher sur papier certaines idées, certaines pensées. Ce moment était tout simplement parfait.

Nous dûmes malheureusement nous remettre en route et quitter ce petit paradis. Je re-partais comblé. Quelques minutes plus tard, nous grimpons sur des roches pour admirer, là aussi, une vue à 360° magnifique. Il soufflait un vent de liberté sur la Lozère.

Arrivés à Nasbinals, nous croisâmes Tom notre ami américain, qui nous invita à le suivre prendre un café, en compagnie de Francisca, une amie anglophone de Tom.

 

Adrien : Ce matin, nous prenons la route pour une étape de 27 km, la plus longue jusqu’à présent. Étant un jour férié, peu de commerces sont ouverts, on part donc l’estomac vide. Une fois nos jambes bien échauffées, on s’arrête en bord de route pour un café et de quoi se remplir l’estomac. On quitte ensuite les rues, empruntons un petit chemin qui nous mènera à des paysages somptueux. De grandes plaines verdoyantes, une vue dégagée et peu de traces de civilisation aux alentours. En haut d’une colline, on se pose une petite heure à contempler la vue et profiter de ce moment. Je me demande alors, comment serait-il possible d’être malheureux ici ? Les plaines sont recouvertes de rochers parsemés sur son étendue, qui semblent comme tombés du sol. Le calme et l’horizon m’apaisent, je sens mes poumons se remplir d’air frais, je me sens bien. On reprend ensuite la route, bluffés par le paysage, alors quand on passe aux côtés de cette imposante colline, couronnée de rochers, on ne peut s’empêcher de l’escalader. Au sommet, une vue à 360°, encore plus belle que la précédente.

Mais un moment il faut reprendre le chemin, donc nous avançons face au vent et je sens à présent mes pieds qui fatiguent, eux n’ont pas profité de la vue.

Alors les derniers kilomètres sont plus difficiles mais je sais qu’une bonne douche et un lit chaud m'attendent à l’arrivée.

Nous arrivons à Nasbinals, un village avec beaucoup de charme, super agréable pour se promener. On y croise les pèlerins ratés en chemin et sommes invités à prendre le café avec deux d’entre eux, une fois propres et frais, on se fait quelques courses pour se préparer un bon repas pour ce soir et profitons du jardin pour un dernier rayon de soleil et un repos bien mérité.

 

Samedi 2 mai : Saint Chély

 

K : Ce matin, je me suis levé vers 4h30. Impossible de me rendormir au vu des ronflements de nos voisins de chambre. Je descendis dans la pièce à vivre du gîte pour y lire mon roman en paix. C'est une atmosphère différente que de se retrouver seul la nuit éveillée quand tout le monde dort. Au petit déjeuner, j'ai mangé seul, une petite envie de solitude. Je fus ensuite rejoint par Adrien et les autres pèlerins dont 2 jeunes femmes fort sympathiques avec qui nous avons fait connaissance la veille au soir. Ce fut aussi très agréable d'être au contact des pèlerines relativement jeunes apportant quelques rafraîchissements à l'interaction.

Au moment du départ nous décidâmes de faire un détour d'environ 5 bornes pour observer une cascade située près de Montgros.

Après quelques kilomètres de marche, nous commencions à sillonner par des petits sentiers de terre de vastes plaines me rappelant fort les paysages de la franchise du seigneur des anneaux Inspirés de la série littéraire du même nom de JRR Tolkien. Les rafales de vent frappaient nos visages, mais nous avancions tout de même avec vigueur. Ces coups portés par le vent nous rappellent quelque part que nous sommes vivants. Je suis impressionné par ces nombreuses personnes qui prennent un tournant dans leur vie quand tout semblait déjà écrit. Mais retour à la marche, aujourd'hui était éprouvant. Les paysages étaient beaux et diversifiés. Mais le vent est venu à notre rencontre tout le chemin. Aujourd'hui, Adrien et moi n'étions évidemment pas sur la même longueur d'onde. L'allure de la marche, la fréquence des pauses, la marche d'aujourd'hui fut définitivement la plus silencieuse. Nous parlâmes très peu, le vent n'améliore pas non plus les choses. La fin de la marche se fit majoritairement en forêt de quoi me ravir au plus haut point. Arrivé à Saint-Chély, nous eûmes quelques difficultés à trouver un lieu où dormir pour la nuit mais tout ça s'arrangea très rapidement. Nous croisâmes ensuite Tom, ce cher Tom, lors de notre visite du petit village et convenâmes de dîner ensemble ce soir dans un petit restaurant.

 

Adrien : Sur le chemin. On fait des rencontres. Depuis quelques jours, on se suit avec Maïté, une femme retraitée franco-espagnole. Elle dénote sur le chemin parce qu'elle tire un petit chariot mono-roues sur lequel elle a installé son sac. En effet, elle n'aurait pas voulu laisser son problème de genou l'empêcher de prendre la route. Elle nous explique que toute sa vie, elle a pris soin des autres et que maintenant retraitée, elle veut faire quelque chose pour elle. Elle est donc partie de chez elle avec un peu d’argent et ira jusqu’où elle peut. Aux premiers abords, elle dégage l’énergie d'une personne stressée et énergique mais quand on apprend à la connaître, elle est, en fait, très douce et inspirante. Je suis impressionnée par les nombreuses personnes qui prennent un tournant dans leur vie quand tout semble déjà écrit.

Mais retour à la marche, aujourd'hui était éprouvante. Les paysages étaient beaux et diversifiés, mais le vent est venu à notre rencontre tout le chemin. Et je suis impressionné par ces nombreuses personnes qui prennent un tournant dans leur vie quand tout semble déjà écrit. Mais retour à la marche. Aujourd'hui était éprouvant. Les paysages étaient beaux et diversifiés. Mais le vent est venu à notre rencontre tout le chemin. De devant et derrière, mais aussi droite, et gauche et il ne nous a pas lâché. Alors la marche n'a pas été facile, mais c'est dans ces moments qu'on se reconnecte à l'essentiel et le moment présent. Un pas devant l'autre et on avance. Un chemin par la forêt nous amène finalement au village de Saint-Chély où nous passons la nuit dans une tente sur pilotis. On se fait un repas du soir avec d'autres pèlerins. Miam !

 

Dimanche 3 mai

 

K : La soirée à Saint Chély d'Aubrac fut tout simplement mémorable et significative pour ma part.

Laissez-moi développer. Nous allâmes, après qu'il nous eut proposé, partager notre dîner avec Tom à un restaurant de village, également en compagnie d’un suédois déjà croisé sur le chemin. Nous commençons vers 19h et finîmes aux alentours de 20h30.

Entre-temps les 2 jeunes femmes avec qui nous avions bavardé tout le soir durant au gîte précédent prirent une table en terrasse au même restaurant. Après avoir fini notre dîner avec Tom, nous rejoignâmes les 2 compères pour faire un brin de discussion t juste pour une quinzaine de minutes. Une chose en entraînant une autre, 2 autres amis nous rejoignent en même temps. Nous restâmes presque 3 heures à bavarder à cette terrasse. Nous parlions de tout et de rien alternant entre voyages, sérieux, travail, humeur. Puis vers 23h, les lumières du village s’éteignirent, nous plongeant dans l’obscurité et marquant l’heure d’aller dormir. Nous fîmes donc nos adieux à Délia et aux deux jeunes femmes, Elena et Constance. Nous ne reverrons probablement jamais ces personnes.

Et je ne sais comment l’expliquer, mais je fus au retour rempli d’une immense tristesse, car ces relations, ce n’est pas le schéma habituel d'apprendre à connaître une personne au fil du temps passé avec elle. C'est l'affaire d'un ou 2 soirs à discuter des heures durant suite à une première interaction de pure spontanéité. Ce sont des relations faites de simplicité et d'âme. Et je crois bien au fond de moi être tombé amoureux de tous ces gens. Pas dans l'amour passionnel, non bien évidemment, mais d'un amour de rencontre, d'esprit. Je ne peux expliquer l'amour que je ressens pour cette famille suisse, qui fut notre première rencontre. L'amour pour toutes les Karine du camino. L'amour pour Tom ce cher Tom qui me touche encore maintenant par sa gentillesse et sa simplicité. L'amour pour Delya et sa voix.

L’amour pour ces deux jeunes femmes, Elena et Constance et les ondes naturelles agréables et bienveillantes qu’elles dégageaient ce soir.

Jour après jour quand ces personnes finissent leur étape, souvent de quelques jours et nous disent au revoir, je ressens dans mes tripes chaque adieu sûrement définitif comme un chagrin d'amour. Mais je suis heureux de pouvoir au fond de moi ressentir cette tristesse qui me permet de constater combien ces rencontres et ces personnes étaient et restent tout bonnement exceptionnelles. Le matin, nous partîmes vers 8h de Saint-Chély sous une pluie légère.  Nous traversâmes une majorité des chemins boisés, et nous fîmes face à quelques montées plutôt rocheuses. J’effectuais celles-ci à une allure très rapide. Je cogite sur un tas de choses durant cette intensité dans l'effort, cela aide à chasser les démons et tuer ne serait-ce que pour une infime partie, le mal être.

 

Adrien : Le simple dîner, au restaurant du village hier soir, s’est en fait transformé en une chouette soirée à papoter avec d'autres jeunes en terrasse, d'autres pèlerines rencontrées peu de temps avant avec qui le courant est bien passé. Des gens vont et viennent c'est le coin où pèlerins et habitants du village se retrouvent. L'ambiance est détendue. Nous revenons sur nos anecdotes de vie, travail, et voyages. Bref, nous passons un bon moment. On en revient souvent là, passer de moments de solitude et à trop introspection, entrecoupés par des rencontres enrichissantes.

Puis après une bonne nuit de sommeil, on reprend la route. Le matin, difficile de sortir du lit tellement on y est confortables. Mais la route nous fait du bien et l’ambiance est détendue. On profite du temps pour revenir sur nos rencontres et les émotions qu’elles nous procurent, sa manière dont elles bousculent notre vision. On arrive ensuite à un camping en bord de fleuve où nous passerons deux nuits pour notre premier jour de repos. On prend un bain dans le fleuve glacial et s’installons ensuite dans notre tente sur pilotis. K trouve une guitare et ne la lâche déjà plus, de quoi bercer nos moments de repos. Je vois que le chemin le change et le fait grandir,  alors que nous ne sommes qu’au début.


Lundi 4 mai

 

K : Aujourd’hui fut le premier jour de repos de l’aventure. Nous sommes actuellement au camping Bellerive à St-Côme d’Olt, l’endroit est très sympathique, idéal pour un jour de repos. Ce matin nous nous réveillâmes vers 9h30, ayant profité de cette pause dans notre marche et nous octroyant ainsi une bonne nuit de sommeil. Ce fut donc bien reposés que nous allâmes chercher de quoi grignoter à la boulangerie du village. Après cela nous fîmes du STOP (une première pour moi) pour nous rendre à Espalion, la petite ville voisine. Après une petite balade et quelques courses, nous nous rendîmes au parc de la ville pour y manger une salade. La montée fut pour le moins ... silencieuse. Je ne me sentais pas bien du tout, j’avais l’esprit troublé, perturbé. J’en avais « gros sur la patate » comme on dit. Je ne m’étendrai pas plus là-dessus ici.

Après cette pause repas, nous revînmes en stop. La dame nous ayant ramenés à St-Côme était fort aimable et sa discussion très agréable, ce qui me requinqua quelque peu le moral, sans pour autant me métamorphoser. De retour à notre tente, je jouai un peu de guitare (généreusement prêtée par le gérant du camping). Je redécouvrais peu à peu le plaisir de l’instrument. J’espère avoir le temps d’en jouer fréquemment dans les semaines à venir J’allai ensuite faire ma première séance de sport depuis le début de cette marche - « Bring Sally up », de l’herbe, une corde et des élastiques : tout se déroula pour le mieux. Ce moment d’effort me remit d’aplomb un peu plus encore. Nous allâmes ensuite nous baigner dans l’eau glacée de la rivière avant de nous laver et de manger.

 

Adrien : Réveil en douceur dans notre tente sur pilotis du camping de St-Côme d’Olt. Premier jour de repos, pas besoin de faire son sac et de se presser, mais pas question pour autant de passer la journée au lit. On décide donc de partir visiter Espalion, qui n’est pas loin ? Une petite ville, traversée par le Lot et avec une architecture magnifique. Puis K propose de monter visiter le château à pied, dis donc, il n’aime pas le repos ! Mais ça nous fait du bien. Tout comme le bain glacé que l’on prend dans le fleuve, une fois de retour au camping. On a aussi pu faire du stop, ce qui était chouette. Trois voitures au total, pour un temps d’attente moyen de .... 45 secondes, sympa les gens ! On réalise aussi que sur St-Jacques, les infos courent vite. Quand on est partis prendre le café, le serveur s’adresse à K et lui demande : « Ce n’est pas toi, le jeune de 16 ans, qui va jusqu’à St-Jacques ? » ... « Euh, si... » répond timidement K. « Et tu vas partir faire l’armée après ? » enchaîne-t-il. On commence à se regarder et se demander où on a atterri. Puis il nous explique qu’il a rencontré le matin même un autre jeune pèlerin qui lui a parlé de K, petit monde donc.

Pendant la soirée on se cuisine un petit repas, on papote tous les deux et on se couche au son de la pluie.


Mardi 5 mai

 

K : Ce matin, nous nous levâmes à 6h, tôt pour notre grosse étape de la journée de 33 km jusqu’aux alentours de Golinhac depuis Saint Côme d’Olt. Nous quittons la tente sous une pluie légère, qui s'arrête peu après notre départ. La marche d’aujourd’hui se fit sous le signe de l’effort : 1200m de dénivelé positif sur ces 33 bornes, de quoi se remettre en forme après ce jour de repos. Nous entamons directement l’effort avec une montée boueuse et glissante que nous gravîmes à une vitesse phénoménale. Je prends quelques mètres d’avance sur Adrien durant l’ascension pour me retrouver seul avec moi-même dans l’effort, combattant ainsi la douleur par la douleur. Infaillible

Au fil de la journée, nous arpentons les forêts humides et colorées qui rappelaient fort certains climats tropicaux par leurs fougères, leur mousse… J’adore, tout simplement

Au midi, nous fîmes une pause dans le petit village d’Estaing, coin tranquille longeant le Lot le traversant. Nous allâmes à une boulangerie chercher de quoi se sustenter sans trop nous gaver, afin de ne pas marcher avec cette sensation de lourdeur et de ballonnement, erreur que nous avions déjà commise auparavant. Durant cette heure de pause, nous fîmes connaissance d’Esther, une hollandaise pour le moins… joyeuse. Elle fait partie de ces personnes qui ont une joie de vivre et un enthousiasme à toute épreuve, presque inébranlable. Mais c’est après qu’elle m’eut raconté une de ces expériences de vie, que je compris que parfois, se montrer heureux en toute circonstance est une des seules solutions face à la peine qu’on peut ressentir. Malgré son énergie débordante et sa forte personnalité, elle me toucha.

Nous reprenons ensuite la route pour “torcher" comme nous aimons à le dire, la montée qu’il nous restait à parcourir jusqu’à notre destination du soir. Nous arrivâmes vers 15h10 au gîte ayant donc parcouru ces 33 km en moins de temps qu’il ne faut pour le dire “pieces of cake”, comme dirait Adrien

 

Adrien : Ce matin, le réveil a sonné à 6h et la pluie tombe toujours sur la tente. Moi qui ne suis pas très du matin, cela ne m’aide pas à vouloir sortir de mon duvet bien chaud. Heureusement, K, lui, aime le matin et la pluie, me motive donc à passer le cap

Peu avant 7h, nous voilà sur la route pour notre plus grosse étape jusqu’à présent, 32 km et plus de 1000m de dénivelé positif. Très vite, on se retrouve dans les nuages, au sens propre et figuré.

Aujourd’hui, ça monte bien, ce qui nous fait grimper à travers les forêts et petits sentiers jusqu’à de beaux points de vue. La montée nous fait du bien, on souffre mais on se décharge, surtout pour K qui a une énergie débordante. Il laisse les autres pèlerins bouche bée sur son passage.

Nous rencontrons également deux fées sur notre chemin, en tout cas c’est ce qu’elles dégageaient comme énergie. Des femmes qui rayonnent des ondes positives autour d’elle. La première, nous la rencontrons durant notre pause de midi. Elle me voit manger une galette aux épinards et aux herbes et rêve de verdure qu’elle a du mal à trouver sur le chemin. Elle court donc à la boulangerie, mais revient bredouille, j’avais pris les deux derniers. Je lui offre donc le mien et son visage s’illumine de joie, le mien aussi. Nous entamons la conversation, elle nous explique avoir pris la route suite au décès de sa sœur. Depuis, elle ne peut plus s’arrêter. Son rêve serait d’amener des jeunes sur le chemin, pour les aider à trouver leur voie, autant dire que notre projet la laisse sans voix et la booste d’énergie.

Puis sur le bout de notre chemin, au milieu d’une forêt, nous tombons sur Francesca, une pasteure hollandaise, rencontrée quelques jours plus tôt. Elle demande à K pourquoi il court, ce à quoi il répond “j’ai besoin de me défouler”. Elle enchaîne ensuite en nous parlant de l’arbre qu’elle s’est arrêtée pour le regarder. Elle le trouve beau et nous explique que ses feuilles se mangent. Elle semble en paix et heureuse d’être là. K goutte d’abord, mais ça n’est pas à son goût, après tout, il trouve cela un peu étrange de s‘arrêter pour manger un arbre sur le chemin. Moi… j’apprécie dans la mesure du possible et suis amusé.

Puis nous arrivons à bon port, les pieds qui souffrent, mais heureux d’être ici. Notre gîte est une belle grande maison où une énergie paisible se ressent. Ce soir, le repas nous est servi sur place, ce qui nous permet de se reposer pleinement


Mercredi 6 mai : Conques

 

K : Le réveil se fait doucement mais sûrement ce matin, pour ensuite descendre profiter du petit déjeuner servi par le gîte. Notre estomac plus ou moins plein nous partîmes plein d’entrain aux alentours de 8h. Nous allons effectuer une étape correcte de 22 km aujourd’hui. Jusqu’à notre petite pause au village d’Espeyrac vers 11h30, nous marchâmes (en comparaison avec notre rythme habituel s’entend) plutôt lentement, et profitons des paysages.

Arrivés à Espeyrac, à mi-chemin, nous mangeons un bout, puis nous nous arrêtâmes pour feuilleter quelques ouvrages dans la (très) petite bibliothèque du coin, utilisant ainsi ce temps comme un repos supplémentaire. Quand nous nous remîmes en marche, la pluie commençait à tomber très légèrement pour commencer à s’intensifier 1h30 plus tard quand nous traversâmes une forêt. Et je ne sais comment l’expliquer, mais cette pluie fut pour moi très spéciale. Une pluie presque libératrice, thérapeutique.

Je profitais de notre expérience jusqu’à notre arrivée à Conques.

Sur le chemin, nous vîmes des rapaces tournoyer au rythme d’Aznavour qu’une vieille femme écouterait en marchant.

L’arrivée à Conques fut mémorable : nous avions une vue en hauteur du village qui ressemblait fort à un petit bourg médiéval, un endroit comme perdu dans le temps.

Entre l’heure de notre arrivée chez les frères de l’ordre de Prémontré et la messe du soir dans la cathédrale, nous tissâmes encore davantage de liens avec Esther, pèlerine anglophone rencontrée la veille. Cette femme est un véritable rayon de soleil.

J’écris actuellement ces lignes au centre d'une abbaye, ce que je trouve plutôt exceptionnel.

Il me reste encore à effectuer une tâche qui m’est importante avant de profiter d’une bonne nuit de sommeil réparatrice.

 

Adrien : Aujourd’hui, la marche semblait banale. Distance banale, dénivelé banal, paysages moyens. Après une pause à mi-chemin et un passage à la bibliothèque, nous voilà repartis pour marcher sous la pluie, mais celle-ci, certes nous mouille, mais a bien d’autres effets que cela. Elle nous permet de reprendre conscience des choses et de ce qui nous entoure. Je sens les gouttes couler sur mon visage, mes cheveux qui se mouillent. Chaque branche, chaque feuille, deviennent alors un abri temporaire quand je passe en dessous et que la pluie s’intensifie. Le paysage change et les couleurs aussi. Mais avant même que je puisse le réaliser, le soleil pointe de nouveau son nez, mon corps et mes habits sont, de nouveau, secs. La seule trace est alors le sol boueux qui nous amènera jusqu’à la ville de Conques où nous passerons la nuit. 

Une descente raide et glissante que K prend beaucoup plus de plaisir à descendre que la plupart des pèlerins. Je le vois cavaler devant, on dirait presque qu'il skie la descente.

En bas, je le vois grand sourire aux lèvres.

En ville, on se dirige à l'abbaye qui organise l’accueil des pèlerins et nous héberge. On y voit plusieurs têtes familières et on se donne rendez-vous pour boire un verre avant le repas. Une personne en invitant une autre, on se retrouve finalement à treize autour de la table. Les rires éclatent à tous les bouts de table, on ne s'entend presque pas parler. On coupe court car le repas est servi mais continuons tout de même les discussions en plus petit comité là-bas.

Ça fait du bien de retrouver ces gens que l’on aime et qui nous font du bien.

Une fois le repas terminé, on passe faire un tour à la messe du soir et voilà la journée qui a filé entre nos doigts.


Jeudi 7 mai : Livinhac

 

K : Nous dégustâmes ce matin un déjeuner rapide au sein de l’abbaye et prîmes la route peu après. Nous déviâmes rapidement du chemin en empruntant le GR 6 par des chemins, ma foi, visiblement très peu empruntés. On se serait crus dans une forêt vierge et primitive. Ce chemin fut aussi emprunté par Tom, ce cher Tom, et nous le croisâmes donc à maintes reprises.

Les montées dans la forêt étaient boueuses et glissantes, tout comme je les aime : difficiles et peu praticables.

Les ronces me griffaient les mollets et les tibias, m’obligeant à avancer.

Sortis de ces bois, nous marchâmes presque 10 km sur la D285, 10 bornes de goudron qui ne furent pas vraiment bucoliques.

A Livinhac, nous dormons ce soir au gîte la Vita E Bella à l’ambiance très folklorique.

 

Adrien : Ce matin au petit déjeuner, une bonne pente bien raide !

De quoi nous réveiller et nous mettre en jambe. On prend ensuite une bifurcation alternative au chemin classique, pour éviter de passer en ville. La première moitié est sauvage et paisible. On s’arrête manger un bout le midi et croisons beaucoup de visages connus.

On reprend ensuite pour une deuxième moitié bien moins sympathique. Marcher tout droit, durant plus de 2h, sur une route départementale, on a connu mieux. Mais on arrive finalement à notre gîte pour la nuit, la Vita E Bella, tenu par Andrea, un italien pour le moins atypique. La maison est colorée et décorée minutieusement. Plein de dessins qui expliquent les règles qui permettent d’habiter le lieu

Puis nous faisons un repas à 8 dans le jardin avec des français, anglais, allemands et américains. On papote et finissons par une infusion au son de la guitare jouée par K. On écrit maintenant ces lignes dans le noir, éclairés à la bougie. Le calme du soir est ressourçant.

 

Vendredi 8 mai : Figeac

 

K : La journée de marche ne fut pas transcendante, de la route, encore et encore, des villages, sans cesse des villages, des maisons… Presque pas de nature, en ne retrouvant point ce petit côté sauvage, perdu….

Nous nous arrêtâmes le midi pour manger un bout dans un petit…. “stand” tenu par une femme d’âge moyen au caractère pour le moins spécial qui instaurait une bonne ambiance, finalement, pour les pèlerins qui se reposaient là.

Nous continuâmes jusqu’à Figeac sur du bitume pour arriver en pleine “civilisation” : arrêts de bus, lycée, jeunes, commerces, un certain nombre de voitures. Quelle sensation étrange que de retrouver tout cela ! Quel dépaysement !

Ce soir, nous mangeâmes au gîte, dans une ambiance plutôt …. vide, sans consistance, au milieu d’une foule de retraités sans conversation. Pas notre meilleure nuit, ça non !

 

Adrien : Ce matin, départ du gîte italien très atypique. Le propriétaire nous a proposé de nous offrir entièrement les repas et la nuit. En partant, nous comptons tout de même lui laisser une contribution. Quelle fut notre surprise de voir qu’en partant, c’est lui qui nous tend un billet, de quoi s’acheter une pizza à l’arrivée, dit-il.

On prend ensuite la route. Dans cette région nous traversons plutôt de beaux villages et des villes, mais nous manquons notre nature paisible.

Pendant la marche, je m’intéresse à l’impact qu'a notre vitesse de marche et l’environnement que nous traversons, sur le mental. En effet, les sensations ressenties au milieu d’une forêt ne sont pas les mêmes que sur le goudron, une marche lente donne place à une autre série de pensées qu’une marche dynamique et épuisante. Il est intéressant de passer par tout cela.

En soirée, notre repas ressemble davantage à celui d’une maison de repos avec en plus plusieurs groupes déjà établis. On se glisse donc dehors pour une petite glace avant de se coucher. 

 

Samedi 9 mai : Cajarc

 

K :  Ce matin, nous avons reçu un appel de Jean-Michel, responsable de marche, m’annonçant que j’effectuerai 19,9 km de cette grosse étape du jour de 32 km en autonomie. Quelle ne fut pas ma surprise et ma joie à l’entente de cette annonce qui me ravit au plus haut point.

Nous marchâmes donc à deux sur une douzaine de kilomètres jusqu’au petit village de Béduer où nous mangeâmes un bout sur un banc ombragé. Après cela, je partis devant avec une bonne avance et laissais le flamand derrière.

Quel plaisir tout de même de marcher seul. Quelle sensation de liberté. Le monde était à moi ; je me portais comme un charme. J’arrive ensuite à Cajarc seul, empli de joie. Je m’y suis acheté de quoi me sustenter en attendant Adrien, étant très affamé. Quand celui-ci arriva, nous nous rendîmes au gîte “Le Pèlerin” pour y passer la nuit

 

Adrien : Ce matin, on a essayé de partir tôt, c’était sans compter qu’en haut de la première côté, K aurait une grosse douleur au bas du ventre, mais qui passe finalement sans souci. Nous voilà donc repartis, motivés à rattraper le retard. Mais c’est que 100 m plus tard que K me fait remarquer que ma paupière gonfle terriblement vite, une réaction allergique, semble-t-il. Heureusement, grande solidarité sur le chemin, une pharmacie pèlerine se dessine autour de nous avec ce que chacun a pris “au cas où”. Cela nous permet de repartir et se lancer dans la première marche en autonomie. K part donc en avant, seul, pour découvrir le chemin seul, à son rythme et en est très content. J’en profite de mon côté pour me poser dans un champ, au soleil et m’imprégner de la nature qui m’entoure. Puis, je reprends la marche durant laquelle je croise une longue couleuvre ainsi que le plus grand cochon de ma vie. On se retrouve ensuite dans le cœur de la belle ville de Cajarc pour une soirée autour de pâtes maison entourés de belles personnes.

 

Dimanche 10 mai : Limogne en Quercy

 

K : Aujourd’hui fut une courte étape. Nous quittâmes Cajarc à 8h30 (ce que je considère trop tard) suivant un cours d’eau fort joli et calme. Après une montée plutôt longue et boisée, nous nous arrêtâmes quelques minutes dans un champ d’herbe verte et violette. Après encore quelques kilomètres, nous nous arrêtâmes manger un bout le midi ; nous nous sommes contentés d’un cassoulet en boîte pour ma part et d’un chili en sachet pour Adrien. Nous continuâmes ensuite sans encombre jusqu’à Limogne en Quercy, petit village aux allures de ville fantôme, dont le centre-ville est composé de seulement deux bars.

Ayant 2h d’avance sur l’ouverture du gîte, nous nous installâmes sur une terrasse pour y boire un sirop en patientant.

Le gîte ”A l'ombre des tilleuls” est une petite maisonnette magnifique avec piscine, bordant les bois ; les gérants sont de véritables amours. Petit plus : nous avons le gîte pour nous seuls.

 

Adrien : Ce matin, départ en douceur pour une petite étape. K fait la grasse matinée jusqu'à 7h15, trop tard à son goût. Dans le gîte, une bande de potes a fini leurs quelques jours de marche, mais sont très curieux de notre projet et nous font partir pleins de bonnes ondes. Après un passage à la boulangerie, on se met en route, le début du chemin est beau et paisible. On prend une pause dans un champ et on admire la vue. Le reste de la marche s’annonce plus fastidieuse. On n’est plus très motivés et avons hâte d’arriver, on met donc le turbo et cavalons les petits chemins en direction du gîte.

A notre arrivée, de quoi nous réconforter : une maison avec piscine, au milieu de la nature. Je prends donc une bonne baignade dedans et nous profitons de la maison pour la soirée.

 

 

 



L'Etat finance cette marche à hauteur de 80 %

Le reste est financé par vos dons



(Ces dons ne constituent pas de l'argent de poche supplémentaire pour le binôme mais nous permettent de financer leur marche)



 

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18 commentaires


Second souffle
il y a un jour

Haha quel bonheur de vous lire encore!

Mon grand toujours infatigable 😜


Très intéressant la manière dont le chemin semble vous impacter selon la nature environnante (ou son absence parfois 😬), les rencontres... on dirait que le chemin se crée finalement sous vos pieds !


Vous gérez comme des pèlerins aguerris, surmontant les bobos, et accueillant les bienfaits 😌

Vous avez l'air de former un beau duo, et je vous lis avec le sourire, à vous imaginer 🤗


Courage pour la prochaine étape !

Et Suseia !

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Second souffle
il y a 2 jours

Hey! 🐱

Une petite pensée pour vous 2 ce soir 😌

Hâte d'avoir enfin des nouvelles de la suite de votre aventure !

Vous avez dû arriver à Carjac, et le bulletin annonce la fête à la Grenouille... je vous souhaite une agréablenuit de repos bien mérité, peut-être bercés par le bruit des averses ☺️

Peut-être avez-vous vus des dolmens le long du Lot ?

Force à vous pour demain, bientôt le Causse de Limogne 🫡

Gros bisou pour toi

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Malle Postale
il y a 4 jours

Un plaisir de lire la suite de vos aventures ! Je vous souhaite encore plein de rencontres et des découvertes à chaque kilomètre. Bon chemin 🍀 !

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Mimo nous
il y a 4 jours

Un long moment sans nouvelles mais en vous lisant toujours autant de plaisir a faire ce chemin ,k on t'imagine fonçant sous la pluie tu adores ....le kway ruisselant d'eau ...hein ??

Les kilometres avalés ,assez impressionnant et oui un duo incroyable .

Encore bravo Adrien et K ,forts commes rocs

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Second souffle
il y a 4 jours

Contente de pouvoir à nouveau vous lire ! - on a quand-même un petit trou dans le fil de lecture, donc il manque un morceau de quelques jours dommage; peut-être que ça viendra a posteriori🫤


"A piece of cake" haha bravo à tous les 2 pour la grosse étape de mardi avec ce beau dénivelé 💪

J'ai adoré lire ta description des forêts humides K, et j'ai imaginé à quel point tu as du "kiffer" le ressenti de l'ambiance tropicale...

Le fait d'apprécier les bienfaits de la pluie vous sont profitables apparemment, et participent à la motivation: cest top!


Je suis tellement fière de toi, tu peux être fier de ton parcours déjàaccompli et à venir !


La "magie" des…


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