top of page

Marche de Kezxxx

  • 27 avr.
  • 74 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 21 heures

Marche de Kezxxx accompagné par Adrien

 

Jeudi 23 avril : Le Puy en Velay

 

K : Ce matin, la matinée fut quelque peu mouvementée (un voisin alcoolisé ayant posé des problèmes à ma mère et moi), mais j’ai finalement pu partir serein. J’avais tellement attendu ce moment que ça ne me paraissait pas réel ; enfin je partais !

Avec mon éducateur, nous avons pris le train pour Lyon vers 10h30 et pendant tout le trajet, je brûlais d’impatience de rencontrer mon accompagnant pour ensuite disparaître pour ces trois longs mois.

Arrivé à Lyon, je rencontre mon accompagnant, Adrien, avec qui j’ai seulement une décennie d’écart. Le courant est très bien passé et après le repas nous embarquons pour le Puy en Velay.

Après deux trajets en train, nous arrivons enfin à bon port. Le Puy est beaucoup plus grand que ce à quoi je m’attendais. Notre appartement est juste au pied de la cathédrale, la vue est magnifique.

Avec Adrien, l’après-midi, nous avons visité partiellement la ville et avons fait nos courses pour le repas du soir. Celui-ci était catastrophique dans sa préparation ; le riz collait de partout ; les oignons sautaient de la poêle. Bref, pas franchement une réussite.

En résumé, une très bonne journée et j’ai hâte de commencer cette aventure.

 

Adrien : Une journée pour le moins chargée. Réveil à Paris, déjeuner à Lyon et café au Puy en Velay. Après des semaines d’attente et de préparation, nous y voilà. On se rencontre tous autour d’un bon repas. La timidité des premiers instants laisse rapidement place aux discussions pour apprendre à se connaître.

K est plein d’énergie. Super sportif et motivé. Il ne se demande pas s’il va arriver jusqu’au bout, mais plutôt si on aura le temps d’aller jusqu’au Portugal après l’Espagne !

On profite de la première soirée pour se promener, faire des courses et découvrir la ville.

On se lance dans notre première préparation de repas ensemble avec K qui prend le lead. Il y a encore de la marge de progression pour cuisiner ensemble, mais pour une première, vraiment pas mauvais.

On prend nos marques petit à petit et avons hâte de commencer le chemin.

 

Vendredi 24 avril : Le Puy en Velay (2ème jour)

 

K : Ce matin, petit déjeuner basique, avec Adrien. Nous avons plus tard été rejoints par Jean-Michel pour procéder aux essayages et achat du paquetage au Décathlon du Puy. Une fois bâtons, gants, lunettes, sacs, vêtements et autres en poche, nous avons regagné le centre et l’appartement pour déposer nos affaires et établir les plans de route et réservations.

Nous avons procédé ainsi : après avoir consulté le “Miam Miam dodo”, le guide indiquant les auberges, snacks et campings disponibles pour chaque étape du trajet, nous avons réservé nos gîtes pour les 4 prochains jours. Ainsi, le 1er jour, nous réservons pour le 5ème, le 2ème pour le 6ème et ainsi de suite.

Après cela, plus tard dans l’après-midi, nous sommes allés chercher notre crédencial de pèlerins, puis Jean Michel nous a quittés peu après.

Ensuite, nous avons visité le rocher Saint Michel et sommes montés dans la statue de Notre Dame de France, jusqu'à dans sa couronne.

A l’heure où j’écris ces mots, nous sommes en fin d’après-midi et il nous reste encore à préparer nos sacs et faire le ménage dans l’appartement. Il ne faudra pas veiller trop tard ce soir, car le départ se fera tôt demain matin. Je brûle d’impatience.

 

Adrien : Première nuit très agréable même si couchés un peu tard car on discutait. On se réveille de bonne heure et on file acheter le matériel du jeune, ça devient très concret et excitant pour tout le monde. De retour à la maison, on déballe tout et on se prépare. Après un bon repas au calme en terrasse, on part “travailler” nos chaussures dans les hauteurs du Puy. On commence par le bureau d’accueil des pèlerins pour récupérer la crédencial qui nous accompagnera tout le long du chemin. On enchaîne ensuite avec la statue de Notre Dame de France et le rocher Saint Michel, avec de beaux panoramas. On se familiarise ensemble aux tâches quotidiennes de gestion des comptes, réservations des hébergements et préparation des étapes.

Ce soir, on sort manger un petit bout en ville, se promener et se coucher tôt pour être prêts pour demain, pour la messe de 7h et le grand départ.

 

Samedi 25 avril : jour 3 – Montbonnet

 

K : Le grand départ ! Enfin ! J’attendais ce jour depuis des mois et enfin, nous y étions. Je ne sais pas si j’étais inconsciemment stressé, mais je n’ai pas fermé l'œil de toute la nuit. Et pourtant, quand le réveil a sonné, je sortais du sac de couchage, avec plus d'énergie que jamais. L’excitation du moment sûrement. Nous avions mis le réveil à 6h pétantes et, après avoir fait un brin de ménage dans l’appartement et finalisé notre paquetage (qui pèse tout au plus 8 voire 9 kg), nous quittons les lieux à 6h45 pour assister à la messe de départ dans la cathédrale qui prenait place à 7h. Bien qu’étant athée de chez athée, ce moment fut très significatif pour moi. Au-delà d’une cérémonie religieuse, ce fut la célébration d’un nouveau départ pour moi. Le début d’un voyage durant lequel j’espère changer et devenir la personne que je veux être, mais également de me forger un esprit sain dans un cœur sain. Une fois la trappe ouverte, c’était le grand moment ; nous nous sommes engouffrés dans celle-ci, je descendais les marches pour entamer ce qui promet d’être une des expériences les plus importantes de ma vie.

Après avoir mangé un bout dans une boulangerie au Puy, nous nous mettons en route sur le sentier. Au début, celui-ci arpente plutôt des villages (où l’on ne trouve pratiquement que de vieilles bâtisses en pierre) et longe les jardins et les routes. Puis après une vingtaine de minutes de marche, les paysages deviennent légèrement plus sauvages : les “choses sérieuses” commencent pour Adrien et moi.

Sur le chemin, nous croisons de nombreux pèlerins et la bonne ambiance règne, tout le monde salue tout le monde dans une grande convivialité.

On note que beaucoup de belges (tout comme Adrien) sont présents sur le chemin.

Tout au long du sentier, les paysages se diversifient plus ou moins, et les bâtisses défilent une à une.

Plus tard dans la journée, près de notre arrêt du soir, Montbonnet, nous nous sommes arrêtés une petite demi-heure pour nous reposer dans un champ de hautes herbes vertes et brillantes, tels des aventuriers épuisés. Ce moment de paix aurait pu durer l’éternité.

Une vingtaine de minutes plus tard, nous arrivons à Montbonnet, plus précisément au gîte “L’Escale”. Ma première nuit en gîte !

L’atmosphère est très détendue et l’ambiance très conviviale, semblable à une grande famille, composée de pèlerins pourtant tous inconnus les uns des autres. Parmi eux, Jam, un pèlerin américain qui fut ma 1ère interaction au gîte. Nous discutâmes longuement avec lui, une occasion de pratiquer notre anglais au passage.

J’apprécie tellement ces moments d’échange et de partage, de découverte d’autres modes de vie… La suite de ce périple s’annonce déjà fort prometteuse….

 

Adrien : Réveil très matinal aujourd’hui après une courte nuit. Peu avant 7h nous quittons la maison après avoir fait du rangement et du ménage. On monte les marches de la cathédrale avec une certaine excitation, on sent que ça devient réel.

Les bancs sont pleins et nous recevons la bénédiction du prêtre. La trappe de la cathédrale s’ouvre et on se lance.

Pause petit déjeuner et on commence la montée très rapidement avec les bâtons et on s’y habitue vite. K galope en montée et en descente, n’est pas intéressé à l’idée de faire une pause. Il propose tout de même, à la vue d’un grand champ vert, de s’y allonger rapidement.

Pour 15h, nous arrivons au gîte et découvrons la dynamique de ces lieux. Accueil énergétique de Mendi, puis installation dans le dortoir. K lance la discussion avec un américain retraité qui partage notre chambre, un pèlerin plus aguerri qui parle de la force du chemin.

Le repas du soir est hyper convivial, tout le monde se mélange et discute. Une chose qui rassemble tout le monde : le plaisir de la marche, de l’introspection et de la rencontre. Après une petite balade digestive pour se remettre de la bonne nourriture, on se prépare à se coucher avant d’entamer notre deuxième journée de marche. 

PS. Premiers coups de soleil, snif snif 😢

 

Dimanche 26 avril - Jour 4 (15 km) - Monistrol d’Allier

 

K : La première nuit en gîte fut moins agitée que la précédente : j’ai dormi comme un loir. Après un bon petit déjeuner à base de pain-beurre et de confiture, nous nous sommes mis en route pour notre 2ème journée de marche. Dès le début, les paysages s’annonçaient magnifiques : des champs  de diverses couleurs, jaune, vert, brun s’étendaient à perte de vue devant mes yeux et bordaient d’immenses forêts, de grands arbres d’un vert très sombre. Nous nous étions liés d’amitié avec divers pèlerins du gîte durant le repas d’hier soir et nous les re-croisons sans cesse le long du chemin, resserrant ainsi les liens déjà établis, y compris en partageant un café lors d’une halte au petit village de Saint Privat d’Allier, dernière bourgade avant Monistrol d’Allier, notre halte du soir.

Un temps après ça, après avoir continué sur environ 5 km, nous avons fait une 2ème pause sur des roches imposantes surmontées par une tour en ruine et au pied de laquelle se trouve une mignonne petite chapelle, dont le tout était fait en roches superposées.

Nous retrouvons ici nos 3 amis suisses qui dégustaient leur sandwich bien mérité. Je m'écarte d’eux pour monter sur les roches, en hauteur, et prendre quelques minutes avec moi-même. Je contemplais les vastes étendues de vert, cet horizon de cimes qui semblait infini. Je pensais à cette marche, à ce voyage et à ce que j’avais laissé derrière et que je retrouverai dans un quart d’année, non pas en tant que garçon, je l’espère, mais en tant qu’homme.

Après une bonne heure, nous reprenons la route, il nous restait 2 km environ.

Nous sommes passés tout d’abord par sinueux chemin, en descendant une forêt d'arbres très fins aux feuilles d’un vert très lumineux, presque fluorescent, pour ensuite arriver sur un chemin semblant comme au centre d’une vallée, formée par les massifs verdoyants alentour.

Après une ultime descente d’une route goudronnée, nous arrivons finalement à bon port.

Nous résidons dans le camping “La Vicier”, escale très agréable, bordant une rivière également très pittoresque. Après avoir déposé nos sacs dans la tente-dortoir, nous sommes allés nous rafraîchir dans cette rivière, dont le son des courants berce nos oreilles, lorsque j’écris ces lignes.

Durant cette petite baignade, je rejoignais l’autre rive du ruisseau après avoir “affronté” les courants et les pierres glissantes et j’eus le plaisir de titiller un serpent gris dont les écailles semblaient sèches du bout de mon orteil.

Je gagnais ensuite une petite plage paisible, semblant figée dans le temps et baignée par les rayons chauds du soleil.

Nous avons ensuite pris une douche revigorante et sommes présentement en train de mettre par écrit nos aventures d’aujourd’hui.

Ce n’est que le 2ème jour, mais j’ai l’impression d’être parti depuis deux semaines sur ce sentier que je suivrai pendant 3 mois jusqu’en Espagne (mais j’espère de tout mon coeur avoir 2 semaines restantes après être arrivé au point zéro pour continuer jusqu’à Porto et ainsi atteindre le Portugal)

 

Adrien : Content au réveil ce matin, on a bien dormi. En descendant dans la pièce commune, on retrouve l’énergie de la veille. On papote, on se prépare à prendre la route. Le gîte fermant à 8h30, nous visons presque tous de partir aux alentours de… 8h29.

On part chacun notre tour, mais ayant des pauses et rythmes différents, on se croise régulièrement. Au prochain village après notre départ de Montbonnet, on se fait inviter pour un café par la Camille suisse rencontrée au gîte.  D’autres voyageurs se joignent, on se conseille sur la route : les pansements pour ampoules se glissent d’une main à l’autre. On visite aussi une belle chapelle construite il y a plus de 900 ans. Impressionnant !

Quelques kilomètres plus loin, on se retrouve avec le même groupe, par hasard sur un gros rocher avec vue panoramique. Cette fois-ci, photo de groupe, une belle bande !

Les gens sont intrigués et impressionnés par notre projet, on échange beaucoup.

On galope les derniers kilomètres et on arrive à notre destination. Un petit village paisible au bord d’un fleuve, une vraie âme de vacances.

En attendant le check-in, on se baigne dans l’eau froide et peu profonde, mais ça fait un bien fou. Puis lessive, bon, à la machine mais quand même, pour avoir le temps d’écrire ces lignes au bord de l’eau avant le repas du soir.

Déjà hâte de reprendre la route demain et de croiser quelques visages connus aussi.


Lundi 27 avril : Saugues

 

K : 3ème jour de marche. 13 km environ. Nous avons quitté le camping vers 10h30 environ après avoir roupillé un peu plus que d’habitude. Le petit déjeuner proposé par le camping ne valant pas le coup, nous avons entamé le camino avec seulement 2 barres de céréales fruitées dans l’estomac. Pas très robuste, il faut le reconnaître.

Nous quittons Monistrol d’Allier pour ensuite entamer une montée quelque peu… imposante qui durera une bonne heure et demie. Durant celle-ci, nous sommes passés au travers d’une grande forêt dont les feuilles d’arbres étaient d’un vert scintillant illuminaient le sentier. Nous fîmes notre première “marche silencieuse” qui fut longue de 30 minutes. Parfait pour une montée. Cette marche muscle, certes, notre corps, mais c’est dans ces moments passés avec soi-même que se forge notre esprit.

La faim commençait à se faire fort ressentir et arrivés à la fin de cette montée, nous nous sommes arrêtés dans une petite boulangerie sur le trajet, l’UJO-pain, et nous avons pu nous rassasier avec de bons sandwichs bien garnis.

L’endroit avait un petit air de paradis, idéal après cette montée. Nous y avons rencontré une sud-africaine résidant en Australie, Adri, avec qui nous avons un peu conversé avant de nous remettre en marche. Il nous restait environ 8 km pour arriver à Saugues. Le chemin était relativement simple, mais le soleil tapait fort et la chaleur était pesante. Je bronzais tandis que je voyais les bras d’Adrien tourner au violet au fil des heures. Nous recroisâmes Adriana sur la route, mais nous allions à très vive allure.

Puis après de nombreux paysages de champs blancs, jaunes et verts, nous arrivâmes enfin à Saugues, dont le folklore tourne presque exclusivement autour de la bête du Gévaudan. K et moi on était tout excités, cette légende ayant attisé mon imagination étant enfant.

 

Adrien : Wow ! Une sacrée journée ! Une qui m’a montré la puissance du chemin et des émotions qu'il procure.

La journée a commencé par un rêve en douceur dans notre tente/dortoir nichée proche de la rivière.

L’étape d’aujourd’hui ne faisant que 12 km, on en profite pour se mettre en route à notre aise.

Très rapidement, on se rend compte qu’une belle montée nous attend. On convient, au pied de celle-ci, d’entamer notre première marche en silence. K et moi étant de nature bavarde, on avait peu eu l’occasion de vivre ce silence.

Nous voilà alors lancés, dans notre bulle respective, à l’ascension de ce chemin de plus de 500m de dénivelé positif. Arrivés en haut, un nouveau défi nous attendait, pas mal de kilomètres en plein soleil, le corps qui fait mal. Alors on sent tous les muscles du corps, les pieds qui font mal et les bras qui brûlent, mais on avance !

Le chemin nous mène sur un point de vue de Saugues, notre destination du jour. On galope la descente et on arrive avec hâte au gîte du voyageur, avec qu’une idée, une bonne douche fraîche et un peu de repos. Nous voilà plus frais.

Le soir, on convient de se cuisiner un repas dans ce gîte qui n’accueille que 6 personnes

Ce soir, c’est fajitas au menu, alors on file à Carrefour faire le plein, tout ce choix m’avait manqué

Une fois le repas prêt, on s’asseoit avec une autre femme du gîte, on apprendra plus tard qu’elle s’appelle Carine ; parce que, oui, ce n’est qu’après une très longue et riche discussion, au moment de se coucher, qu’on pense à lui demander son nom car sur le camino, cela n’importe finalement beaucoup moins, l’ordre des choses est inversé.

Cette rencontre a été spéciale. Nous sommes trois, 16, 27 et 56 ans avec beaucoup en commun. Pas nécessairement sur le fond de nos idées et encore moins sur nos trajets de vie, mais plutôt sur ce qui nous anime et ce qui nous a amené ici. On échange et on met des mots, à notre tour, sur ce qu'on ressent au plus profond de nous. On se sent émus, on sent la chair de poule qui nous traverse, chacun à sa manière. Carine, elle est touchante.

C’est là que je prends conscience de la force du chemin et que je commence à comprendre pourquoi on est ici.


Mardi 28 avril

 

K : Ce matin, nous sommes partis tôt du gîte, aux alentours de 7h avec seulement un t-shirt à manches courtes en guise de haut. Je fus quelque peu surpris par le froid matinal. Dès le début de la marche, les champs d’herbe verte perlés d’humidité étaient un véritable plaisir pour les yeux. Quelques vaches, chevaux et moutons s'éveillaient paisiblement, tout comme nous.

Puis, le soleil sortit et réchauffa le temps. Après ces quelques champs, nous nous sommes enfoncés peu à peu dans diverses forêts, de grands arbres foncés bordaient les chemins. Ces bois éveillaient réellement quelque chose en moi, Ils étaient représentatifs d’une… L'ambiance me plaisait beaucoup.

Après avoir enchaîné plateaux et forêts sur quelques kilomètres relativement simples, nous arrivons dans un petit village où nous avons trouvé les ruines d’un château du 12ème siècle, dont les creux des douves étaient encore visibles et comportaient comme pièce principale les restes d’une tour construite sur un rocher dans laquelle j’ai pu voir plusieurs oiseaux s’y nicher. Ayant croisé Tom, ami pèlerin américain, quelques minutes auparavant, nous échangeâmes quelques mots avec lui, à propos de la tour etc.

Tandis que Adrien et lui continuaient de bavarder à deux, je les laissais quelque temps pour rejoindre une croix faisant partie des restes du château, à environ une vingtaine de mètres de la tour. Je ne sais comment l’expliquer, mais je trouvais à cette croix un charme et un esthétisme tout particulier.

La lumière du soleil touchait parfaitement cette croix qui se tenait là, seule au milieu des petites roches, comme seule survivante d’une époque désormais révolue.  Je ne pouvais pas m’arrêter de la contempler, j’aurais pu rester là des heures.

Après avoir pris une ou deux photographies, nous avons pris la route. Nous traversâmes en majorité des plateaux. Sur ceux-ci, nous avons croisé quelques pèlerins, largement moins qu’à l’accoutumée, cependant notre départ s’étant fait tôt le matin, nous avons croisé une jeune psychomotricienne, un runner préparant son ultra et deux dames avec leurs chiennes, déjà croisées la veille à notre arrivée à Saugues.

Nous arrivons à Chazeaux dans un petit camping/chèvrerie.

A peine installés, la pluie a commencé à tomber avec intensité, mais nous avons tout de même décidé de sortir visiter le village voisin, Chanaleilles, sympathique sous la pluie.

Nous étions toujours en Haut-Gévaudan où l’empreinte de la bête était partout, jusqu'à dans les décorations des maisons

Après notre escapade mouillée (en compagnie de Tom une fois de plus), nous rentrâmes à notre tente. J’y fis quelques entraînements de renforcement musculaire et après cela, je pris une douche chaude après cette longue et grande douche froide.

Ce soir, nous mangeons au camping un repas délicieux majoritairement à base de chèvre et fîmes connaissance avec nos “voisins” en parlant voyage, politique et autres.

 

Adrien : Ce matin, on décide de se lever tôt, on a de l’énergie et de la pluie est prévue pour l’après-midi.

7h15, nous voilà sortis de la boulangerie avec quelques sucreries pour le chemin. Le matin est calme, les champs et la forêt brillent. En passant dans un village, on s’arrête pour observer une tour construite sur un rocher autour du 12ème siècle et tombons sur Tom, l’américain rencontré au premier gîte. Il fait partie de ceux qui prennent leur temps en marchant pour observer les oiseaux, se renseigner sur l’histoire des lieux et observer les paysages, se faisant dépasser par ceux qui préparent une course et ne jettent qu’un regard bref autour d’eux. On croise aussi deux femmes et leurs chiens rencontrés la veille qui nous disent avoir parlé de nous à tout le monde “les deux jeunes super motivés qui vont jusqu'à Saint Jacques”. Il est vrai que par ici beaucoup ne font qu’un petit tronçon, mais peu ont l’ambition ou le temps d’aller jusqu'au bout.

Après quelques heures de marche, on s’arrête avec Tom qui nous offre le café. Quand on reprend la route, on réalise que notre pause n’était en fait qu’à… 200 m de notre point d’arrivée.

On s’installe dans une spacieuse tente pour la nuit juste à temps pour éviter la pluie. On profite de l’après-midi pour se promener sans sac et prendre du temps pour nous.


Mercredi 29 avril : 5ème jour de marche - Saint Alban sur Limagnole

 

K : Nous avons quitté Chazeaux la nuit précédente et nous quittâmes le camping vers 9h50 et commençons à marcher vers Saint-Alban-sur-Limagnole. Au début de la marche, les paysages sont majestueux, avec des plateaux très “ouverts”, de verts champs et un horizon très lointain.

Ensuite, le sentier devint de plus en plus impressionnant et beau ; en effet, nous nous enfoncions peu à peu dans les forêts, aux alentours du Sauvage, lieu où nous étions censés passer la nuit précédente. Les bois devenaient de plus en plus épais et sombres et les arbres plus sombres. Nous croisâmes sur le chemin les pèlerins avec qui nous avions partagé le petit-déjeuner royal qui nous avait été préparé ce matin à la chèvrerie, mais également nos amis que nous avions déjà croisés et côtoyés durant les 4 premiers jours.

Après une courte pause à bavasser, nous reprîmes notre allure et passâmes à travers une forêt très claire et lumineuse, cette fois-ci. Après avoir passé celle-ci, nous arrivâmes sur une route à côté de laquelle nous sommes tombés sur une petite fontaine dont l’eau qui s’en écoulait serait, selon un paysan contant aux groupes de pèlerins son histoire, miraculeuse. Je ne puis dire si elle l’était vraiment, mais je peux, en revanche, affirmer qu’elle était fort revigorante. Plus tard, quelques minutes après, suivant la route, nous avons changé de département, pour passer en Lozère.

Après quelques kilomètres et une petite pause auprès d’un coq très dominant, nous arrivâmes au gîte de l’Imprévu à Saint Alban, un petit village sympathique.

 

Adrien : Au réveil, il fait frais et humide, mais le soleil brille et le ciel est bleu. Au petit déjeuner, on prend des forces et dégustons de délicieux produits locaux. Un plateau de confitures qui a le mérite d’attiser notre curiosité, c’est pas tous les jours qu'on met sur notre tartine de la confiture de tomate ou de lentilles du Puy !

Puis on prend la route, dans le silence du matin et nous voilà re-plongés dans la magie du camino. Je suis submergé par une sensation de bonheur face à des plaisirs si simples. Marcher en silence, entre les arbres qui laissent entrevoir les premiers rayons de soleil, entendre les oiseaux chanter et devoir tout simplement avancer en observant les pensées qui traversent notre esprit. Le silence est puissant, il nous laisse seul face à nous-même.

Et au bout de ce chemin, on reprend la parole et croisons des pèlerins que l’on connaît et apprécie (et qui nous lisent peut-être). Des échanges simples et sincères qui font du bien.

En s’approchant de notre ville d’arrivée pour aujourd’hui, on longe une maison avec un beau jardin qui attise notre attention. Un panneau y dit “nous ne faisons qu’emprunter ce bout de terre à nos enfants si vous devez en prendre soin, n’hésitez pas à vous y poser quelques instants”. Alors on rentre et on se pose à l’ombre d’un arbre. Ni une, ni deux, un coq et ses quatre poules viennent à notre rencontre. Le coq bombe le torse et nous fait comprendre qu’il est chez lui. Finalement, on doit avoir de bonnes têtes, vu qu’il nous a laissé reposer nos mollets tranquilles.

Milieu d’après-midi, on arrive au gîte, un bâtiment d’une école, transformé en refuge à pèlerins. La fille qui gère, ses parents retraités qui donnent un coup de main en cuisine, on sent bien l’ambiance familiale. Ici, tout est prix libre et conscient. Un tarif référence est donné, ensuite chacun adapte en fonction de ses revenus, c’est chouette. On prépare ensuite un délicieux plat bien gourmand pour se réconforter. On papote avec une fille du Vénézuela venue spécialement pour le camino.

Puis après le repas, les instruments font leur apparition. K du haut de ses 16 ans, impressionne la salle. Il a une superbe voix qu’il n’a pas peur de poser sur les chants qui font vibrer l’espace commun. Il en profite également pour se remettre à la guitare qu’il apprécie beaucoup jouer. Ce soir, on part donc au lit reposés et contents de cette belle journée !


Vendredi 30 avril : Aumont-Aubrac

 

K : La soirée d’hier fut véritablement formidable. Après un repas entre pèlerins durant lequel l’ambiance n’était pas au rendez-vous, (sûrement la timidité de chacun). Nous sortîmes avec Adrien, prendre deux boules de glace, chacun dans le restaurant du gîte voisin. Après cela, j’ai pris ma corde à sauter, et me suis entraîné une petite dizaine de minutes. En remontant au gîte, les gens chantaient, dansaient, jouaient de l’accordéon, l’atmosphère était cette fois-ci, très naturelle et conviviale. Après avoir rejoint cette bande de joyeux lurons, nous entreprîmes de chanter en cœur, menés par Délia, dont la voix semblait nous transporter vers un autre monde. Quelque temps après, je peux même prendre une gratte et en jouer un peu, pour la première fois au moins depuis six mois, je pense. Nous passons un moment mémorable où chacun laissait sa personnalité ressortir, le temps de chaque chant, et qui restera gravé dans nos mémoires à tous.

Au matin, nous nous levâmes aux alentours de sept heures, nous prîmes un bon petit déjeuner, qui fut une occasion pour nous de découvrir un mot encore inconnu, le « coulis » de pissenlit. Le liquide était semblable au miel, une explosion de sucre en bouche, un véritable délice. Nos estomacs remplis, nous avons pris la route vers 8h45. Nous commençons la journée avec 45 minutes de marche silencieuse, l’occasion pour moi de me retrouver seul avec mes songes de la matinée. Nous traversons des champs, et des plateaux, avec un petit dénivelé au début. Après 2h30 de marche, nous étions déjà presque arrivés au bout de notre étape, une quinzaine de bornes, et donc à notre escale du soir à Aumont-Aubrac. Quelques kilomètres avant l’arrivée, nous nous posons dans un champ d’herbe et nous posâmes en silence. Je ne sais pourquoi, mais quelques minutes furent remplies de bonheur pour moi. Nous fûmes rejoints un peu plus tard dans cette pause, par Mercedes, Délice, et Thibault, des pèlerins rencontrés le soir précédent. Après une bonne heure à discuter, nous finissâmes la marche du jour avec des amis, rencontrés au premier gîte, samedi soir. Quelques heures après, après avoir pris une douche revigorante, et lavé notre lessive à la main, nous eûmes quelque temps de libre avant de sortir manger, j’en profite donc pour monter les quelques marches d’une butte en face du gîte, et y lire mon roman, baigné par le soleil.

 

Adrien : Aujourd'hui est une journée calme. La météo est bof, les paysages aussi, en tout cas moins spectaculaires que les jours précédents. Quand on dort en gîte, le réveil se fait tôt. On se met en route à 8h30 pour une petite étape. On décide de marcher vite pour se dépasser, mais prenons ensuite une bonne pause dans un champ de fleurs, pour ne pas arriver trop tôt. Et vu que nous sommes au bord du chemin, on croise des pèlerins de la veille, qui nous rejoignent. L’occasion de papoter et apprendre à se connaître. Puis un bon repas, le soir, une balade, avant de se coucher.

 

Vendredi 1er mai : 7ème jour – Nasbinals

 

K : Nous partîmes tôt ce matin pour entamer une étape de 27 km jusqu’à Nasbinals, aux alentours de 7h. La boulangerie étant fermée le 1er mai, nous avions le ventre vide au départ. Les 7-8 km premiers kilomètres furent essentiellement de la route et les paysages n’étaient pas vraiment à couper le souffle mais se diversifièrent plus tard. En effet, nous traversâmes une forêt dont le sol était recouvert de mousse, très agréable à l'œil. Mais c’est quelques kilomètres plus loin que la marche devient encore plus intéressante. Des plaines d’herbe mi-verte, mi-morte, plutôt plates, même si quelques collines s’y devinaient tantôt. Ces étendues rappelaient fort celles en Ecosse, impression accrue par les nuages recouvrant d’ombre les paysages. Après quelques kilomètres passés sur un chemin sillonnant les plaines, nous en vînmes à monter une côte pour déboucher sur une vue époustouflante.

Le vent soufflait sur les buissons et les roches au sommet, si bien que nous y passâmes 45 mn à contempler les monts. J’en profite pour coucher sur papier certaines idées, certaines pensées. Ce moment était tout simplement parfait.

Nous dûmes malheureusement nous remettre en route et quitter ce petit paradis. Je re-partais comblé. Quelques minutes plus tard, nous grimpons sur des roches pour admirer, là aussi, une vue à 360° magnifique. Il soufflait un vent de liberté sur la Lozère.

Arrivés à Nasbinals, nous croisâmes Tom notre ami américain, qui nous invita à le suivre prendre un café, en compagnie de Francisca, une amie anglophone de Tom.

 

Adrien : Ce matin, nous prenons la route pour une étape de 27 km, la plus longue jusqu’à présent. Étant un jour férié, peu de commerces sont ouverts, on part donc l’estomac vide. Une fois nos jambes bien échauffées, on s’arrête en bord de route pour un café et de quoi se remplir l’estomac. On quitte ensuite les rues, empruntons un petit chemin qui nous mènera à des paysages somptueux. De grandes plaines verdoyantes, une vue dégagée et peu de traces de civilisation aux alentours. En haut d’une colline, on se pose une petite heure à contempler la vue et profiter de ce moment. Je me demande alors, comment serait-il possible d’être malheureux ici ? Les plaines sont recouvertes de rochers parsemés sur son étendue, qui semblent comme tombés du sol. Le calme et l’horizon m’apaisent, je sens mes poumons se remplir d’air frais, je me sens bien. On reprend ensuite la route, bluffés par le paysage, alors quand on passe aux côtés de cette imposante colline, couronnée de rochers, on ne peut s’empêcher de l’escalader. Au sommet, une vue à 360°, encore plus belle que la précédente.

Mais un moment il faut reprendre le chemin, donc nous avançons face au vent et je sens à présent mes pieds qui fatiguent, eux n’ont pas profité de la vue.

Alors les derniers kilomètres sont plus difficiles mais je sais qu’une bonne douche et un lit chaud m'attendent à l’arrivée.

Nous arrivons à Nasbinals, un village avec beaucoup de charme, super agréable pour se promener. On y croise les pèlerins ratés en chemin et sommes invités à prendre le café avec deux d’entre eux, une fois propres et frais, on se fait quelques courses pour se préparer un bon repas pour ce soir et profitons du jardin pour un dernier rayon de soleil et un repos bien mérité.

 

Samedi 2 mai : Saint Chély

 

K : Ce matin, je me suis levé vers 4h30. Impossible de me rendormir au vu des ronflements de nos voisins de chambre. Je descendis dans la pièce à vivre du gîte pour y lire mon roman en paix. C'est une atmosphère différente que de se retrouver seul la nuit éveillée quand tout le monde dort. Au petit déjeuner, j'ai mangé seul, une petite envie de solitude. Je fus ensuite rejoint par Adrien et les autres pèlerins dont 2 jeunes femmes fort sympathiques avec qui nous avons fait connaissance la veille au soir. Ce fut aussi très agréable d'être au contact des pèlerines relativement jeunes apportant quelques rafraîchissements à l'interaction.

Au moment du départ nous décidâmes de faire un détour d'environ 5 bornes pour observer une cascade située près de Montgros.

Après quelques kilomètres de marche, nous commencions à sillonner par des petits sentiers de terre de vastes plaines me rappelant fort les paysages de la franchise du seigneur des anneaux Inspirés de la série littéraire du même nom de JRR Tolkien. Les rafales de vent frappaient nos visages, mais nous avancions tout de même avec vigueur. Ces coups portés par le vent nous rappellent quelque part que nous sommes vivants. Je suis impressionné par ces nombreuses personnes qui prennent un tournant dans leur vie quand tout semblait déjà écrit. Mais retour à la marche, aujourd'hui était éprouvant. Les paysages étaient beaux et diversifiés. Mais le vent est venu à notre rencontre tout le chemin. Aujourd'hui, Adrien et moi n'étions évidemment pas sur la même longueur d'onde. L'allure de la marche, la fréquence des pauses, la marche d'aujourd'hui fut définitivement la plus silencieuse. Nous parlâmes très peu, le vent n'améliore pas non plus les choses. La fin de la marche se fit majoritairement en forêt de quoi me ravir au plus haut point. Arrivé à Saint-Chély, nous eûmes quelques difficultés à trouver un lieu où dormir pour la nuit mais tout ça s'arrangea très rapidement. Nous croisâmes ensuite Tom, ce cher Tom, lors de notre visite du petit village et convenâmes de dîner ensemble ce soir dans un petit restaurant.

 

Adrien : Sur le chemin. On fait des rencontres. Depuis quelques jours, on se suit avec Maïté, une femme retraitée franco-espagnole. Elle dénote sur le chemin parce qu'elle tire un petit chariot mono-roues sur lequel elle a installé son sac. En effet, elle n'aurait pas voulu laisser son problème de genou l'empêcher de prendre la route. Elle nous explique que toute sa vie, elle a pris soin des autres et que maintenant retraitée, elle veut faire quelque chose pour elle. Elle est donc partie de chez elle avec un peu d’argent et ira jusqu’où elle peut. Aux premiers abords, elle dégage l’énergie d'une personne stressée et énergique mais quand on apprend à la connaître, elle est, en fait, très douce et inspirante. Je suis impressionnée par les nombreuses personnes qui prennent un tournant dans leur vie quand tout semble déjà écrit.

Mais retour à la marche, aujourd'hui était éprouvante. Les paysages étaient beaux et diversifiés, mais le vent est venu à notre rencontre tout le chemin. Et je suis impressionné par ces nombreuses personnes qui prennent un tournant dans leur vie quand tout semble déjà écrit. Mais retour à la marche. Aujourd'hui était éprouvant. Les paysages étaient beaux et diversifiés. Mais le vent est venu à notre rencontre tout le chemin. De devant et derrière, mais aussi droite, et gauche et il ne nous a pas lâché. Alors la marche n'a pas été facile, mais c'est dans ces moments qu'on se reconnecte à l'essentiel et le moment présent. Un pas devant l'autre et on avance. Un chemin par la forêt nous amène finalement au village de Saint-Chély où nous passons la nuit dans une tente sur pilotis. On se fait un repas du soir avec d'autres pèlerins. Miam !

 

Dimanche 3 mai

 

K : La soirée à Saint Chély d'Aubrac fut tout simplement mémorable et significative pour ma part.

Laissez-moi développer. Nous allâmes, après qu'il nous eut proposé, partager notre dîner avec Tom à un restaurant de village, également en compagnie d’un suédois déjà croisé sur le chemin. Nous commençons vers 19h et finîmes aux alentours de 20h30.

Entre-temps les 2 jeunes femmes avec qui nous avions bavardé tout le soir durant au gîte précédent prirent une table en terrasse au même restaurant. Après avoir fini notre dîner avec Tom, nous rejoignâmes les 2 compères pour faire un brin de discussion t juste pour une quinzaine de minutes. Une chose en entraînant une autre, 2 autres amis nous rejoignent en même temps. Nous restâmes presque 3 heures à bavarder à cette terrasse. Nous parlions de tout et de rien alternant entre voyages, sérieux, travail, humeur. Puis vers 23h, les lumières du village s’éteignirent, nous plongeant dans l’obscurité et marquant l’heure d’aller dormir. Nous fîmes donc nos adieux à Délia et aux deux jeunes femmes, Elena et Constance. Nous ne reverrons probablement jamais ces personnes.

Et je ne sais comment l’expliquer, mais je fus au retour rempli d’une immense tristesse, car ces relations, ce n’est pas le schéma habituel d'apprendre à connaître une personne au fil du temps passé avec elle. C'est l'affaire d'un ou 2 soirs à discuter des heures durant suite à une première interaction de pure spontanéité. Ce sont des relations faites de simplicité et d'âme. Et je crois bien au fond de moi être tombé amoureux de tous ces gens. Pas dans l'amour passionnel, non bien évidemment, mais d'un amour de rencontre, d'esprit. Je ne peux expliquer l'amour que je ressens pour cette famille suisse, qui fut notre première rencontre. L'amour pour toutes les Karine du camino. L'amour pour Tom ce cher Tom qui me touche encore maintenant par sa gentillesse et sa simplicité. L'amour pour Delya et sa voix.

L’amour pour ces deux jeunes femmes, Elena et Constance et les ondes naturelles agréables et bienveillantes qu’elles dégageaient ce soir.

Jour après jour quand ces personnes finissent leur étape, souvent de quelques jours et nous disent au revoir, je ressens dans mes tripes chaque adieu sûrement définitif comme un chagrin d'amour. Mais je suis heureux de pouvoir au fond de moi ressentir cette tristesse qui me permet de constater combien ces rencontres et ces personnes étaient et restent tout bonnement exceptionnelles. Le matin, nous partîmes vers 8h de Saint-Chély sous une pluie légère.  Nous traversâmes une majorité des chemins boisés, et nous fîmes face à quelques montées plutôt rocheuses. J’effectuais celles-ci à une allure très rapide. Je cogite sur un tas de choses durant cette intensité dans l'effort, cela aide à chasser les démons et tuer ne serait-ce que pour une infime partie, le mal être.

 

Adrien : Le simple dîner, au restaurant du village hier soir, s’est en fait transformé en une chouette soirée à papoter avec d'autres jeunes en terrasse, d'autres pèlerines rencontrées peu de temps avant avec qui le courant est bien passé. Des gens vont et viennent c'est le coin où pèlerins et habitants du village se retrouvent. L'ambiance est détendue. Nous revenons sur nos anecdotes de vie, travail, et voyages. Bref, nous passons un bon moment. On en revient souvent là, passer de moments de solitude et à trop introspection, entrecoupés par des rencontres enrichissantes.

Puis après une bonne nuit de sommeil, on reprend la route. Le matin, difficile de sortir du lit tellement on y est confortables. Mais la route nous fait du bien et l’ambiance est détendue. On profite du temps pour revenir sur nos rencontres et les émotions qu’elles nous procurent, sa manière dont elles bousculent notre vision. On arrive ensuite à un camping en bord de fleuve où nous passerons deux nuits pour notre premier jour de repos. On prend un bain dans le fleuve glacial et s’installons ensuite dans notre tente sur pilotis. K trouve une guitare et ne la lâche déjà plus, de quoi bercer nos moments de repos. Je vois que le chemin le change et le fait grandir,  alors que nous ne sommes qu’au début.


Lundi 4 mai

 

K : Aujourd’hui fut le premier jour de repos de l’aventure. Nous sommes actuellement au camping Bellerive à St-Côme d’Olt, l’endroit est très sympathique, idéal pour un jour de repos. Ce matin nous nous réveillâmes vers 9h30, ayant profité de cette pause dans notre marche et nous octroyant ainsi une bonne nuit de sommeil. Ce fut donc bien reposés que nous allâmes chercher de quoi grignoter à la boulangerie du village. Après cela nous fîmes du STOP (une première pour moi) pour nous rendre à Espalion, la petite ville voisine. Après une petite balade et quelques courses, nous nous rendîmes au parc de la ville pour y manger une salade. La montée fut pour le moins ... silencieuse. Je ne me sentais pas bien du tout, j’avais l’esprit troublé, perturbé. J’en avais « gros sur la patate » comme on dit. Je ne m’étendrai pas plus là-dessus ici.

Après cette pause repas, nous revînmes en stop. La dame nous ayant ramenés à St-Côme était fort aimable et sa discussion très agréable, ce qui me requinqua quelque peu le moral, sans pour autant me métamorphoser. De retour à notre tente, je jouai un peu de guitare (généreusement prêtée par le gérant du camping). Je redécouvrais peu à peu le plaisir de l’instrument. J’espère avoir le temps d’en jouer fréquemment dans les semaines à venir J’allai ensuite faire ma première séance de sport depuis le début de cette marche - « Bring Sally up », de l’herbe, une corde et des élastiques : tout se déroula pour le mieux. Ce moment d’effort me remit d’aplomb un peu plus encore. Nous allâmes ensuite nous baigner dans l’eau glacée de la rivière avant de nous laver et de manger.

 

Adrien : Réveil en douceur dans notre tente sur pilotis du camping de St-Côme d’Olt. Premier jour de repos, pas besoin de faire son sac et de se presser, mais pas question pour autant de passer la journée au lit. On décide donc de partir visiter Espalion, qui n’est pas loin ? Une petite ville, traversée par le Lot et avec une architecture magnifique. Puis K propose de monter visiter le château à pied, dis donc, il n’aime pas le repos ! Mais ça nous fait du bien. Tout comme le bain glacé que l’on prend dans le fleuve, une fois de retour au camping. On a aussi pu faire du stop, ce qui était chouette. Trois voitures au total, pour un temps d’attente moyen de .... 45 secondes, sympa les gens ! On réalise aussi que sur St-Jacques, les infos courent vite. Quand on est partis prendre le café, le serveur s’adresse à K et lui demande : « Ce n’est pas toi, le jeune de 16 ans, qui va jusqu’à St-Jacques ? » ... « Euh, si... » répond timidement K. « Et tu vas partir faire l’armée après ? » enchaîne-t-il. On commence à se regarder et se demander où on a atterri. Puis il nous explique qu’il a rencontré le matin même un autre jeune pèlerin qui lui a parlé de K, petit monde donc.

Pendant la soirée on se cuisine un petit repas, on papote tous les deux et on se couche au son de la pluie.


Mardi 5 mai

 

K : Ce matin, nous nous levâmes à 6h, tôt pour notre grosse étape de la journée de 33 km jusqu’aux alentours de Golinhac depuis Saint Côme d’Olt. Nous quittons la tente sous une pluie légère, qui s'arrête peu après notre départ. La marche d’aujourd’hui se fit sous le signe de l’effort : 1200m de dénivelé positif sur ces 33 bornes, de quoi se remettre en forme après ce jour de repos. Nous entamons directement l’effort avec une montée boueuse et glissante que nous gravîmes à une vitesse phénoménale. Je prends quelques mètres d’avance sur Adrien durant l’ascension pour me retrouver seul avec moi-même dans l’effort, combattant ainsi la douleur par la douleur. Infaillible

Au fil de la journée, nous arpentons les forêts humides et colorées qui rappelaient fort certains climats tropicaux par leurs fougères, leur mousse… J’adore, tout simplement

Au midi, nous fîmes une pause dans le petit village d’Estaing, coin tranquille longeant le Lot le traversant. Nous allâmes à une boulangerie chercher de quoi se sustenter sans trop nous gaver, afin de ne pas marcher avec cette sensation de lourdeur et de ballonnement, erreur que nous avions déjà commise auparavant. Durant cette heure de pause, nous fîmes connaissance d’Esther, une hollandaise pour le moins… joyeuse. Elle fait partie de ces personnes qui ont une joie de vivre et un enthousiasme à toute épreuve, presque inébranlable. Mais c’est après qu’elle m’eut raconté une de ces expériences de vie, que je compris que parfois, se montrer heureux en toute circonstance est une des seules solutions face à la peine qu’on peut ressentir. Malgré son énergie débordante et sa forte personnalité, elle me toucha.

Nous reprenons ensuite la route pour “torcher" comme nous aimons à le dire, la montée qu’il nous restait à parcourir jusqu’à notre destination du soir. Nous arrivâmes vers 15h10 au gîte ayant donc parcouru ces 33 km en moins de temps qu’il ne faut pour le dire “pieces of cake”, comme dirait Adrien

 

Adrien : Ce matin, le réveil a sonné à 6h et la pluie tombe toujours sur la tente. Moi qui ne suis pas très du matin, cela ne m’aide pas à vouloir sortir de mon duvet bien chaud. Heureusement, K, lui, aime le matin et la pluie, me motive donc à passer le cap

Peu avant 7h, nous voilà sur la route pour notre plus grosse étape jusqu’à présent, 32 km et plus de 1000m de dénivelé positif. Très vite, on se retrouve dans les nuages, au sens propre et figuré.

Aujourd’hui, ça monte bien, ce qui nous fait grimper à travers les forêts et petits sentiers jusqu’à de beaux points de vue. La montée nous fait du bien, on souffre mais on se décharge, surtout pour K qui a une énergie débordante. Il laisse les autres pèlerins bouche bée sur son passage.

Nous rencontrons également deux fées sur notre chemin, en tout cas c’est ce qu’elles dégageaient comme énergie. Des femmes qui rayonnent des ondes positives autour d’elle. La première, nous la rencontrons durant notre pause de midi. Elle me voit manger une galette aux épinards et aux herbes et rêve de verdure qu’elle a du mal à trouver sur le chemin. Elle court donc à la boulangerie, mais revient bredouille, j’avais pris les deux derniers. Je lui offre donc le mien et son visage s’illumine de joie, le mien aussi. Nous entamons la conversation, elle nous explique avoir pris la route suite au décès de sa sœur. Depuis, elle ne peut plus s’arrêter. Son rêve serait d’amener des jeunes sur le chemin, pour les aider à trouver leur voie, autant dire que notre projet la laisse sans voix et la booste d’énergie.

Puis sur le bout de notre chemin, au milieu d’une forêt, nous tombons sur Francesca, une pasteure hollandaise, rencontrée quelques jours plus tôt. Elle demande à K pourquoi il court, ce à quoi il répond “j’ai besoin de me défouler”. Elle enchaîne ensuite en nous parlant de l’arbre qu’elle s’est arrêtée pour le regarder. Elle le trouve beau et nous explique que ses feuilles se mangent. Elle semble en paix et heureuse d’être là. K goutte d’abord, mais ça n’est pas à son goût, après tout, il trouve cela un peu étrange de s‘arrêter pour manger un arbre sur le chemin. Moi… j’apprécie dans la mesure du possible et suis amusé.

Puis nous arrivons à bon port, les pieds qui souffrent, mais heureux d’être ici. Notre gîte est une belle grande maison où une énergie paisible se ressent. Ce soir, le repas nous est servi sur place, ce qui nous permet de se reposer pleinement


Mercredi 6 mai : Conques

 

K : Le réveil se fait doucement mais sûrement ce matin, pour ensuite descendre profiter du petit déjeuner servi par le gîte. Notre estomac plus ou moins plein nous partîmes plein d’entrain aux alentours de 8h. Nous allons effectuer une étape correcte de 22 km aujourd’hui. Jusqu’à notre petite pause au village d’Espeyrac vers 11h30, nous marchâmes (en comparaison avec notre rythme habituel s’entend) plutôt lentement, et profitons des paysages.

Arrivés à Espeyrac, à mi-chemin, nous mangeons un bout, puis nous nous arrêtâmes pour feuilleter quelques ouvrages dans la (très) petite bibliothèque du coin, utilisant ainsi ce temps comme un repos supplémentaire. Quand nous nous remîmes en marche, la pluie commençait à tomber très légèrement pour commencer à s’intensifier 1h30 plus tard quand nous traversâmes une forêt. Et je ne sais comment l’expliquer, mais cette pluie fut pour moi très spéciale. Une pluie presque libératrice, thérapeutique.

Je profitais de notre expérience jusqu’à notre arrivée à Conques.

Sur le chemin, nous vîmes des rapaces tournoyer au rythme d’Aznavour qu’une vieille femme écouterait en marchant.

L’arrivée à Conques fut mémorable : nous avions une vue en hauteur du village qui ressemblait fort à un petit bourg médiéval, un endroit comme perdu dans le temps.

Entre l’heure de notre arrivée chez les frères de l’ordre de Prémontré et la messe du soir dans la cathédrale, nous tissâmes encore davantage de liens avec Esther, pèlerine anglophone rencontrée la veille. Cette femme est un véritable rayon de soleil.

J’écris actuellement ces lignes au centre d'une abbaye, ce que je trouve plutôt exceptionnel.

Il me reste encore à effectuer une tâche qui m’est importante avant de profiter d’une bonne nuit de sommeil réparatrice.

 

Adrien : Aujourd’hui, la marche semblait banale. Distance banale, dénivelé banal, paysages moyens. Après une pause à mi-chemin et un passage à la bibliothèque, nous voilà repartis pour marcher sous la pluie, mais celle-ci, certes nous mouille, mais a bien d’autres effets que cela. Elle nous permet de reprendre conscience des choses et de ce qui nous entoure. Je sens les gouttes couler sur mon visage, mes cheveux qui se mouillent. Chaque branche, chaque feuille, deviennent alors un abri temporaire quand je passe en dessous et que la pluie s’intensifie. Le paysage change et les couleurs aussi. Mais avant même que je puisse le réaliser, le soleil pointe de nouveau son nez, mon corps et mes habits sont, de nouveau, secs. La seule trace est alors le sol boueux qui nous amènera jusqu’à la ville de Conques où nous passerons la nuit. 

Une descente raide et glissante que K prend beaucoup plus de plaisir à descendre que la plupart des pèlerins. Je le vois cavaler devant, on dirait presque qu'il skie la descente.

En bas, je le vois grand sourire aux lèvres.

En ville, on se dirige à l'abbaye qui organise l’accueil des pèlerins et nous héberge. On y voit plusieurs têtes familières et on se donne rendez-vous pour boire un verre avant le repas. Une personne en invitant une autre, on se retrouve finalement à treize autour de la table. Les rires éclatent à tous les bouts de table, on ne s'entend presque pas parler. On coupe court car le repas est servi mais continuons tout de même les discussions en plus petit comité là-bas.

Ça fait du bien de retrouver ces gens que l’on aime et qui nous font du bien.

Une fois le repas terminé, on passe faire un tour à la messe du soir et voilà la journée qui a filé entre nos doigts.


Jeudi 7 mai : Livinhac

 

K : Nous dégustâmes ce matin un déjeuner rapide au sein de l’abbaye et prîmes la route peu après. Nous déviâmes rapidement du chemin en empruntant le GR 6 par des chemins, ma foi, visiblement très peu empruntés. On se serait crus dans une forêt vierge et primitive. Ce chemin fut aussi emprunté par Tom, ce cher Tom, et nous le croisâmes donc à maintes reprises.

Les montées dans la forêt étaient boueuses et glissantes, tout comme je les aime : difficiles et peu praticables.

Les ronces me griffaient les mollets et les tibias, m’obligeant à avancer.

Sortis de ces bois, nous marchâmes presque 10 km sur la D285, 10 bornes de goudron qui ne furent pas vraiment bucoliques.

A Livinhac, nous dormons ce soir au gîte la Vita E Bella à l’ambiance très folklorique.

 

Adrien : Ce matin au petit déjeuner, une bonne pente bien raide !

De quoi nous réveiller et nous mettre en jambe. On prend ensuite une bifurcation alternative au chemin classique, pour éviter de passer en ville. La première moitié est sauvage et paisible. On s’arrête manger un bout le midi et croisons beaucoup de visages connus.

On reprend ensuite pour une deuxième moitié bien moins sympathique. Marcher tout droit, durant plus de 2h, sur une route départementale, on a connu mieux. Mais on arrive finalement à notre gîte pour la nuit, la Vita E Bella, tenu par Andrea, un italien pour le moins atypique. La maison est colorée et décorée minutieusement. Plein de dessins qui expliquent les règles qui permettent d’habiter le lieu

Puis nous faisons un repas à 8 dans le jardin avec des français, anglais, allemands et américains. On papote et finissons par une infusion au son de la guitare jouée par K. On écrit maintenant ces lignes dans le noir, éclairés à la bougie. Le calme du soir est ressourçant.

 

Vendredi 8 mai : Figeac

 

K : La journée de marche ne fut pas transcendante, de la route, encore et encore, des villages, sans cesse des villages, des maisons… Presque pas de nature, en ne retrouvant point ce petit côté sauvage, perdu….

Nous nous arrêtâmes le midi pour manger un bout dans un petit…. “stand” tenu par une femme d’âge moyen au caractère pour le moins spécial qui instaurait une bonne ambiance, finalement, pour les pèlerins qui se reposaient là.

Nous continuâmes jusqu’à Figeac sur du bitume pour arriver en pleine “civilisation” : arrêts de bus, lycée, jeunes, commerces, un certain nombre de voitures. Quelle sensation étrange que de retrouver tout cela ! Quel dépaysement !

Ce soir, nous mangeâmes au gîte, dans une ambiance plutôt …. vide, sans consistance, au milieu d’une foule de retraités sans conversation. Pas notre meilleure nuit, ça non !

 

Adrien : Ce matin, départ du gîte italien très atypique. Le propriétaire nous a proposé de nous offrir entièrement les repas et la nuit. En partant, nous comptons tout de même lui laisser une contribution. Quelle fut notre surprise de voir qu’en partant, c’est lui qui nous tend un billet, de quoi s’acheter une pizza à l’arrivée, dit-il.

On prend ensuite la route. Dans cette région nous traversons plutôt de beaux villages et des villes, mais nous manquons notre nature paisible.

Pendant la marche, je m’intéresse à l’impact qu'a notre vitesse de marche et l’environnement que nous traversons, sur le mental. En effet, les sensations ressenties au milieu d’une forêt ne sont pas les mêmes que sur le goudron, une marche lente donne place à une autre série de pensées qu’une marche dynamique et épuisante. Il est intéressant de passer par tout cela.

En soirée, notre repas ressemble davantage à celui d’une maison de repos avec en plus plusieurs groupes déjà établis. On se glisse donc dehors pour une petite glace avant de se coucher. 

 

Samedi 9 mai : Cajarc

 

K :  Ce matin, nous avons reçu un appel de Jean-Michel, responsable de marche, m’annonçant que j’effectuerai 19,9 km de cette grosse étape du jour de 32 km en autonomie. Quelle ne fut pas ma surprise et ma joie à l’entente de cette annonce qui me ravit au plus haut point.

Nous marchâmes donc à deux sur une douzaine de kilomètres jusqu’au petit village de Béduer où nous mangeâmes un bout sur un banc ombragé. Après cela, je partis devant avec une bonne avance et laissais le flamand derrière.

Quel plaisir tout de même de marcher seul. Quelle sensation de liberté. Le monde était à moi ; je me portais comme un charme. J’arrive ensuite à Cajarc seul, empli de joie. Je m’y suis acheté de quoi me sustenter en attendant Adrien, étant très affamé. Quand celui-ci arriva, nous nous rendîmes au gîte “Le Pèlerin” pour y passer la nuit

 

Adrien : Ce matin, on a essayé de partir tôt, c’était sans compter qu’en haut de la première côté, K aurait une grosse douleur au bas du ventre, mais qui passe finalement sans souci. Nous voilà donc repartis, motivés à rattraper le retard. Mais c’est que 100 m plus tard que K me fait remarquer que ma paupière gonfle terriblement vite, une réaction allergique, semble-t-il. Heureusement, grande solidarité sur le chemin, une pharmacie pèlerine se dessine autour de nous avec ce que chacun a pris “au cas où”. Cela nous permet de repartir et se lancer dans la première marche en autonomie. K part donc en avant, seul, pour découvrir le chemin seul, à son rythme et en est très content. J’en profite de mon côté pour me poser dans un champ, au soleil et m’imprégner de la nature qui m’entoure. Puis, je reprends la marche durant laquelle je croise une longue couleuvre ainsi que le plus grand cochon de ma vie. On se retrouve ensuite dans le cœur de la belle ville de Cajarc pour une soirée autour de pâtes maison entourés de belles personnes.

 

Dimanche 10 mai : Limogne en Quercy

 

K : Aujourd’hui fut une courte étape. Nous quittâmes Cajarc à 8h30 (ce que je considère trop tard) suivant un cours d’eau fort joli et calme. Après une montée plutôt longue et boisée, nous nous arrêtâmes quelques minutes dans un champ d’herbe verte et violette. Après encore quelques kilomètres, nous nous arrêtâmes manger un bout le midi ; nous nous sommes contentés d’un cassoulet en boîte pour ma part et d’un chili en sachet pour Adrien. Nous continuâmes ensuite sans encombre jusqu’à Limogne en Quercy, petit village aux allures de ville fantôme, dont le centre-ville est composé de seulement deux bars.

Ayant 2h d’avance sur l’ouverture du gîte, nous nous installâmes sur une terrasse pour y boire un sirop en patientant.

Le gîte ”A l'ombre des tilleuls” est une petite maisonnette magnifique avec piscine, bordant les bois ; les gérants sont de véritables amours. Petit plus : nous avons le gîte pour nous seuls.

 

Adrien : Ce matin, départ en douceur pour une petite étape. K fait la grasse matinée jusqu'à 7h15, trop tard à son goût. Dans le gîte, une bande de potes a fini leurs quelques jours de marche, mais sont très curieux de notre projet et nous font partir pleins de bonnes ondes. Après un passage à la boulangerie, on se met en route, le début du chemin est beau et paisible. On prend une pause dans un champ et on admire la vue. Le reste de la marche s’annonce plus fastidieuse. On n’est plus très motivés et avons hâte d’arriver, on met donc le turbo et cavalons les petits chemins en direction du gîte.

A notre arrivée, de quoi nous réconforter : une maison avec piscine, au milieu de la nature. Je prends donc une bonne baignade dedans et nous profitons de la maison pour la soirée.


Lundi 11 mai : 19ème jour

 

K : Nous partîmes ce matin après une bonne confiture de mirabelles “maison” au petit déjeuner pour une petite étape d’une quinzaine de kilomètres jusqu’à un petit gîte 2 km après Vaylats “La Mésange”, petit endroit paisible où nous dormirons ce soir dans une cabane dans un petit champ, en pleine nature.

Nous avons discuté avec Brigitte (l’hôte) lors du repas qui fut fort bon.

 

Adrien : Ces derniers jours, les chemins ont été calmes entre Figeac et Cahors ; le chemin se divise en trois, proposant deux chemins alternatifs très appréciés des pèlerins. Nous faisons donc moins de rencontres avec des marcheurs, mais à l’inverse plus avec d’autres personnes. Au réveil, Jean nous emmène notre petit déjeuner et en profite pour nous parler de l’abreuvoir qu’il a installé au fond du jardin pour les animaux sauvages. A l’aide d’une caméra, il capture ainsi le passage de chevreuils, renards, sangliers et autres. Des images vraiment magnifiques.

Puis sur le chemin, on fait la rencontre de Henri 90 ans vivant seul et ayant perdu sa femme il y a trois ans, il aime s’asseoir devant chez lui pour parler avec ceux qui passent devant. On échange donc ensemble quelques minutes avant de reprendre la route et laisser place à d’autres personnes qui échangeront avec lui.

Puis en fin de marche, nous arrivons au gîte de La Mesange. Une petite cabane en bois, nichée dans le somptueux jardin d’une femme accueillante. On profite du calme, échangeons un super repas avec elle et se ressourçons au son de la nature

 

Mardi 12 mai : 20ème jour – Cahors

 

K : Aujourd’hui fut une marche “seul” pour moi. Après un petit déjeuner chaleureux chez Brigitte, notre hôtesse de la nuit. Nous prîmes la route séparément (je suis parti avec une vingtaine de minutes d’avance).

Ne croisant plus beaucoup de pèlerins sur le camino ces temps-ci (la majorité empruntant la Voie du Celée), la journée fut plutôt calme et je n’ai pas croisé grand monde. Ce fut bénéfique pour moi qui en a profité pour réfléchir, penser…

Après plusieurs heures sous un soleil tapant, je m’arrêtai pour manger mon fidèle cassoulet en boîte sur un rondin de bois parmi les broussailles.

Une bonne heure passa avant que je reprenne la route (il ne restait en fait qu’une dizaine de minutes pour arriver à Cahors).

Nous nous présentâmes au gîte à notre arrivée et allâmes dans la soirée manger un couscous avec deux autres pèlerins

 

Adrien : Rien de mieux que se réveiller dans une petite cabane en bois dans un jardin fleuri. On déguste un délicieux petit déjeuner et quittons la femme qui nous aura accueillis les bras ouverts. Je serais bien resté plus longtemps chez elle.

Puis nous procédons à la deuxième journée de marche en autonomie. K se lance donc devant et moi je suis à mon rythme derrière. Avoir du temps pour soi est important, c’est là que l’intime ressort.

Sur mon chemin, j’ai la chance de croiser deux beaux chevreuils. Les paysages évoluent progressivement à l’approche de Cahors, on prend de la hauteur et le terrain devient plus aride. Je trouve ça super beau.

Le soir, nous partons manger un délicieux couscous, accompagnés de Esther, une des deux fées rencontrées il y a quelques jours. Pendant 4 jours nos chemins se sont séparés, elle ayant pris la Voie du Celée, mais nous avons continué à échanger des messages audios, en chantant, constituant une petite chorale de fortune chacun de notre côté.

Le repas d’hier était beau, intime et thérapeutique. Comme dirait K, Esther est un cœur brut, sans enveloppe, les émotions sont belles et intenses.

Le soir, je m’endors le sourire aux lèvres

 

Mercredi 13 mai : 21ème jour – Cahors

 

K : Au matin de ce jour de repos, nous nous réveillâmes aux alentours de 8h, un sacré luxe.

Après un petit déjeuner en terrasse, je m'accorde un temps chez le coiffeur, étant fatigué d’arborer une apparence de Chichi (petit dédicace)

Nous passâmes ensuite au bureau de poste. A ma grande surprise, je pus y trouver du courrier m’étant destiné. Je me posais donc sur un muret aux côtés d’Adrien pour lire les lettres qu’on avait écrites à mon attention. Le début de celles-ci fut… comment dire… particulier (oui, tu te reconnaîtras sûrement)

Le reste de la journée à déambuler dans les rues, au marché et à visiter les ponts, se déroule sans encombre.

 

Adrien : Deuxième jour de repos. Je profite de mon lit en entendant les pèlerins faire leur sac. Aujourd’hui, nous avons l’occasion de visiter la ville de Cahors et de faire des courses. K commence par un tour chez le coiffeur et nous passons ensuite se promener. Esther ayant elle aussi décidé de prendre un jour de repos ici, on se retrouve dans un restaurant turc pour un sandwich délicieux.

Nous visitons la cathédrale, récupérons du courrier à la poste et déambulons dans les rues. Ici, les tentations de dépenses sont multiples, on veille donc à notre budget comme on peut.

Le soir, nous cuisinons un bon repas et le dégustons sur le rooftop de notre auberge.


Jeudi 14 mai

 

K : Après un petit déjeuner satisfaisant à l’Auberge de Jeunesse, nous prîmes la route en empruntant le Pont Valentré pour entamer une montée directement après, plutôt fatigante en début de parcours. Seulement une petite heure après nous eûmes à marcher sous la pluie et le vent froid. Mais, comme j’aime à le redire, on se sent si vivant dans ces moments-là ! Le froid brûlait nos bras, mais nous devions avancer dans tous les cas.

Pour la pause du midi, nous nous arrêtâmes à “La p’tite pause” pour prendre un café et y déguster nos conserves (“déguster” est un grand mot). Nous passâmes cette pause en compagnie de trois autres pèlerins déjà rencontrés à maintes reprises sur le camino.

Étant à Lascabanes, il ne nous restait ensuite qu’une petite demi-heure pour arriver au gîte du soir

 

Adrien : Cela fait maintenant trois semaines que cette belle aventure a commencé. Partis d’être deux inconnus qui se rencontrent à Lyon, nous sommes devenus compagnons de voyage et de quotidien.

Ce matin, sur la route, nous croisons peu de pèlerins et profitons donc de la route pour papoter tantôt sur des sujets sérieux et profonds, tantôt sur des blagues et histoires légères. Le temps passe et c’est seulement la météo capricieuse qui nous ramène au présent. On reprend ensuite des forces sur une nouvelle (d’une longue série) place centrale d’un petit village croisé sur nos chemins. On se sent bien entourés, car on est rarement seuls durant nos pauses. On rejoint ensuite le monastère pour notre halte du soir.


Vendredi 15 mai : Lauzerte

 

K : Nous quittâmes le couvent d’Escayrac soulagés après une nuit satisfaisante mais également après un dîner à peine mangeable la veille au soir. La marche du jour se déroula sous le signe de la boue qui jonchait le sol sur les trois bons quarts du chemin (j’ai même pu y faire un plongeon en fin de parcours) rendant la progression difficile - tout particulièrement dans les montées. Au bout de quelques kilomètres, nous sortîmes des sous-bois pour nous retrouver au centre de grands champs de blé bercés par une brise légère. Le vent conférait aux hautes herbes une apparence de vagues.

Nous arrivâmes après quelques heures seulement à Lauzerte, petit village sympathique où nous prîmes notre pause du midi pour ensuite nous rendre à notre gîte du soir qui s’avère être très agréable

 

Adrien : La routine est à présent bien installée : réveil matinal et petit déjeuner avec les autres pèlerins. Les hôtes n’étant pas là ce matin, la parole se libère sur le repas d’hier soir. Autant on mange souvent très bien dans les gîtes mais l’andouille - purée d’hier soir semble avoir laissé une impression marquante aux palais et esprits des convives. C’est bien la première fois qu’ils enviaient mon repas végétarien ! Moi j’étais bien content.

La marche d’aujourd’hui était sympa, la boue nous faisant patiner un peu mais ne nous a pas empêchés d’avancer à bonne allure. Il faut tout de même avouer qu’arrivés au gîte, la présence d’un lave-linge a refait notre journée. On est partis également se promener dans le centre de Lauzerte, un coin super mignon.

Arrivés tôt au gîte, on se prend l’après-midi pour lire et se reposer.

 

Samedi 16 mai : 24ème jour – Moissac

 

K : Aujourd’hui encore et directement après la sortie de Lauzerte, les sentiers boueux entravèrent notre progression sur la majeure partie du chemin. Le plus ardu fut à mi-chemin, passé Saint Martin, où une montée de 450m de boue dans laquelle nos chaussures entières s’enlisaient, nous attendait. Nous prîmes la chose avec grand amusement, passant ainsi un excellent moment. La première partie de la journée que j’effectuais en autonomie fut plus paisible et calme ; de grands champs à perte de vue, chauffés après cette nuit de pluie par les premiers rayons du soleil qui se frayaient un chemin parmi les feuilles humides des arbres.

Cet après-midi, nous arrivâmes plutôt aisément à Moissac, ville de taille humaine, aux alentours de 14h ayant marché aujourd’hui environ 30 km

 

Adrien : Ce matin, nous débutons la journée par une marche en autonomie. Je profite donc seul du calme du matin, c’est beau. J’aperçois un chevreuil courir dans un champ et voit le village de Lauzerte illuminé par le soleil, perché en hauteur. Je savoure la nature très différemment des chasseurs que l’on entend tirer au loin.

Puis je suis bien content de retrouver K et d’attaquer ensemble l’ascension de cette raide pente de boue qui nous attend. Une fois le deuil fait pour notre pantalon et nos chaussures on commence même à prendre du plaisir à la gravir.

Le midi se prend ensuite assis sur deux bottes de foin au milieu d’un champ. Le genre de moment où on s’envie nous-même ! 

Après une belle marche de 30 km, on est bien contents d’arriver à notre gîte à deux pas de la belle abbaye de Moissac. Une bonne douche, des courses faites et une balade dans le centre, pour bien clôturer cette journée !

 

Dimanche 17 mai : Bardigues - 25ème jour

 

K : Le gîte d’hier soir fut fort sympathique. En effet, nous mangeâmes notre repas en compagnie de quelques pèlerins préparant également leur repas. Entre cow-boy de vaches naines australien et cycliste belge, l'ambiance était au rendez-vous.

Le lendemain, aujourd’hui donc, nous partîmes relativement tard, vers 8h40 pour une petite étape de 25 km jusqu’à Bardigues. La marche répétitive ayant passé les 10 premières bornes à longer un canal entouré de platanes. Nous croisâmes moult pèlerins ce jour-ci et nous prîmes notre temps, marchant sans nos bâtons.

Le gîte de Bardigues est fort sympathique, gîte où nous avons reçu l'accueil chaleureux de Mario, Gaëlle et d'Evan, 8 ans.

 

Adrien : Hier soir, l'ambiance était amusante au gîte. On a rencontré un éleveur de vaches naines, australien et nous avons bien rigolé.

La route d’aujourd’hui était paisible aux allures d'une balade de dimanche le long d'un canal. Nous avons fait de nouvelles rencontres et sommes arrivés en milieu de journée dans le gîte de Gaëlle et Maria, accueillis par leur jeune fils Evan. On se sent tout de suite à la maison et faisons des jeux de société avec le petit, puis cuisinons et partageons un délicieux repas convivial avec tout le monde.


Lundi 18 mai

 

K : J’effectuais la marche d’aujourd’hui en autonomie, pour mon plus grand plaisir. Ce fut le paysage parfait : de grandes vallées à perte de vue, des champs de blé magnifiques, des vues qui donnent à réfléchir. Je fis la seconde partie de la marche en compagnie d’Esther, avec qui j’ai partagé ma pause du midi. Nous arrivâmes ensuite ensemble à Lectoure pour nous diriger vers l’Airbnb que nous avons réservé à 4 avec elle, Adrien et moi et Maude, une autre Pèlerine (à défaut d’avoir trouvé un gîte pour la nuit)Rejoints quelques minutes plus tard par Adrien, nous allâmes faire des courses nécessaires à la préparation du repas, que nous allions déguster dans notre immense appartement, semblable à un château, dans lequel nous passâmes une soirée fort agréable.

 

Adrien : Ce matin K. et moi quittons le gîte séparément pour une nouvelle marche en autonomie. Le calme matinal du chemin fait remonter beaucoup d’émotions et de pensées. Je sors alors de ma poche ce petit bracelet, orné d’un visage qui sourit, offert par une jeune femme vénézuélienne rencontrée sur le chemin. Je décide de le porter à présent au poignet, en pensé aux personnes que j’ai perdu et celles autour de moi qui luttent pour être mieux ou en paix. Je suis en tout cas rempli d’une sensation de chance d’être là. C’était donc une journée de marche calme et sympathique, celles qu’on ne veut pas voir finir. J’y croise plusieurs lièvres et admire les forêts, étangs et champs que je croise. Je retrouve K. dans le centre de Lectoure et on s’installe dans notre confortable appartement, aussi appelé le château après l’avoir découvert.

 

Mardi 19 mai

 

K : Ce matin au départ de Lectoure, nous eûmes le plaisir et la surprise d’observer les Pyrénées se dessiner à l’horizon. Adrien était comme un enfant en extase devant les sommets enneigés qui nous faisaient face, pourtant situés à une bonne centaine de kilomètres de nous.  Ce spectacle fût significatif pour nous : dans quelques jours nous les auront traversés, et passeront la frontière espagnole pour une aventure nouvelle. Nous avons hâte. Aujourd’hui, nous contournâmes le GR classique pour éviter La Romieu… disons technique. La variante fût fort plaisante, et nous prîmes notre repas les pieds dans l’herbe. A notre arrivée à Condom, nous nous rendîmes à la poste pour récupérer tentes et matelas pour notre bivouac du lendemain.

 

Adrien : Ce matin nous quittons Lectoure et suivons un chemin qui nous mène à une vue panoramique. Un beau cadeau nous y attend, une vue claire et dégagée sur les sommets des Pyrénées. On ne pensait pas les voir si vite, si proche. Cela nous fait prendre conscience de la distance parcourue et de la direction que nous prenons. Dans quelques jours nous serons de l’autre côté, dans un nouveau pays, prêts pour de nouvelles aventures. En plus de cela, nous franchissons aujourd’hui le cap des 600 kilomètres parcourus depuis le départ, tout ça avec nos petits pieds. La journée de marche était agréable malgré la chaleur écrasante. De beaux paysages, un chemin qui longe le lac et une autre journée clôturée.


Mercredi 20 mai

 

K : Après avoir mangé une grande quantité de pain et de confiture, nous prîmes la route sereinement. La soirée se fera en bivouac, nous marchons donc à une allure relativement lente. Les 2 kilos rajoutés au poids du sac (tentes, matelas, conserves en tout genre) se firent rapidement ressentir, sans pour autant constituer un réel dérangement. Nous arrivons donc tranquillement vers 11H30 au petit village de Montréal (du Gers, bien sûr) où nous primes une très longue et paisible pause de plus de deux heures, les doigts de pieds en éventail pour repartir « pépouse » vers 14H30. Nous doublâmes rapidement une bande de jeunes, en sortie scolaire sur le camino, plutôt bruyante par ailleurs. Les sentiers furent paisibles jusqu’à Lamothe, petit village près duquel nous posâmes nos tentes entre 2 champs dans une herbe verte baignée de soleil.

 

Adrien : Hier en fin de journée nous sommes passés à la poste récupérer nos tentes et matelas ! Ce matin nous partons donc le sac alourdi, avec quelques provisions de repas aussi. Le matin, on se traîne un peu et s’arrêtons après 3H de marche à …Montréal. Bon il faut avouer que le Montréal du Gers est moins impressionnant que le canadien mais quand même. On s’y prend une longue pause, au soleil et papotons avec beaucoup de monde, le temps passe vite mais nous ne sommes pas pressés.Nous reprenons ensuite la route quelques kms pour arriver à notre destination. Pour notre première nuit en bivouac sur le chemin, on rencontre un coin tranquille pour la nuit. Après quelques essais infructueux, nous trouvons finalement un bel endroit calme, discret et agréable. On monte les tentes petit à petit et prenons nos marques mais sommes contents du résultat. Nous partageons un repas gastronomique de conserves, que nous apprécions et partons ensuite admirer le coucher de soleil, avant de s’endormir au bruit de la nature.

 

Jeudi 21 Mai

 

K : Nous quittâmes notre campement relativement tard pour suivre la voie verte sur 88km jusqu’à Eauze, où nous attendait notre petit déjeuner (qui fût fort bon par ailleurs). C’est donc l’estomac plein que nous reprîmes la route. Nous marchions sous une chaleur pesante et étouffante. Nous dégoulinions de sueur, mais nous gardions un bon rythme. Les sentiers furent calmes, et nous ne rencontrâmes pas beaucoup de pèlerins. Mes lunettes de soleil s’emplirent peu à peu de buée au fil de la journée. Après notre pause du midi, les Pyrénées se dessinèrent à nouveau devant nous, plus imposants cette fois-ci. Ceux-ci formaient un véritable mur montagnard face à nous. 

 

Adrien : Hier en admirant le coucher de soleil dans cette ambiance si douce et paisible, je ne pus m’empêcher d’avoir une pensée pour toutes les personnes qui n’ont pas cette chance. Celle de vivre un moment pour soi, l’esprit serein dans un cadre si simple.Nous passons ensuite une nuit fraîche durant laquelle nous entendons de nombreux animaux sauvages, pour le moins intéressants ! On peut s’imaginer le cerf, les sangliers et autres qui tournent autour de notre tente. Au réveil, on remballe et prenons la route. Nous entamons une vague de chaleur qui nous gardera au-dessus des 30 degrés jusqu’à notre arrivée en Espagne la semaine prochaine. La marche n’est pas facile mais se passe bien, nous sommes contents d’arriver. Le repas du soir est convivial. Cela faisait longtemps qu’on ne s’était pas posés avec des jeunes et dont beaucoup vont aussi jusqu’au bout du chemin, c’est chouette !


Vendredi 22 Mai

 

K : jour 30. Adrien et moi avons l’impression d’être partis depuis 6 mois…Nous marchâmes aujourd’hui encore sous une chaleur écrasante. Notre corps semblait pleurer. Notre vitesse de déplacement fut rapide et efficace dès 6H30 du matin ; marcher sous ce soleil aux heures chaudes serait imprudent et fort désagréable. Rapides et efficaces, nous arrivâmes à Aire-sur-l’Adour à midi. 28,5km intenses, durant lesquelles nous acquîmes une certaine expérience de terrain qui nous sera utile durant la traversée désertique de 200km du camino francès. La masse haute et longue des Pyrénées se dessine toujours face à nous, se rapprochant chaque jour. Bientôt, nous arriverons à une étape majeure de notre existence.

 

Adrien : Ce matin nous quittons le gîte, sac sur le dos, à 6H30. Trop tard au goût de K., encore et toujours ! Mais étant donné les chaleurs annoncées, ça fait du bien. Nous papotons et rigolons pour bien commencer la journée. Puis nous entrons dans une belle forêt, fraîche, qui abrite faune et flore. Le silence s’impose naturellement pour contempler ce qui nous entoure.On décide aujourd’hui de marcher vite pour éviter au maximum de marcher sous le soleil. Dès 10H, on sent la chaleur qui monte. Finalement nous faisons nos 28km sous 6H, une belle performance. Cela nous donne l’après-midi pour visiter faire quelques courses et se reposer. Hâte de reprendre la route et continuer ç se rapprocher des Pyrénées.

 

Samedi 23 mai

 

K : Je parti tôt ce matin pour une étape de 27km, en autonomie jusqu’à Pimbo. Je décidai de marcher à vive allure, pour arriver le plus tôt afin d’éviter la chaleur pesante de l’après-midi. J’arrivai à Miramont à 9H15. Je me suis arrêté acheter un bout à manger. Je croisai Esther, avec qui j’ai terminé le bout de chemin restant à parcourir jusqu’à Pimbo. Arrivés, nous nous installâmes à un petit bar sympathique où je pris une boule de glace après avoir dégusté ma ratatouille « Cassegrain » de premier choix. Nous fûmes ensuite rejoints par plusieurs pèlerins relativement jeunes que nous avions déjà rencontrés auparavant. Adrien ayant fait du repérage, obtenu l’autorisation du gérant du gîte communal pour louer une place. Nous connaissions désormais l’emplacement de bivouac de ce soir, ainsi que celui où nous allions faire un brin de toilette. PS : Joyeux anniversaire : 1 mois de rencontre avec Adrien.

 

Adrien : jour 31. Mon petit stylo que j’utilise pour écrire mes carnets a vécu sa petite aventure hier. Il est tombé de sa poche en chemin, sur un petit chemin de terre, entre deux champs, à des kilomètres de notre gîte. Mais une Pèlerine l’a ramassé, déterminée à trouver son propriétaire. Alors dans le dortoir, elle demanda au hasard si ça ne serait pas à nous et BINGO, c’est le mien ! Un sacré hasard.La deuxième bonne nouvelle c’est qu’aujourd’hui ça fait exactement un mois qu’on s’est rencontrés avec K., bon anniversaire à nous ! Aujourd’hui encore on part tôt, chacun à notre tour, pour une marche en autonomie. Le calme du matin et les paysages ne cessent de m’impressionner et me ressourcer. L’après-midi on s’installe sur la terrasse ombragée d’un café, entouré de chouettes pèlerins et dans une ambiance détendue. On part ensuite se doucher au gîte communal avant de s’installer pour notre 2eme soirée en bivouac.

 

Dimanche 24 mai

 

K : Aujourd’hui encore, nous marchâmes sur de l’asphalte brulante. Le climat se réchauffe dès 9H, après notre pause à Arzacq où nous fîmes quelques achats. Mon sac, après cela, fut alourdi de 3kg et quelques, qui se firent ressentir rapidement. Nous avançâmes à vive allure (« torchant » 4,8km en 40 minutes et arrivés à Pomps) essayant d’échapper à la chaleur, qui nous rattrapa malgré tout.

 

Adrien : jour 32. Réveil dans la tente ce matin. J’entrouvre la porte et aperçois les belles couleurs du ciel matinal. Nous rangeons tout et se mettons en route. On emprunte un petit chemin et tombons nez à nez avec quatre ânes aussi curieux que nous. Après s’être salués cordialement, nous reprenons la route. Aujourd’hui était une des marches les plus difficiles. Passés faire des provisions de nourriture, nous étions à présent sur des routes d’asphaltes, sous un soleil écrasant, des heures durant. La chaleur s’attaque à notre corps et notre esprit, comme une grosse migraine. Alors on se concentre, un pas devant l’autre et on sait que l’on va y arriver. Mais demain nous partirons tôt pour éviter cela.


Lundi 25 Mai

 

K : Nous quittâmes le gîte tôt ce matin, nous réveillant à 5H pour une fois de plus échapper à la chaleur du midi. Ce qui nous a permis d’observer un beau lever de soleil : cette masse rouge s’élevant relativement rapidement dans le ciel et illuminant les champs.Nous fîmes face à quelques montées, que nous surmontâmes aisément pour arriver peu avant midi à Sauvelade. Un petit village avec un gîte communal et un jardin dans lequel nous planterons notre tente ce soir. Ce qui nous permettra d’avoir accès aux commodités et aux douches. Non loin de l’endroit coule une petite rivière traversant les bois, près de laquelle je pus faire de l’exercice, et où Adrien se baigna.

Ce coin paisible nous a permis de profiter d’un repas amplement mérité.

 

Adrien : Ce matin, 5h le réveil sonne. On ne souhaite pas commettre la même faute qu’hier. Alors pour éviter la chaleur, nous quittons le gîte vers 5H45, accompagnés d’Esther.Il fait calme, le jour se lève doucement, le ciel se colore, les oiseaux commencent à chanter et l’air est frais. On avance donc d’un pas décidé, si bien que nous faisons une pause vers 10H après avoir parcouru 18km. Le matin le temps passe vite, la marche est fluide. Nous arrivons juste avant midi à notre étape du jour et se posons alors prendre un jus. La serveuse nous apprend alors qu’il y a une rivière avec des berges à l’ombre, à deux pas, où on se rend pour l’après-midi. K. fait son sport et moi je me baigne pour me refroidir. Nous passons un après-midi calme et ressourçant, à l’ombre des arbres avec beaucoup de temps devant nous.


Mardi 26 mai : 34ème jour - Lichos

 

K : Aujourd’hui encore, la chaleur fut intense, mais nous pûmes après avoir passé Navarrenx, nous rafraîchir dans une rivière sillonnant les bois à l'eau claire, si claire qu'on pouvait y distinguer les petits organismes qui y vivaient. Ce moment de quiétude nous permet de reprendre la route, reposés, en claquettes pour une quinzaine de kilomètres jusqu’au gîte Bellevue.

 

Adrien : Ce matin nous avons plié la tente et reprenons la route. La fatigue et la chaleur se font sentir. On profite des zones de forêt pour se rafraîchir. Sur notre chemin, nous traversons un petit pont au-dessus d’une belle rivière. On ne peut donc résister de s’y plonger et ainsi se refroidir.

Nous continuons ensuite notre marche, comptant les kilomètres avant l’arrivée. Nous sommes accueillis dans un gîte tenu dans la maison d’un couple âgé qui héberge depuis bientôt 30 ans. On se retrouve avec les autres jeunes pèlerins que l’on croise régulièrement. On partage une boisson fraîche et un repas mais la chaleur nous met tous au ralenti. On attend avec hâte la fraîcheur de la nuit.

 

Mercredi 27 mai : 35ème jour – Ostabat

 

K : Ce jour, j'ai effectué ma première journée de marche complète en claquettes de piscine. Ceci me permettra d’aérer mes pieds qui avaient pour habitude de macérer dans mes chaussures à longueur de journée. Ces 24 km furent tranquilles et faciles. Nous nous enfonçons petit à petit dans le Pays Basque, nous rapprochant à chaque pas de la frontière espagnole. Les Pyrénées qui semblaient autrefois si lointaines sont maintenant à une matinée de marche. Quelle sensation incroyable !

 

Adrien : Nous sommes les derniers à quitter le gîte, mais il n’est que 7h30. L’étape d’aujourd’hui est plus courte et la chaleur un tout petit peu moins intense que la veille.

Aujourd’hui encore, nous traversons un pont et ne pouvons résister à l’idée de s’y baigner alors, certes, l’eau nous refroidit mais c’est surtout un moment beau et authentique. Si bien que dans l'eau avec Esther on fait un “selfie mental” pour s’en souvenir. Nos pieds et nos esprits ressortent reboostés de cette belle pause.

Les paysages sont de nouveau très beaux par ici et nous sommes au Pays Basque avec son architecture et son style particulier. Nous traversons les villages de maisons blanches aux volets rouges, embellis par le soleil qui brille.

Nous arrivons tôt et faisons donc une longue pause midi avec d’autres pèlerins avant de rejoindre le gîte. En soirée, nous dégustons un bon repas sur la terrasse, face au paysage des Pyrénées.


Jeudi 28 mai : Saint Jean Pied de Port

 

K : Le grand jour ! Après cette journée de marche, allait s’achever la Via Podiensis, partie française du camino de Compostelle du Puy en Velay duquel nous sommes partis il y a 1 mois déjà jusqu’à Saint Jean Pied de Port, étape significative de mon périple. Je partais ce matin tard, à 7h, pour une étape en autonomie (durant seulement 2h, ayant fait les ¾ de la marche en compagnie d’Esther).

Aujourd’hui encore, je marchais en claquettes, faisant une belle paire avec Esther qui marchait en tongs. Nous traversâmes paisiblement le Pays Basque, coin de paradis français aux petits villages colorés et au flanc de collines verdoyantes.

Ce fut donc satisfaits et heureux que nous passâmes la porte de Saint Jean Pied de Port, pour écrire un nouveau chapitre de nos vies.

 

Adrien : On y est ! Aujourd’hui, nous avons officiellement terminé la partie française du chemin de Compostelle. 32 jours de marche, 2 jours de repos et 750 km de parcourus. On est déjà fiers.

Ce matin, K part tôt pour une marche en autonomie. Moi, je me lève après et me retrouve tout seul au petit déjeuner, pas si mal ! Je m’engage sur le chemin et suis charmé par les petits villages typiquement basques que nous traversons. Le décor est splendide et la marche agréable. Ceux qui finissent leur parcours ici traînent des pieds pour faire durer les derniers instants. Puis j’arrive enfin et découvre cet endroit charmant qu’est Saint Jean Pied de Port. En regardant par la fenêtre de l’auberge avec K, on se sent comme à notre départ du Puy, dans une ville de départ, sauf que nous sommes maintenant aguerris.


Vendredi 29 mai : 37ème jour - Saint Jean Pied de Port

 

K : La journée fut tranquille, Saint Jean Pied de Port étant une ville parfaite pour un repos. Une petite baignade dans une rivière très froide et une visite de la citadelle en compagnie d’Esther, ainsi qu’un rendez-vous médical rythment ma journée. Demain, sera une étape clé, un autre défi et le début d’un nouveau chapitre de ce Camino.

 

Adrien : Troisième jour de repos depuis le départ. On doit libérer la chambre pour 8h30, donc on se réveille tout de même tôt. On passe chez le médecin, mais tout est ok pour la suite. On refait le plein de ce qu’il nous faut également.

Puis l'après-midi est passée à flâner dans les rues et à se détendre au bord de la rivière.  On s’y baignera mais l’eau est glaciale, nous saisissant jusqu’aux os. Cette eau est avant tout la neige qui a fondu des pics des Pyrénées pendant que nous marchions sur l’asphalte brûlant.

La journée est donc ressourçante et nous sommes prêts à passer en Espagne demain.

 

Samedi 30 mai : 38ème jour -  Roncesvalles

 

K : Ce matin, après quelques émotions, nous partîmes effectuer cette montée dite “de la mort” tant redoutée sur le Camino qui s’avéra en fait plutôt facile.

Arrivés en haut, les paysages étaient tout simplement à couper le souffle.

Une mer de nuages s'étend face à nous ; on croyait pouvoir y plonger tant l’étendue était épaisse. C’est également ce jour que nous passâmes la frontière espagnole, car, oui, ce soir c’est en Espagne que nous  séjournons, dans la petite bourgade perdue de Roncesvalles.

 

Adrien : Nous commençons la marche vers 7h30, prêts à affronter les 1200 m de dénivelé positif qui nous attendent. Il faut dire que ça n’était pas de tout repos, mais cela s'est déroulé aisément et surtout la grimpe valait le détour !

On monte d’un bon pas avec peu de visibilité, dépassant tous les nouveaux pèlerins qui ne découvrent qu’aujourd’hui l’expérience du chemin. On se glisse dans des troupeaux de vaches et de chevreaux et on arrive assez tôt au-dessus des nuages. Des vues à couper le souffle se dessinent devant nous, on semble hors du temps.

On prend des pauses régulières pour contempler et redescendons ensuite doucement du côté espagnol vers Roncevaux. Sur cette nouvelle partie du chemin, tout est assez différent.

Les pèlerins sont ainsi beaucoup plus internationaux venant réellement du monde entier, dont plus de la moitié de hors Europe. Les auberges sont aussi plus grandes et souvent sans réservation. On prendra donc les prochains jours pour reprendre nos marques dans ce nouveau pays.

 

Dimanche 31 mai : Zubiri

 

K : Beaucoup d’émotions traversèrent mon esprit aujourd’hui et la marche fut donc plutôt silencieuse. Nous fîmes une petite étape de 22 km que nous effectuâmes lentement. L’albergue est semblable aux gîtes français et donne sur un pont pittoresque traversant une rivière sympathique. Demain, nous arriverons à la grande ville, Pamplona.

 

Adrien : Premier jour de marche en Espagne aujourd’hui. Les premières étapes étant courtes, on prend notre temps. Hier soir, nous avons dit au revoir à Esther, pèlerine avec qui nous avons passé beaucoup de temps. Elle doit arriver avant nous à Santiago et doit donc accélérer le pas. On va être tristes de ne plus la revoir.

Après une dizaine de kilomètres, nous faisons notre première pause dans un café espagnol. Il n’a beau être que 9h45, l’ambiance est déjà bien présente avec la musique espagnole à fond.  Une tablée d’hommes âgés mange du poisson et rigolent, d’autres prennent le café, tandis que certains pèlerins sont déjà à la bière et au vin. Nous reprenons ensuite le chemin à travers champs, villages et forêts pour arriver à Zubiri, notre étape du jour. Sur le chemin, je discute avec deux jeunes filles de mon âge, rencontrées quelques jours plus tôt. Les deux ont vécu loin, au Congo et à Madagascar, on échange donc sur nos expériences de voyages. Elles sont aussi très croyantes, une chose devenue rare à nos âges et elles me parlent donc de leur foi.

Ce soir, nous dormons dans un beau gîte au pied de la rivière qui traverse ce village.


Lundi 1er juin : Pampelune (40ème jour)

 

K : Nous commençons aujourd’hui à ressentir la véritable ambiance espagnole, au travers de petits villages très folkloriques. Nous longeons la rivière sur une grande partie de notre étape, ce qui est apaisant.

Nous séjournons ce soir à Pamplona, dépaysement là encore en arrivant   dans une grande ville de plus de 200 000 habitants. Nous pûmes lors de la soirée s’imprégner de la culture espagnole plus profondément, dans les ruelles colorées et les bars à l’ambiance joyeuse et festive espagnole typique.

 

Adrien : Ce matin, on se réveille à notre aise. J’ai super bien dormi, plus de 9h, le luxe.

On se met en route et suivons la rivière une bonne partie de la journée. On traverse également nos premières villes et villages espagnols réalisant ainsi vraiment que l’on a changé de pays. Ici les gens vivent plus dehors, ce sont de bons vivants qui aiment danser et rigoler.

Puis, on se rapproche de Pampelune, ville de 200 000 habitants, une grande première depuis le départ. Heureusement notre gîte est une maison dans un quartier calme, au bord de la rivière. On pose donc nos sacs et allons se baigner. On nous indique qu'il est possible de sauter du pont dans l’eau, ce qu'on fait et qui nous rafraîchit bien.

On part ensuite explorer la ville. Le centre-ville est presque exclusivement piétonnier, les balcons sont colorés et décorés, les rues vivent. On sent que les espagnols aiment être dehors


Mardi 2 juin : Puente la Reina

 

K : Nous nous enfonçâmes encore plus profondément dans l’Espagne aujourd’hui.

En sortant de Pamplona, nous traversâmes de vastes champs de blé, champs m’ayant manqué vers la fin de la Via Podiensis.

Le temps n’était pas mauvais, mais dépourvu de soleil et quelque peu venteux, ce qui rendit les montées plus agréables. Je marchais à allure lente pour que mon esprit en fasse de même et que les réflexions aient le temps d’y mûrir intelligemment.

Nous arrivâmes ensuite à Puente la Reina où nous séjournons ce soir dans une albergue sympathique.

 

Adrien : Nuit pas super reposante. On se lève, nous prenons le petit déjeuner, et  pendant que je finis mon sac, K joue de la guitare sur le trottoir devant le gîte.

Nous quittons petit à petit Pampelune et traversons de beaux champs. Mais il y a beaucoup de pèlerins sur ce tronçon, on se sent moins coupés du monde. Le ciel est gris, les villages désertiques et nous n’avons pas encore fait de nouvelles rencontres marquantes en Espagne. Alors le temps est un peu plus long que d’habitude.

Le soir où je me repose dans le hamac sur la terrasse. J’y prends de l’énergie et une fois propres, nous partons se promener et visiter

Le soir, on se prépare un plat de gnocchis et profitons du lieu


Mercredi 3 juin : 42ème jour – Estella

 

K : Je marchais aujourd’hui seul en Espagne pour la première fois, profitant des petits villages paisibles pour faire quelques pauses et goûter une délicieuse tortilla.

Après quelques jours difficiles, j’adoptais une nouvelle vision des choses après une longue discussion la veille au soir. Je m’imprègne également de plus en plus de la culture locale (l'aquarius est ma nouvelle religion)

 

Adrien : Aujourd’hui est la première marche en autonomie de K en Espagne. Il part de bonne heure tandis que je prends mon temps pour me préparer. L’avantage de partir plus tard, c’est que le chemin est plus calme. Les paysages que  nous traversons sont beaux et les villages vachement plus vivants qu’hier, l’énergie est bonne.

K ayant pris son temps pendant la journée, on se croise quelques kilomètres avant Estella, notre étape du jour. On finit donc le chemin ensemble et nous nous installons au gîte communal qui n’est pas du tout cher et super sympa. Le soir, nous partageons un grand repas, préparé par des bénévoles autour d’une longue table. Nous jouons ensuite aux cartes dans la cour avec un italien fraîchement rencontré.


Jeudi 4 juin : Los Arcos

 

K : La journée de marche fut fort plaisante, la chaleur n’étant pas au rendez-vous et la brise nous permettait de nous rafraîchir. Nous avons arpenté dans un premier temps arbres et vaches des collines, pour ensuite sillonner les champs, s’étendant à perte de vue et longeant la ligne droite du Camino.

Nous sommes ce soir à Los Arcos, dans une albergue très folklorique et colorée, dans le village. J’ai pu y jouer de la guitare et converser quelque peu en espagnol avec l’un des gérants.

L’arrivée d’une bonne nouvelle fut le clou de ma soirée, annonçant une bonne nuit de sommeil.

 

Adrien : On prend la route en matinée et nous nous arrêtons rapidement chez un forgeron sur le chemin. Un lieu divisé entre son atelier beau et rustique et le magasin qui expose ses créations, qui est magnifique. Il prend le temps de nous montrer son travail, une belle ambiance se dégage du lieu.

Nous reprenons la marche d’un pas plus rapide et traversons de beaux paysages. On s’installe ensuite dans une nouvelle auberge pour la nuit, elle est aussi belle, mais rustique De la musique latine jouée en fond, des gens du monde entier poussent la porte et s’installent après une bonne journée de marche. K se remet à la guitare dans le jardin en soirée.


Vendredi 5 juin : jour 44 – Logroño

 

K : Nous traversâmes aujourd’hui beaucoup de villages fort vivants et animés qui embellissent nos pauses repas et boissons. Nous arrivâmes rapidement à Logroño qui s’avère, en fait, être une ville de taille d’environ 150 000 habitants. Malgré sa taille, la ville reste agréable et imprégnée de cette ambiance espagnole si spéciale que j’affectionne. J’ai également pu expérimenter la fameuse attente aux portes de donativo, qui s’est avérée peu récréative.

J’ai, plus tard dans la soirée, pu savourer un quart d’heure de bonheur, qui me permit de confirmer des sentiments d’une importance capitale à mes yeux.

 

Adrien : La marche d’aujourd’hui fut agréable. Pendant une de nos pauses, nous procédons à notre jeu préféré avec K, deviner le jour de la semaine. Facile vous allez me dire ! Mais pas réellement, figurez-vous. Une fois ce mystère élucidé, on essaie habituellement de deviner et vérifier le nombre d’habitants des villes qu'on traverse. A notre grande surprise, Logroño où nous dormons ce soir, compte 150 000 habitants, bien plus que le petit village auquel je pensais arriver.

Ce soir, nous passons la nuit dans notre premier “donativo”, un hébergement pour pèlerins proposé par la paroisse où la contribution financière est libre. On s’installe donc dans notre dortoir de 18 places, mais où la moitié des têtes nous sont déjà familières. Comme chaque jour, je file à la douche tandis que K fait son sport. On lave ensuite nos vêtements du jour à la main et sortons se promener. On a de la chance, aujourd’hui est le premier jour du Festival Culturel de 5 jours dans la ville. La ville est décorée, les enfants déguisés et les premiers concerts sont prévus en soirée. Ça fait du bien car sur le chemin on est un peu coupés de cela, ce soir on va donc en profiter.

 

Samedi 6 juin : Najera

 

K : Nous pûmes hier soir assister à un concert au festival de Logroño, après lequel nous profitâmes d’une bonne nuit de sommeil. Nous passons la journée entière accompagnés et Lianne et Johanna, rencontrées lors de notre première nuit à Saint Jean Pied de Port. Lianne apporta une énergie nouvelle et rafraîchissante à notre marche, ce qui fut fort plaisant.

Nous arrivâmes plus tard qu’à l’accoutumée à Najera, ville de taille moyenne où nous pourrons, à nouveau, assister à un concert et festivités ce soir (les soirs d'été en Espagne vont s’avérer très divertissants !). Nous savourons à présent un moment de paix, assis dans l’herbe verte en compagnie de Nicolas, jeune homme fort sympathique rencontré il y a un mois déjà et avec qui nous campons ce soir loin de la ville, avant de nous rendre au centre plus tard dans la soirée.

 

Adrien : 45ème jour de l’aventure. Nous voilà donc à la moitié. Quand on pense à tout ce qu’on a déjà vécu dur  de s'imaginer qu'il reste encore la même chose devant nous.

Après une courte nuit due à mes voisins ronfleurs, nous reprenons la route pour une étape d'environ 30 km que nous passons cette fois-ci bien entourés. Nous prenons une pause avec Vlad, jeune ukrainien de 22 ans, Lianne, une jeune galloise pleine d’énergie et Johanna, une  allemande de 21 ans fraîchement rencontrée. Nous papotons longuement de sujets profonds et comment la marche nous affecte chacun. On prend une longue pause de midi et arrivons en fin d'après-midi à Najera.

Il faut dire que nous ne sommes pas pressés car nous avons prévu de bivouaquer ce soir.

On retrouve ainsi Nicola, un suisse rencontré le deuxième jour de marche, qui fera le bivouac avec nous. On part faire quelques courses et on se douche dans la rivière pour maintenir un semblant de propre. On installe ensuite notre petit campement et papotons en soirée, clôturant ainsi une belle journée.

 

Dimanche 7 juin : Santo Domingo de la Calzada

 

K : Nous nous réveillâmes plutôt tard ce matin, vers 7h30 pour partir 1h après. La température monte rapidement et nous eûmes vite chauds, le manque d’ombre pesant dans la balance. Nous sillonnons les champs durant toute la marche et les étendues colorées qui s’offraient à nous étaient magnifiques. L’arrivée à l’albergue se fit en début d’après-midi, dans la ville de Santo Domingo de la Calzada. J’ai déjà pu avoir le temps de faire du sport, “visiter” la ville et m’atteler à la rédaction du blog et d’une lettre. Nous dînerons ce soir en compagnie de Lianne et je marcherai seul demain (les chams s’avèrent être un bon environnement pour les marches autonomes).

 

Adrien : L’étape d’aujourd’hui de 21 km s’apparente pour nous davantage à une promenade de santé. Au matin, nous replions la tente après une bonne nuit de sommeil. On traverse aujourd’hui des paysages colorés et paisibles.

Arrivés au gîte, les autres pèlerins se plaignent de douleurs aux pieds, ayant commencé pour la plupart il y a une semaine. Je me retrouve ainsi être celui qui donne les conseils de soins, alors même que j’en souffrais encore il y a peu

Ce soir, nous cuisinons avec d’autres pèlerins et partageons un repas avec de chouettes personnes.

 

Lundi 8 juin : Belorado

 

K : Je marchais seul aujourd’hui, en majorité le long des routes, malheureusement la plus grande partie des journées s'effectuant en bordure d’autoroutes.

Je fus plutôt lent et fatigué dans la matinée, m’étant couché tard la veille pour converser avec Lianne. Je me suis arrêté à midi à Viloria de Rioja, dans un petit donativo fort sympathique, j’ai même pu jouer de la guitare avant de manger. Requinqué après cette longue pause, je me dirigeais d’un pas très rapide vers Belorado où j’attendis Adrien sur la “Plaza Mayor”

Celle-ci est très colorée et vivante, entourée de bars, cafés et restaurants. Nous bivouaquons ce soir dans un parc à la sortie de la ville où nous pûmes dans l’après-midi y profiter d’une rivière frisquette.

 

Adrien : Ce matin, mon corps est lourd. Les premiers pas de la journée sont difficiles. Il fait gris, je marche seul et on longe la route. Je m’arrête donc au premier village prendre un café pour repartir plus frais. J’en profite ensuite pour appeler mes grand-parents, une conversation qui me fait du bien. Je me sais sur les pas de mon grand-père, qui a, lui aussi, fait le chemin, il y a un petit bout de temps. En fin de matinée, je m’arrête pour une petite pause et trouve K qui joue à la guitare dans le salon d’un donativo.

On reprend ensuite la route séparément, longeant toujours la route. Sur ma gauche, un beau champ fleuri et paisible. Sur ma droite, une autoroute bruyante et laide. Lorsque je porte mon regard sur les conducteurs, je réalise la chance que j’ai de parcourir les campagnes à pied, bâtons à la main. Je me sens libre et chanceux de ne pas être celui sur l’autoroute.

Je retrouve ensuite K et nous partons à la rivière avec Nicolas. L’eau fraîche nous ravive et est thérapeutique. Nous luttons contre le froid, contrôlant notre respiration et notre esprit.

Le soir, on s’installe en tente pour fuir les grandes auberges bondées de ces derniers jours.


Mardi 9 juin ; Atapuerca

 

K : Nous eûmes cette nuit le plaisir de prendre une douche au jet des arroseurs automatiques (ayant bivouaqué dans un parc, sur l’herbe verte) et ce matin le début d’une courte pluie ayant duré juste le temps qu’il faut pour nous gêner dans la préparation de nos affaires. Une anecdote fort sympathique au final.

Nous marchâmes la majeure partie de la journée dans le brouillard, notamment dans l’après-midi lors de la traversée d’une forêt sombre et froide. Celle-ci semblait comme vivante et mouvante, les longs arbres mornes dansaient et grinçaient au gré du vent. Une fois sortis de ce monde à part, nous eûmes à marcher 6 km de plus que l’étape initialement prévue, par manque de places dans les albergues. Effectuer cette courte distance ne nous dérange point, et demain sera donc une journée tranquille d’une vingtaine de kilomètres jusqu’à Burgos où nous attend un Airbnb pour notre jour de repos.

 

Adrien : Cette nuit K a bien dormi, si bien qu’il n’a pas entendu les arroseurs automatiques qui ont aspergé notre tente (en plus du gazon) dès 4h30. Je suis, moi, sorti pour essayer de couvrir la sortie d’eau revenant mouillé, ayant échoué ma mission, me remettre dans mon duvet.  Puis au vrai matin, la première pluie du mois tombe, nous narguant jusqu’au bout, pendant qu’on fait nos sacs.

En journée, le ciel reste gris et l’air humide, mais rajoutant cette fois-ci beaucoup au charme du paysage. On traverse, en effet, des forêts vertes tapissées d’un sol rouge et couvertes d’un voile blanc. On se sent absorbés et prenons beaucoup de plaisir à ce moment.

Nous arrivons finalement à Atapuerca, notre étape du jour, mais qui est, aussi, un lieu symbolique, le franchissement des 1000 premiers kilomètres, un million de mètres parcourus ensemble à l’aide de nos petites jambes. Wow !


Jeudi 10 juin : Burgos

 

K : Nous nous réveillâmes en douceur ce matin pour notre petite étape de 20 km vers un autre point clé du camino espagnol :  la ville de Burgos, point de départ de la meseta.

Nous marchâmes d'un bon pas, malgré mes blessures au pied qui m’ont contraint à marcher en claquettes une fois de plus.

Nous arrivâmes en début d'après-midi et visitâmes donc la ville avant de pouvoir accéder à notre appartement.

Je m'attelais dans la soirée, avant le repas, à la rédaction d'une certaine lettre.

Une fois nos pâtes englouties, nous irons sûrement faire un tour en ville.

 

Adrien : Journée de repos tranquille aujourd'hui, celle qui nous amènera à Burgos. On prend notre temps traversant les collines longeant le fleuve.

On sent que l’on entre dans une grande ville. Les rues et l'architecture sont belles. La ville grouille, mais offre aussi de nombreuses ruelles calmes. À la vue de tous les magasins, je me sens submergé, nous n'avons plus l'habitude à autant de choix. Les villages que nous traversons ont habituellement un ou deux cafés et si on a de la chance, une petite supérette.

Nous prenons notre repas du midi assis sur un coin de pelouse. Plusieurs passants nous souhaitent “la bienvenue et un bon chemin”. Un d’eux nous demande comment se passe le chemin. Je lui réponds que tout va bien et fièrement que nous avons parcouru 1000 km jusqu'ici. Il me répond, à juste titre, que ce n'est pas la distance qui compte, mais bien la qualité de la marche, un bon rappel.

Cela fait écho avec ce qu’un pèlerin me disait hier, l'histoire d'une grand-mère qui dit à ses petites-filles qui en ont marre de marcher, que la vitesse de la marche est la seule qui permet réellement de voir et observer le monde qui nous entoure. Marchons donc !


Jeudi 11 juin : Burgos

 

K : Le réveil s’effectua en douceur ce matin dans notre AirBnb charmant au cœur de Burgos. Un repos, ma foi, bien mérité après plus de 1000 km parcourus. Nous nous rendîmes dans la journée à Décathlon, afin de me procurer de nouvelles chaussures de type trail, les miennes n’étant pas optimales.

Je finissais ce matin l’écriture d’une lettre que j’ai pu poster dans l’après-midi, et enfin, je pus aujourd’hui re-goûter à la liberté d’un crâne dépourvu de cheveux.

Nous visitâmes la cathédrale de Burgos qui, je dois bien l’avouer, est impressionnante.

Nous entamons demain la meseta sur laquelle nous bivouaquerons : j’ai juste hâte.

 

Adrien : Les jours de repos, c’est trompeur !

Parce que, certes, on ne marche pas sur le chemin, mais on fait tout ce qu’on n’a pas le temps de faire d’habitude et ça nous occupe bien.

Alors après une bonne nuit de sommeil et un délicieux petit déjeuner, on part à la recherche d’un coiffeur. On apprend que demain se tient l'un des plus importants festivals de Burgos et que donc tous les coiffeurs sont fulls de personnes se faisant beaux pour la fête. On réussit finalement à glisser K entre deux clients pour repartir avec la boule à zéro.

Nous partons ensuite à Decathlon en stop, car en dehors du centre-ville, et revenons avec une nouvelle paire de chaussures pour K

On retrouve ensuite deux pèlerines au parc, passons à la poste et visitons l’impressionnante cathédrale de Burgos, aux mille pièces secrètes.

Puis, en soirée, nous cuisinons des fajitas ensemble à la maison et avons déjà hâte de reprendre la route demain, direction la meseta.


Vendredi 12 juin : Hontanas (jour 51)

 

K : Le grand jour. 12 juin, jour où nous commençâmes de marcher sur la Meseta. Nous quittâmes Burgos plus tard qu’à l’accoutumée ce matin, traversant la ville durant près d’une heure. Seulement quelques heures après cela, nous nous retrouvâmes au beau milieu de… rien, à vrai dire. Pas une colline à l’horizon, seulement le sentier tracé du Camino et l’immensité des champs aux alentours, vert, jaune, orange, blanc, brun…. La chaleur reste pour l’instant supportable sur les plateaux, mais les températures devraient peu à peu augmenter. Je trouve personnellement un charme immense à la Meseta qui se prête à un défi aussi bien physique que mental et qui sera une étape clé de notre périple

 

Adrien : Aujourd’hui, nous entrons dans la Meseta, ce grand plateau qui nous permettra de relier Burgos à Léón, durant 7 jours.

C’est une partie du chemin qui ne laisse pas les personnes indifférentes. Pour certainslongue, dure et monotone, elle est pour beaucoup aussi la plus belle partie du chemin. Il faut dire qu'on se sent coupés du monde dedans. On traverse une terre aride, des champs à perte de vue et souvent aucune habitation sur des kilomètres. Une des seules traces visibles de l’humain sont les grandes éoliennes qui tournent dans le paysage

En marchant ici on se sent paisible. Alors on progresse doucement et avons hâte de continuer.

 

Samedi 13 juin : Itero del Castillo (jour 52)

 

K : 2ème jour sur la Meseta. Le soleil nous brûle la peau toute l'après-midi, tapant sur nos nuques et nos bras. Nous prîmes dans la matinée une longue pause dans les ruines de San Antón où nous pûmes y trouver une sacrée surprise. Nous arrivâmes tard dans l’après-midi dans la chapelle de Saint Nicolas où nous pûmes poser nos tentes dans le jardin. L’ambiance y est particulière, mais fort plaisante.

 

Adrien : Personne ne m’avait dit ! Que la Meseta était si belle, si paisible. On a traversé, sous la chaleur, de beaux plateaux, à couper le souffle. Je ne me sentais même plus en Europe. J’y voyais les plateaux éthiopiens, ne manquaient plus que les animaux sauvages.

En chemin, on s’arrête aux ruines d’un ancien monastère. Deux pèlerines, Blondine et Sophie, rencontrées plus tôt sur le voyage, y ont caché une surprise pour nous. Après un peu de recherches, nous levons les yeux et trouvons une tablette en bois avec un dessin dessus. C’est K et moi qui traversons le pays sur les chemins, un beau souvenir.

On arrive ensuite en fin d’après-midi dans une auberge tenue par des moines italiens, plus aucun lit de dispo, mais heureusement on peut poser notre tente dans le jardin.

Avant le repas, on s’installe en cercle pour perpétuer une ancienne tradition, se fait laver les pieds. On passe ensuite à table dans ce qui ressemble à une chapelle : pâtes italiennes au menu. Délicieux.

On est en petit comité, l’ambiance est bonne et plusieurs font de la musique et jouent à la guitare. On se sent encore une fois coupés du monde.

 

Dimanche 14 juin : Villacázar (jour 53)

 

K : Hiraeth : vocable gallois signifiant globalement “looking for belonging”.

La nostalgie d’une maison qu’on ne reverra peut-être plus jamais, une maison qui n’en est peut-être pas une, finalement.

L’hiraeth peut se trouver chez une personne, un lieu, un moment.

L’hiraeth, la recherche d’une zone perdue de son passé, de son esprit.

L’hiraeth, la magie d’un sentiment, d’une sensation, tournant peu à peu au souvenir, à l'inoubliable.

Merci à toi, pèlerine spéciale, d’arborer fièrement ce mot sur la surface même de ta peau.

Puisse chacun faire de sa vie la quête de son hiraeth.

 

Adrien : Réveil à 6h du matin, j’ai les yeux qui collent. Le petit déjeuner se prend en collectif, à la bougie, dans cette chapelle aménagée en auberge. Nous sortons ensuite, se plaçons en cercle main dans la main pour recevoir notre bénédiction qui nous assurera un chemin en sécurité jusqu'à Compostelle. Le soleil se lève, le ciel semble en feu, la lumière rayonne.

Il est déjà 8h30 quand on se met en route et près de 30 km sous la chaleur nous attendent. Alors on marche d’un pas décidé. Pour midi, on se fait plaisir avec des burgers, qui avaient un peu un goût de carton, mais font le travail, c'est-à-dire nous remplissent le ventre. On retrouve ensuite quelques chouettes pèlerins de la veille et faisons nos adieux à Lianne, car nous partirons plus vite qu'elle, moment triste mais l’occasion de se remercier et se souhaiter un bon chemin.

La deuxième partie de la journée est plus dure, 13 km de ligne droite ininterrompue au soleil. On longe la route et n’attendons que l'arrivée. On est finalement super bien accueillis dans une auberge tenue par l’Ordre de Malte où nous reprendrons des forces.

PS. Un tout grand merci à tous ceux qui prennent le temps de nous lire et nous suivre, on espère que vous voyagez avec nos histoires.


Lundi 15 juin : Terradillos (jour 54)

 

K : Quelle sensation étrange que peut provoquer chez moi les paysages désertiques de la meseta. Cette sensation de “rien”, de vide tout autour, provoquant un ennui et une monotonie desquels on ne peut se détacher, mais également cette division de l’esprit, tiraillé entre trop penser ou tout simplement ne pas le faire.

Ce sentiment de solitude, alors que je marche le long de ce chemin infini sillonnant les champs arides, brûlés par la chaleur écrasante du soleil du midi.

Cet air pesant, rendant chaque pas trois fois plus lourd qu’il ne l’est déjà. La sueur dégoulinant de mon front, descendant de long de mon visage pour ensuite s’échapper par les poils de ma barbe. Les UV brûlant une à une les parcelles de ma peau.

C’est dans cette immensité qu’on se perd, pour sûrement mieux se retrouver après.

 

Adrien : La nuit fut courte. Nous dormions dans une vieille auberge où chaque léger mouvement faisait grincer le lit. Un sommeil peu reposant donc.

Je me mets en route un peu après K qui part pour une marche en autonomie. Une étape de plus de 32 km nous attend, dont 17 km sur une ligne droite, en plein soleil, au milieu de rien. Les paysages sont beaux et la marche fait son effet. Elle vient nous chercher dans le physique et le mental. Je sens mon corps qui fait mal et mon esprit qui voyage. Mais j’avance et tout finit par se mettre en place.

Je papote sur le chemin et je prends du temps pour réfléchir et digérer ce que nous vivons et les émotions qui me traversent.

On se rejoint ensuite pour une soirée et nuit reposante.

 

Mardi 16 juin : Calzadilla (jour 55)

 

K : Nous nous enfonçons chaque jour davantage dans la Meseta, chaude et sauvage. Les villages furent rares aujourd’hui. Les bouteilles se vidèrent peu à peu. Nous marchâmes la majorité de la journée en compagnie de Nicolas que nous retrouvâmes après deux jours d’itinéraires différents.

Nous eûmes le plaisir de nous baigner dans une chouette rivière et également j’ai croisé la route d’un berger inhabituel et au nom de … Santiago

 

Adrien : Aujourd’hui, nous sommes arrivés à Santiago ! Il était là, sous un arbre, à papoter avec un autre pèlerin. Santiago est, en fait, un artiste, improvisé berger, vu au milieu d’un plateau aride, attendant que la température baisse pour avancer avec les chèvres. C’est un personnage, assis à l’ombre, la clope au bec. Il est sympa et Paolo dessine son portrait. On reste un peu à papoter et reprenons ensuite la route sous le soleil.

La journée de marche était tranquille, à midi, on se baigne dans le fleuve, sous un beau pont médiéval, pour se rafraîchir.

Ce soir, nous dormirons dans une auberge donativo et préparons un bon repas à partager.


Mercredi 17 juin : Mansilla de Las Mulas

 

K : La solitude. Quel concept particulier, autant désiré que redouté par tous. Cet art, cette manière de ne point être entouré et de pourtant se sentir en paix.

Mais ce désir de l’humain tourne parfois au fantasme, fantasme d’un rêve irréalisable, ce souhait que peu de gens ont la volonté d’exaucer.

Ce mode de vie pouvant ramener facilement et rapidement à une existence primitive, de par son retour à l’essentiel et l'absence de l’incidence d’une société où apparence et image renvoyées règnent en maître.

Comme l’a dit Sylvain Tesson, la solitude est un bien facile d’acquérir, mais difficile à conserver et protéger

 

Adrien : Ce matin, réveil 5h45 et pourtant, encore et toujours, les autres pèlerins sont déjà partis. On ne comprend toujours pas, surtout qu’ils font ensuite la sieste toute l’après-midi dans l’auberge, mais soit.

On prend la route avec ce que Santiago appelle “la délégation ONU”, un suisse, un italien, un français et un belge. Une petite bande que nous formons pour se lancer au petit matin dans la Meseta. Une étape de 26 km sans aucune trace de civilisation nous attend encore. On marche tantôt en silence, tantôt en papotant.

Les paysages sont beaux et le chemin calme.  On s’installe ensuite à l’auberge municipale et partons prendre, de nouveau, un bain glacial dans le fleuve qui nous fait un bien fou.

 

Jeudi 18 juin

 

K : Nous arrivâmes aujourd’hui à Léón, finissant malheureusement la Meseta. Après une décision de dernière minute, nous y effectuerons un jour de repos.

Ce soir, la grande ville est sous la pluie. Les fines cordes commencèrent à tomber en fin de soirée. C’est drôle, cette impression que peut provoquer la pluie. Quand tout est gris, tout semble monotone ; l'esprit ainsi bouillonne et les songes pèsent le double de leur poids.

 

Adrien : Aujourd’hui une petite étape nous attend pour rejoindre la ville de León, cela rime avec la fin de la Meseta, mais aussi notre dernière étape sur le Camino Frances.

Après un jour de repos, nous quittons le chemin principal pour remonter sur le chemin San Salvador. Un parcours de cinq jours, à travers les montagnes durant lesquels nous serons bien plus isolés. Nous redescendrons ensuite le chemin Primitivo de Oviedo à Saint Jacques de Compostelle pour arriver à notre objectif.

Nous rêvons ainsi tous les deux de cette traversée des montagnes et du calme qu’on y trouvera. On profite en attendant de la ville pour refaire nos stocks et que je passe chez le coiffeur pour une petite remise à frais, avec style espagnol.

 

 

 



L'Etat finance cette marche à hauteur de 80 %

Le reste est financé par vos dons



(Ces dons ne constituent pas de l'argent de poche supplémentaire pour le binôme mais nous permettent de financer leur marche)



 

  ____________________________________

 

« Pour des raisons de confidentialité, les commentaires mentionnant des informations personnelles concernant les jeunes (prénom, photos, etc…) seront supprimés. Merci d’anonymiser vos commentaires ! »

Posts similaires

Voir tout
Marche de Helxxx

Marche de Helxxx accompagnée par Anaïs Mardi 2 juin H : Ce matin, je me suis levée à 7h55. J’ai préparé mes affaires. Je me suis habillée A 8h, je suis restée avec les gens du foyer, ensuite la m

 
 
 
Marche de Sihxxx

Marche de Sihxxx accompagnée par Clara Jeudi 28 mai : 3ème jour - Polignac S : Cela fait 3 jours qu’on m’a accueillie. J’ai pu rencontrer mon accompagnante avec qui je m’entends très bien. On a

 
 
 
Marche de Julxxx

Marche de Julxxx accompagnée par Clémence Jeudi 28 mai J : Je m’appelle J. J’ai 16 ans. Je viens du 92. J’aime les enfants, les animaux et l'esthétique. Je pars marcher pour Compostelle. Je n’ai j

 
 
 

40 commentaires


Mimo nous
il y a 11 heures

Une pensée particulierepour un jour particulier ...17ans pas trop lourd pour marcher🤪🤪même si l'on sait que rien ne peux te freiner!!!

J'aime

Romuald Manotte
il y a 19 heures

Bon anniversaire K !

Bravo pour ta progression sur le chemin !

A bientôt

J'aime

JJ
il y a 21 heures

Bon anniversaire mon grand !

Je te souhaite que le meilleur et j’espère qu’au moins un p’tit bout de gâteau va croiser ta route ;)

Profite à fond et n’oublie pas la crème solaire héhé ça tape sévère là ;)

De muchos besossss

J'aime

Lionne
il y a un jour

17 ans : très bel anniversaire mon Grand!

Certainement le + marquant. Quelle fierté.

Que le 1er jour de ta 18ème année soit riche en émotions, en âmes, et parsemé de joies.

J'espère que tu auras l'occasion de déguster quelque chose de spécial et gourmand en attendant le tiramisu!

Joyeux anniversaire Ch.....nou 😜 ❣️


J'aime

Feuille de palmier
il y a 2 jours

Émue à la lecture de vos dernières aventures.

Ah ça oui, merci de partager avec nous vos impressions; de nous permettre de vous suivre un peu sur votre Chemin.

Vos émotions sont palpables.

La meseta semble éprouvante, belle et aride.

Force à vous sous cette chaleur


Ps: les courriers nous sont retournés et/ou égarés et ne semblent pas arriver jusqu'aux mains de K. Vraiment désolée

On pense à vous chaque jour 🫤

J'aime
bottom of page