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Marche de Etixxx

Marche de Etixxx accompagné par Clément


Vendredi 29 avril : voyage pour rejoindre Le Puy en Velay

E : Bonjour, je suis un jeune de 15 ans et j’habite à Paris. J’ai décidé d’aller marcher avec Seuil pour m’aider à construire mon avenir. J’espère réussir cet exploit sportif et retrouver ma famille dans de bonnes conditions.


Clément: je m’appelle Clément et j’accompagne E. pour une longue marche de 1500 km. Nous roulons à toute vitesse pour Le Puy en Velay qui sera notre point de départ. Les 3 jours passés ensemble en Bretagne pour faire connaissance et marcher un peu chaque jour ont été paisibles. E. est curieux de commencer cette aventure hors du commun. Demain c’est le grand départ.


Samedi 30 avril : Puy-en-Velay ---> Montbonnet

E : Aujourd’hui, on a marché du Puy-en-Velay à Montbonnet pour cette première étape. Tout se passe bien, on a dormi dans un beau gîte où il y avait un chien pour s'amuser.

La dame du gîte est très gentille ; elle nous a offert à boire dès notre arrivée.


Clément : Nous quittons la ville et son bitume pour se fondre dans les reliefs vallonnés, la pierre volcanique, sombre comme les maisons dont elles sont faites. Étienne est motivé, concentré pour parcourir ses premiers 15 km. Les pèlerins sont peu nombreux aujourd’hui ou alors ils sont partis tôt. Nous sommes arrivés tôt au gîte, É. ayant englouti les kilomètres à grands pas. Anne, l’hôte, nous accueille avec une odeur de confiture fraîchement cuite.


Dimanche 1er mai : Monistrol

E : Aujourd’hui on a marché sur des chemins très pentus avant d'arriver à Monistrol.

Ce village m’a rappelé des souvenirs, car j'étais venu en vacances avec mon père il y a deux ans. Je me suis baigné dans la rivière. Elle était froide, mais ça m'a fait du bien.


Clément : Après un réglage des sacs “aux petits oignons” effectué par Anne, nous partons pour une seconde journée de 15 km sous le soleil de mai. L’étape est vallonnée, mais n’a pas présenté de difficultés pour E. Une longue descente en sous-bois, avec racines et pierres, comme à la montagne, semble avoir amusé E, la marche peut être ludique !

Arrivé à Monistrol, E reconnaît le lieu. Il est venu y passer des vacances avec son papa il y a deux ans. Il n’y a pas de hasard. En route pour la même baignade qu’en 2019 avec quelques degrés en moins, l’Allier est vivifiant. Un petit coin de plage en sable pour sécher, un bon repas et une bonne nuit avant une étape qui grimpe


Lundi 2 mai : Saugues

E : Aujourd’hui, on a fait une petite étape, mais avec beaucoup de montées. C’était fatiguant, mais ça va encore.

Demain, une étape un peu plus longue nous attend, mais je suis prêt. Pour l’instant, tout se passe bien.


Clément : Descendus dans les gorges de l’Allier, il nous faut reprendre de l’altitude. Premier contact avec le dénivelé (400 m tout de même) pour E pour qui, à part quelques douleurs aux épaules et un début de coup de soleil, tout s’est bien passé. Les paysages changent ; de la pinède au plateau fleuri, vaches, moutons. Le temps semble s’être arrêté dans certains villages. Ancien restaurateur et famille d’accueil d’ASE, Sébastien est tout indiqué pour nous recevoir dans son gîte à la table chaleureuse et internationale.


Mardi 3 mai : La Roche

E : Aujourd’hui, on a fait notre première grosse étape. C’était plus facile que je ne le pensais, je n'ai pas mal aux pieds et aux jambes. Nous avons bien rigolé avec les personnes du gîte.


Clément : Le ciel chargé ne diminue pas la motivation d’E à attaquer cette étape la plus longue depuis notre départ. Nous marchons un moment avec un docteur allemand spécialiste du cancer, en anglais. E répond à quelques questions en bon anglais. Les kilomètres défilent dans des paysages qui semblent sortis d’un film de capes et d’épées : nature et villages austères, notamment la ferme fortifiée “Le Sauvage”, transformée aujourd’hui en auberge et point de vente fermier, un endroit chargé de siècles d’histoire. On y prend une boisson en laissant passer l’averse. Quelques personnages hauts en couleurs commencent à se dessiner : Antoine, 80 ans “c’est bien E, t’es courageux. Et n’oublie pas la volonté de l’Homme est plus forte que l’acier”. Puis Yvette, pince sans rire à la retraite “c’est bien E ce que tu fais”. Puis cette dame belge très solaire “tu es un beau garçon E”. Pour sûr, les encouragements sont là !


Mercredi 4 mai : Limagnole

E : Aujourd’hui, petite étape de 8 km ce qui m’a permis de me reposer au gîte. On a mangé un kebab qui n'était pas vraiment aussi bon qu’à Paris, mais m’a quand même fait du bien.

Le gîte est un petit appartement des années 1970. On a mangé une pizza qui était assez bonne pour le dîner.


Clément : Micro étape de 10 km dans un décor plus doux que la veille. Les bâtisses sont plus claires, les vaches de race Aubrac bordent le chemin. Les arbres encore peu feuillus laissent penser que ce morceau de Lozère a un hiver long et froid. Qui dit étape courte, dis après-midi qui s’étire en longueur dans cette bourgade tristounette et note gîte, façon ferme de papi, ambiance familiale et lambris 70’s. Alors on s’ennuie un peu, on mange, on joue, on lit, on parle fringues : ensemble Nike, Nike air max plus 2, casquette Redfills. Apparemment, ça coûte cher d’être stylé à 15 ans !

Jeudi 5 mai : Aumont-Aubrac

E : Aujourd'hui, on a marché jusqu’à Aumont Aubrac pour arriver dans un gîte assez sympa. Pour faire passer le temps, j’ai regardé des tours de magie avec des cartes pour les refaire aux gens. Aujourd’hui, il faisait frais et ça m’a fait du bien pendant la marche. Les paysages changent de là où j’habite.


Clément : La Lozère, ses 205, ses super 5, ses BX. Le temps semble avoir oublié de s’écouler dans ce coin de France, figé dans son granite. É., constant, marche toujours de bon pas à travers bois, pinède, prairie. Les paysages ne le touche guère : « c’est que des arbres » dit-il. Chez Romain, notre hôte du soir, c’est ambiance auberge de jeunesse, sauf que tout le monde se couche à 21h30. Ouf, il reste Aurore pour qu’É. s’exerce au tours de magies de cartes appris tout récemment. Il ne manque que la cape, le chapeau et le lapin.


Vendredi 6 mai : Nasbinals

E : Aujourd'hui, on a fait 28 km. Je n’ai pas eu spécialement mal aux pieds mais j’ai trouvé le temps très long. J’arrive de mieux en mieux à dormir la nuit, je rêve toutes les nuits alors qu’en temps normal je ne me souviens jamais de mes rêves.


Clément : La plus grosse étape depuis notre départ. La plus sauvage également. Après deux heures à travers les arbres, nous atteignons 1100 m d’altitude et un plateau lézardé de murets en pierre sèche s'offre à nous. Le ciel est gris, menaçant, le vent fait onduler les hautes herbes et les jonquilles sauvages à perte de vue. Ambiance mystique. Un instant je pense à l'Irlande et sa « terre brûlée au vent aux Landes de pierre » et Sardou ne me quittera plus de l’après-midi. Étienne commence à prendre conscience que trois mois à ce rythme, ce sera long. Les temps morts au gîte l’ennui parfois et pour l’instant la conversation avec les autres pèlerins ne l’intéresse pas. Dommage c’est un bon passe-temps.


Samedi 7 mai : Saint Chély d’Aubrac

E : Aujourd'hui, on a fait 16 km mais j’ai trouvé le temps long. Sur la route, j’ai vu un énorme serpent à 30 cm de moi qui avançait vers moi. J’ai couru pour m’éloigner. On a fait à manger, plus précisément une omelette. J’ai coupé les pommes de terre et les échalotes.


Clément : L’Aubrac sous le soleil. Nous laissons petit à petit le plateau venté et pelé pour des prairies plus vertes, les hêtres puis les chênes réapparaissent en perdant de l’altitude. Une halte improbable dans un café resto à Aubrac, façon cabinet de curiosité, pour un diabolo fraise, nous redonne un petit coup de fouet. L'humain, en dehors des marcheurs, se fait rare ici. Les hameaux aux toits de lauze ont gardé leur apparence rugueuse qui donne une belle ambiance au paysage. É., toujours discret, se fait toujours encouragé par les gens que nous perdons un jour et qui réapparaissent le lendemain au gré des gîtes choisis.


Dimanche 8 mai : Espalion

E : Aujourd’hui on a beaucoup marché, j’ai eu ma première ampoule mais j’ai bien rigolé avec un monsieur qui fait aussi la marche. J’ai mangé mon deuxième kebab mais toujours pas aussi bon qu’à Paris. Cette nuit j’avais très mal dormi à cause des ronflements d’une personne. Comme par hasard, il est dans la même chambre que nous pour ce soir.


Clément : c’est toujours moche un jour férié qui tombe un dimanche. Sauf sur le chemin de Compostelle. Nous avons déjà perdu la notion des jours, du temps, des week-ends. Comme nous faisons les courses au jour le jour pour ne pas alourdir le sac, les dimanches peuvent poser problème, les commerces étant souvent fermés dans les petits villages. Ce soir, c’est encore le kebab qui nous a sauvé. Donc un jour férié qui tombe dimanche, c’est un jour de commerce fermé en moins ! Aujourd’hui nous entrons dans le Lot (46). Hier c’était l’Aveyron (12) et avant-hier la Lozère (48). On est comme ça nous, même à pied, on visite un département par jour. Et que c’est beau ! Après les hauteurs austères, place à la douceur du Sud. Espalion et sa pierre rose nous accueillent pour notre étape, avant les 32 km de demain.


Lundi 9 mai : Le Soulié

E : Aujourd'hui, on a fait la plus grosse étape de la marche. Les derniers kilomètres étaient durs, j’avais mal aux pieds et deux autres ampoules sont apparus. Le gîte était agréable et on a bien mangé avant de se coucher. Il y avait beaucoup d’insectes et je n’aime pas ça.


Clément : La température monte d’un cran. Tout le monde parle de la semaine de canicule qui nous attend. Il faudra partir plus tôt pour un peu de fraîcheur. Aujourd’hui, nous avons testé un peu plus la résistance des corps et du moral avec 32 km, 600 mètres de dénivelé et 25 °C. Mis à part une ampoule et la voûte plantaire fatiguée, É. a encore vaillamment avalé les kilomètres sans broncher. Toujours magnifique, les paysages nous ont emmené du Lot aux vertes collines surplombant Estaing. Premier accueil chrétiens depuis notre départ : É. a pu découvrir la gentillesse et la générosité des bénévoles du lieu. Yves, 80 ans, parcourt pour la troisième fois le chemin, il marche 40 km par jour. Il a fait promettre à É. d’envoyer une petite carte lorsqu’il arrivera au terme de ce périple. Car il a un regret Yves : il y a sept ans, il a connu dans le Nord Pas-de-Calais un jeune et son accompagnant, il avait beaucoup parlé avec lui. Il a essayé de le retrouver sans succès. « Tu peux faire beaucoup de bien avec très peu ». Écrire un petit mot en fait partie.


Mardi 10 mai : Conques

E : Après notre grosse étape d’hier, on a marché jusqu’à un petit village où j’ai mangé un burger. J’ai mal aux pieds et je boîte un peu mais sinon ça va. J’ai éclaté ma première ampoule avec une tige. On a dormi dans un gîte chrétien, du coup avant de manger on a dû bénir le repas c’était original mais bizarre.


Clément : Partis de bon matin à travers les collines, nous arrivons à 11h40 à Conques où la messe spécial pèlerin a commencé il y a 10 minutes. Aux dires des autres de la veille, le prêtre est fun et dynamique. Je passe la tête par la porte et le petit comité très silencieux et solennel que j’entrevois m’intimide. Nous renonçons et optons pour des frites et de la mayo. É. est détendu, souriant. Un peu fatigué par la longue étape de la veille, les pieds sont éclairés d’une nouvelle ampoule. Percer, ne pas percer, that is the question. Le petit village est magnifique, nul doute qu’il est apparu dans une émission de Stéphane Bern. Loger et manger dans une abbaye, c’est classe et émouvant. Dans notre dortoir de 16 lits, nous retrouvons tous nos compagnons des jours passés. Nous avons aussi 9,6 chances sur 10 d’avoir des ronfleurs cette nuit.


Mercredi 11 mai : Decazeville

E : Petite étape mais difficile à cause des ampoules. Pendant le pique-nique, des vaches se sont échappées d’un enclos et ont couru sur la route. Il y avait une grosse montée de une heure au début de la marche, mais j’aime bien monter. Nous sommes arrivés dans un petit gîte où j’ai bien mangé et joué au foot.


Clément : Bingo, des ronfleurs hors catégorie ont décimé 14 repos de pèlerin bien fatigué. Alors ce matin, c’était tendu comme ambiance. Il manque encore quelques kilomètres avant la sagesse de Bouddha. Un croissant et ça repart. Collines, prairies, vaches brunes, vaches blanches, vaches qui se sont sauvées, ânes, chevaux. La ville de Decazeville n’a pas bonne presse, c’est une ancienne ville minière. Mais l’accueil réservé par Hervé au gîte à É et moi est chaleureux et sincèrement heureux ; l’endroit est un petit paradis écolo-vert. Hervé a pris les jeunes sous son aile quand il était boulanger et son contrat avec les jeunes est généreux. Il propose à É. de revenir 10 jours pour aider à accueillir les marcheurs; bonne idée pour le mois d’août.


Jeudi 12 mai : Repos

E : Aujourd’hui, premier jour de repos. Nous nous sommes réveillés à 9h pour le petit déjeuner. Le gérant du gîte nous a prêté des vélos pour aller visiter Decazeville. Je suis allé à la poste prendre les colis que j’avais reçu. Après manger, je suis allé prendre des parpaings avec le gérant du gîte pour construire sa piscine. En échange, il m’a passé de l’argent et je suis allé acheter un gâteau d’anniversaire pour Clément. On a donc fêté son anniversaire avec les autres pèlerins au dîner.


Clément : Un air de vacances, réveil à 9h, É. me souhaite mon anniversaire. Hervé nous prête des vélos pour faire le tour de la mine de charbon à ciel ouvert, aujourd’hui désaffectée. À la poste, deux colis sucrés et chocolatés attendent É., ainsi que des lettres et des timbres. L’invitation est claire ! Le midi, comme en famille, la sœur d'Hervé en vacances, sort son bilik-crèpe et prépare des galettes pour tout le monde. Déjà la nouvelle fournée de pèlerin arrive et envie notre sarrasin bien beurré. Hervé embauche É. pour un peu de bricolage et jardinage, je comprendrai le soir que ce travail sera récompensé par un gâteau pour mon anniversaire qu’E. m’offre ! Belle surprise, partagée avec tous les marcheurs, dont Martin, que nous avions quitté quelques jours plutôt. Une belle soirée en émotions et cerise sur le gâteau : partie de foot pour É. avec les petits voisins.


Vendredi 13 mai : Saint Félix

E : Petite étape avant Conques. Nous sommes à Saint Félix. Sur la route, j’ai vu au moins trois serpents. On est dans un petit gîte sans autres pèlerins. Les deux personnes qui tiennent le gîte me font penser à mon papy et ma mamie. Ils ont une centaine de poules, des moutons du Cameroun et des canards indiens. Ils sont très gentils et ont deux chiens.


Clément : Jambes et pieds reposés, c’est reparti pour 20 km avec Martin et sous le soleil qui se fait chaque jour un peu plus loin. 20 km, maintenant c’est synonyme de journée tranquille où pause et grignotage sont permis régulièrement. Collines vertes, petit village fleuri, grillon : la douceur du Sud gagne petit à petit notre quotidien. Les ampoules, les siennes ne sont déjà plus qu’un souvenir. Notre pause d’hier nous a fait perdre notre flot de co-marcheurs , mais nous avons retrouvé quelques-uns laissés derrière. Cette Petite « famille » à géométrie variable agréable, encourageante, stimulante. Pour l'étape, c'est chez Thierry que ça se passe. Très proche des animaux, il nous présente toute sa clique : de moutons du Cameroun, des canards « rapides indien » et ses 100 volailles. Le repas sera donc une bonne omelette !

Samedi 14 mai : Figeac

E : Aujourd’hui on s’est arrêté à Figeac. Une petite ville où on a mangé vers 21h30. Il y a eu un concert où il y avait beaucoup de monde. Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu autant de personnes et de jeunes.


Clément : Destinations Figeac, 10 petits kilomètres seulement, ce qui va nous laisser le temps de visiter cette jolie ville médiévale. C’est jour de marché, il fait chaud, nous prenons un café et un sirop en terrasse. É. est silencieux, observe la foule : sûrement qu’un peu de mouvement et de jeunesse lui fait du bien. À l'inverse, nous croisons quelques marcheurs qui évitent méticuleusement les villes et zappent cette étape pour vite retrouver la campagne et ses vaches. C’est jour de coiffeur pour Étienne : ça ne vaut pas celui de Paris mais « c’est pas mal ». Le soir, c'est concert de cuivre au musée Champollion, qui est gratuit à l’occasion de la nuit des musées. Pas la tasse de thé d’E, il lui faut du rap français !


Dimanche 15 mai :

E : Première fois qu’on part aussi tôt à cause de la chaleur l’après-midi. J’ai quelques ampoules qui me font mal mais à part ça ça va. On est dans un gîte où il y a des animaux et je m’y plais bien. J’ai aussi vu un gros serpent pendant qu’on marchait. Le propriétaire du gîte a un paon qui se balade en liberté.


Clément : On part un peu plus tôt ce matin, parce que ce sont 29 °C annoncés. Nous nous éloignons de l’agitation de la ville à travers des collines peuplées de vaches et chênes. Le printemps semble défiler en mode accéléré à mesure que nous avançons vers le sud-ouest. De l’Aubrac aux arbres à peine débourrés au chemin d’aujourd’hui bordé de figuier avancés, de cerisiers rougissant et des premières fraises mûres. Puis nous arrivons à un dolmen, 4000 ou 5000 ans qui marque l’entrée dans le parc régional du Causse de Quercy : changement de décor radical arbre rabougri, chemin rouge, chêne chétif : ambiance Manon des sources. La ferme où nous logeons semble perdue au creux du monde où les hôtes ont décoré les bords des chemins d’elfes de bois, de miroirs magiques et de figurines enchantées.


Lundi 16 mai : Limogne, La Source d’Ussac

E : Aujourd’hui, nous sommes partis des sources d’Ussac jusqu’à Limogne. Depuis le début du chemin, toutes les personnes âgées me disent “tu as de la chance” et après me disent “que ça les aurait saoûler de marcher à mon âge”.

Je trouve que plus on avance, plus on rencontre des marcheuses plus jeunes.. Le soir, la plupart des gens ont environ 30 ans, tandis qu’au début, il y avait des gens de 85 ans.


Clément : Un mystère : nous traversons une région parmi les moins densément peuplées de France et pourtant nous marchons beaucoup sur le bitume des rotes ; et la plante des pieds, les genoux n’aiment pas beaucoup. En revanche, ces terres sauvages et arides abritent des forêts de petits chênes truffiers que des murets en pierres sèches du plus bel effet protègent (des rôdeurs ? des sangliers ?).

Très pittoresques, les chemins traversent de jolis villages fleuris ; ici et là, des “cabanes” de pierres sèches, toutes rondes, liées à l’activité viticole passée. Ici poussaient également du tabac à une époque, ainsi que des crocus donnant le safran que quelques agriculteurs tentent de cultiver de nouveau.

Pour E, les ampoules ont une fâcheuse tendance à se multiplier. L’équipe du soir sont des “presque” jeunes de 30 ans, joyeux et “chômeurs” selon lui, souvent en recherche de leur nouvelle voie professionnelle. La phrase la plus entendue depuis le départ pour E "tu as une chance inouïe de vivre ça. Essaie d’en avoir conscience et vis à fond”.


Mardi 17 mai : Lalbengue

E : Pire étape depuis le début de la marche, 5 ampoules dont une infectée, sous 30 °.

On a cru qu’il y avait 19 km, alors qu’il y en avait, en fait, 26 km. Il faisait chaud et le chemin ne se terminait jamais, mais ça ne nous a pas découragés.

Heureusement qu’il y avait des chiens au gîte pour refaire ma journée. Un jeune pèlerin qui dort avec nous m’a appris à faire quelques accords de ukulélé


Clément : Sur le plan de marche était indiqué 20 km pour cette étape sous canicule, alors nous sommes partis fleur au fusil, profitant d’un vieux baby-foot pour initier E aux raccrocs, roulettes et bandes. Sauf que pour Lalbenque, c’est 26 km et que 6 km sous le soleil ça fait une grosse différence.

Arrivé au gîte, E s’est écroulé pour une sieste sur le lit. Le repas du soir cuisiné par les hôtes est un … cassoulet !! sous 30° Heureusement pour maîtriser le budget, nous avions décidé de faire un taboulé et de ne pas prendre le repas du soir. Nous nous joignons tout de même à la joyeuse table pour partager une belle soirée.



Mercredi 18 mai :

E : Aujourd'hui, étape un peu compliquée à cause des ampoules. A partir de 9 km, nous nous sommes aperçus que nous avions oublié le téléphone au gîte. Heureusement, la dame du gîte nous l’a ramené. On a vu un chevreuil passer juste devant nous pendant la marche. Arrivé à Cahors, j’ai mangé un hamburger, ça m’a fait du bien. Il fait très chaud.


Clément : Les corps sont soumis à l’épreuve par cette vague de chaleur qui dure. Nous partons à 8h, mais ce n’est pas assez tôt pour éviter les morsures du soleil. Nous marchons avec un groupe de six jeunes enjoués avec qui nous déjeunons à Cahors. Les petites rues étroites entre les gros murs de pierre gardent la fraîcheur. Des touches mauresques donnent une impression andalouse. Les spécialités de canard, cassoulet, foie gras, donnent peu envie par cette chaleur. Le soir, E prépare les feuilles de brick au thon, avec une salade verte et la nuit nous rend un peu de fraîcheur pour s’endormir.


Jeudi 19 mai : Cahors – Pause

E : Aujourd’hui, repos. On a mangé au restaurant avec une dame qui repartait chez elle. On l’a connue sur le chemin. Avant de manger, nous sommes allés au cinéma ce qui m’a fait changer les idées. On a aussi visité une bibliothèque très ancienne.


Clément : Départ 8h, presque la grasse mat’. Lessive, poste restante (lettres et friandises attendaient E). Une petite galette bretonne partagée avec Mélanie qui s'en retourne chez elle. Puis la sieste à l’espagnol pendant les heures chaudes. Puis, la librairie section ados. On se fait conseiller un livre d’aventure dont vous êtes le héros qui s’appelle “Ready”. Enfin, le ciné en fin d’après-midi, avec les pops-corns s’il vous plaît. Il reste à manger nos croque-monsieur au gîte et à passer une bonne nuit. Dure-dure la vie à Seuil !


Vendredi 20 mai : Lascabanes

E : Dès le matin, en partant de Cahors, grosse montée pour nous réveiller à 7h30. Je n’ai pas trop ressenti les 24 km aujourd’hui. Je commence à m’habituer à la marche.

Nous sommes arrivés dans un gîte avec une piscine où nous nous sommes baignés ; il y avait un tout petit scooter électrique que j'ai pu conduire dans le village.


Clément : Le départ à 7h30 nous fait traverser Cahors à l'heure où elle s’anime. Nous longeons le lycée où tous les élèves attendent l’ouverture des grilles, eux avec leurs sacs à dos pleins de livres, E avec son sac à dos d’aventurier. Situation cocasse.

Les kilomètres défilent, les jambes et pieds sont en forme après ce repos. On s’extrait de Cahors en empruntant le Pont Valentré qui enjambe le Lot, magnifique. E est en forme il me parle de son brevet obtenu avec “mention bien”, des jeux vidéos, du retour de marche. Nous rencontrons Jean-Luc qui a des jumeaux de 16 ans qui ne veulent pas marcher ; alors pour le clin d’oeil, il prend un selfie avec E. pour envoyer à ses enfants. Nous faisons connaissance et comme toujours le projet Seuil fait briller les yeux des pèlerins : éloges, félicitations à E, encouragements. Ce monsieur finit par annoncer son métier qui le fait courir tout le temps : policier. “un gentil policier” dira E qui ne porte pas la BAC dans son coeur.

Le soir, encore un air de vacances : nuit en yourte mongole, piscine, trottinette électrique, trampoline.


Samedi 21 mai : Lauzerte.

E : Aujourd’hui, c’était dur, 25 km sous 30°.

Encore des nouvelles ampoules (elles ne me font pas mal). Nous sommes arrivés dans un gîte avec une télé et ça m'a changé les idées.

Demain me fait flipper parce que l’on a 30 km et il fera encore plus chaud.


Clément : Jour 22 de marche. E compte. A la pause du midi, je lui demande “si tu pouvais te téléporter quelque part, ce serait où là maintenant ? A Saint Jacques ?”. Nous quittons le Causse du Quercy qui laissait peu de terre à la végétation pour s’épanouir, pour le Quercy blanc plus fertile. Les champs de blé, d’orge, et de nombreuses “bassines” pour les agriculteurs et leur irrigation. “gaspillage” dit E. Il fait chaud et lourd, nous progressons doucement. Lauzerte domine le paysage du haut de sa colline, ce qui augure une belle pente finish sous 32°. “Estampillée les plus beaux villages de France”, tout de pierres blanches et volets bleus vêtus, la charmante bourgade étale ses belles terrasses et la population est divisée en deux : claquettes short casquette ou robe à fleurs escarpins chapeau de paille.


Dimanche 22 : Moissac

E : Les ampoules, des boutons de moustiques sur les pieds sous 30°, c’est ch….. Il commence à faire trop chaud, mais ça va, j’arrive encore à marcher.


Clément : Toujours cette canicule, alors nous partons toujours plus tôt. Les paysages moins sauvages que les semaines précédentes sont plus "connus" et me font moins dégainer l’appareil photo. Nous faisons connaissance avec de nouveaux pèlerins que les petites habitudes de chacun (pauses, rythme des pas, visite ou non des chapelles, repas plus ou moins long) nous font croiser, re-croiser, re-retrouver au long de la journée.

A Durfort-Lacapelette, le panneau "Bravo, vous avez marché 400 km depuis le Puy” nous donne une petite fierté. Clic photo.

A l’arrivée, visite de l’abbatiale et son cloître classés à l’Unesco et l’après-midi glisse en douceur alors que nous restaurons nos forces.


Lundi 23 mai : Auvillar

E : Ce matin, il a plu, on a dû sortir le manteau, ça a fait du bien. Je trouve les étapes de plus en plus faciles, même si j’ai mal aux pieds.

Depuis quelques jours, on marche avec un gentil policier, il me fait rire et me paye à boire. Nous sommes arrivés dans un gîte très sympa.


Clément : Après les révisions de départements, c’est révision des fleuves. Les jours passés, nous avons longé le Lot, maintenant le Tarn, puis depuis notre colline, nous voyons celui-ci se jeter dans la Garonne. Il a plu dans la nuit, l’air a perdu 10°, le ciel est bas, la bruine nous tombe dessus. Je revis. E regrette le soleil “parce qu’on peut bronzer”. Les lundis en Occitanie ont des airs de dimanche, pas de café, pas de supérette, pas de boulangerie, il faut composer avec les restes du sac à dos et les petites épiceries “spéciales pèlerins” qui proposent la pomme à 1 €, la faute à la guerre en Ukraine sûrement.

Le soir, nous logeons chez Fred, un conteur de qualité qui nous accueille dans une ancienne maison bourgeoise dans son jus où l’on se sent tout de suite bien. La parole est fluide chez les convives, on parle de la vie et de ses heurts, l’écoute est de qualité. E écoute ce monde d’adultes.


Mardi 24 mai : Castet Arrouy

E : Aujourd’hui, il faisait frais, du coup ça nous a fait du bien.

On a dû courir pour arriver à une épicerie à temps, mais on n’a pas réussi, elle était fermée. Du coup, on a mangé au restaurant. Je commence à ne plus avoir d’ampoules. Aujourd’hui, on dort dans une tente.


Clément : Le petit déjeuner chez Fred s’éternise, tellement les produits sont bons et le ciel du matin se marie bien avec les effluves de café et de pain grillé. La grande table en mélèze sur la terrasse propose yaourts maison, jus d’orange fraîchement pressée et œufs au plat. On se convainc que le marcheur a besoin d’énergie, mais on frôle le péché de gourmandise, d’autant que nous abritant de la pluie imminente le midi, c’est dans un restaurant routier où nous trouvons refuge. L’assiette du jour : omelette, frites, salade. E s’est pesé il y a trois jours : + 1 kg par rapport au départ ! Et pour varier les plaisirs, le soir au gîte communal, c’est sous la tente que nous dormons.

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