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Marche de Etixxx

Marche de Etixxx accompagné par Clément


Vendredi 29 avril : voyage pour rejoindre Le Puy en Velay

E : Bonjour, je suis un jeune de 15 ans et j’habite à Paris. J’ai décidé d’aller marcher avec Seuil pour m’aider à construire mon avenir. J’espère réussir cet exploit sportif et retrouver ma famille dans de bonnes conditions.


Clément: je m’appelle Clément et j’accompagne E. pour une longue marche de 1500 km. Nous roulons à toute vitesse pour Le Puy en Velay qui sera notre point de départ. Les 3 jours passés ensemble en Bretagne pour faire connaissance et marcher un peu chaque jour ont été paisibles. E. est curieux de commencer cette aventure hors du commun. Demain c’est le grand départ.


Samedi 30 avril : Puy-en-Velay ---> Montbonnet

E : Aujourd’hui, on a marché du Puy-en-Velay à Montbonnet pour cette première étape. Tout se passe bien, on a dormi dans un beau gîte où il y avait un chien pour s'amuser.

La dame du gîte est très gentille ; elle nous a offert à boire dès notre arrivée.


Clément : Nous quittons la ville et son bitume pour se fondre dans les reliefs vallonnés, la pierre volcanique, sombre comme les maisons dont elles sont faites. Étienne est motivé, concentré pour parcourir ses premiers 15 km. Les pèlerins sont peu nombreux aujourd’hui ou alors ils sont partis tôt. Nous sommes arrivés tôt au gîte, É. ayant englouti les kilomètres à grands pas. Anne, l’hôte, nous accueille avec une odeur de confiture fraîchement cuite.


Dimanche 1er mai : Monistrol

E : Aujourd’hui on a marché sur des chemins très pentus avant d'arriver à Monistrol.

Ce village m’a rappelé des souvenirs, car j'étais venu en vacances avec mon père il y a deux ans. Je me suis baigné dans la rivière. Elle était froide, mais ça m'a fait du bien.


Clément : Après un réglage des sacs “aux petits oignons” effectué par Anne, nous partons pour une seconde journée de 15 km sous le soleil de mai. L’étape est vallonnée, mais n’a pas présenté de difficultés pour E. Une longue descente en sous-bois, avec racines et pierres, comme à la montagne, semble avoir amusé E, la marche peut être ludique !

Arrivé à Monistrol, E reconnaît le lieu. Il est venu y passer des vacances avec son papa il y a deux ans. Il n’y a pas de hasard. En route pour la même baignade qu’en 2019 avec quelques degrés en moins, l’Allier est vivifiant. Un petit coin de plage en sable pour sécher, un bon repas et une bonne nuit avant une étape qui grimpe


Lundi 2 mai : Saugues

E : Aujourd’hui, on a fait une petite étape, mais avec beaucoup de montées. C’était fatiguant, mais ça va encore.

Demain, une étape un peu plus longue nous attend, mais je suis prêt. Pour l’instant, tout se passe bien.


Clément : Descendus dans les gorges de l’Allier, il nous faut reprendre de l’altitude. Premier contact avec le dénivelé (400 m tout de même) pour E pour qui, à part quelques douleurs aux épaules et un début de coup de soleil, tout s’est bien passé. Les paysages changent ; de la pinède au plateau fleuri, vaches, moutons. Le temps semble s’être arrêté dans certains villages. Ancien restaurateur et famille d’accueil d’ASE, Sébastien est tout indiqué pour nous recevoir dans son gîte à la table chaleureuse et internationale.


Mardi 3 mai : La Roche

E : Aujourd’hui, on a fait notre première grosse étape. C’était plus facile que je ne le pensais, je n'ai pas mal aux pieds et aux jambes. Nous avons bien rigolé avec les personnes du gîte.


Clément : Le ciel chargé ne diminue pas la motivation d’E à attaquer cette étape la plus longue depuis notre départ. Nous marchons un moment avec un docteur allemand spécialiste du cancer, en anglais. E répond à quelques questions en bon anglais. Les kilomètres défilent dans des paysages qui semblent sortis d’un film de capes et d’épées : nature et villages austères, notamment la ferme fortifiée “Le Sauvage”, transformée aujourd’hui en auberge et point de vente fermier, un endroit chargé de siècles d’histoire. On y prend une boisson en laissant passer l’averse. Quelques personnages hauts en couleurs commencent à se dessiner : Antoine, 80 ans “c’est bien E, t’es courageux. Et n’oublie pas la volonté de l’Homme est plus forte que l’acier”. Puis Yvette, pince sans rire à la retraite “c’est bien E ce que tu fais”. Puis cette dame belge très solaire “tu es un beau garçon E”. Pour sûr, les encouragements sont là !


Mercredi 4 mai : Limagnole

E : Aujourd’hui, petite étape de 8 km ce qui m’a permis de me reposer au gîte. On a mangé un kebab qui n'était pas vraiment aussi bon qu’à Paris, mais m’a quand même fait du bien.

Le gîte est un petit appartement des années 1970. On a mangé une pizza qui était assez bonne pour le dîner.


Clément : Micro étape de 10 km dans un décor plus doux que la veille. Les bâtisses sont plus claires, les vaches de race Aubrac bordent le chemin. Les arbres encore peu feuillus laissent penser que ce morceau de Lozère a un hiver long et froid. Qui dit étape courte, dis après-midi qui s’étire en longueur dans cette bourgade tristounette et note gîte, façon ferme de papi, ambiance familiale et lambris 70’s. Alors on s’ennuie un peu, on mange, on joue, on lit, on parle fringues : ensemble Nike, Nike air max plus 2, casquette Redfills. Apparemment, ça coûte cher d’être stylé à 15 ans !

Jeudi 5 mai : Aumont-Aubrac

E : Aujourd'hui, on a marché jusqu’à Aumont Aubrac pour arriver dans un gîte assez sympa. Pour faire passer le temps, j’ai regardé des tours de magie avec des cartes pour les refaire aux gens. Aujourd’hui, il faisait frais et ça m’a fait du bien pendant la marche. Les paysages changent de là où j’habite.


Clément : La Lozère, ses 205, ses super 5, ses BX. Le temps semble avoir oublié de s’écouler dans ce coin de France, figé dans son granite. É., constant, marche toujours de bon pas à travers bois, pinède, prairie. Les paysages ne le touche guère : « c’est que des arbres » dit-il. Chez Romain, notre hôte du soir, c’est ambiance auberge de jeunesse, sauf que tout le monde se couche à 21h30. Ouf, il reste Aurore pour qu’É. s’exerce au tours de magies de cartes appris tout récemment. Il ne manque que la cape, le chapeau et le lapin.


Vendredi 6 mai : Nasbinals

E : Aujourd'hui, on a fait 28 km. Je n’ai pas eu spécialement mal aux pieds mais j’ai trouvé le temps très long. J’arrive de mieux en mieux à dormir la nuit, je rêve toutes les nuits alors qu’en temps normal je ne me souviens jamais de mes rêves.


Clément : La plus grosse étape depuis notre départ. La plus sauvage également. Après deux heures à travers les arbres, nous atteignons 1100 m d’altitude et un plateau lézardé de murets en pierre sèche s'offre à nous. Le ciel est gris, menaçant, le vent fait onduler les hautes herbes et les jonquilles sauvages à perte de vue. Ambiance mystique. Un instant je pense à l'Irlande et sa « terre brûlée au vent aux Landes de pierre » et Sardou ne me quittera plus de l’après-midi. Étienne commence à prendre conscience que trois mois à ce rythme, ce sera long. Les temps morts au gîte l’ennui parfois et pour l’instant la conversation avec les autres pèlerins ne l’intéresse pas. Dommage c’est un bon passe-temps.


Samedi 7 mai : Saint Chély d’Aubrac

E : Aujourd'hui, on a fait 16 km mais j’ai trouvé le temps long. Sur la route, j’ai vu un énorme serpent à 30 cm de moi qui avançait vers moi. J’ai couru pour m’éloigner. On a fait à manger, plus précisément une omelette. J’ai coupé les pommes de terre et les échalotes.


Clément : L’Aubrac sous le soleil. Nous laissons petit à petit le plateau venté et pelé pour des prairies plus vertes, les hêtres puis les chênes réapparaissent en perdant de l’altitude. Une halte improbable dans un café resto à Aubrac, façon cabinet de curiosité, pour un diabolo fraise, nous redonne un petit coup de fouet. L'humain, en dehors des marcheurs, se fait rare ici. Les hameaux aux toits de lauze ont gardé leur apparence rugueuse qui donne une belle ambiance au paysage. É., toujours discret, se fait toujours encouragé par les gens que nous perdons un jour et qui réapparaissent le lendemain au gré des gîtes choisis.


Dimanche 8 mai : Espalion

E : Aujourd’hui on a beaucoup marché, j’ai eu ma première ampoule mais j’ai bien rigolé avec un monsieur qui fait aussi la marche. J’ai mangé mon deuxième kebab mais toujours pas aussi bon qu’à Paris. Cette nuit j’avais très mal dormi à cause des ronflements d’une personne. Comme par hasard, il est dans la même chambre que nous pour ce soir.


Clément : c’est toujours moche un jour férié qui tombe un dimanche. Sauf sur le chemin de Compostelle. Nous avons déjà perdu la notion des jours, du temps, des week-ends. Comme nous faisons les courses au jour le jour pour ne pas alourdir le sac, les dimanches peuvent poser problème, les commerces étant souvent fermés dans les petits villages. Ce soir, c’est encore le kebab qui nous a sauvé. Donc un jour férié qui tombe dimanche, c’est un jour de commerce fermé en moins ! Aujourd’hui nous entrons dans le Lot (46). Hier c’était l’Aveyron (12) et avant-hier la Lozère (48). On est comme ça nous, même à pied, on visite un département par jour. Et que c’est beau ! Après les hauteurs austères, place à la douceur du Sud. Espalion et sa pierre rose nous accueillent pour notre étape, avant les 32 km de demain.


Lundi 9 mai : Le Soulié

E : Aujourd'hui, on a fait la plus grosse étape de la marche. Les derniers kilomètres étaient durs, j’avais mal aux pieds et deux autres ampoules sont apparus. Le gîte était agréable et on a bien mangé avant de se coucher. Il y avait beaucoup d’insectes et je n’aime pas ça.


Clément : La température monte d’un cran. Tout le monde parle de la semaine de canicule qui nous attend. Il faudra partir plus tôt pour un peu de fraîcheur. Aujourd’hui, nous avons testé un peu plus la résistance des corps et du moral avec 32 km, 600 mètres de dénivelé et 25 °C. Mis à part une ampoule et la voûte plantaire fatiguée, É. a encore vaillamment avalé les kilomètres sans broncher. Toujours magnifique, les paysages nous ont emmené du Lot aux vertes collines surplombant Estaing. Premier accueil chrétiens depuis notre départ : É. a pu découvrir la gentillesse et la générosité des bénévoles du lieu. Yves, 80 ans, parcourt pour la troisième fois le chemin, il marche 40 km par jour. Il a fait promettre à É. d’envoyer une petite carte lorsqu’il arrivera au terme de ce périple. Car il a un regret Yves : il y a sept ans, il a connu dans le Nord Pas-de-Calais un jeune et son accompagnant, il avait beaucoup parlé avec lui. Il a essayé de le retrouver sans succès. « Tu peux faire beaucoup de bien avec très peu ». Écrire un petit mot en fait partie.


Mardi 10 mai : Conques

E : Après notre grosse étape d’hier, on a marché jusqu’à un petit village où j’ai mangé un burger. J’ai mal aux pieds et je boîte un peu mais sinon ça va. J’ai éclaté ma première ampoule avec une tige. On a dormi dans un gîte chrétien, du coup avant de manger on a dû bénir le repas c’était original mais bizarre.


Clément : Partis de bon matin à travers les collines, nous arrivons à 11h40 à Conques où la messe spécial pèlerin a commencé il y a 10 minutes. Aux dires des autres de la veille, le prêtre est fun et dynamique. Je passe la tête par la porte et le petit comité très silencieux et solennel que j’entrevois m’intimide. Nous renonçons et optons pour des frites et de la mayo. É. est détendu, souriant. Un peu fatigué par la longue étape de la veille, les pieds sont éclairés d’une nouvelle ampoule. Percer, ne pas percer, that is the question. Le petit village est magnifique, nul doute qu’il est apparu dans une émission de Stéphane Bern. Loger et manger dans une abbaye, c’est classe et émouvant. Dans notre dortoir de 16 lits, nous retrouvons tous nos compagnons des jours passés. Nous avons aussi 9,6 chances sur 10 d’avoir des ronfleurs cette nuit.


Mercredi 11 mai : Decazeville

E : Petite étape mais difficile à cause des ampoules. Pendant le pique-nique, des vaches se sont échappées d’un enclos et ont couru sur la route. Il y avait une grosse montée de une heure au début de la marche, mais j’aime bien monter. Nous sommes arrivés dans un petit gîte où j’ai bien mangé et joué au foot.


Clément : Bingo, des ronfleurs hors catégorie ont décimé 14 repos de pèlerin bien fatigué. Alors ce matin, c’était tendu comme ambiance. Il manque encore quelques kilomètres avant la sagesse de Bouddha. Un croissant et ça repart. Collines, prairies, vaches brunes, vaches blanches, vaches qui se sont sauvées, ânes, chevaux. La ville de Decazeville n’a pas bonne presse, c’est une ancienne ville minière. Mais l’accueil réservé par Hervé au gîte à É et moi est chaleureux et sincèrement heureux ; l’endroit est un petit paradis écolo-vert. Hervé a pris les jeunes sous son aile quand il était boulanger et son contrat avec les jeunes est généreux. Il propose à É. de revenir 10 jours pour aider à accueillir les marcheurs; bonne idée pour le mois d’août.


Jeudi 12 mai : Repos

E : Aujourd’hui, premier jour de repos. Nous nous sommes réveillés à 9h pour le petit déjeuner. Le gérant du gîte nous a prêté des vélos pour aller visiter Decazeville. Je suis allé à la poste prendre les colis que j’avais reçu. Après manger, je suis allé prendre des parpaings avec le gérant du gîte pour construire sa piscine. En échange, il m’a passé de l’argent et je suis allé acheter un gâteau d’anniversaire pour Clément. On a donc fêté son anniversaire avec les autres pèlerins au dîner.


Clément : Un air de vacances, réveil à 9h, É. me souhaite mon anniversaire. Hervé nous prête des vélos pour faire le tour de la mine de charbon à ciel ouvert, aujourd’hui désaffectée. À la poste, deux colis sucrés et chocolatés attendent É., ainsi que des lettres et des timbres. L’invitation est claire ! Le midi, comme en famille, la sœur d'Hervé en vacances, sort son bilik-crèpe et prépare des galettes pour tout le monde. Déjà la nouvelle fournée de pèlerin arrive et envie notre sarrasin bien beurré. Hervé embauche É. pour un peu de bricolage et jardinage, je comprendrai le soir que ce travail sera récompensé par un gâteau pour mon anniversaire qu’E. m’offre ! Belle surprise, partagée avec tous les marcheurs, dont Martin, que nous avions quitté quelques jours plutôt. Une belle soirée en émotions et cerise sur le gâteau : partie de foot pour É. avec les petits voisins.


Vendredi 13 mai : Saint Félix

E : Petite étape avant Conques. Nous sommes à Saint Félix. Sur la route, j’ai vu au moins trois serpents. On est dans un petit gîte sans autres pèlerins. Les deux personnes qui tiennent le gîte me font penser à mon papy et ma mamie. Ils ont une centaine de poules, des moutons du Cameroun et des canards indiens. Ils sont très gentils et ont deux chiens.


Clément : Jambes et pieds reposés, c’est reparti pour 20 km avec Martin et sous le soleil qui se fait chaque jour un peu plus loin. 20 km, maintenant c’est synonyme de journée tranquille où pause et grignotage sont permis régulièrement. Collines vertes, petit village fleuri, grillon : la douceur du Sud gagne petit à petit notre quotidien. Les ampoules, les siennes ne sont déjà plus qu’un souvenir. Notre pause d’hier nous a fait perdre notre flot de co-marcheurs , mais nous avons retrouvé quelques-uns laissés derrière. Cette Petite « famille » à géométrie variable agréable, encourageante, stimulante. Pour l'étape, c'est chez Thierry que ça se passe. Très proche des animaux, il nous présente toute sa clique : de moutons du Cameroun, des canards « rapides indien » et ses 100 volailles. Le repas sera donc une bonne omelette !

Samedi 14 mai : Figeac

E : Aujourd’hui on s’est arrêté à Figeac. Une petite ville où on a mangé vers 21h30. Il y a eu un concert où il y avait beaucoup de monde. Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu autant de personnes et de jeunes.


Clément : Destinations Figeac, 10 petits kilomètres seulement, ce qui va nous laisser le temps de visiter cette jolie ville médiévale. C’est jour de marché, il fait chaud, nous prenons un café et un sirop en terrasse. É. est silencieux, observe la foule : sûrement qu’un peu de mouvement et de jeunesse lui fait du bien. À l'inverse, nous croisons quelques marcheurs qui évitent méticuleusement les villes et zappent cette étape pour vite retrouver la campagne et ses vaches. C’est jour de coiffeur pour Étienne : ça ne vaut pas celui de Paris mais « c’est pas mal ». Le soir, c'est concert de cuivre au musée Champollion, qui est gratuit à l’occasion de la nuit des musées. Pas la tasse de thé d’E, il lui faut du rap français !


Dimanche 15 mai :

E : Première fois qu’on part aussi tôt à cause de la chaleur l’après-midi. J’ai quelques ampoules qui me font mal mais à part ça ça va. On est dans un gîte où il y a des animaux et je m’y plais bien. J’ai aussi vu un gros serpent pendant qu’on marchait. Le propriétaire du gîte a un paon qui se balade en liberté.


Clément : On part un peu plus tôt ce matin, parce que ce sont 29 °C annoncés. Nous nous éloignons de l’agitation de la ville à travers des collines peuplées de vaches et chênes. Le printemps semble défiler en mode accéléré à mesure que nous avançons vers le sud-ouest. De l’Aubrac aux arbres à peine débourrés au chemin d’aujourd’hui bordé de figuier avancés, de cerisiers rougissant et des premières fraises mûres. Puis nous arrivons à un dolmen, 4000 ou 5000 ans qui marque l’entrée dans le parc régional du Causse de Quercy : changement de décor radical arbre rabougri, chemin rouge, chêne chétif : ambiance Manon des sources. La ferme où nous logeons semble perdue au creux du monde où les hôtes ont décoré les bords des chemins d’elfes de bois, de miroirs magiques et de figurines enchantées.


Lundi 16 mai : Limogne, La Source d’Ussac

E : Aujourd’hui, nous sommes partis des sources d’Ussac jusqu’à Limogne. Depuis le début du chemin, toutes les personnes âgées me disent “tu as de la chance” et après me disent “que ça les aurait saoûler de marcher à mon âge”.

Je trouve que plus on avance, plus on rencontre des marcheuses plus jeunes.. Le soir, la plupart des gens ont environ 30 ans, tandis qu’au début, il y avait des gens de 85 ans.


Clément : Un mystère : nous traversons une région parmi les moins densément peuplées de France et pourtant nous marchons beaucoup sur le bitume des rotes ; et la plante des pieds, les genoux n’aiment pas beaucoup. En revanche, ces terres sauvages et arides abritent des forêts de petits chênes truffiers que des murets en pierres sèches du plus bel effet protègent (des rôdeurs ? des sangliers ?).

Très pittoresques, les chemins traversent de jolis villages fleuris ; ici et là, des “cabanes” de pierres sèches, toutes rondes, liées à l’activité viticole passée. Ici poussaient également du tabac à une époque, ainsi que des crocus donnant le safran que quelques agriculteurs tentent de cultiver de nouveau.

Pour E, les ampoules ont une fâcheuse tendance à se multiplier. L’équipe du soir sont des “presque” jeunes de 30 ans, joyeux et “chômeurs” selon lui, souvent en recherche de leur nouvelle voie professionnelle. La phrase la plus entendue depuis le départ pour E "tu as une chance inouïe de vivre ça. Essaie d’en avoir conscience et vis à fond”.


Mardi 17 mai : Lalbengue

E : Pire étape depuis le début de la marche, 5 ampoules dont une infectée, sous 30 °.

On a cru qu’il y avait 19 km, alors qu’il y en avait, en fait, 26 km. Il faisait chaud et le chemin ne se terminait jamais, mais ça ne nous a pas découragés.

Heureusement qu’il y avait des chiens au gîte pour refaire ma journée. Un jeune pèlerin qui dort avec nous m’a appris à faire quelques accords de ukulélé


Clément : Sur le plan de marche était indiqué 20 km pour cette étape sous canicule, alors nous sommes partis fleur au fusil, profitant d’un vieux baby-foot pour initier E aux raccrocs, roulettes et bandes. Sauf que pour Lalbenque, c’est 26 km et que 6 km sous le soleil ça fait une grosse différence.

Arrivé au gîte, E s’est écroulé pour une sieste sur le lit. Le repas du soir cuisiné par les hôtes est un … cassoulet !! sous 30° Heureusement pour maîtriser le budget, nous avions décidé de faire un taboulé et de ne pas prendre le repas du soir. Nous nous joignons tout de même à la joyeuse table pour partager une belle soirée.



Mercredi 18 mai :

E : Aujourd'hui, étape un peu compliquée à cause des ampoules. A partir de 9 km, nous nous sommes aperçus que nous avions oublié le téléphone au gîte. Heureusement, la dame du gîte nous l’a ramené. On a vu un chevreuil passer juste devant nous pendant la marche. Arrivé à Cahors, j’ai mangé un hamburger, ça m’a fait du bien. Il fait très chaud.


Clément : Les corps sont soumis à l’épreuve par cette vague de chaleur qui dure. Nous partons à 8h, mais ce n’est pas assez tôt pour éviter les morsures du soleil. Nous marchons avec un groupe de six jeunes enjoués avec qui nous déjeunons à Cahors. Les petites rues étroites entre les gros murs de pierre gardent la fraîcheur. Des touches mauresques donnent une impression andalouse. Les spécialités de canard, cassoulet, foie gras, donnent peu envie par cette chaleur. Le soir, E prépare les feuilles de brick au thon, avec une salade verte et la nuit nous rend un peu de fraîcheur pour s’endormir.


Jeudi 19 mai : Cahors – Pause

E : Aujourd’hui, repos. On a mangé au restaurant avec une dame qui repartait chez elle. On l’a connue sur le chemin. Avant de manger, nous sommes allés au cinéma ce qui m’a fait changer les idées. On a aussi visité une bibliothèque très ancienne.


Clément : Départ 8h, presque la grasse mat’. Lessive, poste restante (lettres et friandises attendaient E). Une petite galette bretonne partagée avec Mélanie qui s'en retourne chez elle. Puis la sieste à l’espagnol pendant les heures chaudes. Puis, la librairie section ados. On se fait conseiller un livre d’aventure dont vous êtes le héros qui s’appelle “Ready”. Enfin, le ciné en fin d’après-midi, avec les pops-corns s’il vous plaît. Il reste à manger nos croque-monsieur au gîte et à passer une bonne nuit. Dure-dure la vie à Seuil !


Vendredi 20 mai : Lascabanes

E : Dès le matin, en partant de Cahors, grosse montée pour nous réveiller à 7h30. Je n’ai pas trop ressenti les 24 km aujourd’hui. Je commence à m’habituer à la marche.

Nous sommes arrivés dans un gîte avec une piscine où nous nous sommes baignés ; il y avait un tout petit scooter électrique que j'ai pu conduire dans le village.


Clément : Le départ à 7h30 nous fait traverser Cahors à l'heure où elle s’anime. Nous longeons le lycée où tous les élèves attendent l’ouverture des grilles, eux avec leurs sacs à dos pleins de livres, E avec son sac à dos d’aventurier. Situation cocasse.

Les kilomètres défilent, les jambes et pieds sont en forme après ce repos. On s’extrait de Cahors en empruntant le Pont Valentré qui enjambe le Lot, magnifique. E est en forme il me parle de son brevet obtenu avec “mention bien”, des jeux vidéos, du retour de marche. Nous rencontrons Jean-Luc qui a des jumeaux de 16 ans qui ne veulent pas marcher ; alors pour le clin d’oeil, il prend un selfie avec E. pour envoyer à ses enfants. Nous faisons connaissance et comme toujours le projet Seuil fait briller les yeux des pèlerins : éloges, félicitations à E, encouragements. Ce monsieur finit par annoncer son métier qui le fait courir tout le temps : policier. “un gentil policier” dira E qui ne porte pas la BAC dans son coeur.

Le soir, encore un air de vacances : nuit en yourte mongole, piscine, trottinette électrique, trampoline.


Samedi 21 mai : Lauzerte.

E : Aujourd’hui, c’était dur, 25 km sous 30°.

Encore des nouvelles ampoules (elles ne me font pas mal). Nous sommes arrivés dans un gîte avec une télé et ça m'a changé les idées.

Demain me fait flipper parce que l’on a 30 km et il fera encore plus chaud.


Clément : Jour 22 de marche. E compte. A la pause du midi, je lui demande “si tu pouvais te téléporter quelque part, ce serait où là maintenant ? A Saint Jacques ?”. Nous quittons le Causse du Quercy qui laissait peu de terre à la végétation pour s’épanouir, pour le Quercy blanc plus fertile. Les champs de blé, d’orge, et de nombreuses “bassines” pour les agriculteurs et leur irrigation. “gaspillage” dit E. Il fait chaud et lourd, nous progressons doucement. Lauzerte domine le paysage du haut de sa colline, ce qui augure une belle pente finish sous 32°. “Estampillée les plus beaux villages de France”, tout de pierres blanches et volets bleus vêtus, la charmante bourgade étale ses belles terrasses et la population est divisée en deux : claquettes short casquette ou robe à fleurs escarpins chapeau de paille.


Dimanche 22 : Moissac

E : Les ampoules, des boutons de moustiques sur les pieds sous 30°, c’est ch….. Il commence à faire trop chaud, mais ça va, j’arrive encore à marcher.


Clément : Toujours cette canicule, alors nous partons toujours plus tôt. Les paysages moins sauvages que les semaines précédentes sont plus "connus" et me font moins dégainer l’appareil photo. Nous faisons connaissance avec de nouveaux pèlerins que les petites habitudes de chacun (pauses, rythme des pas, visite ou non des chapelles, repas plus ou moins long) nous font croiser, re-croiser, re-retrouver au long de la journée.

A Durfort-Lacapelette, le panneau "Bravo, vous avez marché 400 km depuis le Puy” nous donne une petite fierté. Clic photo.

A l’arrivée, visite de l’abbatiale et son cloître classés à l’Unesco et l’après-midi glisse en douceur alors que nous restaurons nos forces.


Lundi 23 mai : Auvillar

E : Ce matin, il a plu, on a dû sortir le manteau, ça a fait du bien. Je trouve les étapes de plus en plus faciles, même si j’ai mal aux pieds.

Depuis quelques jours, on marche avec un gentil policier, il me fait rire et me paye à boire. Nous sommes arrivés dans un gîte très sympa.


Clément : Après les révisions de départements, c’est révision des fleuves. Les jours passés, nous avons longé le Lot, maintenant le Tarn, puis depuis notre colline, nous voyons celui-ci se jeter dans la Garonne. Il a plu dans la nuit, l’air a perdu 10°, le ciel est bas, la bruine nous tombe dessus. Je revis. E regrette le soleil “parce qu’on peut bronzer”. Les lundis en Occitanie ont des airs de dimanche, pas de café, pas de supérette, pas de boulangerie, il faut composer avec les restes du sac à dos et les petites épiceries “spéciales pèlerins” qui proposent la pomme à 1 €, la faute à la guerre en Ukraine sûrement.

Le soir, nous logeons chez Fred, un conteur de qualité qui nous accueille dans une ancienne maison bourgeoise dans son jus où l’on se sent tout de suite bien. La parole est fluide chez les convives, on parle de la vie et de ses heurts, l’écoute est de qualité. E écoute ce monde d’adultes.


Mardi 24 mai : Castet Arrouy

E : Aujourd’hui, il faisait frais, du coup ça nous a fait du bien.

On a dû courir pour arriver à une épicerie à temps, mais on n’a pas réussi, elle était fermée. Du coup, on a mangé au restaurant. Je commence à ne plus avoir d’ampoules. Aujourd’hui, on dort dans une tente.


Clément : Le petit déjeuner chez Fred s’éternise, tellement les produits sont bons et le ciel du matin se marie bien avec les effluves de café et de pain grillé. La grande table en mélèze sur la terrasse propose yaourts maison, jus d’orange fraîchement pressée et œufs au plat. On se convainc que le marcheur a besoin d’énergie, mais on frôle le péché de gourmandise, d’autant que nous abritant de la pluie imminente le midi, c’est dans un restaurant routier où nous trouvons refuge. L’assiette du jour : omelette, frites, salade. E s’est pesé il y a trois jours : + 1 kg par rapport au départ ! Et pour varier les plaisirs, le soir au gîte communal, c’est sous la tente que nous dormons.


Mercredi 25 mai : Marsolan

E : Sur le chemin, on a rencontré Michel, un vieux, il était fou. Il disait des choses débiles comme les jeunes d’aujourd’hui sont payés à ne rien faire et de prendre trois mois de marche sans travail était inadmissible. Il a dit qu'il ne fallait surtout pas le “tutoyer”. Il est gérant d’un gîte et il a dit qu’un pèlerin l’avait tutoyé, il l'avait sorti par la fenêtre et avait coursé une dame avec une fourche parce qu'elle l’avait traité de fou.


Clément : Un mois déjà que nous nous rencontrions avec E à Paris. 450 km de marche. Le quart sud-ouest de la France défile à 5 km/h sous nos yeux. Un mois sans voiture, sans faire le plein, notre moteur marche aux pâtes et aux sardines. Nous sommes entrés dans le Gers avec toutes ses promesses de plats autour du canard. Les moutons, vaches, chèvres ont disparu du décor au profit de grands champs de céréales.Ce soir, deux frères de 20 ans animent la soirée au chant, ils connaissent tout le répertoire de variété de Joe Dassin à Garou, ce qui met la table dans une belle ambiance musicale. E observe, c’est pas du RAP, mais ça passe.


Jeudi 26 mai : Condom

E : Aujourd’hui était plutôt simple, pas trop de montées. Nous sommes arrivés au gîte avec une piscine et une grande salle pour le petit déjeuner avec des centaines de confitures. Il y avait aussi une grande télé. On a fait la cuisine pour faire des économies et on a lavé notre linge, ça fait du bien d’être propre.


Clément : Une étape de plus. Le temps passé, le temps restant se perdent dans la répétition des kilomètres, pourtant tous différents. Pont de l'Ascension oblige, des ados et enfants surgissent sur le chemin, en famille pour quelques jours. Ciel gris, plafond nuageux bas, grandes cultures à perte de vue. L’orge jaunit, la moisson approche doucement. Demain, c’est notre jour de pause, nous disons au revoir à Amandine et sa maman, Anne, Claudia, Martine que nous ne reverrons pas, à moins qu’une ampoule ne ralentisse leur étape d’avance.


Vendredi 27 mai :

E : Journée de pause, ça m’a permis de dormir les ¾ de la journée j’étais dans mon lit. Je lis beaucoup pour faire passer le temps. Il y a plein de nouveaux marcheurs et on ne connaît plus personne. Je trouve que plus on avance, plus il y a de jeunes marcheurs.


Clément : “Voir l’audace d’y croire et le courage de faire”, “la vie c’est comme la bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l’équilibre”; Il faut admettre l’impossible pour réussir” tapissent les murs de notre gîte gai et coloré. A défaut de changer les gens, ces maximes très présentes sur le bord du chemin donnent de l’élan, nous encouragent et provoquent des “c’est tellement vrai” en veux-tu en voilà. Encore un beau colis attend E à la poste, plus sucré que jamais, des calories rapides en cas de coups de pompe pendant la marche. Enfin, s’ils survivent jusqu’à demain.

Samedi 28 mai : Montréal sur Gers

E : Petite étape où l’on a vu un marcheur avec un âne. Le soir, il y avait une fête de village à 20h. Du coup, j’ai “claqué” beaucoup de mon argent de poche dans de la nourriture. Cela faisait bizarre, il y avait du monde, du coup, nous sommes restés jusqu’à 23h30.


Clément : Les plus petites étapes semblent parfois longues, ce qui montre bien que beaucoup dans cette longue marche se joue dans la tête et finalement peu dans les pieds. On part la fleur au fusil, on s’arrête par-ci, on discute par là, puis nous arrivons à 13h10 après 17 km. Sauf que nous sommes entrés dans le pays où la sieste est presque un culte, nous explique-t-on. De 13h à 16h, les commerces sont fermés. Alors l’estomac attendra. Le gîte est construit sur un ancien rempart de la ville : murs de 1,30 m d’épaisseur, de quoi garder le frais pour… la fameuse sieste.

Chance ! Ce soir, les bandas du coin se retrouvent pour jouer une bonne partie de la nuit autour de frites, de saucisses de canard et de vin de Gascogne. Une ambiance bon enfant familiale au son des cuivres et percus : une mini féria en somme, le pays basque n’est plus très loin.


Dimanche 29 mai : Eauze

E : Sur le chemin, on a rencontré trois parisiens avec qui nous avons sympathisé. Ils m’ont bien fait rire. Le soir, nous sommes allés dans une pizzeria avec eux et un québécois. Maintenant, je marche sans avoir de fatigue, mais je trouve parfois le temps long

Clément : Petite balade de 18 km ; nous suivons une ancienne voie de chemin de fer désaffectée : de longues lignes droites, sous la canopée des chênes et hêtres qui ne sont plus élagués par la SNCF. C’est un pied de nez à la modernité et la vitesse : là où le charbon devait nous emmener vite et loin, nous marchons doucement.

Nous faisons connaissance avec de nouveaux marcheurs après la pause de Condom : José et Carlos ont grandi dans le 95, parlent foot et choix dans la vie avec E. Eauze est encore une bourgade mignonne, endormie par le dimanche qui réserve une bonne pizzeria à nos amis du chemin. José, Carlos et Jean-Pierre, le québécois, invitent à manger.


Lundi 30 mai : Nogaro

E : Aujourd’hui, sur les chemins, pendant le pique-nique, un monsieur s’est arrêté parce qu’il avait reconnu Clément. Il avait marché avec lui il y a trois ans sur un autre projet, Seuil.

Ce soir, au gîte, Clémence nous a rejoints avec son chien pour marcher trois jours avec nous.


Clément : Derrière nous, la capitale de l’armagnac, pour nous c’est “le lundi au soleil”, n’en déplaise à clo-clo. Destination Nogaro, un autre Claude. Des grandes cultures de maïs irriguées provoquant de larges détours, les pèlerins du moyen-âge devaient marcher plus en ligne droite. Surprise de la pause déjeuner, un marcheur m’interpelle, nous nous étions rencontrés en 2019 lors de ma précédente marche Seuil en Italie ! C’est un monde dans un monde “le chemin”.

Le soir, Clémence nous a rejoint avec Gaïa, son chien, à la grande joie d’E qui a toujours un aussi bon contact avec les animaux


Mardi 31 mai : Nogaro ---> Barcelone du Gers

E : Clémence n’est restée qu’un seul jour avec nous à la place de deux.

On a marché avec son chien qui saute dans l’eau à chaque fois qu’il y en a. Il y a de plus en plus de routes, ça me saoule et ça fait mal aux pieds.


Clément : Nous recevons la visite de Clémence qui travaille à Seuil, et sa petite chienne Gaîa pour une étape entre sous-bois et champs de maïs. E est aux anges, la présence d’un compagnon à 4 pattes anime la journée, entre le lancer de bâton et les caresses.

Clémence nous fait remarquer des choses au bord du chemin que nous ne voyons pas habituellement : des fraises des bois, des féveroles que nous pourrons cuisiner le soir. Nous dégustons un “Euskola”, le coca du Pays Basque, premier signe de l’approche du fameux Saint-Jean-Pied-de-Port. Puis, pour veiller sur Gaïa qui n’est pas admise dans le gîte, E dort en mode camping dans la petite salle destinée aux sacs, pour une nuit insolite.


Mercredi 1er juin : Barcelone du Gers --- Miramont-Sensacq

E : Cette nuit, j’ai dormi dans une petite cabane à côté du gîte avec le chien. Il n’avait pas le droit de rentrer dans le gîte, du coup, il a pleuré parce qu’il était tout seul.. Je suis venu lui tenir compagnie et je ne le ferai plus jamais. J’étais sur mon duvet par terre, c’était dur, il faisait trop chaud et j’avais faim. Je me suis cru en garde à vue. Je n'arrivais même pas à dormir. Sinon, on a bien marché, malgré de longues routes en goudron. Clémence nous a quittés ce matin et on a revu des gens qu’on aime bien sur le chemin.


Clément : Au menu aujourd’hui, maïs, maïs, maïs, tournesol, maïs et maïs pour finir. E expérimente les lignes droites de 1,5 km, c’est fou comme la marche se passe aussi dans la tête; les mêmes kilomètres vallonnés et courbés paraissent moins longs que les bordures de champs rectilignes. Il faut dire que depuis un mois, nous traversons des trésors de villages, de vallées, de collines, alors le retour au quelconque a quelque chose de surréaliste. José, Carlos, Delphine sont tous là. Nous marchons un temps avec chacun un peu tous les jours, E apprécie. Pour la soirée, le gîte qui nous reçoit est un donativo, aujourd'hui rare. C'était, aux dires de ceux qui ont fait le chemin il y a longtemps, plus courant avant et plus conforme à l’esprit du “chemin”.


Jeudi 2 juin : Larreule

E : Journée banale avec un peu moins de soleil. On a marché avec des personnes qui nous ont fait rire pendant tout le trajet. Le gîte était trop bien, une ferme avec plein d’animaux, un billard et une table de ping-pong. Il y avait une grande piscine, mais j’ai la flemme de nager, je marche déjà assez.


Clément : Le relief a repris de l’ampleur, nous apercevons parfois au loin entre brume et nuages, la masse des Pyrénées dans une lumière diffuse.

Ce matin, le plafond des nuages nous protège des rayons du soleil mordant. Plus d’un mois de marche et pas un pas sous la pluie. La terre est craquelée sous nos pieds, sur les chemins, entre les maïs irrigués.

La journée est ludique avec le duo Carlos et José au baby foot, au flipper, au ping-pong. Des jeux non connectés. Le soir au gîte, la mascotte c’est Rico, un perroquet qui chante, qui parle, tout vert. Toute la ménagerie est là, au bonheur d’E, cochon d’inde, chien, chat, poissons, chèvres. Mais aussi piscine et billard. Un soir spartiate, un soir byzance. Les ambiances changent chaque jour


Vendredi 3 juin : Maslacq

E : Aujourd’hui, c’était dur, que du goudron et quelques montées. Mes pieds me brûlent et j’ai des ampoules.

27 km, j’aurais plutôt dit 40, mais ça va on a fait des pauses. J’ai payé le café à deux pèlerins qui marchent avec nous et Clément. J’espère qu’ils en ont bien profité, ça n’arrivera pas deux fois.


Clément : Il suffit de dire “pas un pas sous la pluie depuis le départ” pour que le lendemain, au départ une averse nous pousse sous l’abri du gîte au moment de prendre le chemin. Et il suffit de dire la veille que je ne ressens plus la fatigue des kilomètres pour qu’aujourd’hui le pas soit lourd pour E, comme pour moi et que Maslacq semble ne jamais se rapprocher. Nous sommes à la croisée des chemins entre des identités fortes : Gascogne, Gers, Pays Basque. Les accents chantent, les dialectes sont chéris, les bérets sont de sortie. A la pause du matin, un beau city-stade nous attend, mais seul un ballon de rugby en mousse est disponible : qu’à cela ne tienne, E invente un jeu à deux, il faut shooter dans le ballon et toucher la grille du fond adverse. Peut-être un nouveau sport olympique ?


Samedi 4 juin : Navarrenx

E : Clément m’a dit que depuis le départ on a fait environ 1,5 million de pas, mais il ne sait pas que je fais du stop et que je fais porter mon sac. Non, je rigole, mais j’en serais capable s’il pleuvait.

Bientôt sur le chemin d’Arles, j’espère ne pas m’ennuyer car on sera en sens inverse avec les marcheurs. Aujourd’hui, on a perdu José et Carlos, car ils arrêtent dimanche, mais ça va il nous reste Jean-Pierre, faut juste être plus patient si on veut marcher avec lui. J’aime pas passer devant des jeunes car ils me fixent. Après je les comprends, mon gros sac de 10 kg, mes gros bâtons et avec mes grosses chaussures de vieux.

Clément : Pratiquement 700 km parcourus. Il faut environ 3 pas pour faire 2 m, soit 3000 pas pour 2 km. Nous avons donc posé les pieds 3000 x 350 : 1 050 000 de fois pour arriver à cette mignonne petite ville fortifiée de Navarrenx où le gîte “Le cri de la girafe” nous attend avec une table digne d’un bon restaurant et avec bonne humeur. Le Béarn ne prend pas beaucoup soin de ses pèlerins, le tracé du chemin se fait principalement sur les routes et les accotements ne sont pas fauchés, les pieds souffrent. A mi-étape, une abbaye cistercienne debout depuis 8 siècles. Des marcheurs nous invitent à entrer “on peut regarder une vidéo à l’intérieur”. Nous poussons la grande porte et E lance “on branche la playstation”


Dimanche 5 juin : Aroue

E : Que des montées et des descentes et en plus sur du goudron. Le soir, j’ai ridiculisé les vieux à la pétanque au gîte.

Je commence à faire n’importe quoi avec mes économies, j’achète des glaces, du coca, faut que je me calme.

Encore deux jours avant Saint Jean Pied de Port où je vais pouvoir changer mes chaussures parce que 40 jours à marcher et avoir encore des ampoules, c’est pas normal.


Clément : Ce matin, en Béarn, cet après-midi au Pays Basque. La “frontière” est une rivière, le Saison d’où viendrait l’expression lorsqu’elle est vide ‘“il n’y a plus de saison”. D’un seul coup, les volets passent en rouge sombre si caractéristique. Les orages de la nuit ont rafraîchi l’atmosphère, il fait bon marcher. E propose un nouveau jeu du chemin : faire le plus de pas les yeux fermés, avec les bâtons pour garde-fou : 100 pour lui ! Le soir, plus classique, une bonne partie de pétanque avec les pèlerins québécois et François, l’hospitalier : “C’est le fun”.


Lundi 6 juin : Ostabat

E : Petit à petit, on s’approche de la moitié du chemin. On voit les montagnes de plus en plus près. Des vieux, des vieux, ça change pas, mais ils sont gentils, c’est bien. Sur le chemin, notre copine a fait tomber son téléphone qu’on a ramassé. Du coup, elle m’a payé une glace. Je pense que je vais ramener plus de téléphones.


Clément : Une étape classée au patrimoine de L'unesco, ça ne se refuse pas. Et on en a plein les yeux, plein les jambes aussi parce que l’on ne fait que monter et descendre. Une petite chapelle entourée d’arbres qui se donnent la main nous attend au sommet d’une colline pour la pause pique-nique (14h, j’ai oublié le repas au frigo). Les marcheurs nous proposent tous un petit quelque chose à manger, une belle solidarité. Le soir, une balle de tennis traîne dans la rue et si nous allions essayer la pelote basque sur le fronton du village


Mardi 7 juin : Saint Jean Pied de Port

E : Aujourd’hui, c’est Jean-Jean Pied de Port, étape courte, mais pour une fois j’ai aimé regardé les paysages. Nous sommes allés au restaurant avec tous les gens qu’on va perdre car ils vont en Espagne. C’est un peu triste, mais c’est comme ça.


Clément : Jean-Pierre, Delphine, Jérôme et Aurélie, Denis et Sabine, Ewina, Jacques et Florence, Monique et Christian, Alice et Florian, les dames des Vosges (Agnès et Pascale), les dames de Nouvelle Calédonie (Marie Paule, Jacqueline, Nathalie) Claudia “Au revoir”, émotions. Chacun poursuit son chemin vers la maison, vers Saint Jacques par le camino francés por el norte. Le pays basque est magnifique, ses fermes au blanc impeccable, les collines baignées de brume, la palette de vert des prés, des foins, des blés. Puis arrive Saint Jean, dont le nom résonne depuis des jours à nos oreilles. Nous passons le rempart par la porte Saint Jacques. Nous franchissons aussi une étape : la moitié des kilomètres est faite.


Mercredi 8 juin : Saint Jean Pied de Port – Repos

E : Aujourd’hui repos, ça fait du bien, on a acheté des nouvelles chaussures plus légères. Ce matin on a dit “au revoir” aux potes qui vont en Espagne. On a regardé un film avant de se coucher.


Clément : Le bruit des automobiles, la frénésie des pèlerins du monde entier dans les starting-blocks pour marcher en Espagne, à l’instar du film The way, telle est l'ambiance inattendue de Saint Jean Pied de Port.

De quoi acheter un peu de matériel pour E, manger dans un restaurant attrape-touristes et se reposer dans le jardin du gîte qui compte deux tortues léopard et Manu, un parisien du 15ème arrondissement à quelques rues de E, ce qui crée un lien rapide (E place Manu dans son top 10 des personnages du chemin). La journée s’achève avec un DVD “Saint Jacques La Mecque”, drôle, qui nous fait revoir des endroits des semaines passées.


Jeudi 9 juin : Saint Just Ibarre

E : J’ai mal dormi à cause d’un gros ronfleur qui s’est levé à 5h30. Ce matin, nous sommes partis de Saint Jean Pied de Port pour aller sur le chemin du Piémont. Sur le chemin, on a croisé que deux vieux. On a vu plein de cadavres de veaux dans la montagne qui se faisaient manger par des aigles ou je sais pas qui.


Clément : En route pour du plus sauvage. Après 7 km identiques à ceux de deux jours avant, mais en sens contraire, le ton est donné pour le début de ce GR78 (ou chemin du Piémont) avec une belle grosse colline à gravir. Oui mais au sommet, quelle vue sur le pays basque et les Pyrénées. Deux humains et quatre voitures au total dans la journée et beaucoup, beaucoup de moutons et de vaches. Des vautours aussi qui tournoient dans le ciel avec même un “resto” à vautours : un petit enclos avec des carcasses de moutons, ambiance far west et une odeur de cadavre difficile à soutenir. Sandra, l’hospitalière apicultrice nous reçoit tout sourire pour un repas avec les produits de la ferme. Des raquettes et une balle, c’est parti pour une partie de pelote basque avec les règles maison.


Vendredi 10 juin : Ordiarp

E : Beaucoup de montées et de descentes. On marche sur des montagnes. On dort dans un gîte où il y a une vieille dame qui me fait bien rire. Petit à petit, on approche de la fin.


Clément : Nous marchons maintenant vers l’Est, avec le soleil levant que nous avons logiquement en face de nous le matin. Toujours le pays basque, toujours les majestueuses Pyrénées en fond, les brebis, les vaches, les vautours et nous seuls au milieu de tout ça.Le temps d’une bonne suée en montée, d’un beau chemin ombragé à la descente et nous arrivons chez Sauveur et Hélène, 85 et 82 ans, bouillants de vie et d’humour pour une soirée tendre et rieuse, comme des vacances chez papi-mamie. Monsieur a marché huit fois jusqu'à Saint Jacques, et Madame soigne les pèlerins tous les soirs depuis dix ans, tous les deux adorables.


Samedi 11 juin : L'Hôpital Saint Blaise

E : Aujourd’hui, journée un peu longue, deux nouvelles ampoules.

Il commence à refaire hyper chaud et il y a plein de montées. Je pense renvoyer des trucs de mon sac parce qu’il est trop lourd


Clément Le brouillard ce matin diffuse une lumière hors du temps, ni soir, ni matin, un brouillard basque, nous dit Sauveur. Après un petit déjeuner où nous sommes encore chouchoutés, départ pour une étape maillot à pois qui monte, descend puis monte et descend. Les paysages, toujours majestueux, accompagnent notre marche solitaire, paisible et légère. La ville de Mauléon prépare ses fêtes, vêtue de blanc et rouge. Le ravitaillement est simple car les épiceries et boulangeries sont plus rares que sur la voie du Puy.


Dimanche 12 juin : Oloron-Sainte-Marie

E : Première fois depuis 45 jours qu’on marche sous la pluie, on a rencontré un autre binôme de Seuil avec qui on a parlé.

Le soir, on est allé au cinéma voir Jurassic Park. J’ai encore des ampoules. Elles ne veulent jamais partir. Demain, je fais un colis pour alléger mon sac


Clément Au revoir le pays basque et rebonjour le Béarn. Les premières heures se passent en sous-bois, sombre et humide et sous un ciel noir menaçant. C’est sous la dense “canopée” que nous croisons un autre binôme Seuil, Laurienne et B, tout sourire. Eux viennent d’explorer le chemin de Stevenson et la voie du Piémont, de la belle montagne sportive, chapeau ! Puis, le tonnerre gronde et la pluie s'invite pour notre 49ème jour de marche qui met donc fin à 48 jours sans marcher un mètre sous la pluie, improbable ! E conclut que c’est “agréable” de marcher par ce temps, mais qui n'aide pas pour ses ampoules qui font de la résistance. Oloron, un dimanche, est une ville endormie, heureusement, nous avons des pâtes chimiques de secours pour le repas du soir.


Lundi 13 juin : Oloron – Pause

E : Jour de repos. On a mangé un burger à Oloron et renvoyé des habits de mon sac.

J’ai trouvé le temps assez long, c'est la première fois que mon téléphone me manque un peu.

Demain 33 km sous 30°. J’espère que ça va bien se passer.


Clément : Flânerie sous une fine pluie, bouquinerie, rêveries, ennui, cartes postales, boutiques, cuisine en compagnie d'autres pèlerins, sieste et lessive. Économie de notre énergie pour le petit challenge de 32 km demain sous la chaleur du sud. Burger le midi, un dhal de lentilles le soir. Pensées vers nos chez nous, Paris, Annecy et pensées pour les compagnons du chemin, éparpillés.

“Non, Jurassic World (vu hier) n’est pas un film ouf, c’est pas logique des fois” ; non, ce n’était pas un grand film”


Mardi 14 juin : Lescar

E : Grosse étape de 32 km aujourd’hui. J’ai boité pendant les 7h de marche à cause des ampoules. 35°, je dégoulinais, j’avais mal et on a marché sur du goudron bouillant. Mais bon, on est quand même arrivés.

Demain va être dur, j’ai très mal aux pieds et aux ampoules.


Clément : Départ aux aurores, ciel rosé sur la ville et déjà en t-shirt pour commencer cette étape aux 7 collines, longue et sous un 35° annoncé à 14h. Longtemps nous avançons dans un long couloir d’arbres, les pieds dans la gadoue des orages de la veille.

Au fur et à mesure des kilomètres, E a le pas de plus en plus claudiquant, sous la douleur de 4 nouvelles ampoules naissantes. Vaillant et sans plainte, il parcourt les kilomètres au mental jusqu'à notre pause déjeuner. 13h, c’est l'heure qu’ont choisi les employés paysagistes pour souffler les feuilles (déjà l’automne ?) à quelques mètres de nous. On déménage. 14h, entrée à Lescar sous 35° par une zone artisanale et difficile, des visions de douches glacées et de boissons fraîches nous font tenir.


Mercredi 15 juin ;: Morlaas

E : Aujourd’hui, j’ai souffert à cause de mes ampoules, mais on arrive au bout comme d’habitude.

Première fois que je lis autant, la moitié du livre en trois jours. Il fait très chaud.


Clément : D’abord, je dois combler un oubli d’écriture du 13 juin.

Merci à Laurienne et B pour cette délicate attention, un paquet de cookies (tout choco) nous attendait à notre arrivée, avec un petit mot dessus, ça fait chaud au cœur.

Départ fraîcheur pour longer la ville de Pau. Karim et Jean-François, mes compagnons du soir, m’expliquent que Pau était une ville protestante et n’a pas de cathédrale ; le tracé du pèlerinage évite donc soigneusement la ville, ce pourquoi l'étape était hier à Lescar qui jouxte Pau.

La journée s’achève avec des crudités, du melon et de l’eau du frigo pour tempérer la chaleur du soir.


Jeudi 16 juin : Anoye

E : Toujours et encore les ampoules.

On me dit de percer, pas percer, j’arrive à ne plus savoir . J’ai des pansements partout sur les pieds, on dirait que j’ai fait la guerre. Je mets de la crème, tout ce qu’il faut, mais rien ne change. Je boîte, on dirait un zombie, mais je n’arrête pas pour autant


Clément : "Ça fait quand même loin Hanoï (= Anoye) à pied comme étape” est la blague n°1 depuis deux jours chez les pèlerins. Même si la chaleur et l’humidité du moment sont peut-être comparables à celles du Nord-Vietnam, l’ambiance Béarn est beaucoup plus rurale, pour ne pas dire morte, que les rues pleines de motos et de tuks-tuks.

Continuons dans l’humour du chemin “Quel est le comble de l’alcoolique ? : “De rater sa mise en bière”. Et j’ajouterais “Quel est le comble pour E ? : “pour un futur électricien, il ne parvient pas à se défaire des ampoules”.

Depuis plusieurs jours nous ne croisons personne, seules les vaches posent les yeux sur nous silencieusement.

38° aujourd’hui et le mercure monte encore demain.


Vendredi 17 juin : Maubourguet

E : Il fait très chaud, 41°… les moustiques, la fatigue, la soif. Bref, c’est chaud, du coup on part très tôt. La nuit c’est impossible de dormir, je transpire.

J’ai bien marché très tôt le matin. Je pourrais même à 3h du matin


Clément : Toujours plus chaud, toujours plus tôt. Le réveil à 5h15 et les premiers pas avant que le soleil ne passe l’horizon. Le matin est agréable, les kilomètres défilent, pas de pause avant que l’on soit à moins d’une heure de notre étape. On est officiellement entrés en “mode survie”. Dans l’arsenal survie, à Maubourguet, nous avons : le musée et sa clim, la médiathèque et sa clim, le Petit Casino et sa clim, puis finalement les pieds dans l’eau dans La Gave, dans le lavoir, dans la douche. Le gîte est, ce soir, un petit chalet au camping, en plein soleil de 10 à 19 h. Les moustiques rayés de blanc s’invitent à la tombée du jour sur nos jambes, pieds, cou…. Dur !


Samedi 18 juin : Monlezun

E : Aujourd’hui on a marché dans des champs sans ombre sous 40°. C’était compliqué. Je transpirais beaucoup. J’avais soif.

On dort dans un gîte où il y a des lits de camp militaires et le strict minimum pour vivre.


Clément : Les journées se ressemblent ces temps-ci : levés à la fraîche, on enchaîne les kilomètres avant la grosse chaleur (30° à 10h ce matin), on fait les courses, on prend une douche, on se barricade dans le gîte (l’ancienne salle de sieste d’une école avec les lavabos et toilettes à l’échelle des tout-petits), les volets fermés, en s'hydratant. Le soir, une salade fraîcheur et au lit. Lors de la pause à Marciac, nous avons rencontré Amira qui était, elle, partie de Paris à pied, de quoi papoter pour E, quartiers, arrondissements, arrêts de métro.


Dimanchei 19 juin : L’Isle de Noé

E : Petite étape à la fraîche. Départ à 6h30, ça faisait longtemps qu’on n’avait pas marché avec un peu de vent. Le gîte est super, draps, bon oreiller, piscine.

J’ai vu une énorme araignée rentrer dans mon sac et un serpent. Je ne savais même pas qu’il y en avait des aussi gros en France.


Clément : Les préoccupations après 52 jours de marche sont essentiellement : la météo, la nourriture, les ampoules et où dormir le soir, le reste du monde peut bien s’écrouler. Alors une chute de 20° en l’espace de quelques heures ne peut être passée sous silence ici. Marcher et sentir un petit frisson de fraîcheur étaient un délice.

Au café de Montesquiou, les “ain” deviennent des “aing” ; “putaing-con” remplace la virgule et permet d’appuyer, par exemple, l’euthanasie des 1000 canards du monsieur au comptoir parce qu’un a été testé positif à la grippe aviaire. Cela vaut bien un “putaing-con”


Lundi 20 juin : Auch

E : Aujourd'hui, on est arrivé à Auch. Un bon burger, un coiffeur et une bonne douche. Il fait plus frais, ça fait du bien.

J’ai acheté un nouveau livre, je ne lisais jamais avant et depuis Seuil, je lis des livres de 400 pages en 4 jours.

Sur la route, on a vu une famille de sangliers qui nous encerclaient presque. Heureusement, on leur a fait peur, du coup ils sont partis.


Clément : Seconde mention peu spéciale pour le Gers et ses aménagements de piètre qualité pour les chemins de GR. Nous avons marché longuement sur le bitume et parfois au bord de départementales passantes. Dans ces conditions, les kilomètres sont longs et la plante des pieds devient douloureuse. Heureusement, les gersois roulent tranquillement et leur sourire et bonne humeur font rapidement oublier l'étape un peu galère. La ville d’Auch est charmante et nous sommes logés au presbytère, juste au-dessus de chez le prêtre. Plusieurs bonnes nouvelles téléphoniques ont donné le sourire à E, le moral est au top.


Mardi 21 juin : Aubiet

E : Etape facile, on a dormi chez une famille, c’était sympa. J’ai joué un peu à la tablette avec les petits. J’ai aussi vu ma cousine qui m’a ramené à manger. J’ai pu dormir dans un grand lit seul, ça m’a fait du bien.


Clément : Le jour de l’été, le jour le plus long. La nuit la plus courte. La fête de la musique. Et nous mettons le cap vers Aubiet qui compte quelques centaines d’âmes et où seuls les coqs et les cloches joueront un peu de musique pour nous ce soir.

La terre a soif ; dans les chemins de terre, nos bâtons de marche se coincent souvent dans des craquelures, de petites crevasses qui disent silencieusement la sécheresse actuelle. On aurait presque envie de lui passer un peu de pommade Nok (la célèbre crème hydratante pour pieds des randonneurs) pour l’apaiser. Le soir, une charmante famille avec trois enfants nous accueille comme des cousins, on s’est senti comme à la maison autour de bonnes lasagnes aux courgettes. Petit clin d'œil du hasard : la cousine d’E qui est passée lui faire un bonjour, avait rencontré l’hospitalière il y a peu dans le train et avait bien sympathisé.


Mercredi 22 juin : L’Isle Jourdain

E : Aujourd’hui, 35 km. J’ai cru que j’allais en baver, mais je suis arrivé sans douleur. On a bu un verre sur une terrasse avant de manger. On a passé à côté de grandes routes, ça se voit qu’on arrive à Toulouse.


Clément : Parce que les corps sont affutés, parce que la routine de marche est bien installée, il nous fallait un petit défi pour sortir de la zone de “confort”. 34 km sont au programme aujourd’hui. Le départ à 6h45 se fait sous une lumière jaune-orangée tropicale, assombrie de nuages noirs menaçants, un régal pour les yeux. Puis les premières gouttes, le k-way, la cape protectrice du sac. On a dit : “sortir du “confort”. Finalement, il pleut juste de quoi mouiller les chaussures et rafraîchir l'atmosphère, mais pas de quoi refermer les crevasses de soif de la terre. Nous arrivons à 14h30 sans bobo, sans fatigue, sans ennui non plus. Belle “machine” que ce corps humain qui "touchons du bois", pour E et moi, n’a jamais flanché depuis le départ.

Nous ne sommes encore que tous les deux au gîte ce soir et après la douche, sieste, direction le lac loisirs et ses wakeboarders pour siroter un jus de fruit.


Jeudi 23 juin : Leguevin

E : Beaucoup de routes, plus trop de chemins, on est passé dans le 31.

Demain, Toulouse, je vais pouvoir faire les soldes avec mon argent de poche que j’ai économisé. On dort dans un petit gîte, tranquille. On a mangé une pizza à 12h. J’ai quelques ampoules qui reviennent


Clément : Au revoir le Gers, bonjour la Haute-Garonne. Toulouse est en vue, Tolosa en occitan, c’est pourquoi le chemin que nous suivons s’appelle aussi Via Tolosana. Les nuages sont toujours là, nous protégeant du soleil direct et des fortes chaleurs, mais semblant ne jamais vouloir rendre l’eau qu’ils ont emportée en l’air. Leguevin, notre étape du soir, a des allures de cité-dortoir, hébergent certainement les forces vives de Toulouse, comme en témoignent les bouchons d’automobiles à 18h, étonnant pour ce petit bourg. Au moins, à pied, jamais nous ne connaîtrons cela.


Vendredi 24 juin : Toulouse

E : Que de la route, on marche collés à l’autoroute et des ??????

On dort dans une auberge de jeunesse en plein centre ville de Toulouse. Avec mes 240 € économisés depuis le départ, je suis allé en dépenser un petit peu dans les soldes. Ce soir, je vais goûter les “grecs” de Toulouse.


Clément : Quelqu’un a dû écouter, de l’autre côté du blog, car cette nuit, la pluie finalement fut. Et c’est sous cette eau providentielle que nous commençons l’étape, E appréciant cette rareté, marcher sous la pluie et moi également. Nous redoutions les longs kilomètres de banlieue de Toulouse, mais bien que de bitumes furent faits, ils ont défilé rapidement, le tracé le long des pistes cyclables du Canal de Brienne et de la Garonne, ou encore à proximité des usines AirBus avec au sol son musée. Un Concorde divertit notre regard rompu à la paisible campagne gersoise. Et je découvre ”la ville rose” où je n’étais jamais venu. Alors ce nom poétique vient des constructions en brique dont tout le centre est fait ? Mais alors Lille, Roubaix, Valenciennes, aussi des “villes roses” ? Pourtant, au nord, la brique est plutôt liée aux activités minières et industrielles ; certainement l’éclat et la chaleur de la lumière à Toulouse donnent à ce matériau un ressenti plus doux.


Samedi 25 juin : Toulouse – Pause

E : Journée repos à Toulouse, grasse matinée, puis petit déjeuner. On a visité Toulouse et pris le métro. On est allé dans un musée cet après-midi, puis on a mangé après une glace. Je me sens fatigué.


Clément : Les jambes ne les demandent plus, les pauses, mais la tête oui, pour varier un peu les plaisirs et activités. Voilà quelques jours que nous en parlions , nous y sommes allés à Toulouse. La place du Capitole, la basilique Saint Sernin, le quartier Saint Georges. Mon réveil naturel n’étant pas réglé sur l’aube, je suis dans les rues à 7h pendant qu’E dort encore. Les rues sont vides, les premiers cafetiers sortent les tables, les boulangeries diffusent leur odeur de beurre. Puis la ville prend vie jusqu’à s’agiter : c’est un samedi de soldes ! E en profite pour dépenser ses économies méticuleusement accumulées. Au Jardin des Plantes, nous assistons au festival Saint Jean, autour de la langue occitane, puis nous allons tester notre sens critique à travers une expo interactive ludique. Allez, changeons aussi un peu les saveurs : la journée se termine dans une cantine japonaise pour déguster des ramens. E a apprécié et moi aussi


Dimanche 26 juin : Aiguesvives

E : Aujourd’hui on est parti de Toulouse pour aller à Aiguesvives. Je n'ai pas trop senti les kilomètres passer. On est de retour à la campagne. Il fait frais, ça fait du bien. En ce moment, je me sens fatigué. Ma maison me manque.


Clément : Nous nous extirpons de la “ville rose” à la fraîche, en longeant la Garonne et en croisant ses oiseaux de nuit qui rentrent se coucher, ses oiseaux du matin qui courent et ses oiseaux miséreux dans leur “bidonville”, impression douce-amère. Puis très vite nous reprenons de la hauteur, les arbres et les hautes herbes nous entourent de nouveau, seuls les avions au décollage toutes les 5 mn trahissent encore la proximité de la grande cité. Puis se succèdent un vide grenier, des petits villages en travaux, une forêt à la terre collante et le Canal du Midi que nous longeons jusqu’à notre gîte du soir.


Lundi 27 juin : Avignonet Lauragais

E : Étape sous la pluie, 25 km à côté du Canal du Midi. Toujours pareil, les paysages ne changent pas. J’ai trouvé le temps très long. Après on est allé mangé dans un restaurant chelou. Et pour finir en beauté, on dort dans une tente ce soir. Pas ouf comme journée !


Clément : A force de chanter que la pluie ne vient pas, elle a fini par m’entendre. De 9h à 12h30, une vingtaine de kilomètres sous une belle pluie constante, ni trop violente, ni trop timide, de celle que l’on trouve agréable la première heure, puis qui imbibe le pantalon, les chaussettes et les sous-vêtements à mesure que les heures passent. Depuis l’Aubrac, je n’avais pas eu envie d’une douche chaude réconfortante, c’est chose faite. Ce soir, c’est camping, dans une grande tente 3 pièces top confort, mais qui ne laisse que peu de chance à nos chaussures de sécher avant demain matin.


Mardi 28 juin : Avignonet ---> Saint Paulet

E : Aujourd’hui, étape basique, nous sommes arrivés dans un gîte que je pense être le meilleur.

Petite cabane pour nous, piscine que pour nous deux. On a très bien mangé avec la famille. Le soir, j’ai joué au foot avec leur enfant de 14 ans et leur chien.


Clément : Une étape très hydraulique aujourd’hui, longeant de nouveau le Canal du Midi et son acolyte la “Rigole de la Plaine” qui l’alimente été comme hiver. Un obélisque marque le point de séparation des eaux : à cet endroit, la moitié de l’eau part par le canal vers la Méditerranée, quand l’autre s’en va pour l’océan et ses 17° ; 2 salles, 2 ambiances. Mis en service en 1682, ce canal était une folie réalisée en seulement 15 ans par un génial Pierre-Paul Riquet et des milliers de paysans qui cherchaient du travail l’hiver. La Rigole nous conduit pour le soir jusqu’au village de Saint Paulet où une joyeuse famille avec un ado de l’âge d’E nous accueille chaleureusement. Une partie de foot ados avec leur chien termine la journée en beauté.


Mercredi 29 juin : Revel :

E : Aujourd’hui, on est arrivés à Revel. J’ai vu mes grands parents qui sont venus nous rendre visite. Ce soir, on va manger dans une pizzeria avec eux. Ça m'a fait plaisir de voir ma famille. De jour en jour, on s’approche de la fin.


Clément : Et on continue le long de la Rigole qui fait des méandres et des méandres sous les platanes qui prennent soin de notre capital soleil. Et alors que nous étions dans nos pensées au son métronomique des bâtons, deux personnes à vélo s’arrêtent à notre hauteur, ce sont les grands-parents d’E, arrivés par surprise en sens inverse ! Émotions pour tout le monde. Melon, lentilles et tomates du jardin au menu de midi pour les retrouvailles et en dessert, le colis qui m’avait été délivré à Saint-Jean-Pied-de-Port pour E. La journée se termine, après la douche et la sieste, rituelles, par une pizza plébiscitée par E sur la place carrée de la bastide de Revel.


Jeudi 30 juin : Abbaye d’Encalcat

E : Aujourd’hui, nous avons marché avec mes grands-parents jusqu’à Verdolle. Cela m’a fait plaisir de revoir la famille. Ils marchaient à la même vitesse que nous (5 km/h). Nous avons été surpris. En plus, ils ont fait le retour à pied. Nous dormons dans une abbaye avec des moines. On a une chambre chacun. Ce soir, nous mangeons avec les moines où il est interdit de parler.


Clément : Etape quatuor avec le renfort des papi et mamie d’E sous une bruine rafraîchissante, façon temps breton. La montagne noire est en vue, emmitouflée dans des nuages vaporeux. Grands Parents et petit fils échangent sur les deux mois et un jour de marche pendant que je surveille le soja pousser au bord de la route. Une soirée solennelle nous attend à l’Abbaye où nous sommes accueillis par une communauté bénédictine, pour laquelle le silence est préféré aux mots superflus. A 18h, les vêpres, une demi-heure de chant. A 19h, le repas sans paroles, si ce n’est celles d’un Frère lecteur qui lit de son micro des textes pointus et il faut le dire, abscons pour nous. Chacun dans notre cellule, nous finirons par méditer sur cette riche journée.


Vendredi 1er juillet : Castres

E : Petite étape en direction de notre prochaine pause, Castres. J’ai été surpris par le gîte, puisqu’ils étaient tous complets, on a pris un Airbnb. Chacun une chambre, une télé et un lave-linge. Ce soir, j’ai pris un tacos, ce qui m’a fait du bien.


Clément : Le Frère hôtelier nous souhaite “bon chemin”, le Frère portier nous ouvre la porte et direction la ville de nouveau. Des pentes montantes, des pentes descendantes qui tranchent avec les bords de canaux des jours précédents. Les prémices des montagnes noires qui séparent le Tarn de l’Hérault, notre département destination. Castres, toute pimpante, nous accueille sous le soleil et ses terrasses bordant l’Agout. Les logements pèlerins étaient tous complets pour cette soirée et pour la première fois, nous nous reposerons dans un petit appartement coquet où l’on se sent comme à la maison.


Samedi 2 juillet : Castres – Repos

E : Aujourd’hui, jour de repos à Castres avant la montagne noire. J’ai regardé la télé sur le canapé un bon temps de la journée. Ca c’est une vraie pause. Ce soir, j’ai mangé des tendrons qui n’étaient pas très bons. Après, on a regardé un film sur le Chemin qu’on fait qui s’intitule “The Way”.


Clément : Marche ou pas marche, les yeux s’ouvrent à 9h30, de quoi aller flâner ou marcher. Les pique-nique commencent à manquer de nouveauté, et la belle cuisine de l’appartement permet de varier le déjeuner, avec une belle dose de fruits et légumes du Tarn : la saison des melons, pêches, abricots et courgettes est lancée, à nous le plein de vitamines. Le reste de la journée coule paisiblement entre découverte de la ville, sieste et “glandouille”.

Pour une journée, on peut s'étaler sans empiéter sur les compagnons pèlerins, très vite on se sent chez nous. Le soirée se passe devant le second film emblématique de Compostelle, “The Way”, qui nous emmène dans les facéties de quatre pèlerins en Espagne et qui nous donne à voir quelques images des lieux que nos compagnons, laissés à Saint-Jean-Pied-de-Port, ont traversés.


Dimanche 3 juillet : Boissezon

E : Petite étape, direction Boissezon, j’ai trouvé le temps long. On est de retour dans la campagne pour ces derniers jours de marche. On est dans un petit gîte tranquille avec une famille de marcheurs qui fait aussi le chemin. Il y a plus de moustiques partout même à 8h, ça me gratte partout. Je viens de voir une tique qui était sur mon pied.


Clément : Petit coup de projecteur sur les boulangers qui ont jalonné notre chemin et qui chaque jour nous ravitaillent en pain, café, jus d’orange et viennoiseries pour nos petits déjeuners ou nos pauses de 10h. A vous les boulangers du chemin, merci ! Celui de ce matin, à la sortie de Castres a deviné à notre attirail que nous suivions Compostelle, ce qui nous a valu une brioche offerte de bon cœur et de bon sourire. La journée commençait bien. Puis, nous nous fondons dans la forêt et sa fraîcheur, au parfum de pin, abritant ci et là de jolies villas, abritant également des tiques, dont une que E a retrouvée vissée dans sa cheville, vite le tire-tique !


Lundi 4 juillet : Anglès

E : Ce matin, on a pris la voiture avec la dame du gîte pour retourner à Castres, car on avait oublié d’aller à la poste restante. Du coup, on est parti vers 11h pour aller à Anglès. Sur le chemin, on a fait 10 km de plus car on s’était trompés. On dort dans un gîte communal où il n’y a rien d’intéressant, du coup, je dors et je lis.


Clément : Il n’y a pas eu beaucoup de journées bancales depuis le départ, mais celle-ci en était une. Ayant oublié que les postes sont fermées le samedi après-midi, nous avons manqué la poste restante de Castres ! Profitant d’un aller-retour en voiture matinal de la “dame du gîte”, nous retournons à Castres pour récupérer notre courrier “chou blanc”. Aucune des trois lettres attendues n’était arrivée qui vient s’ajouter aux trois colis et une lettre déjà manqués, perdus dans les méandres de la logistique postale.

Le départ de l’étape est donné à 10h30 pour un parcours 100 % en forêt, aux airs de Jura, le relief me manquait et je le retrouve avec plaisir, d’autant qu’il est doux et coiffé de nuages gris rafraîchissants. Perdus dans nos pensées, nous suivons les balises rouge et blanche du GR 653 sans se rendre compte que le GR36 croise notre itinéraire. Nous le suivons sans le savoir sur 6 km, qu’il faudra refaire dans l’autre sens. Mais “le temps est bon”, le ciel est bleu, nous n’avons rien à faire, rien que d’être heureux.


Mardi 5 juillet : La Salvetat

E : Aujourd’hui, on s’est encore perdu, mais ça va tranquille on n'avait que 20 km. On est arrivé à La Salvetat, là où est faite l’eau gazeuse.

Le soir, on a mangé dans un restaurant avec comme spécialité “poisson”. J’ai pris un pavé de truite marinée aux agrumes et des frites.


Clément : Nous continuons notre traversée de la Montagne Noire qui doit son nom à la densité de sa forêt et qui se trouve être l’extrémité sud du Massif Central. Forêt dense de feuillus et conifères mélangés que traversent parfois les puissants rayons de soleil de début d’été. Du silence, le bruit du vent dans les cîmes, le tapis moelleux d'aiguilles de pin pour marcher, la fraîcheur des lacs : on y est bien dans cette Montagne Noire. Notre étape est la source de l’eau pétillante du même nom, exploitée depuis 1858, aujourd’hui propriété de Danone. Le lac de Raviège (un lac d’eau pétillante demande E ?) accompagnera notre repas du midi ; une belle journée aux allures de vacances.


Mercredi 6 juillet : Murat sur Vebre

E : Départ à 11h car j’avais un appel à 10h pour un lycée. On a marché sous le soleil, mais il y avait des arbres pour nous couvrir. On a pique-niqué au bord d’un lac avant d’arriver à Murat sur Vebre. Le gîte est flippant, on dirait des salles d’opérations. En marchant, je me suis ramassé par terre à cause d’un bâton sur le chemin.


Clément : 10h, E a rendez-vous avec son avenir : un entretien téléphonique pour entrer en CAP électricien à la rentrée prochaine. Le départ d’étape est alors donné à 11h30 et le soleil est déjà haut dans le ciel. Mais comme les choses sont bien faites, le parcours est pratiquement complètement sous les arbres. Le lac du Laouzas, toujours pas pétillant, nous accueille pour le pique-nique quotidien qui commence à manquer d’originalité. Des carpes font des plocs à la surface, entre deux tartines de fromage frais-concombre. Au camping à côté du gîte, un couple de retraités passe l’été sous la tente : originaires d’Agde, la chaleur est trop forte, ils viennent se réfugier dans la fraîcheur de la Montagne Noire : les premiers migrants intérieurs du changement climatique.


Jeudi 7 juillet : Murat - Ferme du Deves

E : Mini étape de 1h30 aujourd’hui. Nous sommes arrivés dans une ferme avec trois chiens, une chèvre apprivoisée, des vaches, des chevreaux et des poules.

On a mangé avec les gens du gîte et un enfant qui vivait une semaine là-bas (accueil pédagogique). On est partis dans la forêt aller voir la cascade. J’ai joué avec la chèvre et comme elle me chargeait, j’étais obligé de courir.


Clément : Huit tout petit kilomètres soufflés à la tramontane pour atteindre 1000m et la paisible ferme d’Anne et Claude : vaches, bisons, chèvres, poules et chiens. E est dans son élément. L’après-midi s’écoule doucement. Un jeune, en séjour à la ferme, tape la balle avec E avant la balade à la petite cascade. Le soir, à table, un conducteur d’engins pour installer de nouvelles éoliennes est présent. Voilà un moment que nous n’avions pas partagé une tablée familiale et joyeuse comme celle-ci.


Vendredi 8 juillet : Saint Gervais sur Mare

E : Petite étape encore, sur le chemin, on a vu un chien tout maigre enfermé par un grillage. Sûrement un chien de chasse. Je lui ai donné à manger, il était tout content


Clément : Alors que les enfants sans avoir à se dépêcher pour leur premier jour de grandes vacances, nous quittons la ferme et sa fraîcheur de 900m. Chaque centaine de mètres perdus s’accompagne de chants de cigales supplémentaires et la sensation du sud méditerranéen se fait de plus en plus sentir. Saint Gervais nous accueille à midi dans une torpeur caractéristique, mais, vaillants, le bistrot du centre nous servira le plat du jour à côté d’un groupe de randonneurs qui eux, font le tour de la montagne de Caroux. Et nous retrouvons notre solitude dans un gîte fraîchement rénové d’une centaine de m2, tous volets fermés pour garder un peu de fraîcheur.


Samedi 9 juillet : Lunas

E : A l’heure où je vous parle, je suis par terre à 500 m d’altitude, dans mon duvet avec des moustiques partout. On a décidé de dormir dehors cette nuit. C’est flippant, on dirait qu’à tout moment il y a un tueur qui débarque. On voit les étoiles et la lune, c’est beau.


Clément : Parmi les petits challenges “sortie de zone de confort”, il y avait celui de passer une nuit dehors, et comme nous n’avons pas de tente, ça veut dire à la belle étoile. Et c’est aujourd’hui. Après une belle étape escarpée et sur un bon repas du soir, nous repartons à la recherche d’un pré dégagé, moins générateur de frousse qu’un sous-bois sombre. Puis on déballe le sac de couchage face au premier quartier de lune et au son des grillons. E a tenu à emporter une bougie à la citronnelle contre les moustiques qui ont l'air de la trouver très à leur goût, mais qui donne un côté champêtre à notre “campement”. Voyons combien d’heures de sommeil, nous saurons tirer de cette expérience.


Dimanche 10 juillet : Lodève

E : Bon, cette nuit à la belle étoile, j’ai très mal dormi. Un anti-moustiques + une bougie anti-moustiques, on s’est quand même fait piquer. Etape sous le soleil interminable avec presque pas d’ombre. Le gîte est sympa, demain, nous ne ferons pas la pause pour être plus rapidement à Montpellier.


Clément : …5h environ. Endormis à 1h après que les moustiques nous oublient un peu, que la lune se couche et que la température dans le sac de couchage baisse, les yeux se ferment. Le matin, c’est un chien faisant sa promenade avec son maître en voiture, qui nous réveille. Malgré cela, l'expérience est chouette, les fleurs bleues du pré, fermées hier soir, s’ouvrent en même temps que nous étalons la confiture sur notre pain, le soleil rasant des matins d’été éclairant la scène. L’étape jusqu’à Lodève nous amène à une ambiance de plus en plus méditerranéenne. Ce soir, la ville fête sa “cavalcade”, défilé de chars, bandas et danseurs partout : Trois pèlerins se joignent à nous, fraîchement partis d’Arles et de la nouveauté plein les yeux ; bon chemin à vous Gilles, Caline et Honorio


Lundi 11 juillet : Saint Jean de Blaquière

E : Aujourd’hui, on a sauté le jour de repos. J’ai récupéré mes colis à la poste et départ à 9h30. On marche sous le soleil, les paysages ont changé, on se croirait dans le désert. On dort dans le gîte communal de Saint Jean de la Blaquière où il fait très chaud.


Clément : Après la nuit riquiqui de la veille, la grosse caisse et les trompettes n’auront pas sur nous de nous tenir éveillés plus de 5 mn une fois allongés. Le départ de l’étape est tardif pour récupérer le dernier colis en poste restante pour E, toujours plein de friandises et de jolis mots.

La terre des chemins est devenue ocre, la végétation est plus basse, comme baissant la tête pour s’éloigner un peu du soleil et les feuilles s’épaississent. Au village de Saint Jean, seul le camion “pizza” nous épargne le paquet de pâtes de secours. Les voisins de table, des pieds noirs espagnols, racontent la vie du sud et félicitent E pour son “incroyable périple”.:


Mardi 12 juillet : Saint Guilhem le Désert

E : Etape de 23 km pour Saint Guilhem le Désert, il fait de plus en plus chaud; Ces paysages sont beaux, nous sommes allés nous baigner dans une rivière où l’on pouvait sauter dans l’eau. On dort dans une abbaye en plein centre de Saint Guilhem..


Clément : Plusieurs fois le nom de ce village nous est venu aux oreilles par les pèlerins marchant vers Santiago. L’étape qui nous y mène part du plateau couvert de vignes pour l’AOC Languedoc et monte au Roc de la Bessone, à 516 m au-dessus de la mer et surplombant un cirque vertigineux ne laissant voir jusqu'à l’horizon, aucune maison, ni route.

Au village, l'afflux de touristes est un peu déconcertant, tout pomponnés et parfumés.

Une baignade dans l’Hérault en contrebas du Pont du Diable nous rafraîchit avant de flâner dans les ruelles à la tombée du jour.

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