Marche de Antxxx
- 29 avr.
- 77 min de lecture
Dernière mise à jour : 24 juil.
Marche de Antxxx accompagné par Gaétan, puis Charles
Mardi 28 avril : Le Puy en Velay
A : Je suis arrivé hier au Puy en Velay. J’ai rejoint Jean-Michel, responsable de la marche, et mon accompagnant Gaétan.
Hier quand je suis rentré, je ne me sentais pas très bien car il fallait prendre le temps de s’habituer, mais aujourd’hui, cela va mieux.
Ce matin, on a marché à peu près 10 bornes pour s’entraîner avant demain le grand départ.
Depuis que je suis là, j’ai déjà mangé trois fois au restaurant… Ça promet ! Je sens que cette marche va être bénéfique pour mieux préparer mon avenir et réfléchir aux actes posés dans mon passé.
Gaétan : Arrivée la veille, nous commençons ce matin notre 2ème jour. Les sacs sont prêts. Une petite marche de préparation jusqu’à midi et nous voilà encore au resto. Je dis “encore” car c’est le troisième en 2 jours. A trop bien manger, on ne veut plus partir !!
L’après-midi est pluvieuse. On oubliera les visites pour se concentrer sur l’essentiel.
D’abord, nos coquilles Saint Jacques pour être reconnus comme des pèlerins. Puis, notre second et dernier objectif, on y revient toujours, la nourriture. Après quelques courses pour demain, on se dit qu’on peut cuisiner ce soir. Le “on” n'insistera pas, A a pris le pouvoir dans la cuisine. A l’odeur que je sens en écrivant ces lignes, je vais accepter sans peine ce coup d’état culinaire.
Mercredi 29 avril
A : Aujourd’hui, le temps semble très long. On a attaqué la marche vers 8h suite à la messe du grand départ au Puy en Velay.
On est arrivés à environ 12h à la première étape au village de Bains. J’ai marché trop vite, donc je m’ennuie dans le gîte à la longue, mais bon, j’essaie de relativiser et de me dire que c’est juste le temps de s‘adapter à ce nouvel environnement. Je pense beaucoup à mon petit frère et à ma mère. Ils me manquent beaucoup, surtout mon petit frère de 2 ans, depuis 1 an je ne le vois plus trop grandir.
Gaétan : Les portes de la cathédrale s’ouvrent, enfin le grand départ ! ou pas. Le repas du midi était resté dans le frigo de l'appartement. Après avoir récupéré nos précieuses victuailles, nous voilà partis sur le chemin. Je dois freiner A qui semble déterminé à rejoindre le gîte du soir à 10h du matin. Nous y arriverons à 12h30. Notre logement est le gîte de la “Maison Jaune” à Bains. Un lieu fort convivial qui annonce de belles rencontres sur tout le voyage.
Jeudi 30 avril : Monistrol
A : Aujourd’hui, ça va faire 2 jours qu’on marche et j’ai l’impression que cela va de moins en moins bien, je ne sais pas si c’est le manque ou le fait qu’avec mon accompagnant, nous ne sommes d’accord sur aucun point, peut-être un mélange des deux.
En tout cas, le fait de marcher me plait beaucoup, même si j’aimerais accélérer le pas. Quand je rentre au gîte, le soir, je me sens très seul. Tout le monde discute entre eux, sauf moi. Je suis dans mon coin et je pense à ma famille et à ce que j'ai fait pour en arriver là. En tout cas, j'espère mieux m’entendre avec Gaétan, sinon, je ne tiendrai pas.
Gaétan : Ce matin, pas de réveil, l'étape est courte. On ne se presse pas pour partir, A. marche toujours à bon rythme. Vers 13h, après le repas, le ciel se voile et la pluie tombe. On fera la descente jusqu’à Monistrol à vive allure pour rejoindre notre logement du soir.
Dur d’écrire d’autres infos sur la journée après avoir lu le contenu du blog de A. C’est dur de penser que le plus gros frein de sa marche, c’est ma manière de l’accompagner. Je n’ai pas encore les solutions mais j'espère sincèrement le voir faire cette marche dans les meilleures conditions.
Vendredi 1er mai : Saugues
A : Ça va faire 3 jours que je marche avec mon accompagnant et j’ai l’impression qu’on arrive de mieux en mieux à se comprendre. Lui et moi on n’a pas vraiment de point en commun, mais je pense qu’on pourrait s’apporter des choses mutuellement. On a marché 13 km mais avec 3,7 km de montée pour prendre 500 m d’altitude, c’était cardio… Ce midi, on s’est arrêtés manger des sandwichs faits maison, dans un super endroit.
Ce soir, on mange un kébab. Les gens sont tous souriants sur ce chemin, ça change de l’habitude.
Gaétan : La pluie est là à notre réveil. Elle tape sur la toile épaisse de notre tente dortoir. N’étant pas pressés, on l’a laissé s’arrêter avant de commencer à marcher. Les 4 premiers kilomètres sont accompagnés de 500 m de dénivelé positif. Bref, c’est raide ! A. me dit qu’on ne pourra sûrement jamais voir pire. Je souris en lui parlant des Pyrénées. Mais pas d'inquiétude, nos jambes seront prêtes à ce moment-là.
Notre gîte de ce soir est à Saugues, territoire de la bête du Gévaudan. Une photo devant un loup en bois géant, un resto, et nous pouvons après tout ça, profiter d’une bonne nuit.
Samedi 2 mai
A : Ça va faire 4 jours que je marche et j’aime de plus en plus l'effet que cela fait. Aujourd’hui, j’ai eu un gros coup de mou à cause d’une mauvaise nouvelle annoncée par ma mère. Je trouve ça dommage de ne pas être proche de ma famille dans les moments difficiles, mais bon, il faut absolument que je finisse cette marche pour être tout le temps présent pour eux. Aujourd’hui, on a trop bien mangé (midi et soir)
Je t’aime ma l … : ♥️ C’est la fin
Gaétan : Toujours pas de réveil aux aurores, nous avons encore une petite étape. On part à 10h avec pour seule nourriture des barres de céréales et des paquets chips.
Finalement, on marche 10 km d’une traite, avant de trouver une ferme où manger. Notre nourriture ne sortira pas du sac car les sandwichs sont énormes. Le ventre bien plein, on finit les 4 derniers kilomètres qui nous séparent d’une autre ferme, celle où nous dormirons. Le repas est excellent car préparé par un cuistot de cette chèvrerie avec leurs produits.
Dimanche 3 mai :
A : Aujourd’hui, je me suis levé en ayant mal à la tête et au ventre. Du coup, j’ai pu faire la grasse matinée jusqu’à 10h30. Pendant la marche, je n’étais pas trop d’humeur, mais dès que je suis arrivé au gîte de “La Tortue et du Lièvre”, je n’ai pas pu m’empêcher d’être joyeux en découvrant les gentilles personnes qui nous ont accueillis. Avant de venir marcher sur Compostelle, je n’aurais jamais imaginé rencontrer des personnes aussi vraies et bienveillantes que dans ce gîte. Je me suis senti à ma place et surtout loin des préjugés habituels. Ça m’a un peu fait penser lorsque j’allais chez mes arrières grands parents. Il faudrait plus de personnes comme ça avec un si un grand cœur et surtout passionnées de ce qu’ils font. On a mangé comme des rois et discuté comme des personnes qui se connaissaient depuis longtemps. On aurait presque envie d’y rester.
Gaétan : Petite devinette : quel est le point commun entre le foin, les lentilles du Puy et la citre ? Dans notre gîte, la ferme d’Adrien, la réponse est que l’on peut transformer les 3 en d’excellentes confitures.
Le chemin du jour est sauvage, on marche dans des forêts de résineux ou au milieu de grands pâturages. On est mieux entre les arbres car le vent est encore bien présent
Ce soir, nos hôtes sont : Marie et Louis. Il est difficile d’expliquer la grandeur de l’accueil que nous avons reçu. Nous avons mangé comme des rois, avec, en plus, des anecdotes et discussions des plus rigolotes et captivantes.
Lundi 4 mai : Aumont-Aubrac
A : Aujourd’hui, la marche était trop facile et dans la bonne humeur, malgré le mauvais temps. J’ai réussi à ne fumer que 5 cigarettes de toute la journée. Le gîte où nous nous sommes arrêtés à Aumont Aubrac n'est pas terrible, mais bon ça fera l’affaire pour cette nuit. C’est sûr que comparer à la nuit dernière, ça n’a rien à voir.
Ce soir, j’ai mangé un cassoulet en conserve, c’était trop bon. Je n’avais pas trop envie d’aligot saucisses car dans ma région on en mange tout le temps.
Avec Gaétan, ça va pas trop, j’ai l’impression que je n’arriverais jamais à m’entendre avec lui. Il me suit de partout comme si j’allais m'échapper. Je n’arrive pas à lui faire comprendre que Seuil est ma dernière chance et qu’en aucun cas l’idée de fuguer m’est passée par la tête. Le pire c’est qu’il m’a mis la honte deux fois aujourd'hui. Il a dit devant une dame qu’il était à deux doigts d’appeler le responsable de marche, car il m’avait cherché 15 mn. J’ai quand même le droit d’aller aux toilettes, non ? et la deuxième fois il est venu en me disant encore devant une dame que j’avais mal étendu ma serviette. Pour certains, ça ne paraîtrait vraiment rien, mais pour moi, ça devient lourd. Je ne suis pas un enfant !
Gaétan : Ce matin, nous quittons Louis et Marie après une bonne nuit de sommeil et un petit déjeuner copieux. Le ciel passe du blanc au noir, au gris tout au long de la journée. Pas de bleu, mais peu de pluie, ce n’est pas la météo parfaite, mais on avance sans avoir trop chaud au moins. Les paysages ressemblent à ceux d'hier. On monte et redescend plusieurs fois sur des routes carrossables et des petits sentiers. On arrive en début d’après-midi à Aumont-Aubrac un peu trop en avance en prévision de la longue journée de demain.
Mardi 5 mai : Nasbinals
A : Aujourd’hui, je me suis senti super bien ; dans les gîtes, il y a de plus en plus de jeunes et avec Gaetan ça s’est mieux passé. Je pense que petit à petit, nous sommes en train de créer un lien en évitant les sources de conflit.
On a marché 27 bornes à fond. On ne s’est pas arrêtés pour manger jusqu’à Nasbinals dans un super restaurant de la région, même Gaetan a trouvé son bonheur sans viande. Ce n’était pas simple dans l’Aubrac (mdr).
Je peux vous dire qu’à la fin, j’avais bien mal aux jambes, mais bon ça en valait le coup.
En découvrant le gîte de ce soir, il n’y a presque que des jeunes dans notre dortoir. Il y a même quelqu’un qui avait dormi avec nous à La Tortue et au Lièvre.
Aujourd’hui, je me sens bien, même si je pense encore à la mauvaise nouvelle de ma mère. J’espère vraiment que cette marche va me permettre de réfléchir sur les actes que j’ai pu faire.
Gaëtan : Je suis tiré du lit par A qui est visiblement tombé du sien. Le petit déjeuner est à base de crème de marron. Nous l’avalons rapidement pour partir avant 8h30. Pour la suite, les paysages défilent à une vitesse impressionnante. Nous aurions peut-être dû dire à nos jambes de s’arrêter, mais à quelques kilomètres de la fin, nos estomacs grognaient.
On termine le parcours de la journée au restaurant.
L’après-midi sert encore à reposer nos jambes. Il nous reste deux jours pour faire une vraie pause.
Mercredi 6 mai : Nasbinals
A : C’était carré, on a marché 16 km avec quelqu'un qu’on a rencontré au gîte la nuit dernière. D’ailleurs, c’était un très bon gîte convivial, tout le monde était sympa, particulièrement les deux filles du dortoir.
A midi, on a mangé une sorte de pizza qu'on a achetée dans une boulangerie de Nasbinals. Quand on est arrivés au camping ce soir, on comptait faire une machine et faire sécher notre linge au sèche-linge, mais on a fini par étendre le linge, espérant qu’il soit sec demain.
On a passé tellement de temps à s’occuper de la machine que le magasin où l’on devait aller pour le repas de ce soir a eu le temps d'ouvrir et de fermer… Quel dommage, on a dû manger au restaurant…. dégoutés.
Demain, on a 25 bornes à faire jusqu'à Espalion, donc je vais aller dormir.
Gaetan : Notre gîte de la nuit était une ancienne grange. Elle nous a offert une soirée très conviviale hier et une bonne nuit de sommeil. Nos hôtes viennent nous encourager pour notre départ. Le trajet n’est pas compliqué, mais le froid est mordant. Les paysages de l'Aubrac ont toujours ce côté hors du temps. Alors quand le brouillard et, de temps à autre, une pluie fine nous accompagne dans notre marche, on pourrait se croire en Irlande.
L’après-midi, une fois rendus à notre camping du soir, nous avons une succession de petites galères. La pire est le sèche-linge qui, après nous avoir pris 6 €, refuse de fonctionner. Quand il pleut dehors, la nouvelle n’est pas bonne. On espère que tout sera sec demain.
Jeudi 7 mai
A : Aujourd’hui bonne journée dans l’ensemble. A midi, j’ai mangé une pizza savoyarde qui était très bonne, mais je n’ai pas pu la finir, sinon je ne serais jamais reparti.
On a marché 23 bornes avec une seule pause, je ne l’ai pas tellement senti passer.
Ce soir, une rencontre nous a fait d’excellentes pâtes au pesto. On s’est bien régalés.
Il est déjà tard, donc je n’ai pas trop envie d’écrire
Gaetan : Je commençais à me demander si voir A se réveiller avant moi allait être une habitude. Ce matin, en tout cas, c’est moi qui joue le réveil à 9h15.
L’arrivée dans la vallée du Lot est agréable. On sent les degrés qui remontent, d’autant que le soleil est de retour.
Ce soir, on fait du troc avec une autre marcheuse. Elle nous laisse utiliser sa machine à laver et sèche-linge en échange, elle peut se servir de notre cuisine. Le résultat des vêtements propres et un repas partagé très convivial
Vendredi 8 mai : Espalion
A : Aujourd’hui, le jour de repos était trop bien. J’ai fait une grasse matinée jusqu’à midi et on a bien mangé, le matin et le soir, (un peu trop sucrée l’omelette). J’aime de mieux en mieux la relation avec mon accompagnant, même si ce soir il a eu un peu peur car je me suis un peu éloigné pour fumer, c’est vrai que j’ai un peu abusé, mais bon, je ne faisais rien de mal à part être proche de la rivière. J’y étais car lorsque j’étais petit j'habitais à Espalion et que je me posais tout le temps là-bas.
Gaetan : Premier jour de repos, cela fait du bien de profiter d’un grand lit pour récupérer. Si A a pu faire une grasse matinée, j’avais pour ma part assez de sommeil à 8h. J’en ai donc profité pour récupérer un pain et des crêpes à un stand de marche installé sous notre fenêtre. Le reste de la journée on l’a passé à marcher. A voulait faire un foot, je souhaitais lire. Il n'y a que des enfants au city stade et je n’ai pas de banc au soleil. Bref, on se retrouve sur notre jour de pause à marcher sans but dans Espalion. Il faut croire qu’on est assez reposés.
Samedi 9 mai : Estaing
A : Aujourd’hui, on a marché 13 km, j’ai eu l’impression que c’était super simple, en plus, on a revu tout le temps la même personne sur le chemin. Ça fait plaisir. On a mangé un petit déjeuner vers 11h et on s’est arrêtés pour manger des frites vers 14h (on a été invités). Ça m’a fait plaisir car dans les gîtes tout le monde me trouve gentil et tout le monde se demande ce que je fais à Seuil.
Avec Gaétan, ça va nickel, j’ai encore oublié d’appeler ma mère. Il faut que j’y pense demain.
Bisous à mon père, ma mère et mon petit frère.
Gaétan : Aujourd’hui, on re-démarre tranquillement avec 13 km. Pas question de se presser d’autant que notre gîte n’ouvre qu’à 15h. Alors A a dormi jusqu’à 10h et nous avons quitté Espalion qu’à 12h. Les paysages sont vallonnés. On laisse le Lot pour prendre de la hauteur et profiter d’un tour d’horizon sur l'Aveyron. Puis on redescend pour rejoindre Estaing, village de notre étape du soir.
Dimanche 10 mai :
A : Aujourd’hui, on a marché 13 km et j’ai eu une douleur à l’arrière du genou en arrivant. C’est l’anniversaire de Gaétan, donc des pèlerins nous ont acheté un dessert, c’était très bon, le midi on a mangé dans un restaurant.
Gaétan : Après avoir profité de la matinée sans réveil, le départ à 8h30 au plus tard est un peu dur. Le début du parcours se fait sur une route déserte qui suit le Lot. On avance ainsi au milieu d’une forêt verdoyante. Le décor ne nous quitte pas mais on prend un peu de hauteur pour retrouver une vision plus vaste de l’Aveyron.
La saison d'été n’étant pas encore là, notre plan pour midi est fermé. Par chance, un petit restaurant à côté de notre gîte est ouvert. La fin d’après-midi se fait au chaud devant la cheminée car un gros orage nous passe au-dessus de la tête. On espère voir le soleil revenir demain.
Lundi 11 mai : Conques
A : Aujourd’hui, on a marché 20 km, mais en marchant doucement, le temps est passé super vite presque sans parler de la marche. A midi, on s’est arrêtés dans une épicerie exprès pour les pèlerins. On a rencontré un autre binôme de Seuil. Ce soir, on mange dans une crêperie. C’était trop bon. Ensuite, je suis allé voir un concert de deux femmes dans la cathédrale de Conques, mais j’ai fini par vite sortir.
Gaétan : Difficile de croire au retour du soleil quand le réveil sonne. Une brume épaisse entoure notre gîte. Mais elle se dissipe le temps de notre marche, jusqu’à Conques. Nous passons après une longue descente dans le village d’Espeyrac. Une petite épicerie nous permet de nous ravitailler, avant de parcourir les 10 derniers kilomètres qui nous séparent de Conques. L’après-midi est assez longue pour nous permettre de faire un petit tour du village avant d’aller manger dans une excellente crêperie ce soir.
Mardi 12 mai
A : Aujourd’hui, on a marché 24 km en ne faisant qu’une pause à midi. On a mangé un sandwich acheté le matin à la boulangerie de Conques. On a marché lentement pour arriver vers 16h au gîte de La Vita é Bella. C’est un italien qui nous a accueillis et on a mangé des super pâtes à la sauce tomate et en dessert on a mangé une crêpe au chocolat avec des fruits. Le mec du camping était grave un bon, je ne sais pas comment il a su, mais il a découvert qu’on était de Seuil et il a été super bienveillant.
Gaetan : Pour arriver dans la vallée de Conques, il nous a fallu descendre une partie raide. Nous avons donc une petite idée du départ d’aujourd’hui. Nous n’avons pas été déçus !! La montée est plus proche de l’ascension d’une montagne que du chemin du promeneur. Le reste de la journée se fait au sommet d’une arête entre deux vallées. La vue à 360° est magnifique.
Nous décidons de prendre un raccourci pour éviter Decazeville, ce dernier nous oblige à parcourir plusieurs kilomètres sur le goudron, surface bien dure pour nos pieds, même avec de bonnes chaussures.
C’est bien fatigués que nous arrivons à notre gîte du soir “La Vita é Bella
Mercredi 13 mai : Capdenac
A : Aujourd’hui, on s’est levés à 7h40 pour partir vers 9h30 en direction Capdenac gare sur le chemin, ça me rappelle quand j’allais chez mon arrière-grand-mère à Figeac. Un mélange de bons et de mauvais souvenirs à la fin de sa vie. On a marché 25 km en s’arrêtant manger un sandwich à midi. Une dame, très accueillante, m’a offert une sucrerie en découvrant que j’étais de Seuil. Aujourd’hui et hier soir, je n’ai rencontré que des personnes avec une histoire de vie pas facile et franchement ça change des gens qui n’ont rien à raconter
Gaetan : Après avoir bien profité de notre gîte, nous reprenons notre marche pour 23 km comme la veille. Il y a d’ailleurs beaucoup de ressemblances entre hier et aujourd’hui. D’abord, une montée pour commencer, puis de beaux panoramas et enfin on finit en marchant sur la route hors du tracé du GR65.
La veille nous avons fait ce choix pour prendre un raccourci. Aujourd’hui, ce choix s’impose car on ne trouve pas de gîte à un prix raisonnable. Tout est complet. Nous finissons donc notre journée à Capdenac. Les réservations pour les prochains jours vont visiblement être compliquées avec le week-end de Pentecôte.
Jeudi 14 mai
A : Aujourd'hui, j’ai commencé à vive allure avant de m’arrêter à midi pour manger un sandwich … encore. J’ai marché devant Gaëtan, c’était assez bien. Sur l’arrivée, au gîte, j’avais un peu mal aux jambes, mais comme à chaque fois, le lendemain ça va mieux. J’ai de plus en plus hâte de revoir mon père, ma mère et mon p’tit frère
Gaetan : L’objectif de la matinée : trouver où dormir : l’idée d’origine était de faire la Voie du Célé, mais l’importante fréquentation du chemin, en ce mois de mai, nous a obligé à revenir sur le GR 65. Après de nombreux appels, notre route est tracée pour les prochains jours et on peut se mettre en marche.
Le gîte de ce soir est une ancienne forge d’un maréchal ferrant. Les radiateurs nous offrent un vrai réconfort face à la pluie qui tombe sur le vélux.
Vendredi 15 mai
A : Aujourd’hui, j’ai marché un peu devant Gaétan tout du long. On s’est arrêtés manger un sandwich qui était beaucoup trop cher pour ce que c’était.
Ce soir, j’ai cuisiné des wraps au poulet, c’était assez bon.
J’aimerais voir ma famille de plus en plus.
Gaetan : Le temps commence à devenir une notion compliquée. On se perd dans les jours et le début du voyage semble déjà si loin. Le rythme des journées se ressemble. Le changement marquant du jour est notre repas : des fajitas avec du poulet pané. Un délice après une journée sous des averses
Samedi 16 mai
A : Aujourd’hui, on a marché 18 km. J’ai l’impression de ne plus sentir l’effort
A midi, on a mangé un taboulé avec une boisson. Ce soir, c’est pâtes au fromage
Gaetan : Le chemin offre bien des surprises, celle de ce matin était de commencer en douceur sur les rives du Lot, avant de faire un virage, pour gravir un escalier aux marches inclinées. Une invention idéale pour redescendre faire une baignade si on loupe la marche.
Les averses nous suivent toujours.
Impatients de faire une journée en tee shirt sans sortir la cape de pluie
Dimanche 17 mai
A : Aujourd’hui, c’était une bonne journée avec un peu mal aux jambes. J’ai mangé un sandwich avec deux boîtes, préparé le soir. J’ai bien dormi.
Gaëtan : Ce n’est pas aujourd’hui que nous marcherons sans la cape de pluie. Les averses s’enchaînent ce matin. Dur de quitter la chaleur de notre gîte. L’étape est courte de seulement 16 km. Le gîte du soir est une caravane. Les sous de la location permettent au couple qui la gère de faire fonctionner leur association. C’est un refuge pour animaux. Nous sommes entourés par des poules, chèvres, cheval….
Lundi 18 mai
A : Aujourd’hui c’est le jour de pause le premier soir à Cahors. On a mangé un pique-nique qu’on nous a préparé au gîte, en arrivant on a bu un coca gratuit et pris la demi-pension.
Gaëtan : La marche a semblé particulièrement longue aujourd’hui. Il nous faut parcourir 23Km avant de rejoindre Cahors. Après seulement quelques kilomètres parcourus, j’ai une douleur sur le haut du pied. Nous avons donc beaucoup de distance à parcourir mais plus lentement. Ce soir nous partageons la table du gîte avec d’autres pèlerins, car pour une première depuis plusieurs jours, nous sommes en demi- pension.
Mardi 19 mai
A : Aujourd’hui on a fait la pause à Cahors, on est sorti du gîte vers 9H00 et on a déjeuné à la mie câline, ensuite on est allé dans un resto chinois, et on a fait un escape game. Avec Gaëtan on va à Figeac demain pour changer d’accompagnant.
Gaëtan : Jour de repos, après un petit déjeuner à la mie câline, on passe la matinée à chercher une activité. L’envie d’A. se porte sur un escape game d’horreur, après une heure et quelques frayeurs, on se dirige ensuite vers le coiffeur. Une erreur de date nous oblige à reporte ce rafraîchissement capillaire. La fin de la journée se fera au gîte.
Mercredi 20 mai
A : Aujourd’hui on a déjeuné à la mie câline et on a mangé un hamburger à Cahors. On a pris le bus jusqu’à Figeac. On a posé les sacs au gîte. On a été au cinéma voir le film Bagarre puis on a mangé. On a pris demi-pension au gîte, j’ai croisé des collègues à Figeac.
Gaëtan : Retour sur Figeac en bus. Nous allons rester ici jusqu’à samedi. L’après-midi est passée à toute vitesse en allant au cinéma.
Jeudi 21 mai
A : Aujourd’hui on a mangé un kebab et le soir on a mangé au gîte en demi-pension. Dans l’après-midi on a joué au bowling.
Gaëtan : La transition entre le froid des trois dernières semaines et aujourd’hui est rude. On a marché 2 kilomètres pour faire un bowling. Mais même sans les sacs à dos on transpire. A. fait une partie à 151 points. Il n’y aura pas eu de compétition. Je journée se finit avec un repas partagé avec trop de pèlerins.
Vendredi 22 Mai
A : Aujourd’hui on a été cherché des vélos après avoir déjeuner à la mie câline. On est allé jusqu’au village d’Assier où on a pris notre repas du midi. Je suis tombé à force de lever, je me suis niqué le coude. Le soir on a mangé un plat réchauffé.
Gaëtan : Journée vélo aujourd’hui. Après avoir récupérer nos montures, nous avons suivi le Célé jusqu’à Corn. A partir de là, on grimpe pour rejoindre Assier. Un repas plus tard, nous repartons vers Figeac sous un soleil de plomb. Cela va bien avec le nom du gîte de ce soir Soleilho.
Samedi 23 mai
A : Ce matin il y avait le marché à Figeac et on a acheté des nouilles chinoises avec des cannelés puis on est allés à la gare attendre Charles. Avant que Charles n’arrive je sentais Gaëtan un peu triste, je ne lui ai pas montré mais j’ai quand même un peu culpabilisé. Charles est arrivé avec de la bonne humeur et j’ai accroché direct. On a été voir un match de rugby dans un café puis on a été faire des courses pour manger du poulet dans un pain kebab. J’ai vraiment l’impression que cela va mieux se passer.
Charles : Jour 1 pour moi, jour 27 pour A. Il va falloir me mettre à niveau et au pas de course ! Heureusement je peux compter sur un triple coaching intensifié : - 8H : Jean-Michel (le responsable de marche)- 14H : Gaëtan- 14H / 18H : A. lui-même. On a flâné dans le charmant bourg de Figeac en apprenant à se connaître. En chemin, on s’est arrêtés prendre un allongé en regardant Bordeaux mettre une clim aux Irlandais du Leinster. Pour les amateurs on parle de rugby. Score final : 41-19. J’appréhendais un peu d’arriver en cours de marche, mais finalement ça permet à A. de m’expliquer ce qu’il a appris en trois semaines et me faire visiter Figeac qu’il connait comme sa poche. Il me tarde de commencer à marcher. J’ai des fourmis dans les mollets.
Dimanche 24 mai
A : Aujourd’hui on a pris une chocolatine et pris le train jusqu’à Moissac. On a acheté à manger dans une sorte de kébab, et manger des churros à la fête foraine. Ce soir demi-pension avec un super cassoulet.
Charles : J2 Moissac. Bus pour Cahors, train pour Montauban, train pour Moissac. C’est la journée interail. Le guide n’était pas mauvais, topo sur la vallée du Célé que l’on passe à toute vitesse en bus, les bonnes adresses de Cahors. Première embrouille au sein du binôme, chacun campe sur sa position : A. préférait acheter un Yacht, moi un château dans le lot. On s’est mis d’accord pour inviter l’autre en cas d’achat, c’est déjà ça. Et il faut dire que l’échéance n’est pas immédiate, ces jours de sédentaire creusant notre déficit budgétaire. A. pense souvent avoir raison moi aussi. A. aime les paris moi aussi. O a donc décidé d’institutionnaliser ces paris (par exemple : « quel chien à la mâchoire la plus puissante ? ») et de commencer un score cumulé. Bilan en fin de journée : 3/0 pour A. La clim. Comme le Leinster d’hier, si vous suivez. On a voulu faire de la bouée tractée sur l’eau. C’était fermé. On s’est rabattus sur baignade et tentatives de saltos dans le Tarn. Notre budget nous en remercie. On s’est bien marrés. Fin de journée avec une montagne de churros puis un Himalaya de Cassoulet. Diner animé au gîte. On recommande chaudement l’adresse d’Agnès B. (la vraie) l’auberge des chemins à Moissac. PS : pour info, c’était le Kangal (le chien avec la mâchoire la plus puissante). Il reste 2 mois à A., lis-moi bien, je vais finir par te battre.
Lundi 25 mai
A : Aujourd’hui on s’est réveillés à 7H58 en se faisant engueuler par Agnès car le déjeuner allé être rangé. Cela ne m’a pas empêché de rester au lit encore une quinzaine de minutes. On a marché environ 18 bornes en longeant le canal. On s’est arrêtés à mi-chemin pour manger une crêpe et boire un coca, j’ai l’impression de voir des cœurs dans les cailloux et dans les arbres. Ce soir en arrivant au gîte une dame super gentille avec une hospitalité tout autant sympa nous a très bien accueillis. On a joué du ukulélé jusqu’à tard et notre hôte à proposer de nous accompagner au saxo. J’ai vraiment envie de savoir bien jouer d’ici la fin de la marche.
Charles : J3 Espalais. « Il est 7H58, le petit déjeuner termine dans 2 minutes ». Réveil difficile et abrupte (à défaut d’être matinal) pour notre duo qui a découvert la jeunesse des environs à la fête foraine de Moissac la veille au soir. Avec un ciel si bas un canal s’est creusé (…), le plat le long du chemin de halage. Crêpe-café au bord de l’écluse 28. On débute l’apprentissage de « Riptide » au Ukulélé. Cela ne ressemble pas à grand-chose, mais les gens nous prédisent un grand avenir. On fait confiance aux gens. Fou rire le soir quand notre hôte, Aurélie, demande devant l’assiette restée du clafouti aux cerises : « A. ils sont où les noyaux ? ». Bon appétit !
Mardi 26 mai : 4ème jour - Castet Arrouy
A : Aujourd’hui, je me suis levé vers 8h et on a déjeuné avec un gâteau au chocolat. On est partis et je me suis aperçu que j’avais oublié ma montre, donc on a fait demi-tour et on a bien fait car j’avais oublié quelque chose d’autre. On a pris un café et un sirop et on a mangé à Saint Antoine. Je déconseille l’adresse “il ne faut pas aller là-bas ! On a payé presque 40 € pour manger un vieux sandwich et une brioche perdue un peu ancienne. Ensuite, on a marché jusqu’au gîte communal Le Casse-Tête et le soir on a mangé un cassoulet en conserve. J’ai joué à la pétanque avec un daron anglais “Tim”. La dame qui nous a accueillis nous a offert une boisson et un pack de coca.
Charles : Fraîcheur du Gers ! 35° annoncés dans l’après-midi.
Départ à 8h30, 30 mn de retard suite à un manque de coordination hospitalière. Responsabilité partagée.
A 1,6 km du gîte, A réalise avoir oublié sa montre. On décide d’y repasser. Heureusement. Il y avait aussi la serviette et le baume à lèvres. 9h30, cette fois, on est partis. Le soleil aussi. Plus on avance et plus il tape. Mais on est bagarreurs, on file droit. Déjeuner sans commentaire, je sais que A va se lâcher. Tout le monde veut jouer de notre ukulélé, on se fait des copains, à défaut de progresser. A marque deux points supplémentaires aux paris : 5 à 1. C’est dur.
Et donc oui, les anglais mangent de la viande (10-15 % de leur alimentation), ça nous fera une belle jambe.
Mercredi 27 mai : 5ème jour - La Romieu
A : Aujourd’hui, on a marché 32 km sous le soleil et la chaleur ; on est partis vers 8h et on s’est arrêtés à 10 km pour manger des crêpes, un coca et un panini. kébab + sandwich et une tarte pour Charles tout ça pour 11 €. On est repartis et on a fait des petites pauses tout au long du chemin, c’est horrible car mon eau dans la gourde finit chaude en 20 mn. On est arrivés vers 16h30 à La Romieu et on a mangé un camembert rôti avec une boisson et une glace. Ce soir, l'ambiance du gîte est très musicale.
Charles : Grosse journée en vue, 32 km sous 32°, dans le 32 (Gers) Premier arrêt au bout de 12 km : Lectoure. On aperçoit la ville de loin, éblouissante de sa blancheur. La cathédrale (magnifique) laisse A indifférent. La sortie de la ville par les remparts et surtout la vue des sommets enneigés des Pyrénées beaucoup moins.
Allez savoir pourquoi nous nous sommes dit que la sortie de Lectoure correspond à la moitié de la journée. Alors qu’il restait 24 long kilomètres que l’on va abattre centimètre par centimètre, sous un soleil de plomb.
On pleure la disparition des haies gersoises. La dernière heure est quasi en silence tellement nous n'avons qu'une hâte : arriver. Ça vaut le coup : le village de La Romieu est magnifique avec son énorme collégiale. On est merveilleusement reçu chez Laurent. Et on a la surprise d’avoir le dîner offert (on avait acheté des pâtes), grâce à la générosité des pèlerins qui ont laissé une pièce dans la boîte “pour Seuil”.
(5/3 sur les paris (la remontada !)
Jeudi 28 mai : 6ème jour
A : Aujourd’hui, j’ai fait une grasse matinée jusqu’à 10h et on a passé la fin de matinée avec les gens du gîte. C’était trop bien, c’était des bons.
On a marché, puis mangé des sandwichs qu’on avait achetés le matin. Un peu après, on a passé 1h30 dans un lac.
En arrivant au gîte de ce soir, j’ai été très déçu par la dame qui nous a accueillis.
Ce soir on a mangé au restaurant chinois. J’ai hâte de retrouver ma vie normale.
Charles : Soirée extraordinaire. Hier soir avec Laurent, Rose et Thomas Tout en musique : guitare, ukulélé, piano et chant. A s'est même couché aux aurores.
Journée la plus chaude de la semaine 37° à l’ombre. Le départ à 11h30 n’arrange rien.
Deux moments mémorables : le calme et la sérénité depuis le belvédère du jardin de la chapelle Sainte Germaine, un havre de paix.
Des plongeons, des rires, de la fraîcheur dans le lac, de la fraîcheur dans le lac de la Bousquetara.
Première vraie petite tension ce soir qui cristallise sur le lieu du chemin sous fond de fatigue et frustration sur notre lieu d’hébergement.
Une bonne nuit de sommeil et des étapes raisonnables nous attendent. C'est parfait !
Vendredi 29 mai
A : Aujourd’hui, on est partis à 10h et on a marché assez vite, suis assez triste parce que demain c’est mon anniversaire et que je le passe loin de ma famille, en plus dans 3 jours ça va faire un an que je suis placé, donc pas trop le moral. Aujourd’hui avec Charles, on s'est un peu fâchés, mais rien de grave, on en a parlé calmement après s’être baignés dans un super lac et avoir fait un concours de plongeons. Ce soir, en arrivant au gîte du Mille Bornes, j’ai rencontré un super couple très gentil.
Charles : A est un peu triste ce matin, moi toujours un peu frustré, une chaleur écrasante qui nous monte à la tête. Le ton monte et on se prend la tête pour une histoire nulle sur les applications qui donnent gratuitement de l'argent quand on marche. On avait tous les deux besoins que “ça sorte”.
3 km à marcher en silence ; un sandwich au rocamadour fondu (dans le sac). On ne parle pas d’une recette hipster à Montréal (du Gers, hein) et deux plongeons dans l'eau ; plus tard, nous revenons calmement sur nos petites tensions que nous démêlons.
L’hygiène d’une relation c’est la discussion, la lâcheté, le silence.
On n’a pas fait nos Pélé.
Donc fin de journée apaisée et rafraîchie. Nous sommes reçus comme des rois au gîte des Mille Bornes. Allez-y, courez-y !
Les plus perspicaces auront noté… plus de 1000 km jusqu’à Saint Jacques.
Demain journée tranquille pour l’anniversaire de A
Samedi 30 mai : 8ème jour – Eauze
A : Aujourd’hui, je me suis levé à 11h dans un mobilhome que le gérant du gîte nous avait prêté pour mon anniversaire, c’était vraiment deux personnes avec le coeur sur la main et bien plus que généreuses. On est restés jusqu’à 14h, en prenant deux sandwichs et des boissons. Après avoir marché 7 km, on s'est posés en terrasse pour regarder la finale de la Ligue des Champions (Paris vainqueur).
Le soir, on a mangé au Loft, c’était trop bon et très généreux, j'aurais quand même réussi à passer un bon anniversaire loin de ma famille.
Charles : Matinée très tranquille. Florence et Bernard laissent dormir A pour son anniversaire. Les pèlerins passent, on gratte le ukulélé et à 11h, A se lève sous un Joyeux Anniversaire chanté par le groupe attablé et que nous commençons à connaître. Il est un peu gêné, c’est mignon.
On a un mal fou à s'extirper de ce lieu où on est si bien. Heureusement, on re-croisera Florence et Bernard au Pays Basque dans une semaine.
Deux petites heures de marche pour arriver à Eauze. Tout droit, tout plat sur la Voie Verte. Plus sympa à vélo qu’à pied.
En début de soirée, on reparle PSG/Arsenal dans un bar puis on se retourne le bide dans un restaurant spécialités du Gers : Le Loft/Bar
A titre d’illustration dans l’entrée : croustille au foie gras, il n’était pas aisé de trouver les croustilles sous un océan de foie gras.
Un bel anniversaire gersois.
Dimanche 31 mai : Nogaro (9ème jour)
A : Aujourd’hui, on est partis à 9h et on a déjeuné dans un café avec une chocolatine et un pain suisse qu’on avait achetés le matin dans une boulangerie. Ensuite on a marché 20 km en faisant une pause au “gîte du Bonheur”. On a mangé un sandwich avec un coca. On est arrivés à Nogaro vers 16h et j’ai eu le droit à mon premier temps libre de 45 mn. Ce soir, on a mangé un super kébab dans Nogaro.
Charles : Le chemin, c’est des rencontres, c’est des paysages, le ciel bleu, des centres villes à couper le souffle.
Aujourd’hui, rien de tout ça. Une journée en apparence tout à fait banale mais qui se prête à une compensation ininterrompue avec mon collègue A. Au cours d’une discussion qui balaie notre passé et l’après-marche, A glisse “même moi, je sens que je ne réfléchis plus comme avant”. Discrètement de mon côté du chemin, j’esquisse un sourire. Comme on nous le répète : “le chemin travaille en nous” !
Une semaine que nous marchons ensemble et pourtant j’ai l’impression bien plus. A la fois vis-à -vis de la relation que l'on a tissée mais aussi une certaine fatigue, un sentiment d’éloignement. Trois mois de marche me semblaient être une formalité. Après une semaine, je suis admiratif du mois de marche de A.
D’après mes calculs, on frôle 3600 calories par jour. Heureusement au vu des menus que, j’en suis certain, A va vous détailler.
8 à 4 sur les paris.
Lundi 1er juin : Aire sur l’Adour (10ème jour)
A : Aujourd’hui, on est partis à 9h du matin, on s'est fait un peu pressés par les dames du gîte communal. On a déjeuné en rapide et on est partis sur le chemin avec Charles. Le sujet était sur les militaires, sur un hélicoptère de la base militaire de Mont de Marsans. A midi, on s’est arrêtés chez une dame et un monsieur avec une fille de 4 mois qui vendaient à manger, en petites quantités, mais quand même bon.
J’ai rencontré un monsieur que j'avais déjà croisé avec Gaétan au gîte de ce soir, c'était super, le mec trop drôle et gentil.
Charles : Ah les charmes du Gers ! S’ils existent, ne venez pas les chercher par ici. Entre le gîte adjacent au circuit de motos de Nogaro, les grandes lignes droites goudronnées, les champs de maïs et l’arrivée par la zone commerciale de Barcelone du Gers et Aire sur l'Adour, circulez, rien à voir. On continue à croiser exclusivement des pèlerins de plus de 70 ans. Pas certain qu’A trouve l’amour ici.
Sinon, l'ambiance dans notre meute de deux loups est toujours bonne. Le zénith de ma journée reste la soirée. Gustativement A nous régale en plat de cannellonis avec une sauce maison qui comporte au moins une dizaine d’épices et d’herbes du gîte. Miam ! Les pèlerins qui mangeaient à côté nous jalousaient. On aurait aimé partager mais 500g pour deux, c’est déjà régime.
Super accueil chez Stéphane du gîte “A la Maison”.
Mardi 2 juin : Pimbo
A : Hier, je suis parti vers 9h tout seul pour commencer à marcher en semi-autonomie et nous nous sommes rejoints devant une église à mi-chemin. On a fini le trajet ensemble et en arrivant, on a mangé une crêpe, une glace et deux boissons. Je suis malade depuis deux jours. J’espère que ça ira mieux
Charles : Ce matin, c’est semi-autonomie pour A. Il part 30 mn devant moi et on a rendez-vous 18 km plus loin, devant l’église de Miramont-Sensacq.
En découle deux premières dans notre marche : d’abord A se réveille et se lève avant moi. J’ai été tenté de traîner sous la couette pour le pousser à devoir me réveiller de force.
Ensuite, première fois que je vois A plus de cinq minutes dans une église, celle de Miramont où il a trouvé refuge dans cette journée pluvieuse.
Ce soir, c’est dîner international, un espagnol, un anglais et un suisse allemand : Jon, Pascal et Enrique. Je vous laisse retrouver la nationalité de chacun. Véritable tour de Babel sans langue commune, la traduction parfois fallacieuse est de mise.
“Oui, il a dit quelle chance as-tu A de profiter de la voix de Charles quand il chante, jusqu’à Saint Jacques”. Jouissez de votre qualité de lecteur de chaque chronique chantée, vous seriez des auditeurs désabusés.
Mercredi 3 juin : 12ème jour – Pomps
A : Aujourd’hui, on est partis vers 9h à grande vitesse jusqu’à 8 km où l’on a mangé dans une super boulangerie, un sandwich au saumon et un muffin au chocolat. Je suis malade depuis deux jours, donc je ne dors pas beaucoup et les journées semblent longues.
En arrivant au gîte de ce soir, je n’ai qu'une hâte c'est de m’endormir.
Sur le chemin on a vue sur les Pyrénées tout du long.
On est passés dans une épicerie avec des gens très gentils.
Charles : Ah les Pyrénées ! Elles sont là au réveil, barrant l’horizon avec leurs sommets enneigés. On reconnaît même le Pic du Midi d’Ossau et sa dent.
On les avait entre-aperçues il y a une semaine exactement à Lectoure, derrière un voile à la limite de l’horizon, comme un mirage, aujourd’hui, elles sont là et s’imposent. On s’y dirige tout droit, comme un défi, puis on s’oriente Sud-Ouest.
Une idée presque rassurante émerge, celle d’avoir à notre gauche pendant les quatre prochains jours des camarades de marche. En parlant de compères de marche, on enchaîne depuis dix jours les chassés-croisés avec les mêmes marcheurs. Jen et Pascal bien sûr, mais surtout l’iconique Gamon Vert, dont nous avons bien entendu oublié le nom. Une sorte de Rambo, Crado, jardinier que nous retrouvons au gré des hasards quasi tous les jours depuis Moissac.
Sinon grosse journée de 28 km, un peu difficile pour A, mais il a tenu bon. J’en suis admiratif.
Demain, c’est 18 km en totale autonomie. Sous la pluie. On s’approche du Pays Basque.
Jeudi 4 juin : Maslacq
A : Aujourd’hui on est partis vers 7h30 du gîte et j’ai marché une journée entière en autonomie. La pluie m’a tapé un peu sur le système, le fait d’être malade, c’était horrible. Je me suis arrêté dans tous les endroits où je pouvais boire un coup et manger un petit truc.
Ce soir, le monsieur du gîte était trop marrant, je vais dormir tôt.
Charles : Aujourd’hui, on s’est réveillés à 8h et sommes partis à 9h. J’ai mangé le reste de daube (comprendre bœuf bourguignon) et les pâtes qu’on n’avait pas terminées hier. Burger basque à la boulangerie d’Arthez de Béarn. De la pluie toute la journée.
Au dîner, nous avons finalement pris la demi-pension avec du pâté au piment d’Espelette, des haricots avec du jambon cuit dans de la graisse de canard, la tomme des Pyrénées et un gâteau au yaourt citronné. C’était très bon.
Vendredi 5 - Samedi 6 - Dimanche 7 juin : Navarrenx - Harambeltz - Ostabat
A : Aujourd’hui, je me suis levé à 7h30 et on est restés jusqu’à 10h30 dans le gîte. Hier soir, on a vu un spectacle au gîte, le comédien était le gérant du Mille Bornes.
Ça va faire maintenant une semaine que je suis malade et j'ai été chez le médecin hier, il m’a donné un antibiotique.
Charles : Trois jours en une rubrique. Un mélange de flemme, de maladie et de trop beaux paysages pour se concentrer.
Vendredi : grosse marche de 25 km à bon rythme pour Navarrenx où l’on dort chez L’Alchimiste. Un personnage du chemin. A est toujours un peu malade.
Réveil aux aurores pour notre plus grosse journée (40 km) pour Harambeltz. Départ à la frontale dans la forêt. Sublime !
A 10 km, on s’arrête pour faire une pause. A attrape froid, petite hypothermie. On a un peu trop tardé à prendre la maladie de A au sérieux. On rectifie le tir avec le trio : médecin, analyse, pharmacie. La prescription tombe. Repos.
On finit l’étape en stop pour arriver chez Marie Etchepoa où on a la chance d’assister au spectacle de Bernard du Mille Bornes.
Le lendemain, petite frustration pour A qui apprend que l’on passe la journée de récupération à Ostabat (100 habitants) et non à Saint Jean Pied de Port (1 500 habitants)
Finalement après un plouf dans la piscine et un dîner convivial, tout va mieux.
Demain 20 km pour Saint Jean Pied de Port
Lundi 8 juin : J 17 - Saint Jean Pied de Port
A : Aujourd’hui, je suis parti à 8h45 du gîte et j’ai marché en autonomie jusqu’à Saint Jean le Vieux. J’ai attendu un petit peu Charles, mais pas de chance la boulangerie était fermée, donc on a été manger au resto à Saint Jean Pied de Port. Ce soir, on retrouve nos amis au gîte, aujourd’hui c’était la dernière étape avant l’Espagne. J’ai hâte de croiser plus de jeunes
Charles : Départ de Ostabat ce matin, des collines vertes, de la pluie, des moutons et des maisons blanches aux volets rouges. Ah ! Le beau Pays Basque ! Ce matin, c’est vacances pour moi (donc semi-autonomie pour A). J’en profite pour discuter avec d’autres pèlerins, taper un bout de fromage à la ferme, prendre le temps. Quand je retrouve A à Saint Jean le Vieux, il est particulièrement tendu. Il a tracé et m’attend depuis plus d’une heure. Il a faim et le temps que j’arrive (avec les sous) la seule boulangerie a fermé. Ventre qui crie famine et bouche qui crie sa peine. On marche à 8 km/h vers Saint Jean Pied de Port. Tension palpable.
Tout se dénoue avec une assiette et un coca devant nous. Ouf !
On profite de Saint Jean Pied de Port avec des copains pèlerins (pas Gamm Vert malheureusement) notamment Franck, tout jeune retraité, qui se lie d’amitié avec A.
Demain, jour de pause. On a négocié avec le gîte de pouvoir rester dormir quand les autres pèlerins sont jetés dehors à 8h. Merci A !
Mardi 9 juin : Saint Jean Pied de Port
A : Aujourd’hui, c’était la journée de pause et on s’est levés à 9h50 du matin pour aller déjeuner à la boulangerie et manger à midi au restaurant chinois. Cet après-midi, on a fait des tours dans la ville et ce soir, demi-pension. On est allés manger une crêpe avec Franck.
Charles : Réveil à 10h pour A qui a dévoré les premières pages d’un livre hier soir. J’ai presque du mal à y croire.
Journée tranquille à buller dans la vieille ville de Saint Jean Pied de Port. On prépare la traversée des Pyrénées et on accorde le ukulélé.
España, on arrive !!
Mercredi 10 juin : J 19 – Roncesvalles
A : Aujourd’hui, on a commencé à marcher à 9h du matin pour commencer le passage des Pyrénées, on a eu de la chance ? il a fait beau tout du long. J’ai adoré cette étape, des vautours nous ont survolés tout du long. Ils étaient au moins 60. On a vu une carcasse de jument qui avait été dévorée il y a pas longtemps. Les gens parlent de cette étape comme si elle était super compliquée, mais la beauté efface les mauvais côtés.
Charles : « C’est l’étape la plus dure »
« Il faut partir à 6h »
« Les bons marcheurs y mettent 8 heures »
"1300 m de D+, l'enfer du nord"
Leçon du jour : ne pas écouter les gens.
Encore moins les hospitaliers américains de 70 ans en surpoids de l’accueil pèlerins de Saint Jean Pied de Port.
Départ 9h10, comme des fleurs. Après une dernière chocolatine (et deux crêpes pour A).
Et ensuite ?
Bah, on a marché sur les Pyrénées. Tellement rapidement, qu’on leur aurait roulé dessus.
Le PGV (pèlerin grande vitesse) leur est passé dessus.
On décompte plus de 70 victimes laissées sur le bas-côté. De notre perspective ils faisaient du moonwalk.
Au-delà de la vitesse, la vue !! Des montagnes vertes, des nuages que l’on transperce, des troupeaux de brebis et pottoks en liberté.
Et surtout des vautours ! 70 vautours (un par victime de tout à l’heure apparemment), qui passent 3 m au-dessus de nous, se posent à 5 mètres, repartent.
Un festival !
Arrivée à Roncevaux, on perd 15°C et 30 ans d’âge moyen pèlerin.
Après un dîner entouré d’Italiens et quelques rencontres sans mot, A se chauffe à se mettre à l’anglais.
Ladies... be ready
Jeudi 11 - Vendredi 12 juin : Zubiri - Pampelune (J19 - 20)
A : Hier soir, la soirée a été mouvementée, un mec a appelé la police, car il a eu peur que je sois quelqu’un venu voler…un gros **, j’ai passé la nuit au CEE en Espagne, c’était mieux qu'en France même si j’attendais d’être libéré le plus vite possible.
La ville de Pampelune est trop bien, j’ai jamais vu autant de jeunes depuis le début du chemin, ça fait une motivation pour finir la marche et revenir en vacances.
Merci à Charles et à tous les gens qui m’accompagnent de s’être démenés.
Charles : Jour 1 en Espagne…… qui se termine…. au commissariat et avec un placement en foyer pour mineurs. Performance sans précédent. Du 100 %. On en rigole avec les policiers en s’imaginant ce que pourrait nous réserver le jour 40. On vous explique.
Après une journée de marche ensoleillée et roulante, une courte disparition d’A dans l’après-midi qui a fait remonter le rythme cardiaque, un pèlerin de notre auberge prend A qui sort du gîte, pour un voleur, sûrement un” casquetophobe” et appelle la police. Le contrôle aboutit sur une irrégularité administrative qui oblige les policiers à garder A au poste, puis en foyer. Je passe la journée à batailler avec la police et l’administration espagnole (merci Mme Rivière, ma prof de prépa).
Grâce à l’équipe de Seuil, on arrive à faire évader A, cette fois légalement. On fête ça avec un gros burger king et un tour dans le centre-ville, le plus animé que j’aie été amené à visiter.
Bientôt dodo et retour à notre routine de pèlerins.
Le PGV repart.
Samedi 13 juin : Puente la Reina
A : Aujourd’hui, on est partis un peu avant 8h30 du gîte et on a déjeuné à la boulangerie (les chocolatines sont super sucrées en Espagne). On est partis à vive allure pour manger un hamburger. 7 km avant le village d’arrivée, en arrivant au village, il y avait une fête avec des gens alcoolisés à 16h…. On a été à l’ouverture de la piscine municipale.
Hier soir j'ai pris une grosse décision.
Charles : ça cogne et ça cognera. 35°C à l’ombre, et il n’y en a pas sur le chemin qui monte lentement vers une ligne de crêtes de 13 km plus loin. La vue vaut le coup. Et puis ça descend tranquillement sur 14 km jusqu’à Puente la Reina. La piscine municipale nous offre un rafraîchissement bienvenu.
Extinction des feux à 22h, exténués.
23 km demain, mais ça va, il ne fera que 34 °c.
Dimanche 14 juin : Estella
A : Aujourd’hui, on a marché 23 km en plein soleil sans un moment à l’ombre, il faisait très chaud, c’était lourd avec un pic à 40°c. A midi on a mangé au village d'arrivée. On a rencontré un espagnol, c’est un bon, il est drôle, mais il était énervé car il a oublié et perdu ses chaussettes et son short.
Il nous a fait goûter un plat espagnol qui ressemble au cassoulet.
Charles : Boom, boom rayons de soleil dans tes ojos
A est en grande forme aujourd'hui. Il marche fort et parle quasi toute la journée avec Dani, un espagnol, prof de paddle tennis, qui a beaucoup voyagé. A dirait ”c’est un bon”.
Visuellement, ça ressemble à l’Espagne, un champ de blé doré à gauche, des vignes à droite, aucune ombre, sauf sous quelques oliviers au loin qui entourent un vieux monastère.
Le kiff de la journée ? un burger à l’ombre, à 15h, une fois arrivés.
Lundi 15 - Los Arcos
A : Aujourd’hui, c’était marche en autonomie. On est partis à 9h du matin (peut-être une erreur ?) je pense que oui car il faisait très chaud dès 9h du matin, mais bon, je n'ai toujours pas pris la décision de partir plus tôt au grand désespoir de Charles. Peut-être commencer à changer de stratège à la meseta car j'ai eu un avant-goût, atténué à la fin de l'étape d'aujourd'hui
Depuis deux jours, en rentrant au gîte, je me suis mis à faire de la musculation, mon défi… le tenir sur le temps et devenir plus stock que mon père.
J’aime beaucoup quand dans la journée on retrouve notre ami Franck, c’est vraiment une bonne personne qui prend le temps d'écouter les autres, malgré le tas de choses qu'il a à raconter et son histoire de vie difficile.
Bref, demain rebelote, avec toujours autant de chaleur sur la tête des plus ou moins PGV
Charles : Journée sous l’auspice de la sérendipité.
Je vous laisse regarder la définition, le concept est joli.
La providence nous joue des (beaux) tours aujourd’hui : un ticket trouvé ce matin par terre donnant droit à une sangria gratuite, une fontaine de vin gratuite -
Je vous rassure A ne l’a pas vue - A se voit donner au gîte d’arrivée des bâtons de marche de compétition, 3 jours après que quelqu’un lui a pris le sien, notre ami Franck qui croise par hasard la première personne (Anne) qu’il a rencontrée au Puy-au-Velay ou encore ma voisine de dortoir qui lit le livre (Martin Eden) que j’ai laissé à Roncevaux.
Quelques anecdotes à l’image du chemin, plein de rencontres, de lâcher prise, d’inattendus, de hasards.
Grand clec celui-ci qui saurait prédire les fruits que portera le chemin aujourd’hui ou demain.
Sinon, c’était journée d’autonomie pour A.
Ça fait du bien de marcher séparément et de se retrouver en début d’après-midi avec chaque jour le même constat : « J’ai tracé »
Mardi 16 juin : Logroño
A : Aujourd’hui, départ à 8h en allant déjeuner avec une fille dormant au même dortoir que nous la veille. On a marché avec elle tout le début de matinée et on a retrouvé Franck au café à mi-chemin pour finalement finir la marche en discutant de notre passé. On est arrivés à Logroño vers 15h et la ville semblait assez calme.
Première surprise, l’auberge municipale était temporairement fermée, donc on a choisi l’auberge la plus proche à défaut de perdre la jolie italienne. J’espère retrouver tout le monde ce soir. Première fois depuis le début du chemin que je mangeais Macdo. On s’est bien cassés le ventre et Charles a offert le Macdo pour ne pas niquer le budget. Merci.
Le soir, on a été voir le match de la France, le premier, se terminant avec succès 3-1 pour la France, avec nos amis on avait parié sur le score, aucun a eu raison, on n’est pas très fort.
Demain lever du “PGV” à 7h.
Charles : Journée de 28km sous forte chaleur.
A est en super forme et de bonne humeur. C’est un kiff !
Pour lui faire plaisir, à l’arrivée au gîte, on prend un bus pour éclater un Macdo sur une zone commerciale en périphérie de Logroño (capitale de la Rioja). Sur le chemin, A me pointe toutes les Audi RS que l'on croise. Il me fait bien rire.
Le soir on profite d'être en ville pour prendre des pintxos et regarder le match de l'équipe de France. Je remonte d'ailleurs sur les paris : 7 à 8 pour A
Mercredi 17 juin : Najera
A : Aujourd’hui, on est partis à 8h30 du matin et on a déjeuné en plein centre de Logroño. On se met un peu aux horaires espagnols c’est-à-dire, ce midi, on a mangé à 16h30 un kébab moins bon qu'en France, mais ça passe.
J’ai l’impression que les hospitaliers dans les auberges espagnoles sont d’une chiantitude olympique, pour eux les horaires, c’est les horaires, et si jamais ce n'est pas respecté, ils te parlent comme une m…Je respecte et admire les gens qui arrivent à rester calmes.
Ce soir, on va passer notre dernière soirée avec Béranger car il trouve qu’un bon pélerinage ne se faisant pas qu’avec les mêmes personnes et qu’il faut changer d’air. Je suis entièrement d’accord.
Charles : Plus que 589 km pour Compostelle...
C'est donc la journée du 1000eme kilomètre pour Antoni !! Un vaillant !
Impression d'être des poulets en rôtisserie aujourd'hui, jetés sur les chemins, brûlés, assoiffés, exténués. C’est ça que vous voulez ? (petite référence à un grand film).
Chose incroyable, en début de journée, nous sommes tombés sur un écureuil roux, qui est venu manger dans la main d'A. Magnifique!
Arrivée à Najera vers 15h. Une douche, un verre d’eau et... un kebab. La recuperación al l'espagnol comme ils l'appellent ici.
Rapide visite du très beau monastère. Un bain glacé dans la rivière Najerilla.
Une soupe chinoise au poulet offerte par les collègues de marche. Et hop la journée est déjà terminée.
Vivement demain
Jeudi 18 juin : Santo Domingo de la Calzada
A : Aujourd’hui c’était une nouvelle marche en autonomie “for me”. J’essaye de travailler mon anglais et mon espagnol par-ce-que je n’arrive pas à parler aux gens. Je suis souvent avec un groupe que j’ai rencontré, il y a deux frères québécois, un irlandais et un mec de Taiwan, ça m’aide vachement parce que quand je ne comprends pas, les deux québécois se traduisent. Au fait, ce sont des grands malades, le soir en rentrant après avoir marché 30 km, ils partent courir 10 km de plus “non fumeurs, bien sûr”
Ce matin on a laissé notre ami Dani faire plus de kilomètres et on le verra sûrement plus, pour sceller ça, il nous a discrètement offert le petit déjeuner et il est parti sans nous le dire.
Ce midi, en arrivant au gîte, une dame m’a proposé et même insisté pour me payer mon repas, car elle était admirative que je fasse le chemin à mon âge.
Horrible, j’ai dû manger au restaurant. J’ai l’impression qu’à force d’être souvent avec Franck, Chloé, Béranger et les deux Anne, on commence à les faire ch… et puis même les gêner.
Ça me dérange car je ne ressens pas du tout la même chose vis-à-vis d’eux et du coup, je prends le choix de m’écarter d’eux, même si Charles me propose d’aller boire un coup avec eux. Je refuse, je trouve que le chemin prend beaucoup trop de routine et j’aimerais grossir les étapes, mais bon apparemment ce n’est pas possible à cause des fortes chaleurs. Bref, demain rebelotte, toujours la même chose. Une impatience envie que ce soit fini commence à s’installer.
Charles : Que de générosité croisée sur le chemin !
Combien de fois en France un verre, un repas ou une nuit nous ont été offerts.
Ce matin, notre copain espagnol Dani paye le petit déjeuner discrètement et part avant que nous puissions le remercier. Sur le chemin, un couple d'italiens inconnus me tend une pomme. A se fait inviter par une vieille au resto #golddigger
Derrière cette générosité, je vois aussi une manière discrète, un geste pudique de dire à A qu'ils croient en lui, lui donner un peu de force pour aller au bout de son chemin et faire grandir sa confiance en l'autre.
En parlant d ́A, il reste dans une forme internationale depuis les 24h en foyer à Pampelune. A se demander si ça ne fonctionne pas comme dispositif. J’y penserai s’il me refait des siennes.
Je le vois évoluer, dans sa façon de penser, interagir, se projeter, gérer ses émotions.
Quel kiff !
Vendredi 19 juin : Belorado
A : Aujourd'hui, réveil en sursaut avec la tête de Charles en face de moi (je pense qu’il en a fait exprès). C’était assez drôle.
Les journées sont assez longues à cause de la chaleur. A chaque fin, j’ai bien hâte de finir. Ça va faire 5 jours qu’on est tout le temps dans le même gîte que les autres pèlerins. A force j’arrive à créer des liens. C’est bizarre avec Franck et le groupe, je sens que cela va mieux. J’ai toujours i*** préféré dans le gîte, ça fait plaisir.
Bientôt Burgos, j’ai hâte.
Charles : La purge.
Un marcheur avisé vous dirait : "l’important n’est pas le combien, mais le comment".
Comprendre : le nombre de kilomètres importe moins que les conditions.
Et bien aujourd'hui, nos 21km ont paru bien longs.
34° à l’ombre, et d’ombre il n’en eut jamais un atome, tout en longeant une route nationale très passante.
En fin de journée, la chaleur étouffante purge via un énorme orage.
Cette journée rend le chemin long et l’arrivée lointaine.
Elle renforce également mon admiration pour A qui tient bon depuis le Puy. Il devient également, de plus en plus, un moteur positif dans notre duo.
Sombrero ! (Ça veut dire 'Chapeau !' en espagnol
Samedi 20 juin - Agés
A : n’a pas écrit
Charles : Une “napolitaine” à la main (comprendre chocolatine espagnole), A réussit à négocier une journée d’autonomie avec notre responsable de marche.
Le chemin est beau aujourd'hui.
Les champs de blé sont de plus en plus vallonnés en passant par Tosantos Espinosa del Camino. La forêt apparaît timidement et se rapproche doucement. On y entre après Villafranca Montes de Oca.
Quel plaisir de changer d’environnement et d’avoir de l’ombre. 17 km de kiff.
Je retrouve A à Agés. Comme d’hab, il a envoyé.
Dans ce tout petit village, on profite de la présence de tous les pèlerins avec qui on a tissé des amitiés depuis quelques jours. On se perdra probablement de vue après Burgos.
On fête ça par une grande tablée dans un burger.
A est un peu moins en forme aujourd'hui et a plus de mal à profiter de l’ambiance festive. Il se couche tôt, sans souhaiter écrire son blog.
Demain est un autre jour !
Dimanche 21 juin - Burgos
A : Aujourd’hui départ à 8h environ, le plus tôt que j’aie fait jusqu’à présent. Le chemin ne m’a pas paru si long que ça malgré les 23 km car on aperçoit Burgos jusqu’à 5 km. Franchement, pour une ville de 190 000 habitants, ce n'est pas ouf. J’ai préféré 100 fois plus Pamplona. On a regardé le match Espagne contre l’Arabie Saoudite, 5-0 pour l’Espagne. J’ai hâte de voir le match Espagne- France si il en a un.
Ce midi, gros burger dans un fast-food et ce soir, crêpe et kebab, que de la diète.
Demain jour de pause, donc on change de groupe
Charles : Dès le réveil, je comprends que le sommeil n’a pas effacé la mauvaise humeur d’A. Après un petit déjeuner en silence, il marche 100 mètres devant moi. Mes quelques tentatives de créer un contact avortent systématiquement. Je le laisse tranquille.
Et puis, le chemin n’est pas moche. Une montée en plein cagnard nous réserve une vue sur 180 sur la plaine de Burgos.
Petit stress à 5km de l’arrivée : j’ai perdu A. Ou plutôt il m’a semé.
Je lui ai laissé prendre le large en lui demandant de m’attendre avant les villages et intersections car il y a plusieurs chemins à la fin. Ça ne manque pas il rate l’embranchement. J'écris à tout le monde de me prévenir s’ils retrouvent A. En 30min, il est retrouvé... devant un mcdo. J’aurais pu m’en douter !
En parlant gastronomie, on profite de notre présence dans la ville de la Morcilla de Burgos (du boudin noir quoi, on a ça aussi chez nous) pour manger burger à midi et kebab le soir. Miam
Lundi 22 juin Burgos - Jour de repos
A : Aujourd’hui, c’était la journée de pause tant attendue de ma part, mais au final c’est pas si fou. On a perdu le groupe avec qui on avait créé quelques liens ; es gens de l’auberge de ce soir sont trop bizarres. J’épargne les détails pour les sensibles, mais c’est pas très fin.
Ce matin, je me suis réveillé vers 10h, et on a déjeuné dans un grand café où il faisait des viennoiseries espagnoles.
On a été à Décathlon et j’ai acheté une paire de chaussures et de chaussettes de compétition.
Cela va faire trois repas qu’on mange que des fast-food à part ce soir, c’est tapas.
On a rejoint Franck, comme à chaque fois d’ailleurs.
En partant de Décathlon, on a fait du stop et une Fiat 500 avec une miss monde à l’intérieur qui a hésité à nous prendre, mais en nous voyant galérer, elle s’est arrêtée et le coup de foudre (mdr)
Charles : Vous pensiez que le Cid était de Corneille. Sachez qu'il est de Burgos.
On profite de la vie dans la capitale de la Castille et Léon.
Ukulele sur les bords de la Arlanzon (qui fait penser à l'Orne - c'est un jeu de mot géographie) pour Charles, réveil à 10h30 pour A, qui a veillé le soir devant la première télé que l'on a depuis un mois et demi.
Le renouvellement de la paire de chaussures d'A nous sert d'excuses pour passer 1h dans le Décathlon en périphérie de Burgos climatisé, aujourd'hui ça avait son importance. A ne manquera pas de vous raconter le retour.
Balade dans la ville, chicken fast-food à midi (on ne change pas prévenait Céline) et tapas le soir. A, fin gourmet, annonce préférer les tapas au chicken.
Sur le trajet de retour, je retrouve une Suédoise que l'on avait perdu de vue, et que l'on perdra de nouveau vite demain car elle fait une pause.
L'impression d'être un train qui chemine vers Compostelle. Assignés par hasard dans un wagon où l'on rencontre des gens sympathiques, on connaît l'existence de wagons devant et derrière, probablement aussi sympas, mais que l'on ne rencontrera pas. Tchou Tchou
Mardi 23 juin : Hornillos del Camino
A : Aujourd’hui, départ à 8h30 de l’auberge municipale après un jour de repos agréable.
Le départ se fait en silence pendant à peu près 8 bornes. Je pense qu’à force de s’être installés dans une routine, on finit par s’ennuyer et je pense qu’il faudrait un peu plus de temps en autonomie, mais ce n’est pas possible.
Vers la fin de l’étape d’aujourd’hui, on a attaqué “le plateau de blé insupportable”. Je sens que cette grosse semaine va être longue, mais bon, je veux finir cette marche
Charles : Y a du soleil et pas d'nana, ça c'est la Meseta tatatitatata.
La chaleur nous fait avoir des conversations absurdes. Comme "de droite ou de gauche ?". Des cigarettes roulées : de gauche ; une Mercedes : de droite.
On pressent déjà que les 140 prochains kilomètres, identiques aux 20 d'aujourd'hui, vont être longs. D'autant plus qu'il y a moins de francophones pour nous faire sortir de nos conversations à deux.
A est un peu démoralisé vis -à -vis du chemin qu'il reste à parcourir et exprime régulièrement son manque d'enthousiasme pour le projet. La phrase "il n'y a pas un moment où si l'on m'avait proposé de rentrer, j'aurais refusé" a encore résonné aujourd'hui. Avec la fatigue, je me laisse un peu gagner par l'humeur. Il nous faut retrouver de l'élan et faire de nouvelles rencontres !
¡ Ojala !
Jeudi 24 juin : Castrojeriz
A : Aujourd’hui levé encore plus tôt, j’ai battu mon record, avant 8h, j’étais déjà en train de déjeuner. Je n’ai jamais fait ça, pour moi, c’est un exploit (pas pour les autres pèlerins)
Aujourd’hui marche dans la bonne humeur avec de longues discussions philosophiques sur Ibiza et sur les gentilles personnes présentent sur l’île entre Juin et Août
En arrivant au village, on a proposé à Franck d’aller manger dans un restaurant où j’ai pris un burger et Charles, une salade, pour sa bonne conscience. Son plat avait l’air excellent “à regarder”
Le soir, il y a une bonne humeur au gîte. Le repas est très bon, mais pas très copieux, mais bon, c’est du donativo et je pense que les hospitaliers sont juste bénévoles. Au fait le “PGV” a dû ralentir sa vitesse pour cause : nouvelles chaussures à ne pas abîmer.
Ma famille me manque de plus en plus. J’ai hâte de les revoir. On a parlé de ma sortie avec Charles.
Charles : Super journée accompagné d'un A en grande forme.
Quatre heures de marche sous la chaleur de la Meseta pour atteindre Castrojeriz.
Niveau paysage, rien à dire, c'est le même décor qu'hier et que demain.
Par contre, on discute bien. Respectant notre tradition quotidienne, Ibiza est mentionnée généreusement. Mais nous prenons aussi le temps d'évoquer l'après marche d'A (et la mienne, hein). Rien de figé, des envies, peut être des projets.
On s'arrête 3km avant Castrojeriz dans le Couvent en ruines de San A. Le décor est à couper le souffle. Et peut-être que l'on pourra dormir à la belle étoile.
Dans l'après-midi, on passe au village acheter deux trois babioles dans le magasin détenu par les petits vieux les plus lents de l'univers. Ça en était touchant.
Demain c'est Antonomie
Jeudi 25 juin : Fromista
A : Aujourd'hui lever à 7h15 et la dame du couvent a sorti le Nutella express pour moi. Mais Charles a eu le droit à deux tartines aussi.
On a revu notre pote Gamm Vert, vers 8h00 devant le portail du monastère. Il est toujours de bonne humeur, ça fait plaisir.
Aujourd'hui, marche en autonomie. En vrai, le temps m'a fait plaisir. Il ne faisait pas trop chaud, et en haut d'une montée il y avait un point de vue où l'on voyait à 15 km au loin.
Je me suis arrêté boire un coca en regardant la vue. Aujourd'hui, on a sympathisé avec une fille brésilienne, je lui avais parlé, mais Charles non.
Le repas de ce soir m'a pas mal énervé sur des propos qu'ont pu tenir les gens.
Ce soir, coucher un peu tardif, mais lever tôt.
Le prochain blog, j'essaierai d'avoir "énormément d'humour" !
Charles : Nuit incroyable à la belle étoile au centre d'un couvent en ruines. Au programme : la lune qui apparaît à travers les arcades vides des anciens vitraux et un ciel étoilé sans pollution visuelle.
A a préféré la sécurité du dortoir.
En plus c'est un donativo (hébergement où l'on peut donner selon nos moyens).
Aujourd'hui, je marche sans A qui est en autonomie, ça nous fait à tous les deux du bien. Pour moi, c'est l'opportunité de parler longuement avec d'autres personnes, notamment des non francophones (comme Christina du Brésil), de marcher seul, de décider seul de mes pauses, m'arrêter le long du canal de la Castille pour jouer du Ukulele.
Le soir, je retrouve A en forme. Il me convainc de faire un resto qui ouvre à 20h30 alors que je n'ai pas faim et que la fatigue sonne à la porte. Allez au lit !
Vendredi 26 juin : Carrion de los Condes
A : Aujourd’hui réveillé dans la douceur et la délicatesse par le gérant du gîte, c’est-à-dire “des cris qui me réveillent” et sans le vouloir quelques insultes sont sortis de ma bouche. La dernière fois que j’avais été réveillé comme ça, c’était par ma directrice du CEF et je n’étais pas resté encore moins calme. Il a eu de la chance que les cotons tige usagers laissés sur mon lit par les pèlerins du jour d’avant moi m’ont empêché de crier trop fort avec le coton qui isole le bruit (n’allez surtout pas au gîte Fromista qui s’appelle Estrella del camino). Bon quelqu’un nous a remonté le moral en venant déjeuner le matin avec nous à la boulangerie (176 km/km 5 mn et nous 5 km/h en 4h” (comprendra qui pourra)
La ville où on dort ce soir a l’air plus festive que notre gîte de ce soir (pas pour Charles). J’ai cuisiné du confit à l’ail. Heureusement car on a mangé du riz passé au mixeur. Ce soir, je ne me sens pas d’écrire. J’ai un peu l’esprit critique
Charles : Réveil manu militari par l'aubergiste. Je pensais le départ à 8h, il était à 7h30. A garde surprenamment son calme. Immense respect.
Journée de marche sans grand intérêt. 20km à longer une route peu passante. A est tenté par le stop, d’autant plus que devant nous une suédoise, Runa, est prise par une grosse Mercedes.
Un peu par hasard, on se retrouve à l’auberge Santa Maria tenue par quatre sœurs Augustines. Quelle chance ! Ça transpire la joie. L’auberge est pleine, avec de nouveaux visages. J’assiste seul aux vêpres et à la messe. Première fois que je vois une église aussi pleine et vivante depuis le début. Entre les deux, les sœurs organisent à l’auberge une rencontre musicale. Tout naturellement, on chante en différentes langues accompagnés d'une guitare. J'ai failli lâcher une larme. Dans le tour de présentation, j'entreaperçois la diversité et profondeur des motivations à faire le chemin : fêter l'arrêt de la cocaïne, découverte d'un cancer, divorce, se retrouver. Et nous sommes plusieurs à ne pas tout à fait comprendre pourquoi on marche. A vit le moment de loin, depuis la cuisine mitoyenne.
L'ambiance du dîner sur des grandes tablées est dans la continuité. Sans aucun doute, la soirée qui m'a le plus ému.
On regarde la première mi-temps de France-Norvège.
Dents, blog et au lit !
Samedi 27 juin : Carrion de los Condes
A : En ce moment, le moral est au plus bas. Je ne vois plus d’intérêt dans la marche. J’aimerais plutôt être avec ma famille pour bosser mon avenir. Je trouve certaines règles éclatées et complètement incohérentes. Je me lève le matin avec une flemme monumentale, les discussions sont devenues” cuisinantes” à chaque fois conflictuelles, chercher des débats là où il n’y en a pas besoin, ne sert à rien. Je réfléchis tout le temps à comment m’en sortir après le chemin (formation, appartement, argent). Je n’arrive plus du tout à profiter de mon chemin, les gens, les autres pèlerins, je les trouve ennuyeux et dire qu'ils font ça par plaisir !
Les seuls moments où je me sens mieux sont les moments où je m’isole, soit en appelant ma mère, soit quand je cuisine, soit les moments où je peux être dans mes pensées. La moindre chose m’interrompant me rend irritable. Bref, j’en ai plus que marre, mais obligé de finir.
Charles : Départ avorté après le petit dej, A étant malade. Médecin, pharmacie et repos seront le trio de la journée.
On retourne à l'auberge d'hier qui nous accepte.
J'en profite pour jouer au ukulélé et malgré le trac joue devant tout le monde à la veillée du soir. A cuisine pendant 3h, un riz au poulet soja, miel et ail. Il recevra de l'ensemble de la grande tablée une cascade de compliments.
Malgré ça, la longueur de la marche (déjà deux mois) et l'absence de francophones, pèsent sur A et rognent sa motivation.
J'ai l'impression de n'avoir rien fait, mais il est déjà le soir et temps d'aller au lit.
Dimanche 28 juin : Terradillos de los Templarios
A : Aujourd’hui, 7h20. On est partis de notre jour de pause (forcée) Jean-Michel nous a appelés à 7h30 pour savoir pourquoi mon blog d’hier était négatif et pour en discuter. On a finalement choisi de me laisser faire la marche en autonomie.
Aujourd’hui, je vais bien mieux qu’hier, avec Charles” on a” plutôt” “il a” décidé de faire une feuille de bilan des deux mois avec plein de questions. On le fera en plusieurs jours. Les questions d’aujourd’hui
“Les fous rires du chemin ?”
“Ce que tu as aimé et pas aimé ?”
“Ce dont je suis fier” ?”
Charles : Journée en autonomie surprise annoncée par Jean-Michel pour laisser un peu d'air à A qui broyait du noir hier.
J'en profite pour me questionner sur les causes de sa lassitude et de son empressement à rentrer. Et les réponses possibles.
Ma théorie, confirmée plus tard par A : il pense être arrivé mentalement au bout de son chemin, il a beaucoup avancé dans sa tête, pris des décisions structurantes et se projette. Il ne voit donc objectivement pas l'intérêt du dernier mois.
Je suis tellement pris dans mes pensées que je rate notre rendez-vous à 17km, et en marche 6 supplémentaires avant de le réaliser. Auto Stop pour revenir en arrière et retrouver A de bien meilleure humeur mais avec un début de tendinite : il a trop bombardé ce matin. On croise les doigts pour qu'elle disparaisse demain.
Ambiance joviale dans un gîte très moyen.
On attaque le plan pour réussir la transition vers le dernier mois, avec le bilan des deux premiers mois. Après réflexion chacun de son côté, on partage nos fiertés, ce que l'on a aimé, pas aimé, ce qui nous a fait rire.
En évoquant ces souvenirs, on s'offre une grosse heure de rire. Ça fait du bien.
La suite demain !
Lundi 29 juin : Sahagûn
A : Franchement aujourd’hui à part expliquer que j’ai mal à la cheville, je n’ai rien à dire.
On a deux jours de repos dans le même bled.
A refaire, j'aurais marché plus doucement.
Ce soir, j’ai cuisiné un bouillon thaï au poulet et nouilles.
On a fait du stop et un type trop gentil s’est arrêté, un poids lourd, et devinez quoi : Charles a encore oublié ses lunettes
Charles : En Espagne, quelqu'un m'a dit : "le Camino se fait en trois étapes :
. Jusqu'à Burgos, avec les jambes ;
. de Burgos à León, avec la tête ;
. de León à Saint-Jacques, avec le cœur."
Les jambes (Saint-Jean → Burgos), ce sont les Pyrénées, la Navarre et la Castille, qui demandent un effort physique.
. La tête (Burgos → León), c'est la Meseta, avec ses longues lignes droites, ses chaleurs et son paysage dépouillé, souvent décrite comme un défi mental.
On dit qu'on y marche davantage avec son esprit qu'avec ses muscles.
Pour nous aussi, la Meseta se révèle une épreuve. Mais pas celle que l'on attendait.
En trois jours, trois maux s'abattent coup sur coup sur A : la maladie, la démotivation et, maintenant, une tendinite confirmée.
Les conséquences ? L'immobilité, et avec elle l'ennui et l'inconnu (la guérison peut prendre d'un jour à une semaine).
Nous qui avons pris l'habitude d'être toujours en mouvements, toujours projetés vers l'avant : quelle difficulté ! Quelle source de frustration et d'irritabilité !
L'épreuve est d'autant plus difficile pour moi que je ne suis pas connu pour ma patience, ni pour ma capacité à lâcher prise. Et là, je ne contrôle plus rien. Nous sommes tributaires de la guérison d'A.
Aujourd'hui, l’objectif était double : encaisser et ne pas trop projeter notre frustration sur l'autre.
Demain, on essaiera de reconstruire et de repartir. Si ce n'est pas avec nos pieds, au moins dans nos têtes.
Mardi 30 juin : Sahagún
A : Aujourd’hui, encore un jour d’arrêt à cause de ma blessure. Bonne nouvelle Charles a fini à la guardia civile…juste pour retrouver ses lunettes et il les aura demain dans la matinée par Benjamin. Espérons qu’il ne les re-perdra pas
Comme j’ai le temps, je cuisine, ce midi, c’était burger au poulet pané. Ce soir, j’aurais aimé regarder le match à la télé, mais bon… c’est à 23h
Aujourd’hui, j’ai bien respecté le repos, j’ai fait une sieste de 3h et je n’ai quasiment pas marché. J’ai un peu moins mal, mais dès que je me lève, ça tire.
Charles : Réveil difficile pour A mais le moral est bon. On fait passer le temps ce matin avant de pouvoir retourner dans l'auberge qui ferme de 8h30 à 12h30.
J'en profite pour faire un tour chez les condés.
J'avais perdu mes lunettes dans le camion qui nous a pris en stop hier. Mon travail d'investigation et la coopération des forces de l'ordre espagnoles nous ont permis d'identifier l'individu et obtenir son numéro.
Demain rendez-vous à 8h50 en banlieue de Sahagún pour les récupérer.
On s'occupe comme on peut.
A nous a régalé au dej.
On a eu une petite tension quand il m'a réveillé de ma sieste. Ma fatigue est aussi sacrée que sa faim. Mais tout est rentré dans l'ordre, d'autant plus qu'il commence à prendre sa guérison au sérieux
Ce soir, j'ai eu l'immense joie de rencontrer une américaine dans le patio de l'auberge qui m'a dit que je jouais très mal du Ukulélé. Alors que ses ex-copains étaient tous de très bons musiciens.
Son intervention suivante, pleine de mépris, était pour me demander d'arrêter de jouer... afin de ne pas réveiller des dormeurs imaginaires.
Accord Toltèque n°2 : quoi qu'il arrive, n'en faites jamais une affaire personnelle.
Grosse vache, va !
Mercredi 1er - Jeudi 2 juillet : León
A : n’a pas écrit
Charles : Arrivée en stop à Léon qui nous accueille deux jours, le temps qu'A guérisse.
Les charmes architecturaux de la ville, notamment la cathédrale gothique française et ses vitraux laissent A impassible. Il apprécie bien davantage l'ambiance, notamment jeudi soir pendant le match Espagne/Autriche.
Le programme est léger. Beaucoup de repos sur le canapé et sur le lit. L'occasion de recroiser quelques connaissances du chemin comme Miya - avec qui A arrive à discuter via traduction automatique.
Une après-midi mouvementée avec la découverte de punaises de lit dans notre Hostal, une embrouille entre proprio et locataire qui finit avec la police, un collègue de marche rond comme un tonneau qui ne comprend rien, veut se battre et finit par vomir dans la nouvelle auberge.
Ah, même quand on ne marche pas on voyage !
Vendredi 3 juillet : Villar de Mazarife
A : Aujourd’hui départ tardif, c’est compliqué de se remettre dans le train de la marche. J’ai chaud, dans la montée j’ai eu mal au pied.
Ce soir, j’ai cuisiné du riz gras de la Côte d’Ivoire. C’était bien. Charles est malade, il n’a pas pu manger, donc j’ai mangé avec une meuf, elle s’appelle Julie. Hier, j’ai passé une journée de fou avec un alcoolique qui voulait taper un drogué qui squattait dans notre gîte. Je vous laisse imaginer, j’ai hâte de finir
Charles : Reprise tout en douceur. Départ tardif — on ne se refait pas — et sept premiers kilomètres avalés en bus. De quoi limiter l'étape à quatorze bornes et tester le pied d'A en douceur.
Côté décor, ça bouge : on sent qu'on quitte doucement la Meseta. Fini les champs de blé à perte de vue auxquels on s'était faits, place à des vallons, une grande piste de terre qu'on suit tout droit, et de part et d'autre une brousse sèche piquée çà et là de chênes-liège. Il y a un air de Portugal
On a beaucoup parlé de l'après, aujourd'hui. A se projette : un petit job d'été, puis la coiffure, l'envie d'enchaîner et de bien faire. Petite tension en fin de conversation, une bonne heure de marche en silence… puis on recommence à se raconter des bêtises jusqu'au gîte de Villar de Mazarife.
Comme disait Chirac, les emmerdes, ça vole toujours en escadron. Pour une fois, ce n'est pas A qui a un souci, c'est moi : malade en fin de journée, rideau à 17 h, et une nuit qui s'annonce mouvementée. En espérant que ça aille mieux demain.
Samedi 4 juillet Hospital de Obispo
A : On est partis vers 8h30 pour une étape de 16 km. Au milieu du chemin, Charles et moi, on s'est embrouillés pour une bêtise. Je suis entré dans un tabac sans qu'il me voie, il a cru que j'avais disparu et il s'est inquiété. Heureusement, on a fini par se retrouver.
Le gîte était vraiment sympa, avec une piscine. J'ai aussi eu un petit moment de gêne quand j'ai dit « guapa ». Une vieille dame a cru que je parlais d'elle, alors que je m'adressais à quelqu'un d'autre. On a vite compris le malentendu et ça nous a bien fait rire.
Au bord de la piscine, un gars fumait du cannabis. Ça m'a donné envie, mais j'ai résisté et je me suis contenté d'un Coca.
Le soir, on est allés faire les courses. On avait pris du canard avec des patates, mais ça ne nous donnait plus envie, alors on est ressortis acheter des pâtes carbonara. Avant de rentrer, on est aussi allés pêcher un petit moment. On n'a rien attrapé, mais ça faisait une bonne façon de finir la journée.
Encore une journée où il ne s'est rien passé d'extraordinaire... mais où on a quand même réussi à se disputer, se perdre, se retrouver, changer deux fois de repas et finir au bord de l'eau.
Charles : Nouvelle méthode minceur, testée pour vous : le régime old school. On s'empiffre pendant des semaines, puis on enchaîne 24 h de diète involontaire agrémentée de quelques allers-retours express aux toilettes, et hop — summer body 2026 en ligne de mire.
Marcher l'étape le ventre vide, à jeun depuis la veille midi, ça pique. Forcément, mon humeur a fait des siennes à un moment, et quelques mots dépassent ma pensée.
Heureusement, on a rallié Hospital de Órbigo, jolie petite ville et son immense pont médiéval, où j'ai pu m'écrouler pour une grande sieste.
Je ne vous en avais jamais parlé, mais j'ai un gros vice. Une addiction que je traîne depuis des années.
Jusqu'ici, j'avais réussi à en préserver A — à ne pas l'entraîner là-dedans.
Eh bien c'est trop tard : ce soir, je l'ai fait tomber dedans.
La pêche. Verdict sans appel, il est ferré.
Commencée à 18 h, à 21 h il me suppliait encore « allez, un dernier lancer… trois derniers, promis ! ». Mouche puis cuillère, on a tout tenté. Bilan des prises : néant. Je n'ai jamais dit que j'avais quelconque talent dans cette folie
Dimanche 5 juillet : Astorga
A : Ce matin on est partis de l'auberge vers 8h30. On s'est posés dans un café pour le p'tit déj, moi j'ai pris un donut. Juste devant nous y'avait une course de vélo, et on les a recroisés plein de fois sur le chemin.
Aujourd'hui y'avait enfin un peu de dénivelé ! Franchement ça faisait longtemps, et ça change des chemins tout plats.
À midi on est arrivés dans une ville d'environ 10 000 habitants. On a mangé dans un Smash Burger. C'était trop trop bon... mais 33€ pour deux burgers et deux boissons, sans frites en plus.
Cette aprèm on est allés à la piscine. Y'avait du monde mais on est pas restés hyper longtemps parce que Charles avait encore un peu mal au ventre et il avait besoin d'une sieste.
Ce soir, obligé d'aller au resto parce que tout était fermé... quel dommage.
Charles : Voilà le regain qu'on attendait. Les jambes, la bonne humeur et le ventre, enfin, quasiment, sont de retour.
Fidèles à notre réputation, on s'élance vers 8h30-9h, soit trois bonnes heures après le reste de l'humanité pèlerine. Un jour, promis, on partira à l'aube. Un jour.
Petite étape de 16 km, avalée en discutant à bâtons rompus, avec, au menu, l'incontournable demi-heure consacrée à Ibiza. Un sujet qui cristallise chez A une belle dose d'envies, au point de conditionner une partie de ses plans d'après-marche : mettre un peu d'argent de côté pour s'y offrir un séjour pour ses 18 ans.
Quasiment aucune pause, sinon un arrêt au bord du chemin pour un chiot berger australien occupé à pousser une balle avec son museau. A porte aux animaux, et aux chiens en particulier, une affection émouvante. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps.
Arrivés tôt à Astorga. La ville a de quoi retenir, une cathédrale, des remparts aux pierres légèrement rosées, et surtout le palais épiscopal signé Gaudí.
On a tout snobé au profit d'un plongeon à la piscine et d'un après-midi tranquille à l'albergue. On ne change pas
Lundi 6 juillet : Rabanal del camino
A : Aujourd'hui levé vers 8h30, c'était trop dur parce que j'avais dormi tard. On a pris le dej dans un café avec des tartines au Nutella et un muffin, c'était trop bon.
On a marché 22 km. Au milieu j'avais plus d'eau, donc j'ai grave galéré jusqu'à la fin.
Avec Charles on a bien rigolé et on a parlé de la vie.
En arrivant je suis allé manger une pizza. Le gîte est sympa, même si le gérant parle mal.
Ce soir j'ai fait du riz de Côte d'Ivoire pour tout le monde et deux Italiens ont fait des pâtes. Demain on part vers 5h pour voir le lever du soleil à la Croix Saint-Jean
Charles : Belle journée sous 36° !
A est en grande forme, on discute de tout et de rien pendant nos 22km.
Parmi nos débats : "est-ce que si on croise Mila Kunis là maintenant, à Castrillo de Los Polvazares, A a une chance de la gérer ?"
Parfois, moi aussi, je me dis qu’il est l’heure de rentrer !
Côté sciences, nous avons consacré 30min sur les extraterrestres, les exoplanètes et le paradoxe de Fermi.
On arrive en début d’après-midi à Rabanal del Camino, aux confins de l’autonomie de Léon. La meseta semble loin, la route commence à grimper, les derniers kilomètres sont même à l'ombre d'une forêt. Quel luxe !
Santiago est à moins de 250 km. E ultreia !
Mardi 7 juillet Ponferrada
A : Aujourd'hui je me suis levé à 5h du mat. En vrai j'voulais pas mais ça valait grave le coup. Depuis le début de l'Espagne c'était que du plat, aujourd'hui les paysages étaient trop beaux. On est monté à la Croix Saint-Jean. J'ai posé un caillou pour mon tonton. Y avait beaucoup de monde et beaucoup d'émotions, j'ai même vu des gens pleurer.
Après je me suis endormi sur un banc et je ne trouvais plus Charles. J'ai appelé avec le tel d'une dame et en fait il était dans une rivière. On est allé se baigner avec Laurent, il est trop gentil.
Les 7 derniers km jusqu'à la ville c'était pas ouf. Charles il n’aime pas la ville mais moi ça va j'aime bien les grandes villes. A midi on a mangé au McDo.
Après on a fait une sieste et on a loupé les appels de Jean-Michel parce qu'on dormait comme des morts. Moi j'ai encore dormi de 17h à 21h. Ce soir, je vais galérer à dormir mais demain on repart tôt.
Charles : Énorme respect et gratitude pour A : réveil à 4h50, debout dans la foulée, et départ à 5h10, à la belle étoile, pour marcher avant la grosse chaleur. Bien vu.
Marcher de nuit a un charme rare : le silence d'abord, l'air frais, des odeurs de pin qui montent par bouffées, un ciel encore étoilé et, tout autour, les montagnes en masses sombres. Au loin, une guirlande de lampes des pèlerins partis avant nous. Puis, le réveil progressif des oiseaux.
Le point culminant du chemin, c'est la Cruz de Ferro (d’après A la croix de Saint Jean ou de Saint Porc. Source fiable) que l’on passe ce matin. 1500m. Une croix de fer plantée sur un grand tas de pierres. La tradition veut qu'on y dépose un caillou apporté de chez soi, pour y laisser un poids, un vœu, ce qu'on veut. On a chacun déposé une pierre ; la mienne, je la portais depuis la France.
Le jour levé, la montagne se découvre : des teintes de vert, des bruyères qui tachent les chemins de violet, des bourdons, des abeilles, et des villages ramassés aux murs de pierre épais et aux toits d'ardoise.
Retrouvailles à Molinaseca : baignade dans le Rio Meruelo, bien froid, mais quel décor, sous un pont médiéval, en plein cœur du village.
Puis 7 km jusqu'à Ponferrada ensemble.
60 000 habitants.
Cheum à la race.
Au classement des paris : 15 à 11 pour A
Mercredi 8 juillet : Villafranca del Bierzo
A : Ce matin le réveil a piqué. On a déjeuné dans une pâtisserie, 16,50 € le p'tit dej ça fait cher mais ça passait bien.
Aujourd'hui on a marché 24 km. J'approche des 1500 km depuis le début, ça commence a faire long sans la miff
Ce midi on a payé 9,50€ pour des pâtes soit disant 350g, mais y'en avait presque pas.
En rentrant au gîte y'avait plus d'eau, donc pas de douche direct. Charles a fait une sieste, moi un peu de sport puis je suis resté au salon.
Ce soir j’vais dormir tôt pour partir plus tôt demain
Charles : S'il y a deux choses que ce chemin m'apprend, et pas des plus simples, ce sont bien celles-ci : accepter de perdre le contrôle, et gérer mes frustrations. Aujourd'hui, j'ai été servi sur les deux.
Je supporte mal la chaleur ; ma préférence, comme la plupart des marcheurs, c'est de partir tôt, quitte à me coucher tôt ou à faire la sieste. A, lui, a un mal fou à se lever et pousse toujours pour partir le plus tard possible. Ce matin, on avait prévu un réveil avant 6h pour un départ aux aurores. Mais au moment de le réveiller, il est trop fatigué. On se lève vers 8h, pour un départ très lent, après 9h. Frustration à double titre : la chaleur me tape dessus, et on croise moins de monde, la plupart des pèlerins étant déjà loin devant.
Ce qui rejoint l'autre chantier du moment. À force de marcher à deux, on finit un peu dans un bocal : on connaît nos réactions par cœur, chacun devine ce que pense l'autre. Marcher avec d'autres nous ferait du bien, mais c'est compliqué : une question de rythme, et surtout parce qu'A ne parle ni anglais ni espagnol. Dès que j'échange trop longtemps avec quelqu'un, ça l'exclut. J'essaie donc de m'en garder… même si, tendu, je l'ai un peu fait aujourd'hui, histoire de relâcher la pression.
Côté marche : 15 km assez ingrats sur le bitume, puis 8 à 9 km bien plus agréables, par un village niché dans les vignes. Les paysages continuent de changer. On descend dans une petite vallée encaissée entre les montagnes, très verte, une rivière au fond, des coteaux de vigne. La chaleur, elle, ne lâche rien.
La très bonne nouvelle pour la suite : on est à moins de 200 km de Compostelle. Avec Jean-Michel, notre responsable de marche, on a calé les prochaines étapes, en en rallongeant quelques-unes, pour viser une arrivée le 14 juillet, avec peut-être à la clé un France-Espagne à Saint-Jacques. Ce serait extraordinaire.
Mais avant, il faut aller en demie : on joue le Maroc demain.
Allez les Bleus !
Jeudi 9 juillet : O Cebreiro
A : De base on devait partir à 6h, mais j'me suis pas réveillé. Charles m'a attendu dans un café et je l'ai rejoint après grâce à une localisation qu'il m'a donnée.
Aujourd'hui 30 bornes. Il faisait une chaleur de malade avec plein de montées. Charles était tranquille, moi j'ai galéré toute la journée.
Le repas du midi passe bien menu à 16€ avec pâtes, poulet frites, flan et boisson. Rien à voir avec l'arnaque des frites d'hier.
Là j'écris à la mi-temps de France-Maroc, j'espère voir un France-Espagne à Santiago.
Demain départ à 5h pour 41 km jusqu'à Sarria
Charles : Aujourd'hui et demain, ce sont les deux monuments de ce Camino 2026, les deux juges de paix qui vont permettre aux hommes forts du peloton de se détacher et de prouver leur valeur. Sur le papier, l'étape du jour n'a pas l'air si méchante avec ses 28 km. Mais ne vous fiez pas aux apparences : c'est une ascension continue, 1200 m de dénivelé, et surtout sept derniers kilomètres à très fort pourcentage, en pleine chaleur, puisqu'on vise une arrivée en début d'après-midi, vers 15h. Ça va mettre les organismes dans le dur.
Au réveil, A préfère dormir que partir tôt. Je prends le parti de le laisser récupérer, de mon côté, je file m'installer dans un café jouer du ukulélé une bonne heure. Un vrai bon moment. Départ à 9h.
On croise un couple de Français de 25 ans, et juste devant eux, une famille de sangliers, cinq marcassins qui traversent le chemin.
A n'a été impressionné ni par les marcassins, ni par les premiers Français rencontrés depuis longtemps. On les a salués, on est partis.
Ensuite, on a marché fort et beaucoup parlé. Le décor méritait toute notre attention : on s'élevait dans des vues dégagées sur les montagnes, une étape tout simplement magnifique.
Et puis O Cebreiro, au bout du col : un tout petit village de 200 habitants, l'avant-dernier col avant Saint-Jacques, vraiment ravissant. On dort à l'auberge municipale. On en profite pour se reposer et préparer un départ demain à 5h du matin. Ojala !
Là, on regarde France-Maroc. 51ème, 0/0, corner pour les Lions de l’Atlas. Même le repos est stressant
Vendredi 10 juillet : Sarria
A : Aujourd'hui on est partis a 5h pour faire 41 km. Franchement j'ai trouvé ça plus simple qu'hier, il faisait moins chaud et y avait moins de montées. On a juste fait une pause au bout de 20 km pour manger une part de pain à la tomate et boire un café, puis on a tracé jusqu'à l'arrivée.
En arrivant on a mangé dans un resto italien, les frites avec de la sauce piquante étaient dégueulasses. Après une bonne sieste de 2h et une douche, on est allés manger dans un resto tenu par des Marocains. Ils parlaient français, ils étaient super sympas et c'était pas cher.
Là j'écris ce blog à la mi-temps d'Espagne-Belgique. J'ai hâte de savoir qui va jouer contre la France le 14, normalement je serai à Santiago.
Demain départ un peu plus tard pour récupérer un peu, mais y'a quand même 32 km au programme.
Charles : Réveil à 5h, après une nuit un peu courte. On part de nuit, sur un chemin qui suit le flanc de la montagne. Les cinq premiers kilomètres, on traverse une forêt dense où il fait nuit noire. Moi à l'aveugle, A à la frontale. Le kiff.
Puis la vue s'ouvre sur la vallée à notre droite. Elle est remplie d'une mer de nuages, les crêtes se dessinent, et les premières lueurs orange qui montent. Vers 7h, on se pose sur un panorama, assis sur nos sacs, le petit-déj sorti, à jouer du ukulélé en regardant le soleil se lever. Un très beau moment.
Le reste de la journée passe étonnamment vite. 40 km, mais 1400 m de dénivelé négatif, ça déroule tout seul. Une seule vraie pause en dehors du petit-déj : pan con tomate, un café, un coca, et on repart.
On enchaîne vues sur des vallées et des chemins forestiers où on avance complètement enfoncés dans les bois, avec parfois des arbres plantés au milieu du sentier.
Arrivée à 15h à Sarria. Ça faisait deux mois et demi qu'on nous vendait Sarria comme LA ville du chemin, la plus animée : c'est d'ici que partent les cent derniers kilomètres, le minimum pour décrocher la Compostela, donc le point de départ de la plupart des marcheurs espagnols. Depuis des semaines, on répétait à Anto qu'à partir de Sarria, ce serait plein de jeunes de son âge, ambiance et fêtes garanties. Il s'était fait tout un film.
Résultat : on débarque dans une ville à moitié endormie. Un peu déçus.
Ce soir, en ressortant de la sieste pour le match, il y avait tout de même un peu plus de vie.
On se couche tôt. Au programme maintenant : trois étapes de 30 km sur les trois prochains jours, pour rejoindre Saint-Jacques le 14
Samedi 11 juillet : Gonzar
A : Ce matin on est partis vers 7h. Le p'tit dej Sarria était trop bon. Après on a fait 30 km mais j'ai trouvé ça beaucoup plus long que les 41 d'hier, il faisait une chaleur de fou.
On a mangé une salade puis on s'est baignés dans un lac. L'eau était trop chaude, c'était grave bien.
On est arrivés vers 19h. Ce soir c'est nouilles instantanées dans une auberge pas ouf. Y'a un gamin qui tue des mouches depuis 1h, il me rend fou.
Plus que 3 jours avant Santiago. J'ai l'impression que c'est encore super loin mais en même temps ça n'a jamais été aussi proche. J'me rends pas encore compte de tout ce que j'ai vécu, mais je pense que je m'en rappellerai encore longtemps après la marche.
Charles : Une de ces journées où on prend son temps et où, au fond, il ne se passe pas grand-chose. Ça fait du bien
Départ à 7h pour 30 km qui montent, descendent et remontent. Les paysages restent magnifiques, entre forêts et petits hameaux. On suit un sentier forestier bien entretenu, avec un petit muret de pierre qui court sur le côté et des arbres tout du long.
Deux moments forts de la journée : la baignade à Portomarín. On a pu se jeter dans le Miño et faire des plongeons depuis une plateforme installée au milieu de la rivière. Des gosses.
Autre chose qui m'a fait sourire. On commence à vraiment bien se connaître avec A, à repérer les petits défauts et ce qui agace l'autre. Au milieu d'une conversation où je commençais clairement à avoir tort, et à changer malhonnêtement la conversation avec un "bon, plus de 20 minutes sur les accents chinois, ça suffit".
Plutôt que de me jeter ma friponnerie en face, A m'a demandé, l'air de rien, si j'étais « plutôt mauvais gagnant ou mauvais perdant ». Très fin et très filou.
Passement de jambes, petit pont, lucarne, second poteau Pavaaaard.
J'ai applaudi le geste technique
Dimanche 12 juillet
A : Ce matin, départ a 5h. Dans notre village y'avais rien pour le p'tit dej donc on a marché 1 km avant de trouver un café. Depuis Sarria j'ai l'impression que tout est plus cher.
Aujourd'hui encore 30 km. Il faisait moins chaud qu'hier donc c'était quand même plus tranquille. On est arrivés plus tôt vu qu'on a moins traîné.
J'ai testé un plat qu'un pèlerin m'avait vendu comme "le meilleur d'Espagne"... bah franchement pas du tout. Par contre j'ai goûté une glace à l'italienne, de base j'aime pas les glaces mais celle-là était vraiment incroyable. J'en ai repris une ce soir, c'est validé.
J'ai aussi acheté des lettres pour écrire, et juste après ce blog je vais m'y mettre.
Charles : Deux changements majeurs sur le chemin aujourd'hui.
D'abord, les gens. Avant, on marchait presque seuls, on ne croisait personne. Depuis Sarria, fini : un flux continu de pèlerins devant nous, qu'on double sans arrêt. Et ça va aller crescendo, parce que plus on approche de Santiago, d'autres chemins viennent se jeter dans le nôtre.
Deuxième changement : le poulpe. On est entré dans le pays du poulpe. Partout. Dans les restos, sur des affiches, en statues, en poulpe party et ce soir dans notre gosier.
31 km aujourd'hui. Passés à toute allure. Rien à voir avec hier.
Ce que je ne comprends toujours pas : comment on a encore des choses à se raconter, A et moi. On recycle, d'accord. Mais aujourd'hui, une heure sur le féminisme, l'égalité hommes-femmes, le regard des hommes sur les femmes. Pas d'accord sur tout, loin de là. Et pourtant, discussion calme, constructive, zéro engueulade. En commençant, j'aurais parié le contraire.
Ça en dit long sur le chemin parcouru, tous les deux, dans notre façon de se parler. Ça dit aussi beaucoup d'A : plus posé, réagissant moins au quart de tour.
Bon, cette conversation ne nous a pas empêché d'avoir notre quart d'heure Ibiza & Mila Kunis.
On rigole beaucoup, ces jours-ci. De nous, de nos défauts (qu'on connaît par cœur), des bons souvenirs qui nous font marrer depuis deux mois.
Hâte d'arriver à Santiago. On va y retrouver des pèlerins perdus de vue, et peut-être croiser un autre binôme de Seuil, arrivé avant nous, pour regarder le match ensemble.
Ah, et la meilleure glace de ma vie. A Palas de Rei. La glace au lait, déjà très bien. Mais la glace aux noix... j'ai cru que la France avait déjà battu l'Espagne. Extase et volupté
Lundi 13 juillet : O Pedrouzo
A : Ce matin on est partis vers 7h. C'était chacun sa vie aujourd'hui. J'ai pris un americano avec un croissant au chocolat, puis j'ai croisé Charles sur le chemin avant de repartir tout seul.
Aujourd'hui 33 km. Franchement j'ai trouvé ça grave long. J'étais cramé à la fin alors qu'il faisait pas si chaud.
Ce midi j'ai acheté du camembert, du jambon, du pain et deux Coca au supermarché. Ce soir on retrouve des gens qu'on n’avait pas vus depuis longtemps pour un resto mexicain.
Demain c'est Santiago. J'pensais pas mais ça m'fait quand même un truc. J'me rends pas compte que c'est déjà fini. J'pense que c'est quand j'vais arriver que j'vais réaliser tout ce qu'on a fait.
Charles : On va le faire.
On va le faire ?
On va le faaaaaaiiiiiire !!!
Ce matin, au départ, la borne affichait 53,193 km jusqu'à Santiago. On aurait pu tout avaler d'un coup. Première fois qu'on se dit ça.
Et qu'est-ce que ça passe vite, quand on voit les chiffres défiler sur les bornes qui indiquent la distance à la cathédrale de Santiago. Distance au mètre près. S’il vous plaît.
Ce soir, on s'arrêtera à la borne 19,308.
D'après ma Casio collège, 34 km dans les jambes. Et autant dans les yeux. (En los ojos).
On avance maintenant toute la journée sous des forêts de vieux chênes, en longeant des hortensias aux fleurs bleues, des magnolias, des châtaigniers, ou des eucalyptus immenses. Y a pire.
Ce soir, on dort à O Pedrouzo. Où l'on retrouve les pèlerins perdus en cours de route.
Demain, dernière étape. 19 km. Santiago. 14 juillet. Victoire de la France. Énorme teuf
Mardi 14 juillet :
A : Ce matin on est partis vers 8h après un passage à la boulangerie. Aujourd'hui c'était vraiment l'autoroute des pèlerins, y'avait du monde partout, des vendeurs de bracelets et on sentait que Santiago était juste là.
Les 19 km sont passés super vite. Et puis d'un coup... la cathédrale. Franchement ça fait quelque chose. C'est la première fois que j'arrive aussi loin dans un placement judiciaire, et j'espère que ça va me permettre de rentrer chez moi et de tourner une grosse page.
Maintenant y'a encore 3 jours jusqu'à Finisterre, avec une journée de pause demain. Dans moins de deux semaines je serai chez ma mère. J'me rends pas encore compte de tout, mais j'suis fier d'être arrivé jusque-là. Merci à Charles, à Jean-Michel et à toutes les personnes qui ont rendu ce projet possible.
Mercredi 15 juillet
A : Aujourd'hui y'a pas grand-chose à raconter. On s'est levés vers 11h30 parce qu'hier on a un peu profité de Santiago. On a mangé, fait une sieste et on devait aller à la salle mais au final on y est pas allé.
Ce soir deux gars de Côte d'Ivoire nous ont fait du riz. Franchement c'était une dingri, j'ai tout mangé. Après j'me suis fait une salade au saumon et au chèvre, c'était trop bon.
Demain on repart pour Finisterre. Franchement j'ai hâte que tout ça se finisse et de rentrer chez moi. La fin elle est vraiment plus très loin.
Jeudi 16 juillet : Negreira
A : Ce matin on s'est levés vers 9h parce que l'auberge nous laissait partir plus tard. On a déjeuné dans un p'tit café avec des gaufres au "Nutella"... enfin pas vraiment au Nutella, ça n'a pas trop plu à Charles.
Aujourd'hui on a fait 21 km. Franchement c'est passé tout seul, on a parlé tout le long et j'ai même pas vu le temps passé.
En arrivant on est allés faire des courses. J'ai cuisiné un bouillon de poulet et j'ai invité des gens à manger avec nous. Y'avait un monsieur un peu bizarre qui arrêtait pas d'insister pour faire danser une fille. J'attends de voir la suite, ça promet...
Charles : Santiago, et après ?
Bonne question qui a animé quelques débats avec A.
Seuil nous suggère fortement de continuer vers l'ouest : trois jours de marche de plus pour rejoindre l'océan, à Finisterre. Soit 90 km à ajouter au compteur.
Ce n'est pas du goût d'A. Je vous résume notre débat du jour :
A : « 1515, tout le monde connaît. Marignan, François Ier. J'ai pas envie d'un score à 1605, où personne ne sait quel roi régnait à l'époque. »
Imparable. Malgré tout on marchera.
À ces grands débats sur la légitimité, et à un moral un peu chancelant, s'ajoute une deuxième tuile du jour. A a perdu sa tenue préférée, son pantalon et son t-shirt UNDER ARMOR, ceux qu'il ressort tous les deux-trois jours dès qu'ils sortent de la machine.
Enquête, reconstitution : dans l'auberge qu'on vient de quitter ? Celle de la veille ? Le verdict tombe à 11h30. Les coupables : nos compères Steve et Bowen, qui avaient embarqué le tout depuis la chambre qu'on partageait il y a deux jours.
Pour la petite histoire, ce sont déjà eux qui, il y a un mois, m'avaient piqué mes lunettes de soleil, que j'avais fini par retrouver sur le nez de Steve.
Récidive, donc.
On récupérera le butin à Finisterre.
Pour le reste, 20 km, après un départ très tardif. Une petite remise en jambes avant les deux grosses étapes qui arrivent, demain et après-demain : deux fois 34 km.
Belle journée avec A, on a beaucoup parlé. Une petite tension entre le sixième et le quatrième kilomètres avant l'arrivée, mais on a eu l'intelligence d'arrêter de parler, puis de reprendre un peu plus loin, apaisés.
Ce soir, on a dîné comme des chefs : bouillon de poulet signé A.
Et pour info, on commence à jouer du Ukulélé comme los Reios Gitanos (aka les Gipsy Kings)
Vendredi 17 juillet : Olveiroa
A : Ce matin on a fait un gros p'tit dej. On avait acheté du Nutella, du pain, y avait du lait et du café, c'était carré. A part que Charles m'a laissé 15g de nutella sur 200g
Aujourd'hui on a fait 34 km. Franchement ça s'est bien passé, y'avait pas trop de chaleur donc ça aidait. On a parlé presque tout le long avec Charles. A un moment j'avais envie de tricher un peu mais au final j'ai rien fait.
Ce soir, on est dans un gîte municipal éclaté. Demain on arrive à Finisterre, ça fait bizarre de me dire que c'est déjà la dernière étape. On va aller au resto et profiter de la dernière soirée avant la fin.
Charles : Certains jours sont plus durs que d'autres.
A avait déjà la flemme de continuer à marcher après Saint Jacques et deux mois et demi ; alors la perspective de s'envoyer 34 km aujourd'hui n'avait, disons-le, rien de réjouissant.
Le ton est donné dès le quatrième kilomètre :
« On a fait la moitié, là ? » Aïe. Ça va être long.
Me voilà donc obligé de sortir tous les subterfuges de ma besace pour cranter, kilomètre par kilomètre. Et ce d'autant plus qu'on longe une petite route de campagne : le stop, du coup, devient terriblement attractif.
À mon arc, ce jour-là :
1/ une heure de marche avec de la musique. Pas de souci
2/ une canette de coca fraîche déposée l'air de rien au milieu de la route, pendant que je marche devant. Encore 3 km de gagnés
3/ 40 minutes de conversation sur Ibiza et les Spring Break à Miami. Encore 4 km
4/ et bien sûr le classique, l'increvable : « y a un resto dans 8 kilomètres ». Kilomètre après kilomètre, on a fini par y arriver.
De mon côté, grande forme. Je profite des derniers jours de marche et d'un paysage vallonné, très agricole. On notera au passage quelques très belles stabulations.
Et la carotte, pour moi cette fois : on nous a dit qu'il y avait du surf à Finisterra et A est partant.
Aloha sur la vague !
Samedi 18 juillet : Fisterra
A : Ce matin on est partis pour les derniers 34 km. La marche était un peu longue mais j'me disais que c'était la dernière fois, ça m’a fait un truc de finir enfin tout ça.
On est passés par Cee pour manger, le resto était pas ouf. Après on est arrivés à Finisterre. Franchement c'est trop beau, la mer, les falaises, tout ça c'était incroyable.
Ce soir on est montés au phare avec les autres pèlerins. On a regardé le coucher de soleil avec de la musique et un concert. Ça fait vraiment bizarre de se dire que la marche est finie.
En vrai j'suis trop content d'avoir réussi à finir ce placement judiciaire. Maintenant j'vais enfin pouvoir rentrer chez moi, trouver un travail et continuer à améliorer ma vie. J'me rends pas encore compte de tout ce que j'ai vécu, mais j'suis fier d'être allé jusqu'au bout
Charles : Cette fois, c'est la dernière journée de marche.
On ne peut pas aller plus à l'ouest. Physiquement. Depuis le départ, on a marché deux mois et demi vers le sud, puis plein ouest depuis l'entrée en Espagne. Et là, devant nous, il n'y a plus que des falaises et de l'eau.
Nuit compliquée pour moi, réveillé à 6h sans réussir à me rendormir. Café en attendant que A se lève, vers 8h30-9h. On part dans la foulée du petit-déj.
Matinée plus dure que les autres. Chacun ses jours. J'étais fatigué, un peu irritable, et on a marché par moments seuls, ou en silence, jusqu'à Cée.
Les quinze premiers kilomètres ressemblent à ceux d'hier : collines, petite montagne, d'abord des terres agricoles, puis des forêts de pins.
À chaque bosse, la même question : est-ce qu'on va voir la mer, cette fois ? On guette l'horizon.
Sur une hauteur, on finit par l'apercevoir, au loin, avec des rochers dans l'eau. Puis on continue, jusqu'à ce qu'elle soit franchement là, devant nous, bien plus nette que je ne l'imaginais.
On descend vers Cée, un village de pêcheurs très charmant. Et là, surprise : l'eau est turquoise par endroits, peu profonde, du sable blanc. Je m'y attendais pas du tout. On se croirait en Méditerranée, en Corse. Et presque personne. Ça donne envie d'y revenir.
Les dix derniers kilomètres, entre Cée et Fisterra, sont les plus beaux de tout mon camino. J'en suis ébahi.
On longe des criques bleues, on remonte dans les hauteurs boisées, on redescend. Et on voit Fisterra de très loin, en longeant une grande plage de sable blanc.
Arrivée au village, direction l'auberge. A est fatigué, il reste pourtant deux kilomètres et demi à pousser jusqu'au phare. Petite sieste, une machine pour avoir des affaires propres, et on y va à pied.
Le phare, c'est la borne kilomètre zéro. La vraie fin du chemin.
On arrive à 20h30, la lumière est à couper le souffle. On s'installe sur les rochers, plein ouest, à regarder le soleil descendre.
Beaucoup de monde autour, venu faire la même chose. Je sors le ukulélé, je joue un peu. Un vrai moment de calme, où on sent que la marche commence à se poser en nous.
On retrouve des copains pèlerins, un coca, une bière, un petit pique-nique improvisé sur les rochers. Derrière nous, un concert au café du phare. Devant nous, le soleil qui tombe dans l'océan. On a un peu l'impression de vivre le générique de fin d'un film.
On échange quelques mots, puis on reste surtout en silence. On profite.
Fin de soirée, sans surprise : un kebab, pour ne pas rompre nos habitudes.
Coucher à minuit, exténués.
Félicitations A !!!
1600 km.
T'es un bon !
Dimanche 19 juillet : Fisterra
A : Hier j'me suis reveillé vers 11h. Après on est allés à la plage avec Charles et les autres pèlerins. On a sauté des cailloux, on a pêché un peu, c'était carré.
Le midi j'ai mangé un kebab, il était trop bon. Le soir j'en ai repris un, j'avais trop aimé.
Le soir y avait la finale Espagne-Argentine. Franchement les Argentins à la fin ils ont été graves provocateurs, j'ai pas aimé leur comportement. Messi n'a pas gagné, tant pis pour lui. On est rentrés vers minuit avec l'autre binôme SEUIL J'suis resté une bonne partie de la soirée avec T. En vrai c'était une bonne journée.
Charles : Vamos España !
Encore une journée au paradis de Fisterra.
A, lui, a un peu de mal à profiter pleinement de ce petit village. Moi, je le trouve extraordinaire.
Grasse matinée pour notre marcheur de l'extrême, j'en profite pour un café tranquille et un petit-déj en ville, à recroiser quelques visages connus.
En fin de matinée, tout le monde se retrouve sur une plage secrète, une petite crique de sable blanc, une eau turquoise, une calanque miniature.
Plage secrète... tout le camino est là. On passe la journée à jouer du ukulélé, grignoter, plonger dans une eau transparente. Vraiment extraordinaire.
Après une petite sieste, on rejoint un groupe d'amis très international dans un restaurant de poisson : des Américains, des Suédois, des Taïwanais, des Mexicains, des Irlandais. Malheureusement, très peu de francophones à part A et moi.
Et là, la finale de la Coupe du monde. Un écran géant installé pour l'occasion sur le port du village, l'ambiance électrique, survoltée. Les gens crient. Vamos España.
Le match est à sens unique pour l'Espagne, tout le monde y croit mais rien n'est acquis. Ça va jusqu'aux prolongations, la tension est palpable. Et évidemment, ce sont les gentils qui gagnent.
On crie, on chante : "Somos España". Le retournement de veste le plus rapide de l'histoire.
On profite encore un peu de l'ambiance avant d'aller se coucher, heureux d'avoir une deuxième étoile sur le maillot
Lundi 20 juillet : Fisterra
A : Aujourd'hui j'me suis réveillé vers 13h-14h. J'étais vraiment claqué, ça m'a fait du bien de dormir. En vrai, l'hôtel il est trop bien, y'a une télé et tout.
Demain, on retourne à Santiago. On va faire un laser game, une grosse salle de muscu avec une piscine. Ça va faire du bien avant de rentrer.
Ce soir, on a mangé un burger au resto, c'était pas mal. Le fait d'être allé au phare et de voir le coucher de soleil hier m'a fait vraiment quelque chose.
J'suis surtout trop content d'avoir réussi ce placement. Maintenant j'ai juste envie de retrouver une vie normale, trouver un travail et avancer. J'pense qu'arrêter de fumer du cannabis ça sera surement la meilleure décision que j'aurais prise dans ma vie
Charles : A fait une très longue grasse matinée. J'en profite pour aller pêcher le matin, sur la côte. Un énorme kiff : des paysages superbes, un calme et une sérénité qui font du bien après ces deux mois et demi de marche. En plus, ça mord. Dommage qu'A n'ait pas voulu venir.
Je l'attends jusqu'à 14h pour passer l'après-midi ensemble. Programme presque identique à hier : retour à la petite plage secrète, plongeons.
Et là, petite frayeur, comme quoi rien n'est jamais vraiment terminé : en plongeant, A tape un rocher au fond de l'eau et se fait mal aux doigts. Sur le moment, on se dit que c'est peut-être cassé. Finalement, ça va de mieux en mieux au fil des heures, et ça devrait tenir, malgré la belle peur qu'on a eue.
En fin de journée, un verre dans un bar en hauteur, avec vue sur la côte ouest du cap et un coucher de soleil magnifique.
Soirée courte, coucher tôt. Demain, on repart, direction Santiago
Mardi 21 juillet : Santiago de Compostela
A : n’a pas écrit
Charles : Pour la première fois depuis le départ, on revient en arrière. Impossible de ne pas y sentir un léger parfum de retour. Au nez d'A, ça sent bon !
Matinée tranquille à Fisterra, puis un bus à 15h pour rejoindre Santiago, où l'on retrouve notre auberge, en périphérie de la ville.
Petit clin d'œil du hasard au moment de descendre du bus : on croise, pile au même instant, l'autre binôme de Seuil qu'on avait déjà recroisé deux fois, en train de descendre d'un tout autre car.
Retour à l'auberge, courses au supermarché, des sushis et de quoi cuisiner pour les prochains jours. Soirée ukulélé pour moi, repos tranquille pour A
Mercredi 22 juillet : Santiago de Compostela
A : Aujourd'hui j'me suis réveillé vers 14h30. Bon c'était plus vraiment le matin. J'ai mangé une tartine au Nutella avant de partir.
Après on est allés voir la salle de muscu de Santiago. Franchement elle était grave bien, y'avait des punching balls, plein de machines. Charles a surtout fait du cardio et du vélo.
Les journées se ressemblent un peu depuis qu'on a fini la marche.
Ce soir j'ai cuisiné des pâtes carbo, c'était bon.
Bientôt le retour à la maison.
Charles : Matinée musicale, ukulélé et écriture de cartes postales, pendant quatre bonnes heures. Car A n'émerge vraiment que vers 15h. Repos bien mérité !
On occupe la seconde partie d'après-midi dans une salle de sport gigantesque, qui ne nous a coûté que 5 euros. L'impression d'avoir gagné au casino.
Puis, pour compenser les calories brûlées, A nous prépare des pâtes carbonara de très haut vol, avec du guanciale et du parmesan. Un délice !
Demain, a priori, même programme, les carbonara en moins
Jeudi 23 juillet : Santiago de Compostela
A : Aujourd'hui j'me suis réveillé vers 14h30, comme hier. Après on a déjeuné et on est repartis à la salle.
Charles a encore fait du vélo, moi j'ai fait les bras et les pecs. Franchement y'a pas grand-chose à raconter, les journées se ressemblent un peu depuis qu'on a fini la marche.
Ce soir, on a mangé au McDo. Bientôt le retour à la maison.
Charles : Nous sommes définitivement pris dans une boucle spatio-temporelle. La journée d'hier et celle d'aujourd'hui sont identiques, trait pour trait.
Je commence à croire qu'on va finir par réaliser le rêve secret d'A : une marche qui ne se termine jamais.
Au programme, donc, vous l'aurez deviné : matinée tranquille pour moi, réveil à 14h pour A, une session à la salle de sport, qui nous coûte cette fois 15 euros chacun, nettement plus cher que la veille. Un McDo pour lui, un sandwich diète pour moi. Quelques cartes postales, à droite, à gauche. Et on prépare nos sacs, pour le grand départ.
L'Etat finance cette marche à hauteur de 80 %
Le reste est financé par vos dons
(Ces dons ne constituent pas de l'argent de poche supplémentaire pour le binôme mais nous permettent de financer leur marche)
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J'ai adoré lire ce journal, j'ai adoré vos traits d'humour, votre authenticité, votre sincérité dans le partage des moments difficiles, des coups de mou et de vos petits défauts, ca a été un plaisir de deviner votre complicité, et surtout voir le récit évoluer, pas forcément de façon linéaire, au fil du chemin ! Je vous souhaite à tous les deux un bon retour et, par pitié, mangez des légumes !!
Km 0, Finisterre.
Il y a 3 mois, mon fils est parti de la cathédrale du Puy en Vellay.
Avec lui, il n’emportait pas seulement un sac à dos mais ses blessures, ses colères, ses peurs, ses doutes et une vie qui semblait parfois s’être arrêtée.
Il y a quelques jours, il est arrivé devant la Cathédrale de Saint-Jacques-de Compostelle.
Et puis enfin, le phare de Finisterre, le Km 0, là où la terre s’arrête et où l’océan commence.
Près de 1 600 kilomètres à pieds. Trois mois de marche. Des milliers de pas.
Pour beaucoup c’est la fin du camino.
Pour lui, c’est un bouleversement profond.
Pour moi, une fierté immense de maman.
J’ai vu mon fils qui doutait…
Vous devez être arrivés.
Quel périple, quel courage!
Je suis également si fière de toi A et si contente de te revoir dans quelques jours .
Profite de l'océan et savoure ces instants si mérités.
On t'attend tous à A.
Plein d'amour et de bisous bientôt en vrai.
Plus que quelques kilomètres (sauf si vous êtes déjà arrivés).
Une broutille comparée au chemin déjà parcouru.
Et quel chemin !
Tu as raison, tu t'en souviendra encore longtemps et prendre le temps de comprendre tout ce que tu viens de vivre sera également important pour la suite.
Je suis franchement ému au larmes, si fier de ce que tu as accompli et confiant sur ce que tu deviendra.
Dire merci à Charles, à Gaétan et à Jean Michel serait proprement insuffisant.
A., avec le temps, je suis certain que tu les remerciera en traçant ta propre route, ils te souhaitent tous ce qui se fait de mieux j' en suis certain.
Malgré cela, merci et mention spéciale à Charles,…
Je suis tellement fière de toi, si tu savais à quel point. En lisant ton parcours, ton évolution, ta façon de penser, le regard de Charles sur toi, je ressens une immense admiration. Effectivement tu ne réalises pas encore totalement la grandeur de ce que tu viens de vivre, ton courage, ta détermination. J’ai hâte de te retrouver. Sacha ne peut être que chanceux d’avoir un frère comme toi. Merci encore à Charles pour cet accompagnement enrichissant. Bravo à tous les deux.