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Lettre d'une accompagnante

  • il y a 13 heures
  • 3 min de lecture

Louise Requillard,

Accompagnante de N, du 23 septembre au 15 décembre 2025


Bonjour à toute l’équipe de Seuil,


Cela fait maintenant bientôt trois mois que je suis rentrée des chemins de Saint-Jacques de Compostelle, parcourus aux côtés de N. sur près de 1600 kilomètres, grâce à vous. Je me souviens encore très bien du jour de l’entretien d’embauche. J’avais parlé de mon envie de me challenger, de me sentir utile, de vivre une expérience différente. Mais je crois qu’aucun mot ne peut vraiment préparer à ce que l’on vit sur ce chemin. Ces trois mois m’ont profondément bouleversée.


Ils ont été remplis de très beaux moments. Nous avons partagé beaucoup d’instants simples et précieux : des fous rires, des conversations profondes, des moments où nous avons parlé de nos émotions, de la joie, de l’amour, de nos rêves et de nos projets, mais aussi de nos peurs et de nos doutes. Je garde en mémoire ces petits moments de transmission et de partage : les sourires, les

compliments, les choses que l’on s’apprend l’un à l’autre. Comme le jour où Nohan m’a appris à faire un nœud pour pêcher, ou celui où je lui ai appris un air au ukulélé. Ou encore ces moments tranquilles où nous lisions à voix haute des bandes dessinées ensemble après la marche ou les fous-rire à tenter de comprendre les menus espagnols.


On part avec l’idée d’accompagner un jeune, mais on découvre vite que c’est aussi un immense chemin intérieur. J’ai compris la solitude dont vous parliez : une solitude très particulière, celle de marcher pour deux, de se donner beaucoup, de s’effacer pour laisser toute la place à l’autre, parfois sans reconnaissance, parfois même face au rejet. Une solitude que je n’avais jamais connue dans mes précédentes expériences d’itinérance.


En rentrant, c’étaient les fêtes, et je crois que j’étais encore dans le déni de tout ce que ces semaines avaient remué en moi. Puis les mois de janvier et février sont arrivés, et avec eux le temps de regarder cette expérience avec plus de recul. Ma première pensée a été de croire que c’était un échec : nous sommes rentrés avant la date prévue et Nohan ne souhaite plus me parler. Mais peu à peu, des nuances sont apparues. J’ai appris par une autre pèlerine que Nohan avait passé les fêtes de fin d’année en famille, avec sa mère. Et je me suis alors demandé si, finalement, ce n’était pas là l’une des plus belles victoires. Peut-être que ces 1600 kilomètres auront simplement servi à rouvrir un chemin vers chez lui.


La marche ne se résume pas à une arrivée. Elle est faite de milliers de petits pas, d’apprentissages invisibles : l’autonomie, les décisions quotidiennes, la discipline physique, les rencontres, la découverte de soi. Quand je regarde les photos du début et celles de la fin, je suis profondément marquée par le chemin parcouru. On y voit un jeune qui a grandi, physiquement bien sûr, mais aussi dans sa force et dans sa confiance.


Je voulais simplement vous dire merci. Merci à toute l’équipe de Seuil pour cette chance unique qui m’a été offerte : celle de soutenir un jeune sur les chemins de Saint-Jacques et de vivre une aventure humaine aussi forte. Un merci tout particulier à Célestin pour sa présence et son soutien quotidiens, à Yvon pour ses messages attentifs tout au long de notre avancée, et à Monique pour sa patience

face à nos écritures parfois difficiles à déchiffrer.


Ces trois mois sur le chemin resteront longtemps en moi. Et, d’une manière ou d’une autre, je crois qu’ils continueront de marcher avec nous deux.


Louise


Murmures à l'oreille du cheval

Petite pose avec Louise

À la poursuite des poissons du grand large




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