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Marche de Tonxxx

  • 30 avr.
  • 46 min de lecture

Dernière mise à jour : 21 juil.

Marche de Tonxxx accompagné par Mathéo

 

Mercredi 29 avril

 

T : On a pris le train ce matin et nous sommes arrivés au Puy en Velay aux environs de 18h. On est montés jusqu’au gîte, mais la montée était rude et ça en valait la peine. La vue est belle. On voit toute la ville depuis notre fenêtre et je trouve ça beau. Le soir, on s’est baladés avant de manger et puis on est rentrés au gîte.

La ville est plutôt sympa et possède un chemin de pêche, malheureusement on ne reste pas assez longtemps pour aller y pêcher, mais ce n’est pas grave, il me reste tout le trajet pour pêcher. Sur ce, bonne nuit. A demain.

 

Mathéo : Après les premiers jours de rencontre entre T, Célestin et moi à Douai, nous sommes enfin prêts pour le début du voyage. Nous quittons Célestin sur le quai de la gare.

Nous traversons la France à toute vitesse pour arriver au Puy en Velay. Les paysages défilent derrière la vitre à toute vitesse. Le train traverse le défilé de collines et de plaines qui composent la France de Lille à Lyon d’un air pressé. Celles du fond se déforment, celles qui sont trop proches sont condamnées à n’être vues que comme un flou verdâtre et printanier.

Sur le siège d’à côté, T a posé son chapeau sur ses yeux pour dormir un peu. Il dort comme on voyage à moitié présent, déjà ailleurs.

Un sommeil avec un chapeau et un dossier, une sieste d’aventurier

De mon côté, je colle ma joue à la vitre, regardant ce paysage à très grande vitesse en me demandant pourquoi être pressé d’aller là où commence la lenteur.

Les heures s’étirent, puis cèdent. Enfin, le Puy en Velay.

On déambule dans les rues comme une veille de départ, commentant des choses et d’autres, discutant tranquillement sans être pressés par la nuit qui tombe.

Demain, on commencera alors l’autre moitié, au ralenti, en pas, en souffle. Sans vitre.


Jeudi 30 avril : Bains

 

T : La marche s'est bien passée. Le paysage était plutôt mal. On est passé par des villages pas très animés. Nous sommes arrivés à Bains, un petit village pas très animé aussi, mais on a croisé des animaux, mais malheureusement il n’y a pas mes animaux du zoo.

 

Mathéo : Nous quittons le Puy en Velay par la grande porte ouverte du sol de la cathédrale. La ville apparaît devant nous et à partir de maintenant chaque pas ne sera plus posé pour rien, chacun ira dans une direction, pas après pas, à travers les chemins, les frontières, les pays. Le voyage commence d’ailleurs par l’achat d’un sandwich et une route qui monte.

Le Puy rétrécit peu à peu derrière nous. T avale les premiers kilomètres, se satisfait des paysages verdoyants, semble savourer le tout début de voyage.

Les kilomètres s’entrelacent de discussions et de silences confortables, l'air est doux, le sandwich est bon.

Aujourd’hui, tout va bien et T à 17 ans.

 

Vendredi 1er mai : Monistrol

 

T : Aujourd’hui on a marché de Bains à Monistrol.

Au début, la marche était un peu fatigante à cause des montées, mais pas assez dures pour abandonner avec mes charos, on a vu pire sur la montée de Menil. Le reste du trajet s’est très bien passé, sans difficulté.

Notre gîte est collé à un pont construit par Gustave Eiffel. Une belle ville, mais pas “Belleville”.

 

Mathéo : Le chemin nous emmène à travers champs et forêts. Nous le suivons paisiblement accueillant les quelques rayons du soleil qui osent  traverser le plafond de nuages. Après une dizaine de kilomètres, le chemin descend par un escalier de racines vers Monistrol et la rivière de l’Allier.

Après avoir déposé nos sacs chez Dédé la Bolo, nous passons quelques   heures sur les bords de la rivière à essayer la canne à pêche que T a emportée avec lui. Les heures passées à essayer de penser comme une truite, n’y font rien : nous rentrons bredouilles.

Heureusement, pas besoin de se retrouver le ventre vide et l'œil humide pour le reste de la soirée car des pâtes bolognaises nous attendent, sans surprise chez Dédé la Bolo. Nous vivons une époque formidable.

Et pour les petits êtres à nageoires qui vivent en eaux troubles, nous avons encore tout notre temps pour que l’un d'eux soit consentant à être mangé.

 

Samedi 2 mai : Saugues

 

T : Ce matin, départ aux environs de 8h45 en direction de Saugues. On a commencé avec une montée, toujours pas assez corsée pour abandonner.

On est arrivés à Saugues vers 13h et on a eu de la chance car le gîte ouvre à 15h et quand nous sommes arrivés on a vu l’hôte du gîte qui partait boire un verre mais qui a gentiment accepté de nous ouvrir ses portes un peu plus tôt.

 

Mathéo : Nous partons de Monistrol de bon matin pour la première véritable pente du voyage. Un chemin boisé nous emmène vers  le sommet du plateau.

La montée fait sans grandes difficultés pour T qui double peu à peu les autres marcheurs.

Arrivés au sommet, les étendues d’herbe se plient sous le vent qui file sans entrave, balayant l’horizon.

Nous rencontrons de plus en plus de marcheurs et les discussions s’envolent. Entre autres, Manu et son fils Maël, un père en rémission d’un cancer qu'il laisse chaque jour un peu plus loin derrière lui.

Nous finissons à Saugues où nous faisons halte pour la nuit.

 

Dimanche 3 mai : Chanaleilles

 

T : Réveil ce matin aux alentours de 8h pour se rendre à Chanaleilles. Sur le chemin, il y avait pas mal de vent malgré le combo polaire et le coupe-vent qui transportait le froid.

On est arrivés aux alentours de 14h, mais le gîte n’ouvrait ses portes qu’à partir de 15h30. On a pu profiter d’une sorte de stand qui vendait de la nourriture avant de faire une sieste sur leurs transats.

 

Mathéo : Nouvelle journée dans le vent aujourd’hui. Nous partons de bon matin, encore pour une petite étape de Saugues à Chanaleilles.

Le ciel est gris et le vent gifle. On se faufile entre les champs de vaches et les forêts de pins. Dans ces terres isolées, nous entrons sur le territoire de la bête du Gévaudan. Peut-être qu’elle nous observe depuis l’ombre des bois ou peut-être qu'elle n'existe que dans l’esprit des marcheurs qui ne peuvent voir derrière les branches ou dans l’obscurité.

Nous arrivons tôt dans la journée à Chanaleilles. Nous regardons alors le temps passer, calfeutrés dans nos vestes, à tenter d’apprivoiser le moindre rayon en attendant que le gîte du soir ouvre.

 

Lundi 4 mai : Saint Alban sur Limagnole

 

T : Ce jour, on a démarré à 9h. On est arrivés à Saint Alban sur Limagnole à 14h. Sur le chemin, il y a eu un peu de pluie mais pas assez pour nous faire s'arrêter même si un orage était prévu pour aujourd’hui. Heureusement, l’orage ne s’est pas pointé ce qui nous a permis de continuer à avancer. J’ai entendu une histoire sur les pirates où ils disent qu’ils se sont éteints. Je n’y crois pas. Tous nos pirates sont toujours actifs.

 

Mathéo : nouvelle étape de notre périple entre Chanaleilles et Saint Alban sur Limagnole. La veille, nous avons partagé une soirée particulièrement en compagnie d’un groupe de marcheurs rencontrés sur le chemin.  L’ambiance était conviviale et détendue : autour d’un repas savoureux, copieux de rires et d’anecdotes. La soirée s’est prolongée avec quelques parties de cartes, une cuisante défaite pour moi et une glorieuse victoire pour T.

Nous reprenons la route, pleins de calories et de souvenirs. Le chemin nous emmène à travers des bois paisibles, enveloppés d’un ciel chargé de nuages. Les kilomètres s’enchaînent jusqu’à apercevoir entre les troncs de pins, les premiers toits du village de Saint Alban.


Mardi 5 mai : Aumont Aubrac

 

T : Nous avons pris la route ce matin vers 9h. Sur le chemin on a fait pas mal de pauses et on est arrivés à 16h dans la ville d’Aumont Aubrac

Ça va relancer fort, la ligne n’est jamais finie. Restez à l'affût mes pirates

 

Mathéo : Nous partons pour le début de la traversée du plateau de l’Aubrac. Le chemin suit les courbures des collines, monte, puis s’enfonce dans des creux, tout en lenteur, au fond desquels les ruisseaux continuent de creuser, tout doucement. Les pins s’éparpillent dans les prairies. On se sent ici dans un alpage sans sommet.

Au croisement d’un ruisseau et du chemin, on laisse un hameçon dériver dans le courant. Dans l’eau boueuse après la pluie, on espère qu’une truite osera enfin mordre pour tromper l’ennui. Puis l’attente de la pêche se transforme en lancer de javelot fait maison, en plombage dans la terre encore molle et mouillée de toutes sortes de morceaux de bois taillés en pointe.

On arrive à Aumont-Aubrac en fin d’après-midi. Nous passons acheter une tente chacun pour bivouaquer. Une envie de sentir le voyage, un goût de liberté.


Mercredi 6 mai : Nasbinals

 

T :  On est partis du gîte ce matin vers 9h pour notre première étape à plus de 25 km et nous sommes arrivés vers 17h au gîte à Nasbinals, le premier village sur le chemin

La marche s’est bien passée. Arrivés sur les derniers kilomètres, j’ai proposé à Mathéo de finir en trail. Pensant que je rigolais, il a accepté jusqu’à ce qu’il se rende compte que je parlais sérieusement. Il me restait assez d’énergie pour continuer encore plus loin, mais en arrivant à Nasbinals, il a commencé à pleuvoir, ce qui a fait qu’on est arrivés pile-poil au bon moment

Comme mes bons pirates me disaient “c’est l’heure de la SD (salle de sport)”, sur ce, dormez bien et à demain.

 

Mathéo : Aujourd’hui commence la véritable traversée de l’Aubrac. Une étape plus longue que les jours précédents : 27 km jusqu’à Nasbinals.

Pas à pas, les arbres se dispersent pour, peu à peu, disparaître laissant place aux immenses collines vertes et aux vieux murets de pierres de l’Aubrac. La pluie est poussée par le vent. Entre deux nuages, le soleil sèche les gouttes.

Nous traversons ce paysage jusqu’à Nasbinals. Nous retrouvons alors tous les marcheurs : ceux avec qui nous avons partagé quelques discussions, ceux avec qui nous n'avons encore rien dit, celui qui marche pieds nus et son chien portant son propre sac de croquettes, celle qui marche pour tout recommencer.

Nous profitons d’un repas gentiment partagé par d’autres marcheurs et le reste de la soirée est consacré au visionnage, dans le petit bar du coin, du match Paris-Munich.


Jeudi 7 mai : Saint Chély d’Aubrac

 

T : Aujourd'hui, on est partis de Nasbinals vers 10h. On est arrivés à Saint Chély d’Aubrac vers 15h. On ne s’est pas arrêtés là et on a continué sur 7 km avec 3 personnes qui, eux aussi, avaient prévu de bivouaquer avant de s’arrêter dans le village d’Estrades. On a monté nos tentes avant de préparer notre repas. Après avoir mangé, le soleil s’est couché et puis c’était l’heure de dormir.

 

Mathéo : Nous partons de Nasbinal pour la traversée et la redescente du plateau. Le paysage s’étend à perte de vue. Les petits bouquets de forêts poussent ici et là dans les creux du paysage. Les nuages touchent presque les sommets d’horizon. Une pente boisée s’étend devant nous. En redescendant la forêt est mousseuse, luxuriante, gorgée d’eau et de vie.

Nous dépassons Saint Chély d’Aubrac pour nous joindre à un groupe de marcheurs doux et rêveurs : Ali, Elodie et Loïc. Notre petit groupe s’avance alors seul dans la campagne fleurie pendant que les ombres s’étirent.

Nous ferons halte dans un petit village, autour d’un feu fait dans un vieux four à pain, partageant le repas avec cette joyeuse troupe, avant la première nuit de bivouac sous un ciel immaculé.

 

Vendredi 8 mai : Espalion

 

T : Réveil ce matin vers 9h. Première nuit dans la tente, pas mal du tout.  J’ai très bien dormi. On a rangé nos affaires et puis on a pris la route vers Espalion. On est arrivés vers 17h. Après une bonne pause à Saint Côme d’Olt, comme il y avait un accès au Lot, on en a profité pour pêcher et se baigner. Ce soir, on bivouaque tout seuls

 

Mathéo : Après une première nuit de bivouac plutôt réussie, nous plions bagage pour redescendre les derniers kilomètres avant les rives du Lot et Espalion.

Il ne nous faut que quelques heures avant de pouvoir plonger dans l’eau glacée, sentir le courant détendre les muscles et laisser les petits poissons mordiller les mollets.

Après quelques heures au bord de l’eau, T parti pêcher, revient avec quelques rencontres des habitants des bords de rivière : une vipère et unécrevisse, malheureusement pas assez gras pour le souper du soir.

Nous repartons alors sur la route, cherchant du coin de l'œil un endroit où bivouaquer. Nous finissons par trouver un petit coin d'herbe tondue à la sortie de la ville, caché derrière une haie.

 

Samedi 9 mai : Campuac

 

T : On est partis d’Espalion aujourd’hui et on est arrivés vers 19h à Campuac. On s’est arrêtés 2h30 à Estaing au bord du Lot, comme il y avait des galets pour faire des ricochets.

 

Mathéo : Nous longeons la rivière du Lot vers l’ouest. Le chemin traverse des forêts bourdonnantes d’insectes et d’oiseaux. Après quelques heures de marche et une longue pause passée à siroter des cafés-crème dans un jardin ombragé, nous découvrons Estaing, un délicat empilement de maisons de pierre et de vieilles tours.

Un nouvel arrêt s’impose au bord de l’eau pour tremper nos pieds fatigués. Très vite, des galets plats trouvent refuge dans nos mains et l’après-midi se transforme en un véritable tournoi de ricochets. A force de lancer des pierres, nous avons sûrement fait monter le niveau du Lot de quelques centimètres.

Nous repartons avec difficultés, peinant à interrompre le jeu pour reprendre la route. À travers l’eau que nous longeons, des silhouettes de truites gigantesques apparaissent çà et là sous les branchages. T résiste au murmure de son hameçon d’une part car il se fait déjà tard, d’autre part car des panneaux interdisent la pêche à ces endroits.

Malheureusement un petit troupeau de fraises des bois croise nos pas et nous fait perdre encore un peu de temps.

Nous arrivons finalement au gîte avant la nuit, avec la chance de rien avoir croisé de plus sur les derniers kilomètres.

 

Dimanche 10 mai : Campuac

 

T : On n 'a pas marché aujourd’hui. On a fait une pause à Campuac. Comme il y a un lac, on est partis pêcher et pour la première fois depuis notre départ, on a enfin eu un poisson en remontant la ligne.

 

Mathéo : Aujourd’hui, journée de doux repos à Campuac. Au programme : grasse matinée, taboulé premier prix, pêche dans le petit lac du coin et, peut-être, une sieste. A part le taboulé, un dimanche touché par la grâce.

Après plusieurs heures passées à écouter les grenouilles croasser au bord de l’eau, nous finissons par sortir un petit poisson des profondeurs, pêché au bout d’une canne improvisée à l’aide d’un morceau de bois et d’un hameçon. Le petit poisson se débat tant bien que mal avant que T ne le relâche aussitôt.

Les premiers coups de tonnerre nous font rentrer juste à temps pour le fameux taboulé. Nous attendrons ensuite l'orage qui ne viendra jamais vraiment.


Lundi 11 mai : Conques

 

T: Départ très tôt ce matin aux alentours de 7h. On est arrivés à Conques vers 16h, journée fatigante à cause d’une douleur aux deux genoux, mais ça va.

 

Mathéo : Départ dans la brume ce matin en direction de Conques. La silhouette des arbres pourtant toute proche de nous apparaît à peine. Puis l’opacité s’évapore laissant quelques rayons traverser le plafond de nuages, s'échouant par brefs instants dans les champs.

Les kilomètres s’enchaînent et les genoux de T commencent à devenir douloureux.

Pas après pas, nous finissons par arriver à Conques. Un petit village sur les pentes d’une profonde vallée, presque irréel, comme un décor de théâtre en pierres au milieu du paysage.


Mardi 12 mai : Livinhac

 

T : On est partis ce matin vers 9h30 et on est arrivés à Livinhac vers 19 h. La montée de Conques était comme de l’eau, LCR tu m’as fait là mentir.

 

Mathéo : Nous commençons la journée par une montée abrupte vers le plateau, à travers un petit sentier grimpant dans la forêt. Arrivés au sommet, le paysage retrouve sa petite campagne bucolique.

Aujourd’hui, un grand soleil rafraîchi par un petit vent printanier qui rend le tout des plus agréable. Les kilomètres s’enchaînent sans difficulté, marqués par de nombreuses pauses pour profiter des jardins ombragés.

T tente d’attraper des moineaux à l’épuisette, sans grand résultat, si ce n’est une branche peu loquace coincée dans le filet. L’idée est d’adopter un oiseau et de s’en faire un compagnon de route.

Nous sauvons aussi quelques insectes et lombrics en difficulté sur la route sans en attendre aucun remerciement, puis nous arrivons à Livinhac, notre halte pour la nuit.

 

Mercredi 13 mai

 

T : On est partis de Livinhac et sur le chemin vers Figeac on s’est arrêtés pour pêcher et j’ai eu deux poissons dont l’un qui s’est échappé le ventre ouvert.

 

Mathéo : Nous faisons nos derniers pas dans l’Aveyron. Une croix au bord du chemin marque le changement de région. En seulement quelques pas, nous avons déjà traversé quatre départements, à une vitesse qui nous permet encore d’observer les insectes.

Nous retrouvons, par hasard, Elodie et Loïc, des compagnons rencontrés plus tôt sur le chemin. Nous marchons jusqu’à un petit lac où il est impossible de ne pas s’arrêter pour lancer une ligne.

Après quelques heures, T sort deux poissons de l’eau : un poisson-chat et un autre dont j’ai oublié le nom, deux espèces invasives selon le panneau informatif. T en propose à un marcheur qu’il accepte bien volontiers. Mais au moment de lui ouvrir le ventre, voilà la créature qui bondit dans l’eau, pour disparaître dans les profondeurs du lac. Une bête qui n’aura eu pour seul tort que d’être trop gourmande et naïve

 

Jeudi 14 mai : Gréalou

 

 

T : On a pris le chemin de Compostelle en direction de Gréalou. On est arrivés vers 18h30 après un long épisode de pluie.

 

Mathéo : Aujourd’hui, départ après un long café en guise d’au revoir à plusieurs amis croisés sur la route.

Les premiers kilomètres se déroulent sous un ciel chargé d’eau et de nuages, prêt à déborder à n'importe quel moment.

Le début de la journée se passe plutôt bien ; les rideaux de pluie restent au loin, à l’horizon. Puis nous trouvons refuge sous le préau d’un village lorsque tombent les premières gouttes d’une pluie torrentielle chargée de grêlons.

Nous repartons sous un rayon de soleil qui fait fumer la route, mais cela ne dure pas longtemps : une nouvelle averse s’approche déjà. Un plafond de feuilles nous protège encore un peu avant de se gorger d’eau et de laisser le ciel s’essorer sur nous.

Trempés, nous finissons par frapper à la porte du gîte. La chaleur du poêle et les éclats de rire finissent de nous convaincre de rester ici pour y passer la nuit.


Vendredi 15 mai

 

T : On est partis de notre gîte à 9h. On est arrivés à Saint de Laur vers 17h. On a fait une pause pêche ; j’ai encore sorti 2 poissons que j’ai gentiment remis à l’eau après les avoir capturés. On a fait la connaissance d’un chien qui est resté avec nous toute cette soirée

 

Mathéo : Nous reprenons la route à travers les causses du Quercy.

Une véritable petite routine commence à s’installer : un départ sans se presser, un café crème pour T, un allongé pour moi, une dizaine de kilomètres avant le prochain café, le début des conversations avec des inconnus, des “bonjour”, et des “au revoir”.

Des gros nuages traversent le ciel. Parfois une averse sans que l’on s’en inquiète car le soleil n’est jamais loin pour tout gâcher. Quelques fraises des bois sur le bord du chemin. Puis les kilomètres s’achèvent par des heures au bord de l’eau à guetter les flotteurs vibrer.

Aujourd’hui, c’est un ancien lavoir rempli d’une eau cristalline. T attrape deux poissons, mais une grosse truite futée, maîtresse de ces lieux, nous regarde et ne se laisse pas prendre. Elle passe et repasse autour du ver de terre. Elle est maligne. Je crois même l'avoir vue nous lancer un clin d'œil moqueur. Peut-être ai-je mal vu ?

 

Samedi 16 mai : Bach

 

T : On est partis ce matin vers 9h. On a commencé par une pause pêche. Puis on a pris le chemin en direction de Bach où l'on est arrivés vers 18h.

 

Mathéo : La journée commence par une nouvelle tentative pour attraper cette grosse truite. Ça semble être devenu une histoire personnelle pour T. La nuit ne l’aura pas rendue moins méfiante. : elle reste attentive et maligne même à cette heure précoce avant l’heure du café, ce qui n’est d’ailleurs pas mon cas : j’oublie la moitié de mes affaires au moment de partir.

Être moins attentif qu’une truite, même reine, apprend l’humilité. C’est aussi ça le chemin.

Nous entamons l'avant-dernière journée avant Cahors. De petits chemins traversent les bois du Causse. Les kilomètres s'enchaînent jusqu’au village de Bach où nous passons une soirée bien conviviale autour d’une immense tablée. 

 

Dimanche 17 mai : Cahors

 

T : On est partis ce matin vers 9h de Bach et on est arrivés vers 17h à Cahors. La marche s'est bien passée, mais en arrivant à Cahors on s'est pris une grosse pluie

 

Mathéo : Le chemin pour aller à Cahors se constitue d'une multitude de longues lignes droites bordées de forêts sèches et de murets de pierre. Les kilomètres s’enchaînent sans vraiment donner l’impression d'avancer dans le paysage. Il n’y a que les arbres et les petites averses qui viennent rythmer la traversée comme le gong d’une horloge. Les kilomètres passent ainsi, dans les lignes droites sans horizon à regarder nos chaussures, à dériver dans nos pensées.

Lorsqu’on arrive, Cahors apparaît sous un ciel noir. Une pluie de moussons accompagne les dernières minutes, puis s'ensuit le moment de réconfort : l’eau chaude de la douche qui fait disparaître l’effort de journée dans un siphon.


Lundi 18 mai 

 

T : Jour de pause à Cahors on a dû quitter le gîte à 8H30. On est parti prendre un café puis on a péché.

 

Mathéo : Petite journée de pause à Cahors. Nous en profitons pour prendre encore pus notre temps que d’habitude. Début de journée autour du fameux café crème, puis une longue promenade sur les bords du fleuve ponctuée d’arrêts pour pécher. Le repas est marqué par la venue de Jean-Marie, un gentil grand-père d’une certaine intensité, donnant l’impression d’être sorti d’un buisson ou d’un trou pour s’asseoir à notre table et nous tenir la conversation, bénissant au passage notre marche et priant pour nous. Il disparaîtra aussi vite qu’il était apparu, et nous laissera dans le calme qui le précédait, prêts à poursuivre la lente promenade.

 

Mardi 19 mai

 

T : On est parti du gîte ce matin vers 8H30, là où nos jambes nous mèneront. Ce soir on bivouac dans une chapelle à l’abri des moustiques qui pourraient nous attaquer pendant la nuit.

 

Mathéo : Nous reprenons le chemin vers les Pyrénées. Le soleil et la chaleur accompagne enfin notre route. Notre ombre nous suit enfin, tourne autour de nous, au fil des kilomètres comme une aiguille d’horloge. Le pays se fait de plus en plus sec, de plus en plus plat. On bavarde alors au soleil, les distances défilent. Puis on finit la journée dans nos pensées dans une lumière de soirée d’été qui étire le paysage, jusqu’à une petite chapelle.  Au bout des kilomètres où nous bivouaquerons.


Mercredi 20 mai

 

T : On est partis de la chapelle vers 10H ce matin et on bivouac encore ce soir dans une autre chapelle à 30 min de Lauzerte.

 

Mathéo : Nous partons de la chapelle alors que le soleil est déjà haut. Le chemin traverse des forêts redevenues plus humides et luxuriantes, des champs et des villages d’un autre temps. On s’arrête pour une nouvelle nuit dans une chapelle, celle de St Sernin, l’une des premières construites sur le chemin pour accueillir les pèlerins. Deux jeunes marcheurs nous invitent à nous asseoir avec eux pour la soirée. Nous partageons quelques chamallows grillés dans l’intimité de la nuit, autour de discussions que seuls les feux de camps savent si bien faire. Puis nous nous endormirons sous l’immense charpente de la chapelle, qui a déjà dû protéger beaucoup d’entre nous de la nuit et qui, sans compter les années, continueras de le faire.

 


Jeudi 21 mai

 

: On est partis vers 10H de la chapelle et on est arrivé à Moissac vers 19H. Il a fait super chaud aujourd’hui.

 

Mathéo : Nous partageons un morceau de chemin avec l’un des jeunes rencontrés la veille. Le soleil semble s’être rapproché de nous : il brule la peau et fait paraitre les champs traversés plus immense encore. Après avoir fait nos adieux à cet ami éphémère, on repart tous les deux à travers la campagne brulante. Les fruits à croquer au bord de la route nous font momentanément oublier le soleil. A la fin, peu avant Moissac, la silhouette fantomatique des Pyrénées apparait. Encore bien loin de nous, et pourtant déjà là.


Vendredi 22 Mai

 

T : On est partis de Moissac et on est arrivés à Auvillar vers 16H30 on s’est arrêtés parce que j’avais trop chaud. Sur le chemin on s’est baignés dans une écluse à cause de la chaleur, l’eau nous a bien rafraîchit. On s’apprêtait à dormir au bord de la Garonne mais en faisant un tour dans le village on a trouvé un lavoir. Pour faire moins de monté au réveil, on a monté notre camp.

 

Mathéo : Après Moissac, le chemin s’enfile sur de longues lignes droites de terres, coincées entre les eaux du Canal et celle de la Garonne. Nos pas se laissent tenter par les taches d’ombres jetées au sol par les platanes écrasés de soleil. La chaleur est étouffante, les pas se font lourds, les kilomètres lointains. Quelques écluses viennent rythmer la marche. On se laisse tenter par l’une d’entre elles : T. ne peut résister à descendre l’échelle qui mène à l’eau. Je le rejoins rapidement ; on s’immerge dans l’eau fraiche et trouble de cet étrange bassin, dont la fraicheur nous permet d’oublier ce début d’été qui s’annonce éternel. On finit à Auvillar, où nous camperons au bord de l’eau pour la nuit.

 

Samedi 23 mai

 

: On est partis vers 9H30 d’Auvillar et on est arrivés à Lectoure vers 19H30. Journée d’environ 33Km, fatigante sur les derniers Km mais cela nous a rapproché de notre but.

 

Mathéo : Nous reprenons la route en direction de Lectoure. A peine levée, le soleil est déjà tout proche. Il fait passer la matinée en un instant, puis écrase les reliefs, s’infiltre entre les arbres et inonde les rues. A chaque fontaine on vide des gourdes sur nous, repartant avec quelques litres de fraicheur supplémentaires, qui s’évaporent en quelques pas. Les kilomètres défilent ainsi, dans la moiteur d’un été prématuré, jusqu’à Lectoure. Nous y trouvons un petit jardin pour camper, et comme récompense, une délicieuse douche froide et un cerisier.

 

Dimanche 24 mai

 

: Départ vers 10H ce matin de Lectoure en direction de Condom. On a pu se baigner deux fois, dans des lacs sur le chemin car il faisait super chaud.


Mathéo : Nouvelle journée de marche à travers le soleil ardant. Aujourd’hui, tout est prétexte à s’immerger dans la douceur de l’eau. La moindre flaque devient quelque chose de désirable, la moindre goutte nous fait loucher d’envie. Il y d’abord, au milieu des champs sans ombre, un bassin d’eau trouble, qui devient rapidement une baignoire de fraicheur pour nos peaux rougis par le soleil. Les écrevisses tentant de nous pincer les orteils ne changent rien à ce moment de plénitude. Puis, plus loin, un lac aux bordures remplies d’algues. Il ne nous faut que peu de temps pour aller nager au milieu de celui-ci, espérant que le silure soit plutôt dans ses heures de digestion tant le plaisir est grand. De mare en flaque, nous arrivons à Condom, où nous passerons la nuit.


Lundi 25 Mai

 

T : Réveil tardif aujourd’hui. Pour notre jour de pause, nous nous promenions dans un parc quand soudain, un serpent jailli de nulle part et manque de peu de nous mordre. Il faisait environ un bon mètre ! Après cela nous sommes retournés au gîte.

 

Mathéo : Nous passons une journée de repos à Condom. Du vrai repos. T. bat son propre record de sommeil, 14H59 pour être précis. Le soleil est donc déjà loin quand la journée commence. Au programme, rasage de mur pour aller à un parc, recherche de Lombric infructueuse dans une terre sèche et poussiéreuse, saut acrobatique à la vue d’un magnifique serpent se faufilant entre nos pieds munis de claquettes, puis retour enthousiaste à l’auberge pour une nouvelle nuit de sommeil.


Mardi 26 mai : Montréal du Gers

 

T : Départ de Condom tard aujourd’hui, 11h car c’est une petite journée qui nous attend aujourd’hui (18 km).

Arrivés à Montréal du Gers vers 19h avec de longues pauses sur le chemin  .

 

Mathéo : Aujourd’hui est une petite journée approximativement une longue ligne droite à travers les mêmes champs, aplats, par le même soleil.

Nous trouvons un lieu pour faire une bonne halte dans un petit jardin fleuri du village fortifié de Larressingle, de quoi laisser le zénith s’apaiser pour nous offrir les quelques ombres des rares arbres croisés en chemin.

Nous finissons dans le village de Montréal du Gers pour une nouvelle nuit de bivouac au bord de l’étang de Saint Laurent en Gascogne (je ne sais pas comment l’étang s’appelle, mais si vous le voulez bien, nommons-le ainsi.)


Mercredi 27 mai : Eauze

 

T : Un mois depuis le départ de chez moi.

Aujourd’hui encore une petite journée Montréal-Eauze. On a joué avec de la gadoue

 

Mathéo : Après une soirée durant laquelle T    s’est fait adopter par un oiseau ayant presque élu domicile dans sa paume et une douce nuit bercée par le croassement des grenouilles, nous reprenons la route

Un chemin longeant le tracé d’une ancienne voie ferroviaire traverse le pays jusqu’à Eauze. Une sorte de tunnel de feuilles nous protège enfin du soleil, une ligne droite à travers la campagne, avare en virages. Les kilomètres défilent ainsi accompagnés d’une petite boule de boue à malaxer faisant passer les heures et permettant à T de faire le deuil de son compagnon de la veille, ce jeune moineau ayant pris son envol dans la nuit vers d’autres horizons.

 

Jeudi 28 mai : Nogaro

 

T : Départ d’Eauze ce matin en direction de Nogaro. Il a fait chaud sur le chemin où l’on a fait la rencontre d’un oisillon qui n’arrivait pas à voler et qui était resté sous le soleil brûlant qu’on a gentiment mis à l’ombre avant de reprendre la route, quand soudain une eau claire nous a attiré l’oeil, donc on est allés se baigner.

 

Mathéo : Nous entamons une nouvelle journée dans la chaleur. Au milieu des kilomètres, une trouée d’eau profonde et cristalline apparaît entre la route et un champ. Nous dévalons la pente pour la rejoindre, ne prêtant que peu d’attention à nos orteils dans les orties. Tant pis ! Le moment le plus chaud passe ainsi, plongés dans cette oasis de bord de route rempli de libellules bleues.

Puis la route reprend et l’oasis devient un souvenir aussi rapidement qu’une goutte de transpiration s’évaporant sur le goudron, aussi lointain que l’ombre des arbres dans les champs noyés par la marée de soleil.

On finit la journée à Nogaro, les gourdes presque vides.


Vendredi 29 mai  : Aire sur l’Adour

 

T : Départ tôt ce matin pour éviter les chaleurs. En chemin, à 10 mn d’Aire sur l’Adour, on a croisé le chemin d’une biche.

Depuis le jour du départ, c’est le meilleur gîte, hôte très accueillant, tout est parfaitement rangé, organisé et nettoyé. Je le recommande aux futurs duos de Seuil. Gîte : « A la maison » Aire sur l’Adour

 

Mathéo : C’est notre dernière traversée jusqu’à Aire sur l’Adour. Tout d’abord, un étrange plafond de nuages nous accompagne, si bas que l’on pourrait presque le toucher. Quelques heures au frais et ce drôle de sentiment d’avoir oublié notre ombre au dernier gîte. Mais pas pour longtemps, les voilà qui reviennent au milieu d’un champ, accompagnés par cet impitoyable soleil.

Le chemin nous emmène sur la plaine de l’Adour, un paysage de lignes droites et de champs à perte de vue où le maïs pousse à vue d'œil. D’immenses appareils d’irrigation avancent lentement nous accordant quelques instants de pluie, trop brefs pour nous en satisfaire, nous rendant presque jaloux d’un épi de maïs. 

Nous arrivons finalement à Aire sur l’Adour, bien accueillis par Stéphane. Nous prendrons une journée de pause ici pour voir le lendemain, la finale de la Ligue des Champions.

 

Samedi 30 mai : Aire sur l’Adour

 

T : Jour de pause à Aire Sur l’Adour. A part le match du PSG ce soir, rien n’a été fait à part un vrai repos. Réveil à 13h suivi d'une sieste jusqu’à 17h30, après vient enfin le match tant attendu de la finale de la Ligue des Champions

 

Mathéo : Nous prenons une journée de repos aujourd’hui à Aire sur l’Adour, dans le but de pouvoir enfin assister à la finale de la Ligue des Champions.

La journée se déroule autour d’un sommeil plutôt lourd pour T : un réveil en début d'après-midi, puis un café qui ne fait vraiment pas effet puisqu’il est suivi d’une sieste et enfin d’un deuxième réveil pile à l’heure pour aller voir le match.

Très beau match et victoire du PSG, d’ailleurs, qui nous aura vidé de notre énergie et permis de bien dormir le soir même

Bref, une vraie journée de repos.

 

Dimanche 31 mai 

 

T : Départ ce matin vers 10h. Sur le chemin on a croisé une ribambelle d’animaux avant d’arriver à Arzacq

 

Mathéo : Aujourd’hui, nous repartons en direction du sud. Un ciel couvert, une petite bruine et un vent frais s’invitent à la marche. Ils nous font bien vite oublier la moiteur des derniers jours. Le sac semble plus léger, nous donnant la sensation que nous pourrions ne jamais nous arrêter. La fraîcheur nous permet de remarquer que, finalement, les montées sont aussi des descentes.

Le chemin se poursuit ainsi d’un pas léger, à travers champs et forêts. T nous déniche quelques fraises des bois et même un rayon de soleil s’invite dans les derniers kilomètres avant l’endroit où nous bivouaquerons pour la nuit.


Lundi 1er juin : Pomps

 

T : Départ d'Arzacq vers 10h ce matin et on est arrivés à 16h30 à Pomps. Un épi de blé m’a ouvert le 2ème doigt en partant de la droite de ma main gauche.

 

Mathéo : Les paysages se transforment, l’horizon se plisse à nouveau. La route monte, puis descend. Au loin, on imagine les Pyrénées derrière le ciel de nuages. Elles sont là, toutes proches.

Les distances s’enchaînent, nous emmènent toujours plus près des montagnes, bientôt là où elles ne pourront plus se cacher, là où il suffira  de  regarder à nos pieds  pour  les  voir.

Nous croisons toutes sortes de choses sur la route. D’abord, un café crème et un gâteau qui a l’air sucré, ce qui nous permet de ne pas nous presser.

Puis de plus en plus d’animaux. Des chenilles sur la route que T  s’empresse de sauver en les empêchant de finir leur vie en 2D, en les déposant  dans les fourrés. Puis un serpent, qui disparaît dans les herbes au moment où je m’apprêtais à marcher dessus. Des hirondelles virevoltent autour de nous.

Ces derniers jours, les rencontres se sont multipliées. Pour en faire une liste non exhaustive : serpent, buse, écrevisses, carpes, lombrics, scarabées, une moitié de souris, biche, renard, hérisson, moustiques, grenouilles et tant d’autres petits êtres sifflant, croassant ou aboyant.


Mardi 2 juin : Sauvelade

 

T : Départ de Pomps vers 10h. C’est le retour des montées et descentes.

Arrivée à Sauvelade vers 18h

 

Mathéo : Lorsque nous partons dans la matinée, le ciel est lourd et gris. Quelques rideaux de pluie viennent balayer le paysage, le débarrassant au passage de toutes traces de canicule.

Le paysage change rapidement : les collines se font plus grosses et même certaines au loin disparaissent dans les nuages ne laissant que des silhouettes noires s’arrêter là où l’imagination le souhaite.

Nous avançons droit vers les Pyrénées. Les kilomètres semblent faciles et l’Espagne toute proche.


Mercredi 3 juin

 

T : Départ de Sauvelade vers 9h ce matin, puis arrivée à Navarrenx. Pour l’une des premières fois depuis une éternité on a croisé une eau claire et bleue. On en profite pour une baignade avant une pêche aux lézards avant de voir des serpents dans l’eau. On devait continuer, mais au final on s’est arrêtés à Navarrenx

 

Mathéo : Nous repartons pour une nouvelle journée et après seulement quelques pas, les Pyrénées apparaissent devant nous dans la lumière cristalline du matin, juste devant nous.

Nous arrivons à Navarrenx en début d’après-midi. Alors que nous apprêtons à continuer, une rivière d’un bleu éclatant apparaît devant nous. Impossible de ne pas s’y arrêter et de s’immerger dans sa fraîcheur.

Nous passons alors le reste de l’après-midi au bord de l’eau, observant les quelques animaux nageant ou se faufilant entre les pierres : quelques serpents, oiseaux et poissons

T finit la journée avec un hameçon dans une main et une épuisette dans l’autre, essayant une nouvelle pratique : la pêche aux lézards. Il les attire avec une bonne escalope de lombric frais, paraissant fort goûteuse et appétissante. Du moins pour un lézard.


Jeudi 4 juin

 

T : Départ de Navarrenx vers 9h avec un groupe plutôt jeune, nous  allons en direction d’Aroue et eux 4 km plus loin.

Journée de pluie aujourd’hui. J’étais tout trempé en arrivant au gîte.

 

Mathéo : La journée commence avec un vent rempli de gouttelettes, s’introduisant dans le moindre interstice des vêtements ou sur toute parcelle de peau manquant de protection.

Rapidement, nous retrouvons un groupe de jeunes marcheurs avec qui nous avions passé la soirée la veille et avec qui nous partageons maintenant quelques kilomètres.

La bonne humeur du petit groupe semble imperméable : les distances passent en chantant, les nuages nous traversent en oubliant la pluie, ou presque.

Nous arrivons ainsi à Aroue, premier village du Pays Basque. Dans quelques jours seulement, nous serons en Espagne


Vendredi 5 juin

 

T : Départ de Aroue tôt ce matin vers 8h30. Arrivés dans un moulin aménagé pour les pèlerins 2 km après Larceveau.

Sur le chemin, en passant à côté d’un troupeau de brebis, l’une d’elles était sur le chemin

 

Mathéo : Nous traversons le Pays Basque. Les collines deviennent des montagnes et nous nous faufilons entre les pentes pour nous en rapprocher. Les maisons blanchissent et les volets sont peints de rouge. Les moutons sont nombreux et lorsque nous bêlons, ils nous répondent. Les noms deviennent incompréhensibles pour nous, étranges et pour la première fois, rien qu’en lisant une pancarte, on peut savoir que l’on est déjà loin.

Nous recroisons sur le chemin des visages rencontrés il y a longtemps et d’autres qui sont nouveaux : Ali, Elodie, Yohan, Mercedes, Monaline et tant d’autres. A ce stade du chemin, l’impression est que l’on connaît tout le monde, au moins un tout petit peu. Nous nous retrouverons tous demain, au bout du pays, avec la sensation d’avoir déjà accompli quelque chose

 

Samedi 6 juin: Saint Jean Pied de Port

 

T : Départ ce matin vers 9h en direction de Saint Jean Pied de Port. Arrivée vers 13H30. Comme le gîte ouvre à 16h, on s’est baladés dans la ville. Dernière étape en France demain, c’est le jour de pause. La prochaine étape se finira en Espagne

 

Mathéo : Nous entamons nos derniers kilomètres jusqu’à Saint Jean Pied de Port. Une petite journée, entourés de moutons, de soleil et de grandes pentes vertes. Le temps de dire adieu au rouge et blanc du GR 65, d’écouter les “bon chemin”, une dernière fois.

Une fois en ville, il y a des gens avec sac à dos et en baskets, un peu partout, une soupe de langues et de bâtons de marche. On aura le temps de la digérer ici, car on prend une journée de pause, entre un milieu, une arrivée et un départ

 

Dimanche 7 juin : Saint Jean Pied de Port

 

T : jour de pause à Saint Jean Pied de Port. Après notre grasse matinée, on est partis boire un coup, car une pèlerine qui avait pas mal marché avec nous, s’arrête ici, puis on est partis se baigner avant de retourner au gîte.

 

Mathéo : Journée de pause à Saint Jean Pied de Port. Une sensation de journée d’été, au goût de glace et de soleil.

Tout d’abord, on commence par une grasse matinée, puis on rejoint Elodie qui finit son chemin ici avec qui nous avons partagé des morceaux de route, de pains et notre première nuit sous une toile et les étoiles. On prend le temps de se dire au revoir.

Puis on continue en mollesse, au bord de la rivière, à se trempouiller tranquillement. T vient secouer un instant la lenteur de l’après-midi en sautant de quelques mètres dans la rivière, espérant peut-être, dans un certain désespoir, assommer une truite.

La soirée reprend : les promenades dans les rues, le soleil qui se couche doucement, calmement

 

Lundi 8 juin : Roncevaux

 

T : Départ ce matin vers 10h en direction de Roncevaux où on est arrivés vers 15h30. Sur le chemin on ne voyait rien à 5 m tellement on était haut et il y avait pas mal de troupeaux d’animaux en liberté.

 

Mathéo : Nous commençons notre montée vers l’Espagne. D’abord, une route menant vers un plafond de nuages, que nous traversons rapidement

Puis la montée semble infinie, dans un ciel indéfini, une soupe blanche chargée de gouttelettes, donnant l’impression qu’il suffit de respirer pour boire. De temps en temps, la silhouette d’une vache, d’un cheval ou d’un mouton se dessine, annoncée par le tintamarre de leurs cloches.

T avance d’un bon pas et, à coup de grandes enjambées, nous arrivons à une borne de pierre indiquant que nous sommes en Espagne. Pendant un instant, une trouée de bleu s’ouvre dans le ciel, un rayon transperce la brume.

Puis nous redescendons par la forêt jusqu’à l’abbaye de Roncevaux.


Mardi 9 juin : Zubiri

 

T : Départ ce matin aux alentours de 8h. On est arrivés à Zubiri vers 14h. On a passé l’après-midi à pêcher avant de retourner au gîte manger notre dîner

 

Mathéo : On commence la journée au paradis ce matin, grâce au chant d’une chorale diffusé dans tout le dortoir en guise de réveil. Un instant malheureusement trop court, car à peine sortis du lit, il faut aller affronter un vent froid et humide dehors.

Le chemin nous amène à descendre à travers la forêt. T prend de l’avance et doucement à force de dépasser les autres pèlerins dans les montées, ne laissant derrière lui qu’un simple courant d’air telle une voiture de fabrication allemande. Il acquiert donc une certaine notoriété.

Je le retrouve plus tard m’attendant dans notre village d’arrivée, sirotant un café crème comme à son habitude et conversant avec un jeune américain.


Mercredi 10 juin : Pampelune

 

T : Départ vers 8h30 ce matin et je suis arrivé vers 13h30 à Pampelune où j’ai attendu Mathéo une bonne heure avant d’entrer dans l’auberge

 

Mathéo : Après le fameux café crème du matin, le chemin suit le fond d’une vallée et descend vers Pampelune. Après s’être donné un point de rendez-vous à l’entrée de la ville, T part devant pour pouvoir avancer à son rythme, doubler tout le monde et ainsi forger sa propre légende.

Chose faite, la première personne que je croise me parle de quelque chose ou de quelqu’un l’ayant doublé, ne laissant derrière lui qu’un petit nuage de poussière, à peine détectable et ce, même avec un radar ou un sonar de pointe. Un guépard, une flèche, juste le vent peut-être ? (bon, le marcheur ne me l’a pas exactement dit comme ça, mais vous voyez l’idée)

Je marche seul de mon côté, je laisse mes pensées se perdre sur le chemin, se mélanger à la poussière et rebondir à chaque pas.

Puis, je retrouve T à Pampelune qui m’attend depuis une éternité

 

Jeudi 11 juin : Puente La Reina

 

T : Départ assez tardif aujourd’hui (vers 10h), le temps de prendre un café d’au revoir avec des jeunes qui prenaient une pause. Je suis arrivé environ 2h30, voire 3h avant Mathéo à La Puente La Reina

 

Mathéo : Nous prenons la route ce matin après un petit déjeuner d’au revoir avec un groupe d’amis français faisant une pause à Pampelune et que nous ne re-croiserons peut-être pas.

Le départ est donc tardif et nous mène à travers les champs de blé, brillants de soleil et pliés par le vent, T part devant, porté par les rafales.

Le chemin monte jusqu’à une crête parsemée d’immenses pales d’éoliennes, tournant dans le vide à toute allure sous ce vent pliant et secouant tout le reste sur son passage.

Puis le chemin redescend vers Puente la Reina. Le vent s’épuise et, au bout, je retrouve T.

 

Vendredi 12 juin : Estella

 

T : Départ ce matin vers 9h30 et on est arrivés à Estella vers 14h. Il commence à faire   chaud, ce qui me va très bien.

 

Mathéo : On se réveille dans le jardin de l’auberge, à même l’herbe, à côté d’une petite ribambelle de pèlerins qui sont, eux aussi, allés dormir dehors, à la suite, quelques heures plus tôt, des ronflements d’un homme professionnel en la matière.

Le départ se fait donc un peu tardivement, après un café plus que nécessaire. Le soleil d’Espagne brûle la peau. Le sol est sec, poussiéreux. La végétation est rêche, piquante. Les villages de pierre sont   ceux du sud de l’Europe. Je traverse ainsi la campagne, T étant parti galoper devant moi. Je le rejoins après quelques heures de solitude, pour finir la journée au bord d'une rivière, à nou tremper dans l'eau froide et à regarder de grosses truites nous narguer en espagnol.

 

Samedi 13 juin : Los Arcos

 

T : Départ ce matin vers 8h30. Arrivée à Los Arcos à 13h. Pour ma part, on a de la chance, il y a la clim dans notre dortoir.

 

Mathéo : Nouvelle journée sous la chaleur qui, chaque jour, se manifeste un petit peu plus intensément.  Chaque robinet devient prétexte à s’arrêter pour en imbiber les tee-shirts et les gosiers.

Après quelques kilomètres, T par devant, comme  à son habitude. Le chemin traverse d’abord quelques forêts d’arbres secs et sombres, puis elles disparaissent, ne laissant que ces longues distances entourées de champs de blé, sous un soleil qui fait plisser les yeux. Je retrouve T à Los Arcos où nous passerons la nuit.

 

Dimanche 14 juin : Logroño

 

T : Départ très tôt ce matin vers 7h15. Arrivée à 13h à Logroño où on a réussi à obtenir une place dans le gîte en donativo.

 

Mathéo : Le départ se fait sous un soleil à peine levé, pour la première fois. Nos ombres sont si longues qu'elles donnent l’impression de s'étirer jusqu’à la prochaine pause. Puis lentement, mais sûrement, à travers les champs dorés, elles rétrécissent. Elles nous attendent jusqu’à devenir toutes petites et, finalement, disparaître

Les gouttes de transpiration prennent alors le relais pour nous accompagner jusqu’à Logroño où nous arrivons en début d’après-midi. On retrouve l’obscurité des ruelles, la vie espagnole, les limonades et les glaçons

J’aime marcher dans l'air frais du matin, à ne pas voir le bout de mon ombre. J’espère que demain sera ainsi


Jeudi 18 juin

 

T : Départ à 7h30 ce matin, arrivée à Agès vers 15h40, ce qui nous fait plus qu’une dernière étape avant notre 1er jour de pause en Espagne.

 

Mathéo :  Nous reprenons notre route vers l’ouest. Après quelques kilomètres, pour la première fois depuis des jours, le paysage change. La route droite franchit encore quelques collines, puis s’enfonce dans une masse sombre de forêts qui s’agglutinent à l’horizon.

C’est une forêt de pins secs, certains bien rangés en ligne droite. Les branches sont trop courtes pour nous protéger du soleil au zénith et le chemin est long. Il n’y a donc pas plus d’ombre que dans les champs. Les heures s’accumulent jusqu’à ce que, brutalement, la forêt s’arrête pour laisser place au village d’Agés, notre halte pour la nuit.


Vendredi 19 juin : Burgos

 

T : Départ ce matin. Arrivée à Burgos vers 13h. Après le jour de pause on est enfin dans la meseta (étendue plate de champs) mais il n’y aura pas d’ombre malheureusement

 

Mathéo :  Après une dernière colline, la ville de Burgos apparaît. Pour l’instant, ce n’est qu’une tâche sur l’horizon, quelque chose de lointain et de bruyant. Après les derniers champs bordés de coquelicots, le chemin commence à longer ces zones indéfinies qui accompagnent le contour flou de toutes les grandes villes.

Des grillages, des murs, des dessous de ponts. Le chemin serpente entre hangars, autoroutes et usines

Puis on finit par longer une rivière, dans une végétation luxuriante qui cache tout ce béton aux yeux des pèlerins. Il ne reste qu’un bruit de fond, un bourdonnement, l’écho de toutes les routes qui s’entrecroisent. On finit par arriver au centre-ville. On prendra ici une journée de pause.

 

Samedi 20 juin : Burgos - jour de repos

 

T : Jour de pause à Burgos. On a regardé le match Pays-Bas contre la Suède

 

Mathéo : Nous prenons aujourd’hui une journée de repos à Burgos. Pas de grasse matinée dans l’usine à pèlerins de Burgos, mais plutôt une ambiance militaire où la lumière s’allume à 6h30 pour réveiller d’un seul et même coup les 120 pèlerins bourdonnant, vrombissant, reniflant, ronflant, croassant et barrissant toute la nuit dans cet immense dortoir.

Nous voilà alors dehors, dans une ville complètement endormie, à errer dans une lumière horizontale et dans les rues vides à la recherche d’un café pour officialiser ce début de journée de repos. Les heures s’accumulent sous un ciel gris et orageux jusqu’au soir où l’on partage quelques verres de l’addictif “Aquarius” avec des amis du chemin, dont nos routes bifurquent. Notamment Gabriel, compagnon depuis le début de l’Espagne qui prend un sérieux virage. Il a trouvé des réponses à son chemin ; il s’en va alors vers ces réponses et, pour lui, ce n’est plus à l’ouest.

Pour nous, demain commence la grande plaine de la Meseta, loin des virages. Des lignes droites, des lignes jusqu’à l’horizon, plus loin encore, jusqu’à ce que les jours se ressemblent.

 

Dimanche 21 juin : Hornillos del camino

 

T : Départ ce matin, arrivée à Hornillos del camino vers 14h45 sur le chemin il n’y avait pas d’ombre

 

Mathéo : Nous partons un peu tardivement aujourd’hui pour notre début de la Meseta. Je découvre avec horreur que des petites mouches noires m’ayant mordu les mollets la veille, les ont transformées, après une réaction allergique, en espèce de saucisses allemandes de mauvaise qualité. Gonflées et rouges (je tiens à préciser que je ne souhaite pas discriminer les produits du terroir germanique. Je suis certain que nos amis d’Outre-Rhin ont également de très bonnes saucisses)

La sortie de Burgos se fait ainsi, sans charisme particulier. Puis le soleil reprend sa besogne, nous accompagnant à travers les champs jusqu’au village de Hornillos où nous passerons la nuit

 

Lundi 22 juin : Castrojeriz

 

T : Départ ce matin en direction de Castrojeriz où l’on est arrivés vers 12h. Sur le chemin on a croisé plusieurs lapins sauvages

 

Mathéo : Nous partons de bonne heure pour continuer notre traversée de champs. Ils sont de plus en plus plats et couverts d’éoliennes. Au loin, leurs pales tournent au ralenti. Notre ombre s’étire devant nous, vers l’ouest, vers Santiago

Un étrange petit nuage de pluie traverse la plaine qui s’étend devant nous. Puis le soleil, trop chaud, continue sa lente cuisson du paysage. Il nous fait arrêter de bonnes heures la journée. Notre idée est de dormir tôt dans l’après-midi pour, demain, marcher pendant la nuit et durant les premières lueurs du jour.


Mardi 23 juin  : Fromista

 

T : Départ record ce matin vers 5h10 en direction de Fromista. On est arrivés vers 11h, mais l’auberge n’ouvrait qu’à 13h30. On a donc dû attendre. On a eu la chance de voir le lever du soleil et c’était pas mal du tout.

 

Mathéo : Pour la première fois, on se réveille au milieu de la nuit, vers 4h du matin pour partir avant le soleil. Le ciel est noir et le vent est frais quand on commence nos premiers pas de la journée

Puis la lumière vient lentement, d’abord bleue ou grise. On voit le clignotement de la lumière d’éoliennes au loin. Devant nous, après avoir dépassé le sommet de la dernière colline, s’étendent des champs blonds, plats et infinis.

Puis les derniers rayons nous touchent à peine. Nos ombres sont immenses. Peu à peu, la chaleur nous enveloppe, la lumière devient trop forte, puis nous écrase. Les kilomètres semblent plus grands.


Mercredi 24 juin

 

T : Journée courte aujourd’hui à cause d’un petit souci, mais on a avancé jusqu’à Calzadilla de Los Condes 

 

Mathéo : Nouveau départ dans la nuit avant que le jour ne se lève. Cette fois, nous sommes accompagnés d’Anne que nous avons rencontrée en France. Dans la nuit, T éclaire le sol pour éviter de marcher sur les escargots sortis pendant ces rares instants de fraîcheur de l’été espagnol

Dans la nuit toujours noire, on se retourne un instant et on observe une multitude de lumières avancer dans l'obscurité

Puis le jour se lève sur la meseta. Cette plaine se prête bien aux levers de soleil ; le ciel est immense, le paysage doré. On avance comme des forcenés jusqu’à Carrion de Los Condes, seul village d’une taille correcte depuis des kilomètres

 

Jeudi 25 juin

 

T :  Départ ce matin vers 8h. Arrivée à Ledigos à 15h. Il y a eu de la pluie sur le chemin aujourd’hui et on a fait la rencontre d’une carcasse d’un animal non identifié il n’y avait plus que les os)

 

Mathéo : Aujourd’hui quand on se réveille, toute l’auberge s’est vidée. Nous sommes les derniers. Alors on prend un long petit déjeuner sur la terrasse profitant un peu du calme et de la solitude que nous offre notre flemme

Puis une immense ligne droite commence. Le paysage est plus plat que jamais. Des champs, quelques arbres éparpillés, des canaux irriguent ces hectares de plantations. Il nous faut faire une bonne demi-journée de marche avant de voir le premier virage

Les derniers kilomètres de la journée se font sous un ciel qui s’assombrit, quelques grosses gouttes, du tonnerre au loin, un peu étouffé ; la sensation que le ciel pourrait exploser, lui, maintenant


Vendredi 26 juin

 

T : Départ ce matin vers 7h. Arrivés à Bercianos del Réal camino vers 15h. Depuis le début de la meseta toutes les journées se ressemblent

 

Mathéo : Après avoir dit au revoir à une jeune poule bien sympathique avec qui nous avions passé un bout de soirée la veille, nous reprenons notre route. Elle s’était laissée gentiment caresser et nous suivait partout. Nous avions même caqueté un instant ; la poule était bavarde.

Aujourd’hui, c’est assez monotone. Le Chemin longe des routes et des champs de maïs et l’horloge de la journée passe au ralenti, à l’image de cette multitude de tuyaux d’arrosage tournant dans le vide pour projeter leur eau avant de recommencer inlassablement une fois le tour terminé, comme un kilomètre dans la meseta, une journée comme ces champs qui ne s’arrêtent pas. Il n’y a aucune silhouette de montagne au loin et il nous faut regarder une carte pour croire à l’idée que nous avançons.

 

Samedi 27 juin

 

T : Départ ce matin vers 7h30. Arrivés à Reliegos vers 14h40.Plus que trois étapes avant notre jour de pause et un mois avant de rentrer chez soi.

 

Mathéo : Nous reprenons la route de cette meseta qui semble interminable. Le chemin repart en lignes droites vers l’ouest, le soleil cuisant l’arrière de nos mollets, nous faisant peu à peu ressembler à une omelette trop cuite brûlée d’un côté, baveuse de l’autre.

Puis, au bout d’un moment, apparaissent au loin les silhouettes de montagnes, droites devant nous, au bout des lignes droites. Cette plaine et ces journées ont donc une fin.

Il nous faudra certainement encore environ trois jours avant de pouvoir les gravir et, enfin, nous approcher de la mer.

 

Dimanche 28 juin

 

T : Départ ce matin vers 8h (enfin) arrivés à Léón vers 15h30.

On arrive enfin à la fin de la meseta.

 

Mathéo : Il n’y a étrangement plus grand monde sur le chemin. On marche seuls, on ne croise que quelques visages. Nous avons d'ailleurs passé la soirée de la veille seuls dans une auberge municipale, avec une hospitalière désespérée de ne pas voir plus de monde arriver. C’était plutôt agréable de retrouver une forme de repos et de liberté, et d’errer dans cette immense auberge vide

Aujourd’hui, les lignes droites reprennent. Cette fois, les montagnes ne sont plus très loin, leur silhouette grossisse peu à peu. Le sol ondule légèrement : quelques débuts de montées, des semblants de collines. Derrière l’une d'elles, la ville de Léón apparaît, dernière grande ville avant Santiago.


Lundi 29 juin

 

T : Départ à 7h30 ce matin. Arrivés vers 15h à Villadangos del Paramo. C’est le retour, à petite échelle des montées-descentes.

 

Mathéo : Nous repartons de Léón dans la matinée, freinés par la quête d’une tortilla et d’un café qui nous font faire de grands détours dans la ville. Une fois le ventre rempli, nous reprenons notre route pour en sortir.

La sensation de quitter cette ville ne se fera jamais vraiment : les maisons se transforment en hangars et en bâtiments divers et variés, les rues en nationales et en autoroutes. Le chemin restera coincé entre les deux pendant toute la journée

On ne peut pas dire que c'est la journée la plus mystique ou poétique du voyage. Autoroute à gauche, nationale à droite.

Pause pour faire un casse-croûte dans un supermarché de la taille d’un cargo. Quelques excréments de provenance indéterminée, mais douteuse, parsèment le chemin pour nous maintenir concentrés sur cette triste réalité

Cette journée existe sûrement pour nous faire remarquer qu’un silence et qu’un chemin entre des arbres ne sont pas seulement beaux, mais précieux


Mardi 30 juin : Astorga

 

T : Départ ce matin vers 7h, direction de notre nouvelle pause à Astorga.

Fin des lignes droites, ça fait plaisir.

 

Mathéo : c'est notre dernière journée dans la Meseta, à suivre notre ombre, longer les lignes droites, sans aucun repère que nos montres et le soleil

Pour nos dernières heures à suivre la route nationale, pendant que je râle un peu, T apprécie tout simplement le petit courant d’air laissé par les camions qui nous doublent à toute allure

Puis, enfin, nous retrouvons un chemin de terre, loin de la route. Il traverse quelques collines, premières rides topographiques depuis longtemps. Puis Astorga apparaît et derrière elle de grandes pentes couvertes de forêts sèches. Des pentes qui nous mèneront jusqu’en Galice


1er juillet : Astorga (jour de repos)

 

T : Jour de repos à Astorga. On a quitté l’auberge à 8h pour y revenir quelques heures après durant lesquelles on a mangé la pire tortilla jamais rencontrée (la pomme de terre était verte)

 

Mathéo : Nous prenons une petite journée de pause à Astorga aujourd’hui. Malheureusement, impossible de faire une grasse matinée dans les auberges espagnoles. Nous consacrons alors une bonne partie de la matinée à la recherche d'un café pour compenser la nuit bercée par les ronflements

La journée se déroule tranquillement entre parties d’échecs, sieste et visionnage de quelques matchs de la coupe du monde.

Demain, nous entamerons les premières montagnes derrière lesquelles se cache la Galice


Jeudi 2 juillet :

 

T : Départ ce matin vers 8h de Astorga - Arrivée à Foncebadón vers 18h. Retour de la verdure sur le chemin et enfin la fin de la Meseta

 

Mathéo : Nous reprenons de l’altitude, lentement. Rapidement il n’y a plus de champ à la place de petits arbres et des buissons piquants. Puis les arbres grandioses se rassemblent, tâchent le chemin d’ombre et se parent de vert. Les fougères sortent de terre. Une forêt nait pas à pas

Le chemin continue de monter si lentement qu’on s’en rend à peine compte. Mais l’air devient plus frais, plus vivant.

En arrivant au village de Foncebadón, petit hameau de pierre, on regarde vers la meseta et on peut la voir d’en haut, immense et immobile, disparaissant dans l’opacité de la chaleur.

Ici, les éoliennes tournent lentement.

Demain, après un dernier coup d'œil, la meseta ne sera plus qu’un souvenir.


Vendredi 3 juillet : Ponferrada

 

T : Départ ce matin vers 7h40. Arrivée à Ponferrada vers 17h. Ma gougoune droite ne tient presque plus, mais nous allons nous baigner sur le chemin

 

Mathéo : Nous entamons la fin de la montée, en tournant le dos à la Meseta, dans l’air frais des montagnes. En une petite heure, l’immense plaine disparaît derrière les arbres, puis derrière la montagne. Enfin, nous redescendons vers la vallée de Ponferrada, après quelques kilomètres passés près des crêtes et les sommets fleuris

La joie de l’air frais d’altitude est de courte durée. Le chemin ne cesse de descendre, nous entraînant dans le four qu’est la vallée de Ponferrada et sa capacité à transformer n’importe quel pèlerin en empanada bien cuite. Nous croisons quelques rivières sur la route, tout juste capable de ralentir notre cuisson

 

Samedi 4 juillet : Villafranca del Bierzo

 

T : Départ vers 8h du matin. Arrivée à Villafranca del Bierzo vers 15h. Ce jour est marqué par la tortilla matin, midi et soir

 

Mathéo : Aujourd’hui, nous traversons la plaine de Ponferrada, dernière journée complètement plate avant les montagnes. La journée se passe tranquillement ; on avance sans être pressés. On profite de quelques pauses pour boire des limonades et faire une partie d’échecs (que T gagne, d’ailleurs)

Puis nous arrivons à Villafranca, dernière ville au pied des montagnes que nous franchirons demain avant d'atteindre l’entrée de la Galice

 

Dimanche 5 juillet : O Cebreros

 

T : La journée d’aujourd’hui a très mal commencé. Je prends un café dans la machine de l’auberge et j’y trouve une dizaine de fourmis mortes dans mon verre, mais sinon départ ce matin vers 7h - arrivée à O Cebreros vers 15h30

 

Mathéo : Nous repartons à l’aube. Derrière les montagnes, il n’y a plus qu’une étendue verte nous séparant de Santiago et de la mer. De quoi marcher à un bon rythme aujourd’hui

Le chemin monte lentement et la végétation revient, devient verte, humide presque luxuriante. Les feuilles nous font de l’ombre, le chemin suit un fond de vallée et longe une rivière à l'eau froide et cristalline

Puis arrive la fin : on se concentre sur le plus gros de la montée jusqu’au col qui marque le passage vers une autre terre, l’arrivée en Galice


Lundi 6 juillet

 

T : Départ vers 8h ce matin.  Arrivée à Tria Castello vers 16h30. On redescend en altitude, la chaleur remonte et il y a aussi beaucoup plus de végétation en Galice.

 

Mathéo : Nous reprenons notre route vers la mer tournant le dos au soleil levant. Les petites montagnes de la Galice s’étendent devant nous, verdoyantes et, au loin, semblent se fondre, laissant place à un horizon plus plat.

On ne voit pas encore la mer, comme l'espérait T, mais on peut deviner ces collines s’arrêter à un moment ou à un autre, puis descendre en falaises et, enfin, ne laisser place qu’à l’eau et aux vagues

Nous traversons lentement ces montagnes et, peu à peu, nous redescendons à travers bosquets et forêts. Des arbres aux troncs immenses bordent le chemin et l’odeur des fermes s’est approprié les lieux.


Mardi 7 juillet : Sarria

 

T : Départ ce matin vers 8h. Arrivée à Sarria vers 15 h. Sur le chemin j’ai croisé un bébé souris tout seul

 

Mathéo : Le plaisir de se retrouver dans une campagne verte et luxuriante ne diminue pas. Le chemin continue de descendre vers le niveau de la mer, en serpentant entre les collines.

Rien n’est plus beau que les pentes verdoyantes après ces longues journées passées dans la Meseta

Ici tout semble plus vivant. Les odeurs sont celles du fumier et de la mousse. T trouve un souriceau qu’il souhaite adopter, puis finit par le re-déposer là où il l’avait trouvé, afin de permettre, peut-être, à sa mère de le retrouver. Il y a de l’eau, des odeurs de la vie


Mercredi 8 juillet : Portomarin

 

T : Départ vers 8h ce matin. Arrivée à Portomarin vers 14h30. Il y a un fleuve où il y a un pont d’un peu près 30 m de haut d’où je voulais sauter mais jugé trop dangereux, je dois me résoudre à simplement me baigner dedans

 

Mathéo : Pour la plupart des gens qui arrivent à Santiago, le départ se fait là où nous partons ce matin à Sarria, un peu plus de 100 km avant Santiago. Là où pour nous il y a déjà un goût de fin, des centaines de personnes commencent leur chemin.

Lorsque nous entamons nos premiers kilomètres, nous nous retrouvons au milieu d’une foule. Un flot continu. Dépasser un groupe ne sert à rien tant il y en aura d‘autres devant

Nous comprenons que les derniers jours se feront ainsi.

Nous arriverons comme deux gouttes d'eau dans une rivière, deux pèlerins parmi tant d’autres.


Jeudi 9 juillet

 

T : Départ tôt ce matin vers 6h30. Arrivée à Palas de Rei à cause de quelques complications sur le chemin, mais rien de grave

 

Mathéo : De jour en jour, nous nous rapprochons de Santiago. Les bornes de pierres, ornées de symbole du coquillage, nous indiquent qu’il reste moins de 100 km avant d’atteindre Santiago, en fin de journée 67,9 pour être précis. La foule est de plus en plus dense

Nous sommes partis au petit matin, dans une brume humide recouvrant la Galice. Les premiers rayons de soleil gommant toute trace de nuages, redonnant au ciel son bleu immaculé. Puis, au bout de quelques kilomètres une douleur apparaît au genou de T. Le pauvre termine la journée en clopinant jusqu’au prochain village où nous ferons donc halte afin qu’il puisse récupérer


Vendredi 10 juillet :

 

T : Départ vers 8h ce matin. Arrivée à Arzua vers 18h. Sur le chemin, on a fait plein de pauses, ce qui nous a pas mal ralenti

 

Mathéo : Nous repartons dans la matinée pour l’une de nos dernières étapes avant Santiago, peut-être l’avant-dernière. Lorsque nous nous réveillons, l'auberge est déjà vide. Le chemin l’est aussi. Nous prenons notre temps et regardons la distance se réduire sur les bornes de pierre qui jalonnent les kilomètres

Nous profitons des cafés et des terrasses en bord de route, un peu comme si c'étaient les derniers. Le chemin est ombragé et agréable. Il nous mène à seulement 38 kilomètres de Santiago, à Arzua, peut-être la dernière ville avant la presque fin, là où toutes les routes se rejoignent

 

Samedi 11 juillet :

 

T : Départ vers 8h30 en direction de O Pedrouzou où on est arrivés vers 15h20. Il nous reste plus qu’une étape avant Santiago

 

Mathéo : Après une nuit assez courte à cause du match Espagne - Belgique, on décide finalement de prendre notre temps et de couper l’étape en deux. On part alors tranquillement pour une petite journée de 20 km, nous laissant encore 20 autres kilomètres pour le lendemain

Même en partant tard, si près de Santiago, la foule ne disparaît pas. Le flot des marcheurs est ininterrompu. On le suit alors, en se laissant emporter par le courant, faisant quelques arrêts pour de petites parties d’échecs à l’ombre des arbres qui, maintenant, recouvrent l’Espagne comme une couverture qui respire

 

Dimanche 12 juillet

 

T : Départ vers 8h aujourd’hui. Arrivés à Santiago vers 13 h. Depuis le temps qu’on en parle, je vois cette ville un peu comme toutes les autres sur le chemin, parce qu’on est que de passage

 

Mathéo : La journée commence comme une autre. Les paupières à décoller. La lumière douce du matin, le petit café qui empêche les paupières de retomber. Nous partons comme n’importe quel autre jour, à ceci près que nos chaussures sont si usées, les semelles se décollent, les coutures s’ouvrent, le cuir se fissure. Ces chaussures ont parcouru 1500 km et, dans quelques heures, elles nous mèneront à destination

Une ville apparaîtra devant nous. Sauf qu’elle sera au bout de l’Espagne et qu’en son centre se dressera une cathédrale dont les cloches nous diront que toute chose à une fin ou un commencement. Dans quelques heures.

En attendant, le chemin traverse des forêts d’eucalyptus. Leur odeur nous enveloppe. D’arbre en arbre, le soleil s’élève, puis Santiago apparaît.

Nous entrons dans les rues, nous allons vers son coeur.

Bravo T. Un immense respect. Tu es allé si loin. Tu as vaincu le temps et l’espace. Dans quelques jours, il n’y aura plus que l’océan devant nous. Un espace vide, immense, sans limite, où sous la surface et derrière l’horizon, tout, absolument tout, est imaginable.

 

Lundi 13 juillet

 

T : Jour de pause à Santiago où il n’y a, je trouve, rien à faire.

 

Mathéo : Journée de pause à Santiago. Nous y resterons aujourd’hui et demain car nous voulons pouvoir regarder la demi-finale France - Espagne dans un endroit qui vit et qui respire

De plus, un peu de repos ne nous fera pas de mal après notre arrivée ici.

Au programme : partie d’échecs, déambulation dans la ville et sieste

 

Mardi 14 juillet

 

T : Deuxième jour de pause à Santiago où on n’a toujours rien à faire; heureusement que les échecs sont là pour remédier à ça. Ce soir, demi-finale France-Espagne que l’on pouvoir aller voir dans un bar.

 

Mathéo : Deuxième journée de pause à Santiago aujourd’hui avec l’idée d’assister à la finale France - Espagne ce soir

Nous répétons à peu de chose près la journée de pause de la veille : réveil au tout dernier moment avant la fermeture de l’auberge, café au même endroit sous un ciel grisâtre, entourés de pigeons picorant sur les pavés et de vagues de pèlerins arrivant à la même heure. Puis de nombreuses parties d’échecs, avant un retour à l’auberge dès son ouverture pour une sieste. Un étrange sentiment de déjà vu, rien d’étonnant.

La seule différence ? hier, T avait choisi une tortilla pour accompagner son café, tandis que j’avais pris un gâteau. Aujourd’hui, c’est l’inverse : moi la tortilla, T le gâteau.

La seule preuve que nous ne sommes pas coincés dans une boucle temporelle


Mercredi 15 juillet

 

T : Départ vers 9h ce matin. Arrivée à Negreira. Sur le chemin on a pu caresser des animaux (chiens, chats)

 

Mathéo : Nous quittons Santiago dans la matinée. C’est assez étrange de s’éloigner à chaque pas un peu plus de la ville qui fut tant attendue. Puis vient le moment où la silhouette des clochers apparaît une dernière fois au loin entre les arbres. Et Santiago disparaît.

Nous reprenons ensuite notre route matinale, toujours à suivre nos ombres. Les forêts sont denses et humides. On imagine la mer, cachée derrière


Jeudi 16 juillet :

 

T : Départ ce matin vers 8h30. Arrivée à Olveiroa vers 18h30. Retour des jours à plus de 30 km, ça réveille “les jambons”

 

Mathéo : Nous reprenons notre route dans une légère brume qui enveloppe la Galice. Une longue journée nous attend : près de 35 km à travers la campagne galicienne

La fin de la terre et celle du voyage approchent, mais il est encore impossible de s’en rendre compte. Au fil des heures, une colline en cache une autre, comme si le chemin refusait de dévoiler son dernier secret. Seul un vent frais, chargé d’embruns, vient saler notre marche, unique preuve que, depuis tous ces mois, nous avançons dans la bonne direction.

Nous atteignons le petit village d’Olveiroa en fin de journée. Demain, l’océan.


Vendredi 17 juillet : Cée

 

T : Départ ce matin vers 8h30.Arrivée à Cée vers 14h. On arrive enfin au bord de l’océan.

 

Mathéo : Après avoir dépassé quelques collines, nous voyons du bleu apparaître entre les arbres. L’océan enfin ! Pour l’instant, il ne s'agit que de petites taches de couleur derrière les pins, d’une odeur d’algues et d’iode. Puis le chemin descend vers le rivage. Les cris des mouettes nous accompagnent

Nous décidons de faire une halte imprévue ici dans la ville de Cée, première vision de l’océan depuis tous ces mois, à seulement 15 km de Fisterra. Encore quelques heures de marche et nous y serons.

Une plage de sable s’étend devant nous. L’eau est fraîche, agréable. Nous avançons jusqu’à n’y plus avoir pied.

 

Samedi 18 juillet : Fisterra

 

T : Départ ce matin vers 9h. Arrivée à Fisterra vers 14h. On est allés au phare, derrière c’était un océan vide.

 

Mathéo : On se réveille avec le bruit des mouettes. La fin de la terre est toute proche. On profite d’un dernier café avant de commencer à suivre la côte jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus, jusqu’à Fisterra

Quelques heures suffisent pour rejoindre une plage de sable blanc, bordée d’une eau aussi bleue que le ciel. Il nous suffit d’enlever nos chaussures pour sentir ce sable du bout de l’Europe, marcher dans l’eau jusqu'aux mollets et rejoindre Fisterra comme ça

Puis, une fois nos sacs déposés dans ce petit village chargé d'embruns, nous continuons jusqu’à ce que la route s'arrête. Nous dépassons le parking, le phare et les derniers touristes qui se prennent en selfie. On va jusqu’au bout, là où l’on est tout près des falaises entourées par l’Atlantique

Voilà, on est arrivés au bout. On a fini le chemin, ce chemin. Dans quelques jours, nous pourrons continuer à avancer dans d’autres directions, sans marquage ou juste différent. Après tant de kilomètres, avancer ne peut qu’être plus facile. Bravo T !

 





L'Etat finance cette marche à hauteur de 80 %

Le reste est financé par vos dons



(Ces dons ne constituent pas de l'argent de poche supplémentaire pour le binôme mais nous permettent de financer leur marche)


 

                    _______________________________________________

 

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7 commentaires


Littelboy
21 mai

Sdk le t lache pas la marche on est avec toi le reuf on t’attend à ton retour en juillet grosse relance prévu quand tu revien tien toi prêt

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Veronique
14 mai

Bonjour à tous les deux .

On a passé une belle

Soirée ensemble à Chanaleilles.

J’espère que vous allez

Bien et que la pêche est fructueuse.

Je vous souhaite une bonne continuation et un très bon chemin.

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Littleboy
30 avr.

We le t longue vie bonne marche

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DNS_75020
30 avr.

weee frérot montana longue vie charo tu connais déjà

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Sd
30 avr.

Oe le toto longue vie mon reuf on t’oublie pas montre leur c’est quoi le zoo tche 🦾❤️

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