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Marche de Stvxxx

Marche de Stvxxx accompagné par Edoardo



Samedi 3 décembre : Le Puy en Velay

S : Aujourd’hui, le samedi 3 décembre, on devait prendre le train pour Lyon à 10h qui nous amenait jusqu’au Puy en Velay, mais on est allé à la gare Montparnasse alors qu’il fallait aller à la gare de Lyon, du coup pas de panique on a repris des tickets pour 12h56 pour Clermont Ferrand, qui nous amenait jusqu’au Puy en Velay. On a fait 5h de trajet, On est dans un train qui dure 3h, un deuxième qui dure 1h et un bus qui dure 1h. Nous sommes arrivés au Puy en Velay dans un gîte. Tout se passe bien. Ce soir nous sommes allés dans une pizzeria et là nous nous apprêtons à aller nous coucher. Demain c’est notre première étape de 15 km. J’ai hâte de voir comment ça va se passer.


Edoardo : Qu'une envie pour moi ce matin au réveil : quitter Paris, le ciel bas et gris, la pluie et le trafic, le néon de l’hôtel. On reste coincé entre deux gares des trains, mais finalement on atteint le quai L à la gare de Lyon. Un vieux TER, tellement ancien qu’il me semble être dans une scène d’un film. A bord, un jeune homme passe avec un petit chariot et nous sert deux cafés bien corsés. On est à Clermont-Ferrand. De fil en aiguille on est arrivé en bus, la dernière étape sur le chemin pour le Puy en Velay. Il neige dehors, Paris est désormais loin.


Dimanche 4 décembre : Ramousroucle un peu avant Monbonnet

S : Aujourd’hui le 4 décembre, nous avons quitté le Puy en Velay à 10h15. La route était longue. Il y a eu de la pluie en chemin, puis de la grêle et ensuite de la neige. Il faisait froid, on était mouillé, ça a été une drôle de journée. On a marché 15 km avec Edoardo. Cette marche m’a paru interminable, mais on a fini par y arriver. Nous sommes dans un gîte à Ramousroucle dans un genre de studio. Il y a du chauffage, c’est un bon point après la journée qu’on a passée. J’appréhende demain en espérant qu’il ne se passe pas les mêmes choses.


Edoardo : J’accroche la coquille au sac à dos, je ferme derrière moi la porte de l’abbaye qui nous a donné le toit de notre première nuit. Le ciel était gris, l’air frais. On sort du Puy pour entamer le chemin. Des coups de feu de chasseurs résonnent dans le paysage me rappellent la cruauté des hommes envers les animaux. Ce sentiment ne me quittera pas pendant toute la marche. De la pluie et de la grêle en entrée, de la neige en plat de résistance : ça sera le menu de notre premier jour. Tout autour une nature plate, figée dans le mois qui clôture 2022. Mais aussi des sapins, des champs cultivés et des routes départementales. Mon coéquipier S marche d’un pas fort, tenace. Je suis surpris : 13h51, on s’arrête sous un arbre pour un casse-croûte glacial. L’après-midi passe vite entre le silence du paysage et une rencontre avec un âne courageux et un magnifique cheval.


Lundi 5 décembre : Monistrol sur Allier

S : Aujourd’hui, le 5 décembre, nous avons commencé la journée avec du soleil et nous avons fait la rencontre de deux chiens super adorables. J’aurais voulu les emmener avec nous pour cette aventure, mais hélas ça n’était pas possible. On a passé le reste de la journée dans la neige. C’était dur quand on avançait, mais ça va.

Sur la route, on a rencontré un homme qui faisait la marche en sens inverse. Il a commencé le 19 juillet et il allait terminer sa marche au Puy en Velay. Il a marché pendant cinq mois, quel homme courageux. Puis nous avons marché jusqu’à Saint Privat d’Allier où nous sommes rentrés dans un bar où le patron était désagréable. Il disait qu’on allait pas y arriver. Il faisait plein de blagues super mal placées sur ma couleur de peau. Je l’ai un peu remis à sa place à la fin.

Ensuite, nous avons repris la marche jusqu’à Monistrol sur Allier. Nous sommes arrivés au gîte où nous avons rencontré André, un homme bienveillant, nous avons dîné avec lui et après moi et Edouardo nous avons joué aux cartes et aux dominos. Nous nous apprêtons à aller nous coucher.


Edoardo : De la neige et du soleil toute la journée. Sur le chemin, on a croisé un homme qui revient de Santiago: il a parcouru presque 7000 km en cinq mois et demi. Quelle chance de le rencontrer sur la dernière étape.


Mardi 6 décembre : Saugues

S : Aujourd’hui, notre journée était toujours ensoleillée. Nous avons commencé la journée avec 3 km de montée, ça a été compliqué, mais on l’a fait, on a fait 11 km pour aller jusqu’à Saugues Il y avait de très beaux paysages. La route s’est super bien passée, Edouardo et moi avons eu beaucoup d’échanges durant cette journée. C’était super. Nous sommes arrivés à Saugues où nous avons été accueillis par Maud. Nous avons super bien dîné et là j’ai hâte d’aller me coucher.


Edoardo : On est au 3ème jour de marche avec S. Nous commençons à faire connaissance sur un plan personnel. On partage les repas, les moments de joie et les moins faciles. La marche est un moment de plaisirs avec des journées remplies de soleil et rythmées par l’enchaînement de nos pas. Pendant que la France regarde la coupe du monde à la télé, nous avons la chance de vivre le présent dans la simple beauté du paysage.


Mercredi 7 décembre : Le Sauvage

S : Nous sommes le mercredi 7 décembre, notre journée a commencé par du brouillard. Le froid a complètement gelé notre poche à eau, nous n’avons pas pu boire jusqu’à 14h. Aujourd’hui j’ai failli tomber cinq fois et je suis tombé une fois à l’entrée du village, ce qui m’a beaucoup fait rire. Nous sommes montés en forêt où il y avait pas mal de neige, ce qui nous a beaucoup ralentis. On a fait 11 km en 3h, un record pour nous. On a croisé une famille de sangliers en arrivant à Le Sauvage, là où on devait se loger. Nous sommes bien arrivés avec Edoardo, nous nous sommes posés quelques heures, puis nous avons mangé et ensuite nous sommes sortis regarder les étoiles à l’aide d’une application. Nous avons pu voir Mars et Jupiter. Quelle chance. Nous allons bientôt aller nous coucher pour se remettre de ces 19 km et ce sera reparti pour une 5ème journée de marche de 13 km.


Edoardo : Longue marche Saugues - Le Sauvage aujourd’hui. Le brouillard ne s’est levé que dans nos derniers kilomètres nous laissant dans une journée laiteuse et froide où même les sons disparaissent sous nos pieds. Les seules traces récurrentes étaient celles d’un homme et d’un animal. On découvrira en arrivant dans le gîte qu’un homme avec un gros sac et un âne nous devançaient d’un jour. Nos hôtes doutent qu’ils puissent passer les Pyrénées avec une telle configuration. S était en pleine forme aujourd’hui. Il a mené le chemin du début à la fin. On a fait, pour la première fois, un moment de silence et de marche à distance, même seulement que quelques dizaines de mètres. A midi, on a mangé une demie niche de pain avec du fromage de la région et de la confiture du Puy en Velay. Ce soir c'est la pleine lune, on regarde les planètes dans le ciel et on se recharge pour demain.


Jeudi 8 décembre : Saint Alban sur Limagnole

S : Aujourd’hui, le 8 décembre, le soleil était de retour parmi nous. Le chien du gîte nous a suivis pendant 15 mn, puis a disparu. Cette journée a été assez dure pour moi. J’étais beaucoup fatigué. J’avais du mal à avancer car j’avais passé une mauvaise nuit à cause de la pleine lune. On est bien arrivé à Saint Alban sur Limagnole avec Edoardo où nous avons rencontré le monsieur du gîte qui était très sympa qui est pèlerin, lui aussi. Nous avons fait les courses et bien mangé et j’ai hâte d’aller me coucher après la nuit que j’ai passée. Demain, on repart pour 16 km, j’espère que j’aurais retrouvé mon énergie.


Edoardo : Comme première image ce matin, je vois la lune argentée éclaircir le haut plateau du domaine Le Sauvage entouré par la forêt. J’avais besoin d’une bonne nuit de sommeil pour me ressourcer de la longue marche d’hier. A 9h30, on prend la route. Le soleil fait son entrée avec ses rayons sur les cimes des sapins, la neige tombe des arbres nous donnant à voir une pluie d’étincelles à notre passage. Un chien blanc se roule dans la neige, le lac du domaine le fond dans le paysage. Nous marchons sur du plat à grands pas. Aujourd’hui, c’est moi qui mène le chemin. On quitte la Haute-Loire, on rentre dans la Lozère. La chapelle de Saint Roch nous annonce l’entrée dans l'Occitanie. Nous marchons en silence jusqu’à un arbre qui héberge notre repas de midi. On a des ronces, des roses qui nous entourent pendant qu’on partage notre repas. Je n’ai pas d’eau dans ma gourde, mais un magnifique paysage devant moi.


Vendredi 9 décembre : Aumont-Aubrac

S : Aujourd'hui 9 décembre, j’ai passé une journée moyenne. Le sol était rempli de verglas et de pluie. Ça a été une sale journée. En arrivant à Aumont-Aubrac, j’ai tout remis en question à propos de cette marche. J’ai un coup au moral. Je veux juste aller me coucher.


Edoardo : Bonne marche, bon rythme, temps difficile avec 16 km sous la pluie et le brouillard. S a un pas de marche remarquable, mais aujourd’hui il a beaucoup d’émotions et des pensées qui le traversent. Les conditions climatiques ne nous permettent pas de marquer des pauses pour re-souffler ou apprécier le paysage, mais je n’ai pas le choix sur le terrain, vu la météo. Arrivés au gîte, on est encore une fois seuls, ce n’est pas facile pour S. de ne jamais croiser des jeunes de son âge. J’espère que ses pensées vont s’adoucir dans les jours à venir


Samedi 10 décembre : Nasbinals

S : Nous sommes bien arrivés à Nasbinals.La journée a été longue, 27 km aujourd’hui, dans la région de l’Aubrac, il fait super froid. Il y avait des plateaux à perte de vue. Aujourd’hui, peu de montées, mais beaucoup de plats. Bisous les followers.


Edoardo : L’Aubrac qu’on découvre est battu par des vents gelés. Autour de nous des terres et des gros rochers massifs. La région est figée dans un temps ancestral. Dans le paysage on ne voit pas de poteaux électriques, ni d’antennes du réseau téléphonique, seul le barbelé posé par l’homme est là à nous indiquer les lotissements. On arrive au gîte de Nasbinals en milieu d’après-midi. On fait les courses dans une grande épicerie bien fournie avant de nous diriger vers la boulangerie où on aura en cadeau une niche de pain de seigle. Le soir, il y a les quarts de finale de la coupe du monde. S découvre l’existence de l’équipe de France. Au début, il a du mal à se figurer la sélection des joueurs sur base nationale, mais là il commence à comprendre et après un gros support pour les Bleus, il a hâte de voir la demie finale face au Maroc.


Dimanche 11 décembre : Combrassets

S : On est bien arrivé aux Combrassets. Cette journée m’a paru longue, nous avons fait 20 km aujourd’hui. On a croisé un pèlerin avec un âne, on a discuté un peu avec lui et on a repris notre route, mais sur cette route on a dû prendre un chemin où l’homme avec son âne ne pouvait pas passer, donc nous l’avons attendu pour l’aider à trouver une solution. Il a opté pour l’idée de traverser un autre champ et reprendre le GR65. On a fait beaucoup de chemins aujourd’hui, nous avons traversé beaucoup de plateaux et de portails, puis vu une biche. Le gîte où l’on est est incroyable. Nadège est super sympa. Hâte d’être demain.


Edoardo : Ce matin on a finalement rencontré l’homme qui marche avec l’âne. Ca faisait plusieurs jours qu’on suivait des empreintes d’un pèlerin qui chaussait une grande pointure avec un animal à ses côtés.

On avait eu des infos sur lui pour la première fois par les tenants du domaine du Sauvage. Finalement, la rencontre s’est faite sur un terrain entre Nasbinals et Les Combrassat. Une fois avoir échangé avec lui et parlé de son projet encore une fois seul. Ce n’est pas facile pour lui de ne jamais croiser des gens de son âge. J’espère que ses pensées vont s’ adoucir dans les jours à venir.


Lundi 12 décembre : Espalion

S : J’ai passé une bonne journée, on a fait une heure de silence avec Edoardo. Ce matin, c’était sympa. J’ai pu être dans mes pensées et me projeter pour le futur. Nous sommes bien arrivés à Espalion, on s’est installé à l'hôtel, puis fait les courses. Ensuite on est allé manger au resto, au cinéma, nous avons regardé un film super intéressant sur deux amies. Je fais de gros bisous aux gens que j'aime. Il se reconnaîtront.


Edoardo : S a eu un réveil pas facile car la nuit d’avant il n’était pas assez couvert et il a souffert du froid pendant son sommeil. Mais après le petit déjeuner, on a été surpris par un beau soleil qui nous a accompagnés pour la grande partie de la matinée. S était motivé pour marcher et on a mis en place plus d’une heure de silence dans laquelle il a été en tête de la marche et il a beaucoup aimé la forêt de l’Aveyron qui descend entre Combrassets et Espalion. Le moral est haut, on marche à bonne allure. Les hirondelles volent, dans l’après-midi le ciel se couvre quand on longe le Lot.

Arrivés à Espalion, on fait les courses sous la pluie, on dîne pour la deuxième fois depuis notre départ dans un restaurant et on termine la soirée en regardant un film au cinéma. Très longue journée, on s’attend à deux ou trois jours de pluie devant nous.


Mardi 13 décembre : Campuac

S : Nous sommes bien arrivés à Campuac. Cette journée a été longue. J’ai cru qu'elle allait jamais se terminer. On est sorti très tard de l’hôtel aujourd’hui. On a commencé à marcher vers 10h45 et nous sommes arrivés à 17h et quelques brouettes. Deux choses m’ont marqué durant cette journée.

Chose 1 : on est passé de l’autre côté d’une école, ce qui m’a rappelé l'école primaire où je m’amusais comme jamais avec les copains et les copines, où tout nous semblait bien et facile, où il n’y avait pas de moquerie ou de bagarre, pas comme l’étape du collège où on nous classait tous dans une case, on donne une étiquette à l’autre avant même de lui avoir parlé ou fréquenté, pas de harcèlement ou pire encore d’autres qui se font frapper à cause de sa couleur de peau ou de sa sexualité, ça m’a rappelé comment le collège change de l’école. J’aimerais que tout ça change et pouvoir venir en aide à tous ces jeunes qui subissent ce genre de choses. Je vous fais une promesse à tous ceux qui regardent ce blog qu’après ces trois mois, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour les aider et que ça s’arrête une bonne fois pour toutes.


Chose 2 : Sur la route aujourd’hui, j’ai sympathisé avec une vache qui était super adorable, je l’ai caressée et elle m’a léché la main comme un petit chien qui était content de revoir son maître. Elle avait des larmes qui coulaient quand je la caressais, ce qui m’a fait de la peine. Je pense arrêter de manger de la viande, parce qu'après tout, la viande c’est des animaux qui ont été tués et de voir cette vache dans cet état là m’a fait prendre conscience que je ne devais pas les manger, car ce sont nos amies.


Edoardo : On craignait la pluie vu que la veille on a été accueillis par des averses à Espalion, mais finalement le climat a été clément avec nous. En revanche, beaucoup d’eau coulait dans les sentiers des collines dans les bois. J’ai dû même fabriquer un pont d’urgence pour passer une petite rivière qui avait pris trop d’eau et qui s’était transformée en une chute d’eau assez dangereuse à traverser avec des sacs à dos.. Le chemin semblait sans fin, beaucoup du terrain s’était transformé en boue. L’arrivée au refuge semblait inatteignable.

Finalement, au coucher du soleil, on arrive dans un beau gîte où un poêle nous attendait avec des bûches qui brûlaient. Le repas sera merveilleux : entrée, du bœuf et des carottes cuisinés dans du rouge, des légumes, du fromage, un dessert. Le rêve après une longue, longue journée.


Mercredi 14 décembre : Conques

S : J’ai passé une moyenne journée. On est arrivé à Conques. C’est super. Demain, on part pour Decazeville où je vais arrêter de marcher, car j’en ai marre. Merci d’avoir regardé mon blog. Je ne sais pas quelle sera la suite de cette histoire.


Edoardo : Une marche commencée sous une fine pluie avec un ciel gris. Je suis plein d’énergie. Le paysage autour m’inspire. Je m’arrête plusieurs fois pour prendre des clichés avec mon appareil photo. S marche à un bon rythme devant moi. On s’arrête tôt pour manger dans un village déserté par les hommes, mais il garde un charme discret et subtil. On arrive tôt à l’abbaye de Conques. Notre binôme se met en route pour faire des réservations pour les jours à venir. On approche de Noël, trouver des hébergements pendant les fêtes est quasiment impossible.

Peu avant l’heure du dîner, S passe un coup de fil. Il rentre agité quelques minutes après. Finalement on ne regarde pas la demi-finale France-Maroc ensemble. S est dans ses pensées. Avant de rentrer dans ma chambre, je croise le prêtre avec lequel j’ai sympathisé dans l'après-midi. Il me laisse un mot que je garde pour moi “vous n’êtes pas là pour sauver”



Vendredi 16 décembre : Decazeville

S : Aujourd’hui, c’était notre journée de repos. Je me suis levé vers 8h et j’ai regardé Netflix pour que le temps passe vite et qu’il arrive 9h30 pour pouvoir aller prendre le petit déjeuner chez le monsieur qui tient le gîte. On a très bien déjeuné. J’ai, à nouveau, regardé Netflix, ensuite, nous sommes allés en ville pour pouvoir laver nos affaires. C’était plutôt cool. En attendant que ça se termine, on a joué aux dominos. Ensuite, on a mangé un morceau et puis nous sommes allés regarder Avatar au cinéma. C’était trop bien. Là on est rentré à 20h38, on va manger et on va aller se coucher.


Edoardo : La terrasse de notre gîte surplombe la vallée de Livinhac Le Haut et notre premier jour de repos se présente à nous par un matin ensoleillé avec la brume qui est ancrée aux champs, dans les collines juste en bas de nos fenêtres. Après avoir pris notre petit déjeuner, on est descendus à Decazeville vers midi. Nous allons laver nos fringues, encore mouillées par la pluie de la veille, dans une laverie installée dans un carwash aux abords de la ville historique. Decazeville est une ville ouvrière désertée à la fin des années 80 par la fermeture des mines d’extractions du charbon. Une grande partie de son sol est creusée par des galeries où les mineurs travaillent. J’ai l’impression d’être au Texas ici. Une fois repartis avec notre lessive sous le bras, on achète du pain et on s'arrête pour manger les provisions qu’on a dans nos sacs à dos. Le temps passe doucement, on parle de cinéma en attendant d’aller en salle regarder la première nationale de Avatar “La voie de l’eau” en 3D. On s’installe dans la salle en espérant que le film soit à la hauteur de nos attentes. Le film est d’une beauté rare. Je suis sidéré par la capacité de ce réalisateur de rendre réelles des images que je pensais exister seulement dans les rêves. On est enchanté à la sortie du film. On rentre en marchant par un chemin qui nous mène par les collines. On est dans le noir, seulement les étoiles éclairent notre marche à l’orée des bois entre les maisons installées sur la colline.


Samedi 17 décembre : Figeac

S : Aujourd’hui, c'était un départ pour Figeac, une étape de 27 km. La route était super longue. J’ai cru que le chemin était sans fin, on a croisé des vaches, des ânes et des moutons avec leur bébé. Notre pause à midi m’a permis de poser plus de questions à Edoardo sur le métier d’être acteur, car j’aimerais devenir acteur plus tard, et jouer dans tous genres de films, malgré le fait que j’aimerais plus jouer dans des films d’horreur ou dans des séries comme Stranger Things. En arrivant, on a découvert l’hôtel qui est super accueillant, on a pris une douche et nous sommes allés regarder au cinéma She Said, un film qui parle d’actrices et d'employés qui auraient été abusés par leur directeur, truc de fou. Je ne comprends pas comment cela puisse être possible. Sur ce : Bonne soirée, dormez bien.


Dimanche 18 au jeudi 22 décembre : pas de blogs


Vendredi 23 décembre : Cahors

S : Après un arrêt de six jours, j’ai décidé de reprendre la marche, parce que je ne veux pas décevoir les gens que j’aime, ni les perdre, donc je veux reprendre et leur montrer que je suis capable de le faire et de changer, surtout parce que c’est ce qu’ils attendent de ma part, un changement, donc je suis prêt à reprendre et à affronter toutes les épreuves.


Edoardo : Les jours de Noël se rapprochent et nous devons faire face à une crise à gérer. Marcher dans cette période n’est pas simple. et on a eu besoin d’un temps de remise en discussion avant de pouvoir envisager de reprendre le chemin. Les jours d'arrêt sont les plus difficiles. Les binômes ont du sens dans la progression et quand on est figé dans un endroit, nos motivations deviennent floues et les pensées prennent le dessus.


Samedi 24 décembre : pas de blog


Dimanche 25 décembre : Cahors

S : Aujourd'hui, j’ai passé une mauvaise journée, entre parti aux Urgences pour une infection urinaire, vu que les docteurs ne sont pas ouverts et entre voir plein de gens dans la rue super bien habillés pour aller rejoindre leurs familles ou se balader ce soir dans Cahors et voir les jeunes avec leurs cadeaux dans la rue, comme des voitures électriques, un vélo ou une trottinette.

Notre hôtel est en face de la gare SNCF et j’y suis allé pour voir s' il y avait un train pour Paris pour rejoindre ma famille. J’aurais fait Paris - Marseille, puis Manosque. Mais bon, hélas, je ne l’ai pas fait.

Cette année, Noël m’a dégoûté, car je suis loin de ma famille et le fait de ne pas pouvoir fêter ça avec eux me donne un sentiment de dégoût. Là, je suis en bad mood. Je n’ai pas envie de repartir demain car j’ai besoin de m’en remettre de cette situation, mais est-ce que Seuil va pouvoir comprendre ça ? Je ne sais pas. Bon j’ai hâte d’être à demain et de voir ce qui va se passer, si on marche ou si on prend ce temps. Bonne soirée.


Edoardo : La veille de Noël nous passons un bon moment dans un restaurant indien, le seul établissement ouvert à Cahors. Avant de nous coucher, nous sommes dans l’idée de repartir le lendemain pour aller à Lascabanes.

Finalement, les plans changent au réveil. S n’est pas de bonne humeur, il se questionne sur le fait de passer Noël à Cahors. On décide alors d’aller aux Urgences pour la deuxième fois en une semaine. Encore une fois, nous repartons avec des bonnes nouvelles. S va bien. Nous mangeons le midi au bord de l’eau, le pont Valentré en arrière-plan.

L’après-midi semble interminable. Je convaincs S de faire une balade en fin d’après-midi.

La ville est désertée, tous les commerces sont fermés, les seules personnes qui marchent semblent ne pas avoir vraiment un domicile fixe comme nous. Ils sont certainement dans un voyage. Ils se parlent, ils se serrent les coudes. Je n’ai personne pour parler dans la rue. S marche loin devant moi. On fait le dîner le plus silencieux depuis le début de cette aventure.


Lundi 26 décembre : pas de blog


Mardi 27 décembre : Moissac

S : On est bien arrivé à Moissac. La journée a été longue, mais aujourd’hui j’ai marché avec quatre autres pèlerins, deux éducateurs et deux jeunes qui ne faisaient que 4 jours de marche. On a eu beaucoup de discussions et c' était super sympa. J’ai passé un très bon moment avec eux. En arrivant, on a rencontré les gérants du gîte, des gens sympas, puis j’ai proposé à Edoardo d’aller voir au cinéma un jeune que je connaissais de mon ancien collège qui a gagné The Voice Kids qui a été mon meilleur ami à l’époque, mais quand il a commencé à être connu, il m’a lâché. Bref, son film était émouvant et m’a rappelé La Réunion. Le film s’appelle “Le Petit piaf”


Edoardo :

Mercredi 28 décembre : Auvillar

S : On a fait 21 km aujourd’hui, ça a été que du plat, on a fait 16 km. Edoardo et moi, chacun de son côté, ce qui a été très cool, parce que j’avais besoin d’être seul à ce moment-là, ce qui m’a permis de me retrouver un peu, malgré le fait que les 16 km ont été en silence. 5 km avant d’arriver on a rattrapé les marches d’hier, donc les cinq derniers kilomètres on les a faits ensemble. Ensuite arrivé à Auvillar on s’est tous posé au point de vue, et on à tous mangé ensemble, vu que nous nous sommes arrêtés à Auvillar et que, eux, s’arrêtent 8 km après Auvillar. Quand ils sont partis, ça m’a fait chaud au coeur, mais bon c’est la vie. Ensuite, on est rentré au gîte où l’on a rencontré Laurence, une femme super sympa. Elle a une gigantesque maison. Pour une fois Edoardo et moi avons dormi dans des chambres séparées, ce qui m’avait manqué, puis on a mangé et on s’est couché avec des bouillottes.


Edoardo : .

Jeudi 29 décembre :

S : Aujourd’hui, c’est notre premier mois de marche. Il ne reste plus que deux mois et ce voyage sera derrière nous. J’ai hâte que ça se termine, mes proches et mes demi-frères me manquent et aussi ma vraie famille. Quand je les retrouverai, je ferai en sorte de rester auprès d’eux, car je me rends compte que j’ai tout fait pour m’en éloigner donc c’est dommage. Il faut rattraper tout ce temps perdu.

Aujourd’hui, on a fait 22 km, ça a été quand même assez long, il n’y avait pas mal de plats, mais quand il y avait des montées, ça ne rigolait pas. Je me dis que ça nous entraine Edoardo et moi pour les Pyrénées où il y aura beaucoup de montées, mais ça va, on marche juste pour une journée, après ça sera plus facile en Espagne.

On est bien arrivé au gîte où on a rencontré Nat qui s’occupe du gîte. Elle nous a cuisiné un bon plat. On a bien mangé. Puis on a joué au Mille bornes qui n’a pas été une réussite parce qu’on n’a pas compris les règles, donc on est passé au Uno où Nat et Edoardo ne connaissaient pas les règles, donc je leur ai expliqué, mais ils n'ont rien compris. Et arrive le moment où Edoardo me fait une réflexion sur les jeux parce qu’il n’avait pas compris quelque chose et que je me suis montré énervé, car je n’arrivais pas à expliquer comme il faut, ce qui m’a agacé. Et Edoardo m’a engueulé parce que je m’énervais, sauf ce qu’il n’a pas compris c’est que je ne m’énervais pas sur lui, mais contre moi, parce que je n’arrivais pas à expliquer.

Aujourd’hui, j’ai beaucoup pensé à ces deux éducateurs et les deux jeunes avec qui on avait marché, j'ai ressenti comme un manque. Ça se passait tellement bien avec eux, mais bon c’est la vie. Ce soir, ils ont envoyé un message à Edoardo où ils ont dit qu’on était de très bonnes personnes et qu’on était une belle rencontre. Ils m’ont dit de ne rien lâcher et que j’arriverais jusqu’à Santiago. Et que si j’avais un coup au moral, ils étaient là et qu’on pouvait les appeler.


Edoardo :Quelle magnifique nuit on a passé chez Laurence à Auvillar. Non seulement une maison qui ressemble à un château, un accueil avec un gâteau et du café, des rires avec elle et ses invitées. En plus de cela elle nous a gâtés avec une bouillotte bien chaude que l’on a mis sous nos couettes. Ma chambre était grande avec deux fenêtres, une terrasse, des meubles de campagne magnifique, et un double lit chaud et confortable. Au matin, on a trouvé des petits porte-bonheur et à côté un mot pour chacun d’entre nous. Nous avons laissé des mots et un cadeau comme lien d’attache. Ce que l’on tisse sur le chemin est une toile qui se dessine au fil des jours.

Le matin, il ne faisait pas encore jour quand je suis sorti acheter du pain. Il faisait pourtant chaud. Je me dis que dans le futur ce sera une punition de marcher l’été et la haute saison sera l’hiver. Marcher au matin devient une habitude que je commence à sentir comme une nécessité. On est une team extrêmement rapide en chemin, les hôtes sont toujours surpris par le fait qu’on toque à leur porte toujours en avance. Une nouvelle page s’ouvre, on est au deuxième mois de marche

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