Marche de Merxxx
Dernière mise à jour : 15 juin
Marche de Merxxx accompagnée par Chrystelle
Lundi 16 mars
M : Le premier jour de la rencontre s’est bien passé. J’ai adoré l’accompagnante avec qui je vais faire le voyage.
Chrystelle : Rencontre. Nous voilà rassurées toutes les deux. Le courant passe, la conversation est fluide, M a l’air d’être une jeune fille charmante et bien élevée, entourée de beaucoup d’amour dans sa famille d'accueil. Célestin, responsable de marche, a fait le lien entre nous de manière décontractée et nous a fait visiter Douai avec son incroyable librairie Le Furet. C’est aussi l’occasion d’aller au restaurant et de vérifier mon sac à dos.
Le soir venu, partie de cartes à deux avec M qui m’a appris à jouer au Skyjo. Elle a regardé un peu la télé, a écrit dans son carnet et colorié dans le magazine choisi cet après-midi.
Mardi 17 mars
M : ça a été, mais la marche de l’après-midi a été un petit peu plus dure parce que le sac était quand même un petit peu dérangeant.
Chrystelle : Petit déjeuner dans le bel appartement de Douai avec Célestin et ses pains au chocolat.
Ensuite, nous avons dévalisé Décathlon pour équiper M.
Resto suivi d’une marche de 5 km près d’un lac, M s’est courageusement baignée après.
Fin d’après-midi : signature du contrat
Repas. Tranquille et feuilleton espagnol
M se couche tôt, fatiguée après la marche
Mercredi 18 mars
M : n’a pas écrit
Chrystelle : Journée assez fatigante avec un voyage en train de 8h et plusieurs correspondances, mais la SNCF a rempli son rôle haut la main.
M discute facilement avec les personnes que nous rencontrons. Elle a un sens de l’orientation incroyable, ce qui me rend un grand service.
Au Puy en Velay, nous avons eu la surprise d’être attendues à la gare par Jean-Michel, le responsable de marche, qui nous a emmenées jusqu’au gîte et nous a expliqué la configuration de la ville.
Demain sera le premier grand jour de notre aventure
Jeudi 19 mars
M : C’était bien, mais un peu dur. J’avais mal aux pieds.
J’ai adoré.
On a vu plein de belles choses.
Chrystelle : Journée contrastée :
Bénédiction des pèlerins à la cathédrale du Puy lors de laquelle M était très heureuse de recevoir une médaille.
Début de marche avec une grosse côte un peu décourageante pour sortir du Puy.
Douleur au pied pour M avec de nombreuses pauses dont un arrêt pour emmener M à la pharmacie.
Bref : très grosse entraide.
Le soir, après une bonne douche et une longue conversation téléphonique M a dévoré le repas et nous avons fini par des jeux de société avec les personnes présentes avec de franches rigolades.
Vendredi 20 mars
M : Un peu de mal le soir, mais le matin, j’ai marché vite. J’ai vu de belles fleurs. Une belle sculpture de hibou. Elle était très jolie. Mais j'ai eu peur de passer sur le pont, mais je suis passée quand même, mais j’adore.
Christelle : Nous avions prévu une courte étape de 7,5 km, mais M, sous l’élan du groupe de marcheurs, a galopé comme une gazelle. Nous avons donc prolongé l’étape jusqu’à Monistrol d’Allier.
Côtes et descentes en forêt avec des racines ont eu raison de notre entrain et les deux derniers kilomètres ont été très durs pour M qui s’est tordue la cheville. Plus de peur que de mal. Une marcheuse l’a délestée de quelques affaires, puis j’ai porté son sac sur le dernier kilomètre.
M a traversé courageusement le pont au-dessus de l’Allier, malgré une forte crainte. Elle fait plein de petits progrès tous les jours, c’est super et nous sommes bien soutenues.
Samedi 21 mars
M : n’a pas écrit
Christelle : Très belle étape. Grosse côte avec 300m de dénivelé pour quitter les gorges de l'Allier. M a le sourire. Elle utilise ses bâtons de marche efficacement, règle elle-même son sac à dos, repère les balises du GR. La fin de l’étape a été plus dure, car les jours s’enchaînent avec les efforts successifs mais elle est vraiment courageuse.
Nous avons assisté au vol des milans. On voit des geais, bouvreuils, rouges-queues, bergeronnettes. C’est superbe.
M est très à l’aise dans les tablées des gîtes et elle est appréciée des personnes qu'elle côtoie. Elle est heureuse quand il y a des chiens et des chats comme ici, à Saugues.
Dimanche 22 mars
M : j’ai bien marché et j’ai eu un doudou par une marcheuse. J’ai pleuré sur le chemin
Christelle : M est un peu de mauvaise humeur ce matin. Le sac lui semble plus lourd qu’hier, le duvet et le sac de drap ne veulent pas rentrer dans leur housse, la brosse à cheveux a disparu (temporairement, heureusement). Nous sommes sauvées d’une journée morose en retrouvant des infirmières avec lesquelles nous avons déjà marché. L’une d’elle offre une peluche stitch à M qui est en adoration devant ce personnage de dessins animés.
Nous marchons avec d'autres femmes dont l’une est luthier et violoniste et embellit notre pause de 10h d’un morceau de Vivaldi. Excusez-moi du peu !
A midi, nous trouvons un abri pour pèlerins où nous mangeons tous ensemble autour d’une grande table.
M est aux anges.
Malheureusement, après, nous marchons un peu moins vite et il faut se dire au revoir. C’est dur pour M qui pleure. Un petit câlin et nous repartons avec notre fidèle amie belge, Isabelle
Fin de journée, c’est moi qui ne suis plus de très bonne humeur, je marche quelques mètres devant pendant qu’Isabelle papote avec M.
Ce soir, il neige !
Lundi 23 mars
M : ça a été, j’ai dormi. Après j’ai mangé et je me suis baignée dans l’eau
Chrystelle : Départ tranquille ce matin pour une grosse étape de 18 km. La neige a tenu par endroits. Ce qui est drôle sur ce chemin, c’est que nous croisons régulièrement des gens avec lesquels nous avons parlé ou partagé un gîte. Il y a une réelle bienveillance des logeurs, comme des pèlerins, ce qui atténue le sentiment d’étrangeté à n’être jamais en terrain connu et à changer chaque jour de lieu.
Mardi 24 mars
M : Ce matin, j’étais fatiguée et j’ai mal partout, donc ça m’embête. J’ai un peu de mal à m’y faire
Chrystelle : Journée compliquée. Nous avons pris notre temps ce matin, mais plus rien n’avançait dans la journée.
Notre amie belge, isabelle, qui repart demain, nous a appris quelques expressions :
- frotter la manche : soudoyer
- remonter grand-père au grenier : renifler
- le gruau de mars : les giboulées de mars
Ces jours-ci, le changement de température est important : on commence la journée avec bonnet et gants, on la finit en short et tee-shirt
Les moments plus durs sont compensés par les moments de bonheur : le pique-nique de midi avec nos deux jeunes pèlerines, Quilterie et Cécile, avec un passage dans un hamac tendu entre deux pins et l’aligot partagé au gîte avec elles et Isabelle.
Grâce aux bons soins de Quilterie, Stitch porte 2 boucles d’oreilles qui sont les médailles offertes sur le chemin.
Mercredi 25 mars
M : Le matin, j’ai eu un peu de mal à me réveiller, mais après ça a été. Le temps n’a pas été au rendez-vous, du coup j’ai eu un peu de mal à marcher, mais à part ça, ça a été.
Chrystelle : Les rôles sont inversés. J’ai mis du bazar partout, M est prête ½ heure avant moi. Nous partons dans la bonne humeur, sous un ciel bleu magnifique, à bonne allure. Elle est épatée de la vitesse à laquelle nous avançons. On nous attend au gîte à 15h30 et la neige est annoncée à 16h. Le temps se gâte et l’humeur de M avec. On finit dans des conditions dantesques, 3°c avec un vent à décorner les bœufs, 2h sous la pluie.
Côté moral de M :” j’ai mal aux pieds, c’est encore loin ? 4 km c’est trop ! Je ne fais pas ça pour souffrir. Ils ne peuvent pas venir nous chercher ? A quoi pensaient ceux qui ont fait le chemin ?” (et j’en passe…)
Nous arrivons trempées et congelées.
Heureusement, la salle de bains est rose, l’humeur de M remonte en flèche.
Finalement, il n’a pas neigé.
Jeudi 26 mars
M : ça a été. Je n’ai rien à dire. J’ai fait de la cuisine
Chrystelle : Il a neigé cette nuit, les marches du gîte étaient verglacées, nous sommes donc parties vers 10h.
Confrontées à nouveau à un froid polaire (température ressentie indiquée à -7°c !), les pauses ont été plus que limitées.
Hier, lorsque M a râlé (et je la comprends), j’ai essayé de relativiser, je me suis agacée, j’ai blagué, j’ai essayé de faire ressortir le côté positif, j’ai mis ses maux en chanson. Bref, rien n’y a fait.
Aujourd’hui, je me suis simplement tue pendant qu’elle déversait ses doléances et miracle, elle a signalé les belles choses.
Cette marche est vraiment éducative pour nous deux !
Ce soir, le gîte est plein. M est comme un coq en pâte. Elle discute avec les gens, nous prépare des spaghettis carbonara et s’installe au milieu de tout le monde avec la liseuse qu’elle a adoptée. M’entendant parler anglais avec deux jeunes, elle me dit “il faut vraiment que j’apprenne”
Chaque jour apporte son lot de belles choses
Vendredi 27 mars
M : ça a été, même si j’étais usée par les cailloux, mais bon, je suis toujours vivante. J’adore être avec des gens que je connais à peine.
Chrystelle : Toujours ce vent terrible sur le plateau de l’Aubrac. Il a cependant l’avantage de chasser les nuages. Le froid est plus supportable sous un beau ciel bleu. Pause de midi improbable dans une sorte de cabine de sauna plantée au milieu des champs et destinée aux pèlerins : 4 murs, dont 2 vitrés qui offrent un abri relatif. Côtes le matin, descentes l’après-midi sur des coulées de basalte. Nous traversons également de nombreux ruisselets. Après quelques hésitations, M les traverse aisément en s’aidant de ses bâtons. Sa logique et son sens de l’orientation nous sauvent à un endroit où les indications pour les marcheurs dans un sens sont proches de celles des marcheurs en sens inverse. Je serais partie à l’envers.
Ce soir, nous sommes au gîte de Sylvie et Eric. Ce dernier a accompagné plusieurs marches Seuil, toujours en hiver : respect !
Pas de douleur au pied hier pour M, seulement au dernier kilomètre aujourd’hui : le corps s’aguerrit..
Samedi 28 mars
M : J’ai eu mal au pied, mais ça a été, mais je n’ai pas vu de gens, mais j’ai été faire l’apéro
Chrystelle : Premier jour de vitamines pour M qui semble avoir avalé de la potion magique. Je ne la suis plus dans les côtes.
Étape avec de nombreuses côtes et descentes. Heureusement, nous croisons et recroisons les deux jeunes anglais des îles Shetland.
Pour ne pas se faire rattraper, M s’amuse à courir avec son sac à dos.
Petite pluie persistante, la fin de l'étape est fatale pour ses pieds. Nous finissons donc une première fois dans un bar, puis thé au gîte, suivi d’un jus de pommes dans la maison d'hôtes où sont logées nos amies allemandes, car le logeur veut que je lui parle de Seuil et enfin apéro (sans alcool) au bar avec les allemandes. Autant dire que les douleurs au pied sont vite oubliées.
Dimanche 29 mars: Estaing
M : J’ai aimé le repas de ce soir et j’ai beaucoup rigolé. J’ai beaucoup eu mal au pied.
Chrystelle : Un ronfleur dans le dortoir et le changement d’heure nous ont été fatals ! On quitte le gîte à 10h. Le logeur de nos amies allemandes nous hèle et nous offre un beau tampon en forme de bateau pour notre credencial. Nous avons acheté de succulentes fraises au marché, le déjeuner de midi et nous voilà parties …. en sens inverse. Heureusement, une habitante nous a remis dans le droit chemin. La promenade le long du Lot est superbe. Nous faisons une pause balançoire pour M qui retrouve le sourire. Nous traversons le magnifique village d’Espalion où nous croisons, par hasard, Eric, accompagnant de Seuil (cf vendredi 27). M veut visiter toutes les églises que nous croisons. Nous en découvrons une avec une double chapelle, les deux étant situées l’une au-dessus de l’autre. Fin d’après-midi à oublier.
Arrivées à Estaing, nous croisons T. le ronfleur qui, heureusement, dormira dehors. Nous sommes accueillies par la chaleureuse Véronique qui nous préparera un repas pantagruélique, de quoi tapisser l’estomac quasi sans fond des trois marcheurs du gîte.
Lundi 30 mars
M : Je suis fatiguée, mais je vais bien. Je n’ai pas eu mal au pied.
Chrystelle : Voyager avec une adolescente réserve quelques surprises : un mini-cache-oreilles parce qu’un bonnet, c’est moche ; du rouge à lèvres à la place du baume à lèvres ; le choix de la journée de pause en fonction de là où l’on peut acheter une nouvelle brosse à cheveux, parce que la brosse actuelle n’est pas venue à bout d’un noeud persistant.
Je considère donc la journée d’aujourd’hui comme un progrès. Bruine, puis pluie, une bonne partie de l’étape. M s’assied dans la forêt en disant “je m’en fous si je suis crade”.
Nous commençons à toucher du doigt le principe de la réalité.
Mardi 31 mars: Conques
M : J’ai eu mal au mollet, mais il y a une dame qui m’a montré comment faire les étirements, du coup, après ça a été mes pieds ; après plus rien. Voilà.
Chrystelle : Première grosse étape de 20 km. Par chance, il fait très beau. La mise en route est facile, mais rapidement, le nombre de pauses augmente et je crains que nous n'arrivions pas à temps à l’abbaye de Conques. M marche bien plus vite lorsque nous sommes en compagnie. Douleurs au mollet qui semblent résulter d’un début de tendinite. Pause massage. M refuse les étirements depuis le début, mais accepte d’en faire avec Valérie, une marcheuse que nous recroisons.
L’arrivée dans Conques est superbe. Nous retrouvons des têtes connues au dortoir et au repas. Nous terminons la soirée tous ensemble à la bénédiction des pèlerins emmitouflées dans de grosses couvertures en polaire.
Demain sera notre première journée de repos.
Mercredi 1er avril : Conques
M : C’était la pause du jour. J’ai bien dormi. A 16h, j’ai rencontré un jeune. Il était tellement beau. J’ai adoré, mais bon, il faut que je me calme un peu.
Chrystelle : Journée de pause à Conques. Le village est superbe et quel plaisir de marcher sans le poids du sac à dos. M discute facilement avec les pèlerins et les hospitaliers, les bénévoles des quatre coins de la France assurant l’accueil des marcheurs.
Le 1er avril est une date cruciale sur le chemin, cela marque l’ouverture de nombreux gîtes, épiceries, robinets et toilettes publiques. Tout ceci facilitera la logistique
Pour la journée de repos, M s'est réveillée seule et à l’aube. Cherchez l’erreur !
Nous avons pris notre temps, nous avons été invitées à un café par une marcheuse et, comme promis quelques jours plus tôt, pris notre déjeuner à la crêperie.
Après-midi tranquille : boutiques, cartes postales, avant les 21 km de demain.
M, toute émoustillée par l'arrivée d'un jeune randonneur (cf son blog) est pleine d’énergie. Je profite de la conversation de ma tablée de nouveaux pèlerins, tout en gardant une oreille sur la tablée des jeunes. Espérons que l'énergie sera toujours là pour les 21 km.
Jeudi 2 avril
M
Chrystelle : M avale l'énorme côte de Conques, refusant toutes les pauses. Le temps est magnifique, mais le vent glacé reprend l’après-midi. Nous essayons les doubles chaussettes pour M, miracle ! pas d’échauffement des pieds pendant 19/20 km.
Après nous être installées au gîte, nous repartons chercher la brosse à cheveux tant attendue. C’est malheureusement de trop, avec une contracture à la cuisse pour M.
Moral en berne, nous envisageons les solutions avec Sébastien, notre hébergeur, et Célestin, le responsable de marche.
L’arrivée inattendue de nos amies allemandes remonte le moral des troupes. Il est décidé que nous marcherons avec elles demain, ce qui soutiendra M et moi par la même occasion.
Spoiler du 3 avril : nouveau massage, la contracture a disparu.
Haut les coeurs !
Vendredi 3 avril :
M : Aujourd’hui, j’ai fait 15 km, c’est parce que j’avais mal à la cuisse et un peu mal au pied.
Chrystelle : Nous sommes d'abord allées visiter l’église de Decazeville avec ses magnifiques sculptures en calcaire et ses tableaux de Gustave Moreau.
Courte étape de 12 km pour ne pas faire forcer M. Nous cheminons avec nos deux amies allemandes. Passé un moment de mauvaise humeur relative, M devance tout le monde.
Pique-nique au soleil à la terrasse d’un café où l’on nous sert nos consommations avec une mauvaise volonté manifeste. Mais quelques heures plus tard, nous passons près d’une œuvre d’art, un abri mis à disposition des pèlerins qui dorment dehors. A l’intérieur, un lit, un fauteuil et tous les produits dont un marcheur peut avoir besoin.
Un peu plus loin, dans un petit village, un autre abri avec des boissons chaudes et des gâteaux à disposition. Sur la table, un livre d’or. Mon œil est attiré par un passage ”bonjour à M et à Chrystelle qui passeront par-là, j’en suis sûr”. Thibault. M éclate en sanglots, touchée par l’attention de Thibault avec qui nous avions marché quelque temps avant.
Samedi 4 avril : Figeac
M : Aujourd’hui, ça a été pour les 18 km, mais à la fin j’étais épuisée. J'ai pris le soleil et j’ai bien bronzé.
Chrystelle : Grosse étape de 19 km jusqu’à Figeac, mais sans grandes difficultés, sinon le soleil de début d’après-midi.
Mes recherches ayant été infructueuses pour trouver un gîte à distance raisonnable, j’abandonne.
Comme nous sommes très en retard sur le calendrier, nous prendrons le car jusqu’à Cahors demain. M est très contente car cela lui permettra probablement de retrouver des pèlerins croisés plus tôt. Moi, ça me fend le cœur, j’ai l’impression de tricher et nous ratons toute la partie classée au patrimoine de l’Unesco qui doit sans doute être très belle.
A Figeac, la dame accepte d’ouvrir le gîte ce soir, car nous sommes un binôme Seuil et à Cahors, on nous laisse les clés d’un gîte pour les mêmes raisons. Je suis très touchée par cette chaîne d’entraide.
En faisant les courses, j’ai rapporté un “poney de Pâques” en chocolat pour M qui fête normalement cela avec sa famille d’accueil. Elle est contente de le recevoir et il est presque englouti au dessert.
Dimanche 5 avril : Cahors
M : On a pris le bus et après on a été au gîte. Puis on a été se promener dans la ville, on a mangé un kébab et on a été au cinéma. J’ai bien bronzé. Il faisait chaud
Chrystelle : Nous sommes accueillies par la merveilleuse Jacquie à Cahors.
Après un thé, nous sortons dans la ville, sans sac à dos, quel privilège ! Nous allons voir le film Compostelle. Je suis très touchée, même si notre binôme est très différent de celui du film.
J’ai besoin d’un peu de temp seule dans la chambre avant que nous repartions nous promener dans cette superbe ville.
Une fois M couchée, je passe la soirée à discuter avec Jacquie. Les échanges avec des adultes bienveillants, les messages de la famille et des amis sont des aides précieuses pour moi.
Lundi 6 avril :
M : On s’est levées à 8h. On a déjeuné et quand on a été sur la route, j’ai vu un faon. Quand on est arrivées au gîte, j’ai été me laver et j’ai été dans le jardin et j’ai joué avec le chien.
Chrystelle : Journée à marquer d’une pierre blanche. M me demande, pour la première fois, si j’ai bien dormi et laisse un message pour la logeuse. Nous quittons Cahors. M trouve tout magnifique. Elle avance sans problème, malgré un soleil de plomb et 27°c. Pas de douleur au pied. La vie est belle.
Mardi 7 avril
M : Il faisait chaud, mais ça a été. Comme il faisait chaud, j’étais épuisée, mais bon, c’est la joie d’être sur le chemin. Quand je suis rentrée, j’ai été prendre une douche avant de manger. J’ai vu que j’avais une tique, du coup j’étais en panique totale.
Chrystelle : Nous avons cheminé une grande partie du trajet avec une mère et ses trois filles adultes avec lesquelles nous avons partagé le gîte. Comme d’habitude, M était parfaitement à son aise avec elles. Je l’ai donc laissée discuter en veillant simplement à ce qu’elle boive en raison de la forte chaleur. Lorsqu’elle est en compagnie, elle marche sans aucune difficulté.
Une fois seules, il fait chaud, le sac est lourd, il y a des côtes etc…nous nous sommes abritées quelques minutes dans une grotte fraîche. Heureusement, un pèlerin connu est passé et M est repartie. Fin un peu pénible, car nous n’avons pas réussi à tenir le rythme, mais nous avons fait des crêpes pour le dîner.
Mercredi 8 avril
M : J’ai adoré ma journée. J’ai rencontré une fille dans mon gîte. Elle était trop gentille. J’ai même fait de la balançoire avec elle. C’était trop bien cette soirée.
Chrystelle : Le réveil a été un peu difficile. Comme l’étape était assez courte, j’ai laissé faire.
Le début de matinée est toujours agréable en cas de fortes chaleurs. Nous sommes restées un long moment au bord d’un étang, car M n’avait jamais vu de grenouilles et nous avons eu droit à un vrai concert.
Nous avons marché de temps à autre en compagnie, ce qui fait fortement augmenter notre moyenne horaire.
Pique-nique à quatre à midi avec le reste de crêpes de la veille.
La côte était dure ensuite.
Au gîte, le propriétaire a une fille. M a discuté avec elle et elles ont joué sur le trampoline. Ça change un peu M des retraités majoritaires sur le chemin à cette époque, même si elle les apprécie également.
La soirée se finit pour les deux filles en chantant à tue-tête.
Jeudi 9 avril
M : J’ai beaucoup aimé ma journée, même s’il faisait chaud. J’ai passé une bonne soirée. J’ai revu la famille que j’avais déjà rencontrée et un monsieur aussi.
Chrystelle : Nous avons commencé par un raccourci pour éviter une énorme côte. Encore 26°c aujourd’hui et peu d’ombre, ce qui fatigue les organismes.
En revanche, la campagne est magnifique, émaillée de champs et d’arbres fruitiers en fleurs.
Pique-nique à l’ombre pour souffler, puis M a tenté de tremper ses pieds dans un petit ruisseau, ce qui se finit en bain de boue.
Vers la fin de l’étape, nous recroisons des pèlerins connus à une terrasse. M a le droit de partager les frites et la glace d’un marcheur suédois et repart lestée de bonbons offerts par d’autres randonneurs.
Vendredi 10 avril : Moissac
M : J’ai beaucoup pleuré mais ça va après. A 15h30, on s’est entraînées à chanter du Céline Dion pour quelqu’un dans le gîte.
Chrystelle : Journée riche en émotion pour M. Nous avons marché à nouveau avec des pèlerins connus, notamment la maman et deux de ses filles. L’une des marcheuses rêve d’assister au concert de Céline Dion.
A 10h, nous voilà tous en plein champ à essayer de nous connecter pour certains, en utilisant les bâtons comme une antenne de téléphone pour essayer de lui obtenir une place, peine perdue ! Pour lui remonter le moral, M, aidée par deux des dames, prépare un concert-surprise et chante des chansons de Céline Dion à la jeune femme infortunée dans le dortoir que nous partageons. Tout se finit dans un gros fou rire.
Samedi 11 avril
M : J’ai pleuré le matin et après plus rien. Il pleuvait et il y avait du vent, mais j’ai bien aimé ma journée parce que j’ai chanté avec un marcheur et une marcheuse. J’ai failli perdre un mollet parce qu'il y a un chien qui a voulu me mordre.
Chrystelle : M dit au revoir aux filles et à leur mère avec beaucoup de tristesse.
Nous quittons Moissac en longeant le Tarn sur un chemin de halage agréable et plat. Nous retrouvons bientôt Jonas, le suédois et Laetitia, une jeune française. M. chante sur le chemin. Lors d’une pause, M s’empare du guide et calcule les distances de tête, en ajoutant des nombres décimaux : c’est la révolution !
Un peu plus tard, nous reparlons d’un moment où elle m’a trouvée énervée, avec raison car je lui ai répondu sèchement, alors j'explique ce qui s’est passé ce jour-là et M dit “je vais peut-être réviser ma manière de parler”. Deuxième révolution !
Certains jours, j’ai l’impression que ce que je fais est inutile, voire carrément contre-productif et quelques jours plus tard, j’assiste à ces changements avec un grand bonheur.
Dimanche 12 avril
M : J’ai eu du mal à me réveiller parce qu’il ne faisait pas beau, mais je me suis levée quand même. La journée est passée tellement vite. J’ai fait 18 km.
Ce soir, j’ai bien rigolé même s'il y a un monsieur qui me posait trop de questions, ça je n’ai pas aimé.
J’ai mal à la cuisse, mais ce n’est pas grave.
Chrystelle : Journée pluvieuse, nombreuses portions de chemin avec de la glaise qui colle aux chaussures.
Nous avons bien avancé et avons retrouvé Laetitia et Jonas pour une pause à l’abri.
L’aubergiste nous demande si nous sommes pèlerines et nous installe confortablement, en ajoutant du pain pour déguster le fromage que M a choisi. Les attentions sont nombreuses sur le chemin, ce qui nous aide à poursuivre notre route.
A l’arrivée des 18 km, M me dit “on peut être fières, on a réussi. On est un super binôme”.
Encore une victoire à mes yeux.
Nous arrivons ensuite dans un gîte extraordinaire, un lieu magnifique, une cheminée, des œuvres d'art, des livres, des jeux, tout cela saupoudré d’une grande bienveillance et d’un accueil fabuleux. Ce sera difficile d’en repartir.
Lundi 13 avril : Lectoure
M : On a passé l’après-midi à la piscine. C'était trop bien. Merci Cri-Cri.
Chrystelle : M a marché comme une gazelle malgré la glaise qui rend certains passages glissants. Son objectif : arriver à Lectoure pour profiter des thermes. Nous y passons 2h l’après-midi. De nombreux pèlerins s’y sont donnés rendez-vous.
M qui ne nageait plus après une mauvaise expérience, reprend la brasse, mise en confiance par le maître-nageur et nous tous. Elle essaie les jets d’eau et le jacuzzi.
Mardi 14 avril
M : J’ai passé une belle journée, mais le problème ce sont mes pieds. J’ai attrapé une mycose (des champignons) et ça me fait mal. J’ai attrapé aussi une cloque.
Nous sommes arrivées vers 19h. Je suis fatiguée, mais j’aime marcher, ça me plaît.
Chrystelle : M a bien marché toute l’étape de 18 km, même si nous avons dû faire 7 pauses avant le pique-nique de midi.
Demain, petite étape de 13 km, puis jour de congé à Condom.
Il y a deux jours, à table, M était assez loin de moi et un marcheur très moraliste a bien plombé l’ambiance, notamment pour M. Elle a dit le lendemain “j’étais énervée. J’ai failli taper sur la table, mais je ne l’ai pas fait, car je ne voulais pas être la fille violente”. Nous l’avons félicitée d’avoir réussi à se contenir et je lui ai redit de venir me chercher dans ces cas-là pour que j’intervienne, comme je le fais dans ces situations.
A titre personnel, la pause sera la bienvenue. Nous approchons des 1 mois du début du projet.
Mes difficultés principales (qui devraient paraître ridicules aux autres accompagnants) : les 20 mn quotidiennes pour arriver à réveiller M et le rôle de “gardienne des règles” face aux autres marcheurs qui couvrent M de cadeaux, de compliments et font preuve de tolérance par rapport à certaines attitudes contraires aux règles établies que M connaît bien.
Mercredi 15 avril
M : J’ai aimé cette journée. Il faisait beau et chaud.
J’ai quitté mon suédois. Je suis triste parce que je l'adorais.
Chrystelle : Le GR a été détourné et l’étape du jour a été de 16 km avec pas mal de glaise et de la boue encore.
M a été un vrai boute-en-train. Elle a imité les positions des anges dans une église en réfection et s’est installée devant un pupitre dans un jardin public, comme si elle allait faire un discours à ses administrés.
A la mi-journée, nous avons dit au revoir à Jonas, le retraité suédois avec lequel nous avons marché plusieurs jours. C’était très émouvant de voir ce colosse en pleurs avec M dans ses bras qui lui a dit dans son français approximatif “j’emporterai un peu de toi dans mon coeur”.
Jeudi 16 avril : Condom - jour de repos
M : n’a pas écrit
Chrystelle : Journée de repos bienvenue dans le gîte de Louise à Condom. Un accueil d’une rare délicatesse dans lequel on se sent libres et bienvenues.
M profite des instruments de musique à disposition, un piano désaccordé, dont elle explore les possibilités. Grande découverte pour nous deux, la tongue drum, un instrument métallique percé de languettes qui émet un son très doux.
M s’écrit même une sorte de partition pour pouvoir reproduire la musique qu’elle a inventée.
Côté cuisine, j’ai seulement fait les courses et M a géré tous les repas, notamment de délicieux hamburgers “maison” et a mis le couvert à chaque fois. Elle a même spontanément débarrassé toute la table du petit déjeuner commun et fait l’accueil des pèlerins de l’après-midi.
Samedi 18 avril
M : Le soir au gîte, j’ai pleuré parce que Chrystelle m’a dit des trucs qui ne me plaisaient pas, donc j’étais en colère. J’ai voulu manger toute seule parce que j'étais énervée. Il faut qu’elle arrête de faire la maman poule parce que je n’aime pas ça. Merci
Chrystelle : La journée d’hier s’est terminée par une douleur au genou pour M que nous avons soigné au mieux.
Aujourd’hui, elle a marché les 16 km quasiment sans douleur. Nous sommes allées très lentement en faisant moins de pauses et n'avons pas eu besoin de la solution de secours mise en place. Je réduis les prochaines étapes pour assurer son confort à la marche. Nous marchons une partie de la journée en compagnie d’autres pèlerins, ce qui est très agréable.
Après l’arrivée au gîte, les choses se gâtent. M est en colère contre moi et demande à manger seule. Je lui prépare son repas et je la laisse. Heureusement, elle peut discuter avec une des autres personnes présentes et retrouve rapidement le sourire
Dimanche 19 avril
M : Je suis énervée parce que Chrystelle ne me comprenait pas, mais après que je lui ai reparlé, ça a été. On a bien marché.
Chrystelle : Le début de la marche se passe dans un grand silence, puis, à la pause, je demande à M de m’expliquer en détail ce qui l’a mise en colère et ce qu'elle souhaite. Nous sommes rejointes plus tard par d’autres pèlerins et le midi se transforme en pique-nique collectif. M ayant encore mal au genou, une pèlerine lui propose quelques granules d’homéopathie diluées dans la gourde qui semblent avoir un effet miracle.
Le gîte est dans un site magnifique, entouré de chevaux. Nous disputons des parties endiablées de baby-foot avec deux retraitées de Besançon et M nous bat à plates coutures. Nous faisons des jeux de société toutes ensemble avec la jeune fille du gîte, puis M et celle-ci regardent ensemble un dessin animé. La logeuse nous demande l’autorisation que M mange des tacos avec les jeunes de la maison, ce que j’accorde bien volontiers, car M est en manque de jeunes
Lundi 20 avril
M : J’ai bien marché. Il a plu et après il a fait du soleil. J’ai pas eu mal au pied, ni à la jambe. On a fait 14 km. Demain, je fais 19 km
Chrystelle : Nous avons vu avec le responsable de marche comment répondre au besoin de liberté de M. Elle a donc désormais droit à environ 1h de quartier libre chaque jour. C’est la fête !
Nouvelle petite étape de marche de 14 km.
En passant, un pèlerin nous offre à boire au bar du gîte voisin du nôtre.
Mardi 21 avril
M : J’ai bien marché sous un grand soleil. Il faisait chaud, c’était horrible.
J’ai rencontré un pèlerin. Il est formidable et trop beau, mais il faut que je me calme
Chrystelle : Nous expérimentons pour la première fois le fait de marcher en décalé. Je pars devant après avoir expliqué le trajet à M. et lui avoir fixé un point de rendez-vous quelques kilomètres plus loin, toujours pour répondre à sa demande de liberté, ceci dans les parties du chemin sans danger. Elle s’en sort haut la main et nous terminons les 19 km assez tôt, malgré la chaleur intense de l’après-midi.
J’apprécie également le fait de pouvoir allonger mon pas et d’aller à mon rythme avant de l’attendre au point de ralliement
Mercredi 22 avril
M : n’a pas écrit
Chrystelle : Nous commençons la journée à nouveau en marchant en décalé. Tout se passe bien.
En début d’après-midi, je demande à M si elle préfère continuer seule, mais elle préfère marcher avec moi.
Nous retrouvons sur le chemin un groupe de six amis qui cheminent ensemble. Nous poursuivons donc tous ensemble, ce qui est bien agréable pour finir l’étape.
Ce soir, nous sommes en gîte communal avec deux hospitalières hautes en couleur. Les pèlerins sont internationaux, des français, deux québécoises, une coréenne, une néerlandaise. C’est très drôle de voir tout ce petit monde essayer de communiquer.
Jeudi 23 avril
M : J’ai bien marché. Je n’ai pas vu le temps passer. On a fait 14 km. On est parties à 8h et on est arrivées à 12h40.
Ce soir, je dors dans une tente. Je suis stressée pour la nuit, mais ça va le faire. Je le sais.
Chrystelle : Après une période un peu plus tendue entre M et moi pendant laquelle elle profite davantage d’autonomie ou de marches en compagnie d’autres pèlerins, aujourd’hui le vent tourne un peu. Me voyant encombrée à un moment, elle propose de me porter mes bâtons. Nous discutons tranquillement pendant la fin de la marche
Aujourd’hui, nous sommes en camping dans des tentes avec un gros matelas. Une première pour M qui est ravie et qui a le droit de choisir la plus grande tente individuelle.
Elle propose spontanément son aide aux hébergeurs, d’éplucher pommes de terre et carottes.
Elle me fait ensuite le plaisir de me déposer une crêpe chaude à l’abricot qu’elle a préparée. Miam !
Vendredi 24 avril
M : J’ai bien marché avec des marseillais. Il faisait très chaud.
Chrystelle : Journée chargée aujourd’hui avec l’organisation du passage en Espagne qui aura lieu dans quelques jours. Nous avons quitté le camping après une nuit réparatrice et un grand bonheur à dormir sous la tente.
Nous avons, à nouveau, marché en décalé en nous retrouvant régulièrement aux endroits définis.
En milieu d’après-midi, je m’arrête pour attendre M, car je viens de repérer une bordure de rivière où M et moi pourront patauger en sécurité et sans boue. Un très bon moment.
La fin de l’étape est fastidieuse pour moi en raison de la chaleur et du poids du sac. M, délestée de son sac à dos par un pèlerin en voiture, galope comme un cabri.
Samedi 25 avril
M : On a commencé à 9h et on est arrivées à 16h. On a marché avec une famille toute la journée
Chrystelle : Un pèlerin nous a avancées en voiture de plus de 50 km pour que nous rattrapions un peu notre retard et surtout que nous puissions passer le col de Roncevaux avant la cohue du 1er mai. Il fait partie de ces personnes qui veillent sur notre chemin et qui sont d’une aide précieuse. Nous avons cheminé presque toute la journée avec une famille avec 3 enfants. Quel plaisir pour M d'être entourée d’un peu de jeunesse. “Cerise sur le gâteau”, nous sommes tous dans le même gîte ce soir.
Dimanche 26 avril
M : j’ai rencontré des pèlerines très gentilles.
Chrystelle : Les deux derniers soirs, M a joué aux cartes avec d’autres pèlerins, enfants et adultes.
Ce soir, pour la première fois, elle a mangé la totalité du repas préparé par le gîte.
Nous sommes à Saint Jean Pied de Port où nous avons retrouvé sur le chemin plusieurs têtes connues. Grâce à cela, les 18 km de l’étape ont été avalés avec facilité.
M a voulu acheter une tenue intégrale de fille : jupe, haut et bijou.
Ce soir, elle rayonne. Les anglophones à table la font un peu parler en anglais.
Mardi 28 avril
M : On a pris le bus pour aller à Roncevaux et après on a marché 11 km. On a commencé à 13h30. On est arrivées à 17h. On a quitté des pèlerins que j’aimais de tout mon cœur. J’ai eu du mal, mais ça a été
Chrystelle : Nous avons quitté Saint-Jean-Pied-de-Port et nos merveilleux hospitaliers. Nous sommes montées à Roncevaux en bus, un voyage plein de virages, mais magnifique.
Notre première marche en Espagne s’est bien passée, le balisage est bien fait. Nos quelques mots d’espagnol sont utiles, mais souvent les gens parlent très vite et terminent leurs phrases par “Vale” (prononcez “balai”).
Journée très agréable avec M, ce qui me permet de laisser sortir ma fantaisie.
Nous devrions être à Pampelune dans deux jours, ce qui nous laissera du temps pour visiter la ville
Mercredi 29 avril
M : On a marché 18 km et on a fait du stop jusqu’à Pampelune parce qu’il n’y avait pas de place dans le gîte où on voulait aller. Une fois arrivées, nous avons mangé.
Chrystelle : Pour être sûre d’avoir une place le premier soir en Espagne, j’avais réservé un superbe logement. La suite est plus compliquée. Nous marchons 18 km et le dernier petit hôtel n’a plus que des chambres très chères. Il n’y a plus rien à proximité et Pampelune est à 11 km, ce qui est impossible pour M. Je me résous à faire du stop. Personne ne semble vouloir s’arrêter, malgré l’apparence enfantine de M. Un conducteur descend d’une petite rue. Je reconnais que je lui ai un peu forcé la main, mais il nous emmène ensuite gentiment dans une auberge de jeunesse proche de Pampelune. Je perds patience avec M dont la préoccupation est de savoir si nous allons revoir les jeunes hommes (sympathiques au demeurant) que nous avons déjà croisés et s’il fera beau demain pour mettre une jupe lors de notre journée de visite à Pampelune. Je préfère m’isoler. Demain, il fera jour …
Jeudi 30 avril
M : On a marché 4 km jusqu’à Pampelune. J’ai fait de la balançoire et on a été manger au restaurant. L’après-midi, je me suis baladée. J’ai été faire les magasins
Chrystelle : Nous avons pris notre temps, pris un petit déjeuner dans un café et M a fait plusieurs fois de la balançoire en chemin vers notre hôtel du jour. Le déjeuner de midi avec deux pèlerins qui apprécient pourtant M, a donné lieu à un refus total “puisque je ne peux pas avoir le plat que je veux (qui était trop cher), je ne mangerai rien et j’irai m’acheter à manger avec mon argent de poche cet après-midi”. L’atmosphère a été assez glacée après ça. Un peu plus tard, quand nous sommes rentrées à l’hôtel, j’ai proposé à M de lui expliquer les conséquences que son attitude avait eues sur les autres et elle a accepté.
Ce soir, grâce au miracle du blog dans lequel j’ai cité Pampelune, nous retrouvons Jonas le suédois.
Cette fois-ci, les tapas passent toutes seules.
J’exprime une nouvelle fois toute ma gratitude aux personnes qui nous invitent, nous mettent des messages passant du temps avec nous : cela nous aide tellement !
Vendredi 1er mai
M : On a marché 15 km. On a commencé à 8h et on est arrivées à 13h30. On a mangé au restaurant avec 5 familles et après on a été au gîte. Puis, je me suis lavée et j’ai rencontré beaucoup de personnes. Avec un pèlerin j’ai joué à des jeux de société
Chrystelle : Certains jours, je suis découragée et je me dis que ce que je fais ne sert à rien. Et puis survient un petit miracle. Nous marchons le long d’une côte. Devant nous, une femme obèse. M dit “elle a du courage cette dame”. Je lui fais part de mon émotion devant cette petite phrase en lui faisant remarquer que ce n’est probablement pas ce qu’elle aurait dit quand elle a commencé le chemin. Elle le reconnaît volontiers. Quelques minutes plus tard, je l’entends utiliser un subjonctif ! A midi, nous avons été invitées à déjeuner par 5 familles qui marchent ensemble : un bel exemple. Cet après-midi, au gîte M cherche des produits pour soulager un pèlerin qui a mal aux jambes. Ils font ensuite une séance d’étirements, puis jouent aux cartes en écoutant un peu de musique, tout ceci, sans parler la même langue. Ce chemin amène la bienveillance et la communication, en toute simplicité
Samedi 2 mai
M : J'ai marché 20 km. Je n’ai pas eu mal de la journée. J'ai même chanté. On a commencé à 7h30 et on est arrivées à 14h50.
Chrystelle : Conditions dantesques en fin de matinée : Trombes d'eau, orage. Par chance, l'hôte a planifié le petit déjeuner 1 heure plus tôt que d'habitude. L'étape est longue de 20 km, l'un de nos records avec M. Nous démarrons en silence ce qui se poursuit : M fait la tête car j'ai refusé un arrêt aux balançoires après seulement 3 km. Nous nous arrêtons en milieu de matinée dans un café ou M engloutit un énorme palmier au chocolat.
Nous sommes rejointes par Naël, un jeune homme avec qui nous cheminerons le reste de la journée, celui avec lequel M a passé un long moment hier. M s'essaye à l'anglais. Je lui traduis nos conversations. À 12h avant que le déluge ne s'abatte sur nous, nous trouvons refuge sous l'auvent d'une échoppe fermée. Le propriétaire arrive nous fait entrer pour nous mettre à l'abri. Après un nouvel arrêt dans un café ouvert nous terminons l'étape complètement trempées, mais dans la bonne humeur. Après sa douche M met ses plus beaux atours et redescend dans l'auberge suscitant l'admiration de nos hôtes. Que guapa ?
(quelle est belle ?)
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Dimanche 3 mai
M : J'ai marché 18 km aujourd'hui. Mais ce matin je me suis énervée parce que Christelle m'a réveillée de bonne heure parce qu'elle bougeait et j’étais fatiguée. Donc j’ai voulu partir toute seule, mais elle s’est énervée et elle m’a attrapée le bras pour m’empêcher de partir toute seule en pleurs.
Chrystelle : Grosse crise ce matin résultant de plusieurs frustrations, j'ai dû contenir physiquement M qui voulait quitter le gîte. Nous sommes à mi-parcours, la fatigue se fait sentir. M a réalisé que ce programme se terminerait bientôt et que cela passe vite. Le changement de pays et de langue compliquent la situation. Même si je traduis régulièrement les conversations à M. Demain courte étape de 12 km Qui devrait faire du bien à M
Lundi 4 mai
M : J'ai marché 12 km. On a commencé à 8h et on est arrivées à 11h. 57., j'étais en forme pour faire cette journée.
Chrystelle : Hier soir, j’ai participé à une méditation collective au gîte à la fin de laquelle une jeune suédoise a dit “les conflits ne sont pas toujours négatifs”. J’ai pu le constater cet après-midi. Nous avons bien ri avec M pour différentes choses. Elle m'a fait écouter du rap qu'elle aime. Je lui ai laissé le téléphone 30 minutes pour qu’elle écoute de la musique. Nous sommes allées faire les courses et nous sommes restées dehors le temps qu'elle mange une glace. Une fois rentrées au gîte, elle a préparé le repas et mis le joli couvert. Nous avons bien re-parlé de ce qui s'était passé hier et je l'ai rassurée sur le fait que c'était normal vu l'effort que demande ce programme et que j'étais surprise que cela ne soit pas arrivé plus tôt. Nous sommes apaisées toutes les 2 ce soir et je suis beaucoup plus confiante sur la suite de cette marche.
Mardi 5 mai
M : j’ai marché 18 km et ça a été. Demain, je vais faire 23 km. Je crois que je ne suis pas prête. J’ai rencontré deux français très gentils.
Chrystelle : L’étape du jour s’est bien passée malgré une belle saucée. Pause-café/chocolat près d’une boutique d’un autre temps sur la terrasse de laquelle un jeune espagnol joue de la guitare. C’est très agréable. Nous rencontrons des pèlerins français. M s’anime, car elle peut enfin comprendre et papoter. Nous les retrouvons au gîte le soir.
Mercredi 6 mai :
M : J’ai marché 23 km et c’est passé pour cette fois. Je n’ai pas vu passer la journée. Le midi, je n’ai pas mangé parce que je n’étais pas bien. J'avais envie de vomir, mais je n’ai pas réussi. Je me sens seule, comme il n’y a pas de jeunes de mon âge.
Chrystelle : Étape d’environ 21 km menée à bien. M a pu marcher un peu avec des français, ce qui améliore son moral. A l’arrivée au gîte, pas mal de quartiers libres dans cette petite ville. Durant l’après-midi, lors d’une pause initialement prévue pour la boulangerie, une dame s’arrête et nourrit des écureuils sauvages. Elle offre des amandes à M qui les leur tend du bout de ses doigts. Un joli moment
Jeudi 7 mai
M : J’ai marché 16 km. On a commencé à 7h30 et on est arrivées à 13h30. On a bien marché. J’ai pu parler à des pèlerins français, ça m’a fait du bien d’avoir des français avec moi. J’ai écouté un podcast de Seuil et j’ai adoré. Je me voyais dedans
Chrystelle : Nous croisons un peu plus de pèlerins français pour le plus grand bonheur de M, elle a pu aller boire un verre en fin d’après-midi avec une jeune femme. Elle a ensuite refusé de manger avec nous au restaurant et est partie se coucher. Aujourd’hui, elle a marché quasiment tout le temps avec d’autres gens. Je jette un œil de loin en loin, mais tout s’est bien passé.
Arrivées à l’auberge dans un “quartier glauque et loin du chemin” (sic) c’est-à-dire à 200m, nous retrouvons des visages connus. M n’a pas envie de sortir, je lui propose d’écouter un podcast qui suit un jeune homme bénéficiant du programme Seuil, pendant toute sa marche. Quand je rentre des courses, je la vois dans la cour de l’auberge en train de faire des étirements, en chantant du Céline Dion à tue-tête. Les écouteurs faussent un peu les notes, mais l'énergie est là, je laisse faire pendant un moment. Un mini flacon d’après-shampoing trouvé au magasin du coin vient couronner notre journée.
Vendredi 8 mai
M : J’ai marché 21 km. J’ai commencé à 8h20 et je suis arrivée à 15h et cela est passé trop vite, mais c’est pas grave parce que quand on est arrivées j’ai pleuré.
Chrystelle : Nous avons encore une fois dépassé les 20 km. Les panneaux indiquant la distance restante jusqu’à Saint Jacques nous prouvent que nous avançons beaucoup plus vite qu'avant. M a marché seule pas mal de temps ce matin, à quelques centaines de mètres de moi. Nous avons retrouvé les pèlerins bretons d’il y a deux jours et cette fois-ci, M est venue avec nous déguster enfin les calamars tant attendus. La période est assez lourde pour moi en ce moment, pas mal de mauvaise humeur de M quand elle est seule avec moi, sauf quand j’accepte quelque chose qui lui fait plaisir et ma famille me manque également beaucoup.
En fin d’après-midi, je constate que M a outrepassé plusieurs limites, je recadrerai demain. Je ne voulais pas gâcher le restaurant.
Samedi 9 mai
M : J’ai marché 18 km. On a commencé à 8h30 et on est arrivées à 14h, on a marché très cool, mais je marche vite sans mes bâtons.
Ce soir, j’ai mangé des nouilles et avec des pèlerins on a chanté Ultreia, après ils ont mangé et ils sont venus me chercher pour que je chante du Céline Dion du coup, j’ai chanté plusieurs musiques : “Pour que tu m’aimes encore”, puis “‘Sous le vent”’.
Chrystelle : La nuit précédente dans une véritable “usine à pèlerins”. Nous sommes au dernier étage, M se fait une cabane avec des couvertures dans le lit du bas. J'hérite du lit du haut sans barrière, sous la verrière qui s’allume à chaque fois que l’un des 160 pèlerins emprunte les escaliers : cauchemar !
M qui a passé une excellente nuit, finit par se réveiller, peu avant que la femme de ménage arpente les couloirs, la musique “El Condor Pasa” à fond, M s’indigne “mais jamais on me fait ça, moi ! “ Finalement, pas de mauvaise humeur ce matin, ça fait du bien. Pendant la marche, M me reparle d’un moment où je l’ai envoyé “paître”. “Je ne voulais pas te blesser”, me dit-elle. Waouh ! Un peu plus tard, nous traversons un village. M dit “ça ne sent pas très bon ici” Quelques instants plus tard, elle me fait remarquer “avant, j’aurais dit “ça pue ici. Ils ne vont pas me reconnaître quand je vais rentrer, je serai devenue un ange”.
Nous terminons la marche avec nos trois douarnenistes et Sophie qui fête ses 35 ans. Ensuite, casse-tête pour réserver les gîtes jusqu’à Burgos. Dans la soirée, je regarde les blogs d’autres jeunes de Seuil et j’en fais la lecture à voix haute à M qui en redemande. Elle est un peu épatée par les grosses étapes qu’ils font et par la longueur de ce qu’ils écrivent. Les points communs avec ce qu’elle vit la font rire.
Dans la soirée, les bretons nous font chanter “ultreia”, la chanson des pèlerins. Les autres pèlerins du gîte rappliquent dans la cuisine et les espagnoles nous font les chœurs. Fin de soirée, un nouveau moment de gloire de M qui reprend son rôle de Céline Dion devant un public conquis.
Dimanche 10 mai
M : J’ai marché 13 km. J’ai mangé une paella. On a commencé à 8h20 et je suis arrivée à 13h. Je me suis amusée toute l’après-midi, j’ai monté une serre avec le monsieur du gîte et j’ai planté des graines dans la serre. J’ai bien rigolé le soir quand c’était l’heure de se coucher, je n’étais pas fatiguée et quand j’ai voulu aller en bas, Chrystelle m’a dit que je ne pouvais pas, du coup, je me suis énervée. Je ne comprenais pas pourquoi elle me disait “non”, parce que moi j’étais bien en bas.
Chrystelle : Étape un peu raccourcie en raison de la difficulté à trouver des hébergements. Nous arrivons tôt dans un gîte hyper chaleureux. Les deux hommes qui le tiennent parlent français et sont vraiment gentils avec M. Ils mettent à fond la musique qu’elle aime dans le bar, puis elle écoute de la musique avec une finlandaise et un italien.
En fin d’après-midi, le barman très sympathique me propose de l'emmener avec lui, monter une serre, contrat rempli un peu plus tard grâce au très grand sens pratique de M.
Au repas, elle se trouve à côté des deux jeunes de l’après-midi et semble passer une très bonne soirée. Je dois fixer à nouveau les limites, car elle ne veut plus se coucher. Le réveil risque d’être bien dur demain et nous devons nous lever tôt pour les 20 km et quelques de l’étape, où nous n’échapperons pas à la pluie.
Lundi 11 mai
M : J’ai marché 20 km, on a commencé à 7h20. On est arrivées à 13h. Il y avait une grosse montée.
Le soir, j’ai mangé des boulettes avec des frites. En soirée, avant de se coucher on a fait un jeu de société. On a beaucoup rigolé. On a même rencontré un monsieur qui venait de Suisse. L’endroit était super sympa. Je suis heureuse de vivre ce moment
Chrystelle : De grosses côtes et un peu de pluie pour cette belle étape en forêt. Il fait toujours froid, moins de 10°C le matin et beaucoup de vent.
Nous mangeons ce soir avec les Bretons et Sophie que nous avons retrouvés ce matin et scrabble pour la fin de soirée.
Mardi 12 mai
M : J’ai marché 20 km. L’après-midi, je n’ai pas continué la marche parce qu’il pleuvait. On a pris le bus. Je suis stressée pour demain.
Aujourd’hui on dort dans un hôtel. Je suis contente ma chambre est très belle. J’adore 🙂♥️
Chrystelle : L’un des Bretons fait le pitre au réveil. M rit aux éclats dans son lit. Quel plaisir ! Départ assez tôt à 6°C. On annonce de fortes pluies. Bonnes côtes caillouteuses suivies de descentes caillouteuses elles aussi.
Après notre pause rituelle au café, le temps se gâte. Nous nous faisons copieusement arroser sans possibilité de nous abriter.
Ça se corse, la grêle se met de la partie. Il n’y a plus rien à sauver. Quelques kilomètres plus loin, nous retrouvons les Bretons et Sophie, notre sauveuse, a repéré un arrêt de bus tout proche qui nous conduit à l’hôtel. Celui-ci ouvre 2h plus tard. Nous allons dégouliner jusqu’au restaurant le plus proche.
Ce soir, il est temps de dire au revoir à mes chaleureux partenaires. De nouvelles larmes d’adieu pour M, la loi du chemin
Jeudi 14 mai
M : J’ai marché 21 km. h. On a commencé à 8h. On est arrivées à 14h. Je suis fatiguée. Je suis pressée de rentrer pour voir ma famille
Chrystelle : Après une journée pendant laquelle M a “bullé”, télé, kébab, resto mexicain, nous avons entamé la traversée de la Meseta, une zone relativement plane au milieu des champs. Après une période de mauvaise humeur dont j’ignore la cause et lors de laquelle M refuse même de faire de la balançoire, les choses s’arrangent.
Nous passons la fin de l’étape à plaisanter et à chanter des chansons bêtes.
L’accueil au gîte est chaleureux et nous partageons la chambre de deux français sympathiques. Pas de pluie aujourd’hui. Hourra !
Vendredi 15 mai
M : J’ai marché 23 km. On a commencé à 8h et 14h30. La journée est passée très vite. Je n’ai même pas vu la journée passer. J’ai marché toute seule presque toute la journée, ça m’a fait beaucoup de bien. J’ai pu beaucoup réfléchir
Chrystelle : Nous marchons en décalé ce matin. Au bout de 2h, M me retrouve et dévore une omelette au café. Elle préfère ensuite rester avec une pèlerine française et moi, car elle s’ennuie. La petite pluie et le vent très froid nous incitent à limiter les pauses. Je me régale sur ce chemin qui traverse des champs luxuriants, bordés de coquelicots, de bleuets et d'asphodèles.
Ce soir, nous sommes dans une auberge avec de nombreux français. Une tablée de coréens déguste de la nourriture saine sur un barbecue de table, pendant que nous dévorons du poulet et des pommes de terre en sauce. Aucune culpabilité, nous éliminerons tout cela en marchant demain.
Samedi 16 mai
M : J’ai marché 20 km. On a commencé à 6h et on est arrivées à 14h. La journée est passée super vite. On a marché avec une maman et son fils.
Le soir, j’ai appelé ma tata ; je me suis fait piquer par une guêpe. J’ai eu très mal. Après j’ai rigolé avec un allemand, il est super sympa. Il m’a fait mal au cœur parce qu’il a pleuré dans la journée. On a été à l'hospital san Nicolas. J’ai ressenti que quand je suis rentrée dedans, je me suis sentie apaisée et voulais y rester.
Chrystelle : La journée s’est bien passée. Nous nous sommes retrouvées de loin en loin avec M qui a marché essentiellement avec un jeune homme de 29 ans, très posé.
Brève visite dans un ancien “hospital” du 13ème siècle qui peut héberger des pèlerins pour la nuit. M me dit “je me sens bien ici, je me sens apaisée, j’aimerais bien dormir ici”. Nous poursuivons l’étape.
Au gîte, malgré les nombreux pèlerins, aucun ne parle français. Certains font cependant l’effort d’essayer de lui parler ou de la faire rire, ça marche ! Heureusement, car le repas avait mal commencé : 2 tables de 30 personnes, un bruit de discussions insoutenables. J’ai félicité M au coucher, car au début de la marche, elle aurait quitté la table. Elle s’agaçait fortement, a pris son carnet et s’est mise à écrire.
Elle met de nouveau son réveil à 6h, comme ce matin !
Dimanche 17 mai
M : J’ai marché 20 km. On a commencé à 7h30. On est arrivés à 15h. On a rencontré un monsieur qui marchait. Il a été très sympa et il s’appelle Thomas. Il m’a offert un bijou. Je tiens tellement à ce bijou. J’espère que je ne vais pas le perdre et encore merci.
Chrystelle : Réveil de très mauvaise humeur pour M. Elle choisit de partir devant : ouf ! Je la retrouve peu après. Elle a raté l’embranchement. Nous vérifions ce qui lui a mis la puce à l’oreille : pas de flèche jaune, aucun pèlerin. Je la félicite de s’en être souvenue et d’avoir parfaitement géré la situation.
Un peu plus tard, le visage toujours fermé, M s’arrête et me dit “je suis agressive ce matin” (...)” Je lui propose une pause et je la félicite de reconnaître cette émotion. Je lui fais la liste de toutes les solutions qu’elle a trouvées dans ce cas. Elle lance des cailloux dans la rivière pendant un moment.
Peu après, nous rencontrons un jeune homme avec lequel nous cheminons toute la journée. Cerise sur le gâteau, il connaît le coiffeur italien avec lequel M avait écouté de la musique.
Le soir, nous sommes accueillies dans un gîte de l’Ordre de Malte. M va faire de la balançoire et je mange de la paella à 16h en joyeuse compagnie. J’ai l’impression d’être dans un film d’Almodovar, au milieu de ces espagnols si chaleureux.
Demain, grosse étape de 27 km : notre record !
Lundi 18 Mai
Chrystelle : Ce sont finalement 28km que nous avons avalés ! Un pèlerin qui fait transporter son sac a bien allégé celui de M et un peu le mien, et a porté le sac à dos de la demoiselle sur la fin de l’étape. Ils ont aussi pas mal discuté en cheminant, ce qui a largement facilités les choses. Ce soir, j’avais pu réserver uniquement une chambre très chère sans fenêtre. Finalement lorsque nous arrivons, la jeune femme de l’accueil a réussi à nous attribuer une très belle chambre avec fenêtre. Je refuse le repas du soir pour cause de budget dépassé. Ce sera pique-nique. La même jeune femme nous propose de nous offrir le buffet de petit déjeuner demain pour que nous partions l’estomac plein. Que d’aide !
Mardi 19 Mai
M : J’ai marché 18km. J’ai rencontré un italien il était vraiment trop sympa, Chrystelle ne lui fait pas confiance mais pourtant il est vraiment super sympa. On a beaucoup marché et parlé même si je ne le comprenais pas. Je ne comprends pas pourquoi elle s’inquiète pour moi, il ne va pas me faire du mal. Il est trop gentil pour me faire du mal.
Chrystelle : Réveil de M. « J’ai bien dormi, je suis heureuse ! » Effectivement, la bonne humeur est là après 10 heures 30 de sommeil dans notre belle chambre. Nous discutons au petit déjeuner, puis M. va porter les affaires lourdes de son sac au pèlerin d’hier. Elle me redit qu’elle ne se serait pas crue capable de faire cette longue marche seuil.Dans le courant de la journée, les choses se gâtent fortement. Après plusieurs appels avec Célestin, nous décidons de prendre le bus pour séparer M. de personnes potentiellement néfastes pour M. Demain, nous marcherons un peu et dormirons à Léon.
Mercredi 20 Mai
Chrystelle : M. était très déçu de quitter le groupe avec lequel elle s’était liée.J’ai peu dormi pour surveiller qu’elle était toujours là. Après le bus les choses se sont apaisées et nous avons même plaisanté. Nous sommes à Léon, une grande ville. M. n’a pas envie de se promener ni de visiter. Un long appel à la famille, puis je la laisse écouter de la musique. Ce soir, pour la première fois, une vraie conversation entre nous. M. est épuisée après la crise d’hier. Je ne vaux guère mieux…
Jeudi 21 mai
M : J’ai marché 21 km. Il faisait très chaud dès que je me suis levée je me suis mise en short et en débardeur parce qu’il a fait très chaud toute la journée. J’ai même un coup de soleil sur le bras, je vous le dis ce n’est pas agréable. Je suis dans un gîte qui fait bar. Normalement je n’avais rien à manger parce que cela coûtait trop cher. Du coup il a dit que je pouvais choisir à la carte, je vais manger pate carbo, j’adore ! <3J
Chrystelle : Passé le long moment de mauvaise humeur du matin, je vois quelques changements un peu plus évidents. J’ai l’impression que la confiance de M. à mon égard a franchi un cap. Elle m’a demandé plusieurs fois des explications sur des situations. De plus, il y a quelques temps, je lui avais signalé un comportement un peu puéril et désagréable pour autrui, en l’y faisant réfléchir. A midi, elle me fait remarquer qu’elle s’est retenue. Je la félicite franchement. La journée a été très chaude, nous avons bien entamé le budget avec les pauses au bar et pour le repas du midi. Ce sera donc spaghetti pour M. ce soir, à la place du menu pèlerin plein de légumes. Elle ne s’en plaint pas ! En raison de la chaleur et des 21km avec peu d’ombre, je propose à M. de déposer son sac dans les fourrés un peu avant l’auberge et je reviens le chercher après avoir déposé le mien. Pour la première fois, elle me remercie spontanément de faire quelque chose pour elle, ce qu’elle semblait considérer comme normal auparavant. Je suis très touchée par toutes ces petites évolutions qui s’accélèrent.
Vendredi 22 mai
M : J’ai marché 18km sous la chaleur. Il faisait 31°, c’est beaucoup pour moi. On a commencé à 7H30. Quand on est arrivés il y a un monsieur qui m’a insultée d’idiote mais à part cela j’ai rencontré que des gens sympas.
Chrystelle : Départ à la fraîche pour une étape assez courte. Nous avançons cependant assez lentement, car nous longeons un canal empli de grenouilles. Elles coassent, sautent à notre approche, nagent au milieu des lentilles d’eau : un vrai spectacle ! Nous cheminons un moment avec un nouveau couple de Français très sympathiques. Au gîte, nous avons l’heureuse surprise de retrouver Yves avec deux comparses. Nous allons tous boire un coup ensemble. Il y a également un Australien avec lequel M. sympathise. Il lui parle de sa fille. Le soir, à table, je mets le holà, car M. est sur le banc à côté de lui et il y a trop de proximité physique. L’australien monte dans le dortoir commun, je demande à Yves d’être présent. M. réalise que l’Australien est fortement éméché et dit à Yves qu’elle ne se sent pas rassurée. Il reste là et donne des conseils à M. le temps que je me prépare. Je félicite M. de commencer à repérer ce qui peut lui nuire.
Samedi 23 mai
M : J’ai marché 20km on a commencé à 7H00 et arrivés à 14H. Il faisait chaud je n’ai pas aimé. Le gîte est trop bien. J’aime bien parce qu’il y a une dame qui fait de la guitare et qui chante trop bien. Les gens du gîte sont trop sympas J <3
Chrystelle : Nous partons très tôt le matin avec les pèlerins français, pensant prendre un petit déjeuner en route. Juste après le gîte, un homme propose des briques de chocolat et du jus de fruits que nous prenons pour M. heureusement, car tout est fermé et le prochain village est annoncé à 12km. Finalement, après une grosse cote, nous tombons sur une oasis en plein désert. Il y un buffet complet, des décorations, des sièges pour s’asseoir, tout ceci à disposition en donation, c’est-à-dire à la volonté de chacun. Ce lieu respire la bienveillance. Yves a demandé à M. ce que le chemin lui avait apporté : « je commence à reconnaitre les personnes qui sont bonnes pour moi et les autres » Waouh. Ce soir, M. se moque de moi, car elle a fait une blague que j’ai prise au 1er degré. Plus tard, elle m’envoie un peu d’eau pour rire dans la salle de bain. Je suis totalement épuisée, mais tout cela ne sera peut-être pas inutile. Pour la 1ere fois ce soir, elle s’est comportée naturellement avec tout le monde, sans être en mode séduction. Elle a joué avec les chiens, couru avec eux, leur a lancé des ballons, avec une joie qui fait tellement plaisir à voir.
Dimanche 24 mai
M : J’ai marché 15,6km. En début d’aprèm je suis tombée sur mon genou « quelle cruche » je me suis bien fait mal.
Chrystelle : La journée a bien commencé. En fin de matinée, M. s’est fait mal au genou, là où elle avait déjà une petite douleur. Elle a du mal à marcher. Des pèlerins s’arrêtent. L’une lui prête une chevillière adulte qui s’adapte à son petit genou. Un pèlerin brésilien nous accompagne pendant les 4 derniers kilomètres en lui portant son sac. Au gîte une dame lui donne de la crème aux huiles essentielles, une australienne lui fait un pansement dernier cri. Bref, tout le monde s’y met. J’annule l’hébergement de demain, nous prendrons un taxi jusqu’à la grande ville la plus proche, car les prochaines étapes sont accidentées. Nous aviserons plus tard. Cette « douleur intense » n’empêche pas M. de se faire des tatouages Malabar dans la salle de bains, ni de s’inquiéter, car cela l’empêchera peut-être de revoir un pèlerin. Je préfère m’éloigner, je risque d’être vraiment désagréable.
Lundi 25 mai
Chrystelle : Arrivées à Ponferrada, nous filons à la consultation pour les pèlerins. Le concept est étonnant si vous souffrez de la hanche au pied, la consultation est gratuite. Le médecin fait une radio par sécurité, qui ne montre rien. Il fait l’effort de nous parler en un français qui vaut presque mon espagnol. C’est hilarant, car je vois M. qui ne comprend pas trop et je lui retraduis le français en … français. Elle fait une sieste l’après-midi et tri son sac à dos. Il y aura un peu moins de papier de bonbons. Longue conversation cette après-midi avec Célestin pour voir comment faire pour la suite. Nous marcherons jusqu’à l’arrêt de bus qui est assez loin, en espérant avoir une place en auberge au bout. Je suis terriblement déçue d’avoir raté toute la jolie partie montagneuse avec la croix « Cruz de Hierro »La pharmacienne chez laquelle je vais chercher anti-inflammatoires de M., une ancienne pèlerine, me réconforte. Ce soir après le repas, j’ai une longue conversation avec une française, Marie-Paule, sur le lâcher-prise, qui semble être le thème récurrent de mon propre chemin. M. clopine dans l’auberge avec ses bâtons de marche, d’excellente humeur.
Mardi 26 mai
M : Aujourd’hui je n’ai pas marché. J’ai pris le bus. J’ai toujours un peu mal au genou mais moins qu’avant. Déjà c’est bien. Ce matin, je me suis achetée une casquette. Elle est très belle. J’adore. Je suis fan. Demain, je marche.
Chrystelle : Nous avons pris le bus pour ne pas être trop en retard sur notre calendrier. L’auberge est pleine et sympathique. M a écouté de la musique cet après-midi, puis est allée au bar où nous étions à midi. Elle a passé toute la fin d’après-midi avec un groupe de garçons. Un vieil homme du village lui a fait faire des exercices pour son genou. J’ai prévu seulement une très courte étape demain et j’ai réservé quelques gîtes pour les prochains jours. Nous approchons de Saint Jacques et cela va devenir compliqué.
Mercredi 27 mai
M : Aujourd’hui, j’ai marché 10 km. Pendant que je marchais, mon genou me faisait un peu mal, mais pas énormément, mais quand je m’arrêtais j’avais mal. On a commencé à 7h et on est arrivées à 10h. J’ai super bien marché.
Chrystelle : Après deux mois d’oppositions fréquentes, les choses semblent nettement plus apaisées entre M et moi, ce qui lui laisse beaucoup plus d’énergie pour le reste : relations aux autres plus “normales”, apprentissage, légèreté. Elle continue à râler face aux limites que je mets, essentiellement autour des garçons, mais cela revient plus rapidement à la normale en cas de désaccord.
Ce matin à 5h45, la voilà qui prépare son sac et quitte le dortoir. Elle accepte cependant de déjeuner et de ne se mettre en route qu’à 7h, une fois le jour levé, en raison d’une étape proche de la route.
Dans le village d’arrivée, je la laisse libre d’aller voir des pèlerines connues dans un autre gîte et de faire des courses pour se réapprovisionner en articles indispensables : parfum, bonbons, glace et autre boisson sucrée. Je choisis mes combats.
Demain 13 km seulement mais une grosse côte et la canicule nous attendent.
Après plus de 2h de recherches téléphoniques, nos hébergements sont réservés jusqu’à Saint Jacques, puis quelques jours plus tard à Porto. Ouf ! Mon espagnol s’améliore de jour en jour
Jeudi 28 mai
M : J’ai marché 13 km. Il faisait hyper chaud. Aujourd’hui, je suis dans une auberge chrétienne, c’est hyper strict. Ce soir, je vais appeler ma tata parce que c’est l’anniversaire de sa fille
Chrystelle : Malgré un départ à 6h30, il nous a fallu 5h30 pour arriver à l’auberge. Nous concourons pour l'équipe la plus lente ; ce rythme me frustre. En milieu de matinée, le bas-côté est caillouteux. Je propose à M de se mettre au bord de la route peu passante lorsqu’il n’y a pas de véhicule. Nouvelle confrontation lorsqu’elle se met en plein milieu. Je suis pourtant exigeante en permanence sur la sécurité en raison de la conduite locale.
A l’arrivée, pause de midi dans un bar. Je me régale de la conversation avec un couple brésilien et un londonien. J’adore cet humour de second degré. M trouve un finlandais qui parle français.
L’après-midi, nous prenons du temps chacune de notre côté. J’en ai besoin.
Ce matin, en bordure de route, un homme vendait des bijoux. M a choisi des boucles d’oreilles, car j’avais fait tomber l’une des siennes dans le lavabo. Dans l’après-midi, M va les mettre. Je lui fais remarquer à quel point elle est jolie (même sans maquillage !) car son visage est apaisé.
Au bar, il y a des chevreaux, le barman nous donne du pain pour que nous les nourrissions : un grand moment de bonheur pour l’une comme pour l’autre.
Vendredi 29 mai
M : J’ai marché 16 km. On a fait porter un sac pour que nous soyons plus tranquilles dans les montées.
Chrystelle : Etape magnifique qui n’est pas sans rappeler le Massif du Sancy en Auvergne. Nous sommes au-dessus des nuages. M a accepté de se lever très tôt, avant le soleil.
C’est somptueux. L’étape est très escarpée, nous faisons transporter l'un des sacs à dos que nous chargeons à bloc. M voyage donc à vide et moi avec 7 à 8 kg seulement : du pur bonheur de mon point de vue, M est un peu moins convaincue. Je profite qu’un finlandais nous accompagne, avec lequel M est allée manger hier soir. Nous échangeons à propos de la géographie finlandaise, d'ethnopsychiatrie, de l’histoire de Taïwan.
J’adore ces conversations impromptues au cours desquelles j’apprends des choses.
Nous commençons à recevoir des messages des personnes avec lesquelles nous avons passé de bons moments et qui arrivent à Saint Jacques de Compostelle les unes après les autres et nous avons eu l’immense surprise de retrouver Cécile, la violoniste que nous avions quittée avec Quitterie il y a plus de deux mois. Elle s’arrête dans notre auberge pour passer l’après-midi avec nous.
Samedi 30 mai
M : Aujourd’hui, j’ai marché 10 km. On s’est levées à 6h. Le matin, j’ai commencé à marcher avec une pèlerine qu’on avait rencontrée sur le chemin il y a deux mois, ça m’a fait très plaisir
Chrystelle : n’a pas écrit
Dimanche 31 mai
M : J’ai marché 18 km. On a commencé à 8h. On est arrivées à 11h40. On a marché chacune dans notre coin. Ce matin, avec Christelle, je me suis disputée parce que je ne voulais pas déjeuner, du coup, elle m’a caché mes chaussures pour que je ne parte pas et après elle a appelé Célestin pour lui dire que je ne voulais pas déjeuner et Célestin a dit qu’elle devait me laisser faire et que j’allais aller manger un truc sur le chemin.
Chrystelle : L’arrivée prochaine perturbe beaucoup M. Elle est partagée entre l’inquiétude de quitter le chemin et le souhait de retrouver ses proches. Ceci donne lieu à de nombreuses confrontations qui reposent parfois sur des quiproquos.
Je suis vraiment sortie de mes gonds ce matin. C’est très difficile à vivre car, en tant qu’accompagnante, j’aimerais pouvoir offrir à M une patience à 100 % et être en mesure de la raisonner lorsque ses décisions vont lui nuire.
J’ai fait appel à Célestin en quelques jours que depuis le début de la marche. Il est souvent en mesure de calmer M.
J’ai réservé tous les hébergements et les transports jusqu’à la fin. J’ai renoncé à marcher jusqu’à Fisterra, nous prendrons le bus. Nous n’irons pas non plus à Muxia qui semble pourtant bien jolie.
Ce soir, nous sommes allées au restaurant avec une pèlerine que M a reconnu dans la rue. C’était bien agréable de discuter
Demain, nous passerons sous la barre des 100 km jusqu’à Saint Jacques. Nous serons rejointes par la cohorte des personnes qui marchent seulement sur le dernier tronçon.
Lundi 1er juin
M : J’ai marché 21 km. J’ai eu mal au genou. Demain, je ferai porter mon sac parce que je fais 24 km.
Chrystelle : Journée relativement calme. Nous nous sommes levées tôt pour cette étape assez longue selon nos critères.
Il y a énormément de monde sur le chemin, dont plein de garçons, et en plus, “ils sont beaux”, constate M. Nous faisons plusieurs pauses pour nous reposer et nous restaurer. Pour parvenir au gîte, il faut franchir un grand pont, l’une des peurs de M. Par chance, il y a de gros poissons en contrebas, ce qui la distrait
Demain, pour l'étape de 24 km, M voyagera à nouveau sans sac. Elle se plaint de son genou de temps à autre. Je lui mets une bande souple pour restreindre un peu les mouvements, ce qui semble efficace.
Cet après-midi, j’ai retouché les photos pour son futur album. Je ne me rendais pas compte de tout ce que nous avions fait au cours de ces trois mois.
Mardi 2 juin
M : J’ai marché 24 km, bien sûr sans le sac, j’ai rencontré un monsieur avec qui je me suis bien amusée. J’ai passé toute l’après-midi avec lui. Demain, je dois le quitter parce qu’il va plus loin que nous. Je suis déçue.
Ce soir dans le gîte, il y a deux dames qui me regardent, trop molles. J’ai envie de les frapper.
Le monsieur avec qui j’ai passé l’après-midi, m’a donné son chapeau et il m’a dit que je devais la déposer à Fisterra, puis lui envoyer une photo de moi comme quoi je l’ai déposée.
Chrystelle : Hier soir, M a discuté avec un italien, Erik, dans le dortoir grâce à google trad. Nous avons fixé l’heure du lever à 5h45. Effectivement, le dortoir est bruyant. A 5h20, je la vois préparer ses affaires. Elle s’installe toute pimpante à côté de l’italien qui semble avoir plus de mal à la table du petit déjeuner. Nous partons à 5h45. Une fois la ville derrière nous, la forêt est sombre et j’ai le démarrage à la lampe frontale qui me faisait tant envie. J’ai réexpliqué la situation à Erik et je les laisse marcher ensemble. Je chemine avec la japonaise Hiromi que j’aime beaucoup et nous nous retrouvons tous les 4 à intervalles réguliers.
L’étape est un peu longue (24 km) et il pleut à partir de 9h, mais rien à voir avec les pluies torrentielles que nous avons pu subir.
Le soir, je vais à la bénédiction des pèlerins. Le prêtre fait le bilan des nationalités présentes. Je suis la seule française au milieu de nombreux pays. Il m’apostrophe en français “vous êtes la seule représentante de Macron”, ce qui fait rire les gens qui ont reconnu le nom du Président.
Le soir, Erik nous invite toutes les deux au restaurant. Il donne sa casquette à M qui a pour mission de se photographier avec à Fisterra.
Mercredi 3 juin
M : j’ai marché 15 km. On a commencé à 8h et on est arrivées à 13h. J’ai marché super vite, sauf que dans la descente, je me suis fait mal. Pour la prochaine fois, je saurai qu’il faut que j'utilise mes bâtons. Aujourd’hui, j’ai appelé ma tata. J’étais très triste de ne pas être avec eux.
Chrystelle : Hier soir, deux italiennes ont fait des commentaires désagréables sur M pendant qu’elle était avec Erik, à propos de sa tenue. Celui-ci les lui a traduits, je n’étais pas là. Au moment de se coucher, elle m’explique brièvement la situation, elle est énervée et me dit “elles vont voir”. Je l’écoute, puis elle se met à pleurer. Elle s’installe dans son lit, je lui propose de tirer les rideaux du lit pour qu’elle ait son intimité, son doudou Stich qu’elle refuse “je n'ai pas besoin”.
Le lendemain à 6h, elle est debout, descend dire au revoir à Erick. J’avais précisé la veille qu’elle ne devait pas partir marcher avec lui. Je descends vérifier, tout est ok.
Ensuite, elle éprouve le besoin de marcher seule. Nous nous retrouvons plus tard dans un bar pour le petit déjeuner. Elle repart seule. Plus loin, elle est sur le bord du chemin avec des Américains qui lui ont donné une genouillère.
M réalise qu’elle n’a pas utilisé ses bâtons pour une grande descente. Elle me dit “j’ai appris ma leçon”.
Nous reparlons des italiennes. Je lui explique que ces derniers temps, c’est comme si elle grandissait un peu plus vite et qu’elle trouverait bientôt un équilibre. Ses tenues un peu provocantes peuvent induire des réactions chez les autres, hommes et femmes.
Cet après-midi, elle est détendue et j’apprécie beaucoup l’absence de confrontation.
Je l’ai également félicité de ne pas avoir été trouver les italiennes. Je pense qu’elles ont commencé à marcher il y a peu, car le chemin nous dépouille en partie de nos jugements à l’emporte-pièce.
Jeudi 4 juin
M : J’ai marché 13 km. On a commencé à 8h. On est arrivées à 11h. Je suis contente parce qu’au camping il y a une piscine et elle est enfin ouverte. 🙂
Chrystelle : Ce matin, nous avons marché un peu en décalé. Après nous être retrouvées pour le petit déjeuner, M me dit qu’elle part devant et m’attendra au prochain bar. Il se met à pleuvoir assez fort. Je laisse passer le plus gros de l’averse en espérant que M a pu se mettre à l’abri. Je dépasse plusieurs bars (un fermé et un ouvert) et une église, pas de M. J’interroge les personnes qui marchent dans l’autre sens, aucune certitude. J’avance vite sans la voir.
M demande à une pèlerine française de m’appeler pour me prévenir qu’elles sont ensemble dans un bar." Lorsque j’arrive, je rappelle à M ce qu’elle avait dit et que si elle veut de la liberté, elle doit respecter les règles. La pèlerine lui dit gentiment qu’elle pourrait s’excuser, ce qui est quasi impossible pour M et ce que je ne demande pas. Plus tard, elle vient me voir et me dit “je suis désolée”. Je la remercie en lui disant que j’apprécie. En plusieurs occasions, j’ai travaillé cette notion de responsabilité “ce que je fais a des conséquences”. De même, M avait la forte conviction d’être le centre du monde, des réflexions fréquentes comme “je suis la star, tout le monde me regarde, tout le monde m’adore”. Les choses évoluent doucement. M me dit ce matin “je voulais me lever, mais je ne l’ai pas fait pour ne pas réveiller tout le monde”.
Hier, lorsque les Américains lui ont donné une genouillère, je fais remarquer à M les différentes nationalités qui l’ont aidée au cours du chemin : Brésiliens, Italiens, Australiens, Français, Américains, etc... Elle me répond “je suis la chouchoute du chemin”. J’objecte : “tu fais partie des personnes qui ont eu besoin d’aide sur le chemin et qui en ont reçue” ; “tu as raison, je retire ce mot”.
Des personnes qui avaient vu M il y a deux mois la trouvent grandie, plus épanouie, plus souriante, plus apaisée. Que d’espoir pour son avenir !
Vendredi 5 juin
M : n’a pas écrit
Chrystelle : Le seul hébergement que j’avais réussi à trouver était un super camping. Nous avons donc profité d’un bungalow pour deux, de la piscine pour M “je vais y penser tout l’après-midi” me dit-elle en arrivant. Ce seront, en réalité, deux baignades de 2 mn chacune, en raison de l’eau et du vent froids. Je l’ai laissé regarder la télé. Grasse matinée dans le calme ce matin jusqu’à 8h. M souhaite partir devant. Je lui propose de faire l’intégralité de l’étape (13 km) seule.
Elle est contente. Nous regardons la carte en détail. Je lui montre les points d’arrêt, par exemple, si, elle se trouve dans un village avec une pharmacie, elle est allée trop loin. J’inscris le nom de l’auberge, son adresse, le nom du village précédent, mon numéro et celui de Célestin. Mission accomplie. Je la retrouve vers midi. Elle a demandé de l’aide à des anglais, car elle avait un doute. Je la félicite chaleureusement. Elle est contente de l’auberge, car il y a une piscine (froide malheureusement), des douches avec jets de massage et un lisseur à cheveux. Elle écoute ensuite de la musique, se repose, puis nous descendons goûter. Elle grommelle ensuite à propos du couple qui partage notre chambre et du lit qui bouge. Je la laisse râler en me disant que je n’arriverai plus à faire évoluer d’autres choses jusqu’à la fin. Le lâcher prise, encore une fois
Samedi 6 juin
M : J’ai marche 6,5 km. J’ai commencé à 8h et je suis arrivée à 10h. Petite étape parce que demain on fait 21 km et on arrive à Santiago. Trop fière de moi.
Chrystelle : Etape très courte aujourd’hui en raison de la difficulté à trouver des hébergements et des capacités variables de marche de M lorsque je dois prendre des décisions dix jours à l’avance.
Une fois encore, étape en totale autonomie pour M, menée à bien. Nous dormons dans un camping, dans une tente grand luxe. Le thermomètre de la piscine indique 20°c, M pense que c’est vraiment chaud. Elle se baigne quand même, mais très brièvement.
J’ai eu l’immense bonheur d’être seule en forêt ce matin, sans aucun pèlerin ce qui est une gageure si près de Santiago
Je suis émue à l’idée de quitter le chemin, de ne plus être dehors au milieu de la forêt, des champs, des oiseaux.
Demain, pour la première fois, je n’aurai pas mon gros sac à dos. Je confierai ses 12 kg au transporteur avec le sac de M. Nous voyagerons léger pour cette dernière étape de marche. Gravée dans ma mémoire, j’ai l’image d’Ellen Mac Arthur à l’issue de ses trois mois de Vendée Globe, qui n’arrive pas à lâcher le mât de son bateau.
La nature a été un soutien incroyable pendant cette période pour moi. M et moi nous interrogeons sur l’arrivée à la cathédrale de Compostelle. Nous recevons des photos des arrivées des pèlerins que nous connaissons. La variété de leurs émotions est incroyable.
Demain, ce sera notre tour
Dimanche 7 juin : Santiago
M : J’ai marché 21 km mais sans sac. J’étais stressée d’arriver à Santiago parce que j’aime le Chemin. Beaucoup d’émotions aujourd’hui 🙂, mais trop contente d’arriver
Chrystelle : Nous décidons de démarrer séparément et de nous rejoindre à mi-chemin pour terminer ensemble. Nous avons fait porter nos sacs toutes les deux pour cette dernière étape. Une première pour moi avec une liberté de mouvements totale. La forêt d’eucalyptus est magnifique. J’aperçois M plus tôt que prévu. Elle a retrouvé un couple de français connu. Nous petit-déjeunons et cheminons avec eux un long moment. M passe du rire aux larmes avec l’envie d'arriver mais de pouvoir rester sur le Chemin. Nous pénétrons dans Santiago. La cathédrale joue à cache-cache dans le dédale des rues. Finalement, nous y parvenons. A ce moment précis, peu d’émotions. Heureusement, nous retrouvons des australiens connus avec lesquels partager un peu ce moment. Séance photos devant la cathédrale. Nous allons ensuite chercher la Compostella, le diplôme qui atteste de notre marche. Tout est OK pour M. Malheureusement pour moi, j’ai oublié l’une de mes deux crédenciales dans le sac à dos transporté. J'y retourne l’après-midi. J’en profite pour aller chercher l’attestation du franciscain, un peu moins connue.
Nous avons du mal à réaliser que nous sommes allées au bout. J’ai envoyé une photo aux personnes dont nous avions le contact.
Un énorme merci à chacune et chacun pour votre présence bienveillante, sur le chemin ou en dehors.
Lundi 8 juin : Saint Jacques
M : n’a pas écrit
Chrystelle : Journée de pause à Saint Jacques. J’assiste à la messe des pèlerins et j’ai la chance de voir (de loin) le lancer de l’encensoir de 25 kg par les prêtres, dans les travées de l’église.
Pendant ce temps, M s’active auprès de l’équipe du gîte et participe au ménage. Ceci nous vaut de partager la paella à midi. Merci M.
J’ai déjà dit que je la verrais bien travailler dans un gîte. A part les langues étrangères, elle sait déjà tout faire et ce serait pour elle une manière de rester sur ce chemin qu’elle a tant de mal à quitter.
Sur mon lit, je trouve un petit mot de remerciements pour l’avoir accompagnée pendant ce projet. Cela me fait plaisir.
Nous avons reçu de nombreux messages à la suite de l’envoi de la photo de l’arrivée. Cela nous touche beaucoup.
Ce soir, nous avons mangé avec Marie et Thomas, deux pèlerins que nous avons rencontrés à des moments différents. C’est formidable de voir l’évolution de chacun et de constater à quel point nous pouvons échanger facilement avec eux nos expériences.
Mardi 9 juin :
M : n’a pas écrit
Chrystelle : Retour de Fisterra jusqu’à Santiago en trois heures de bus. Le paysage est magnifique. Nous revenons dans la sympathique auberge, proche de la gare. Après le repas, nous retournons vers la cathédrale.
M a reçu plusieurs missions au cours du chemin : envoyer des cartes postales et allumer des bougies.
Pour ma part, je me photographie en plein soleil avec le poncho de pluie qu’une pèlerine m’avait donné. C’est un peu risible, mais il m’a rendu un grand service, alors que le mien devenait parfaitement perméable.
Nous retrouvons ensuite notre ami Yves, quel plaisir d’avoir une longue discussion !
Je laisse le téléphone à M pour qu’elle puisse appeler sa tata, puis s'oriente pour me rejoindre.
Nous allons au restaurant avec de sympathiques Alsaciens rencontrés un peu plus tôt dans la marche. La commande de M est l’occasion de découvrir que « bravas », dans ce “patatas bravas » veut dire qu’il faut être assez brave pour supporter la sauce piquante ! Fou rire. M finit les frites du pèlerin.
En consultant le téléphone destiné uniquement à appeler la tata et à se localiser en fin d’après-midi. Je constate que M a rentré le numéro d’un employé de l’auberge. Je rappelle les règles que j'ai posées, je bloque le numéro. Nous abrégeons la soirée.
Mercredi 10 juin
M : n’a pas écrit
Chrystelle : Ce matin, je parle à M seulement pour le nécessaire. Nous montons ensuite dans le bus pour Porto, comme d’habitude, dans des rangées différentes pour que M aie de l’espace.
Elle m’interroge quand même pour savoir où descendre.
Arrivée à Porto, elle s’excuse pour l’incident de la veille et me dit qu’elle a compris. Je la félicite car je sais qu’il est difficile pour elle de s’excuser et j’apprécie qu’elle ait compris.
Cela me rassure, car ces derniers jours, j’avais l’impression d’un gros retour en arrière.
Il y a quelques jours, notre hébergement de Porto avait été annulé. Après de longues démarches, j’en avais obtenu un autre avec un gros surclassement. Nous voici donc installées dans un magnifique appartement.
Cet après-midi, direction la belle plage de sable blanc de Porto. 30°C, mais la mer est froide. Tant pis, je me baigne longuement. M y reste peu, mais va s’installer sur le sable à l’écart.
Après la séance shopping de ce matin, c’est bien agréable d’être au bord de l’eau.
Jeudi 11 juin
M : n’a pas écrit
Chrystelle : M fait la marmotte et dort jusqu’à 10h. Comme elle n’a pas envie de marcher, je pars seule me promener. Elle fait de même quand je reviens et trouve que Porto est une belle ville.
Elle appelle sa famille d'accueil. Nous serons toutes les deux heureuses de retrouver les nôtres.
Ce soir, je vais repérer le trajet pour aller à l'aéroport. Nous vérifions le bagage cabine de M qui range son arsenal de beauté dans son gros sac à dos.
Demain sera une nouvelle première pour elle : prendre l’avion.
J’explique en détail la manière dont cela va se dérouler pour limiter son angoisse.
Ce soir, un pot rapide pour dire au revoir à la japonaise, Hiromi et au lit.
Lundi 15 juin : dernier jour du projet
M : n’a pas écrit
Chrystelle : Ces derniers jours sans marche ont été très bénéfiques. M est paisible, détendue. La fête à Paris a été l’heureuse occasion de revoir des pélerines que nous avions appréciées. Cet après-midi, nous recommencerons avec une belge et un suédois venant spécialement pour l’occasion.
La présence régulière de Célestin est appréciable.
Cet apaisement est l’occasion de constater des progrès majeurs dans la réflexion de M. Elle a renoncé à demander à sa tata d’apporter son énorme mallette de maquillage pour la fête et se dit que peut-être, comme nous le lui avons tous conseillé, il serait bon pour elle de s'intéresser à des garçons de son âge.
Sur la page de l’album photos de la marche, après réflexion, M a choisi une photo de nous deux au lever du soleil, prise par Yves en Galice. Cela me touche.
Je tiens à remercier du fond du cœur toutes personnes grâce auxquelles cette marche a abouti : Seuil de m’avoir choisie, Célestin pour avoir été présent dans les crises, les pèlerins pour M et moi, nos familles et amis. Un merci spécial à Monique qui a transcrit nos blogs.
Il me reste à souhaiter que M aie une belle vie.
Quoi qu’il en soit, cette aventure nous aura fait grandir toutes les deux.
L'Etat finance cette marche à hauteur de 80 %
Le reste est financé par vos dons
(Ces dons ne constituent pas de l'argent de poche supplémentaire pour le binôme mais nous permettent de financer leur marche)
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« Pour des raisons de confidentialité, les commentaires mentionnant des informations personnelles concernant les jeunes (prénom, photos, etc…) seront supprimés. Merci d’anonymiser vos commentaires ! »


Plaisant à lire. Il n'est que dommage qu'il n'y ait de version a posteriori, plus complète et en ayant les reels ressentis des moments plutôt qu'une version édulcorée.
En tout cas, merci d'avoir partagé ça avec nous. Puisse tout ceci vous profiter longtemps, tant à l'une qu'à l'autre.
Bisous Chrys
M et C.
FÉLICITATION pour votre pèlerinage.
J'ai été ravi de vous rencontrer le 5 mai. On aurait pu se revoir à Porto car je n'y trouvais en même temps que vous.
J'espère que votre retour à la normalité ou peut être à l'anormalité n'a pas été trop difficile.
M, je te souhaite de réaliser tes rêves.
C, merci pour ce que tu fais pour ces jeunes.
Quelle belle et inspirante expérience ! Je suis heureuse de vous avoir rencontrées et de nos échanges. Je vous souhaite un bon retour dans ce monde et de trouver ton chemin M. Et comme me l'avait joliment écrit une pèlerine: le chemin est partout finalement, en ville, au travail, en famille... car il est à jamais dans nos ❤️ Marie-Paule
Bravo à vous deux ! On souhaite maintenant à M qu’elle trouve son chemin de vie !
Sandrine (du groupe des 6 amis rencontrés vers Miramont-Sensacq)
Quel bonheur de pouvoir suivre la poursuite de ton parcours M. Nous avions passé une agréable soirée en ta compagnie au gîte de Pierre. Te voir t'accrocher pour cette marche malgré les difficultés donne une vraie leçon de courage pour tout le monde. Continue de nous faire rêver à travers ton récit.
Anne et Laurent