Marche de Ethxxx
- 12 févr.
- 45 min de lecture
Dernière mise à jour : 30 mars
Marche de Ethxxx accompagné par Elouan
Mardi 10 février : stage de préparation
E : jour n°1 : Je suis fier de moi de participer à cette rando
jour n°2 : Je m’entends très bien avec Elouan, ça sera une belle personne pour cette randonnée
Elouan : Deux jours de stage de marche avec E, et déjà une belle énergie.
Il est volontaire, enthousiaste, toujours partant. Il s’implique, pose des questions, observe, essaie. On voit déjà des petits signes d’autonomie sur certaines tâches, et ça fait plaisir. Il est curieux, simple dans la relation, agréable à côtoyer au quotidien. Franchement, c’est un bon début.
Si on garde cette dynamique, les trois mois à venir peuvent vraiment bien se passer.
De mon côté, je découvre le métier d’accompagnant et j’ai hâte de poursuivre l’aventure avec lui sur les chemins de Compostelle.
Jeudi 12 février
E : J’adore prendre le train (TGV) et le premier gîte de la marche est sympa.
J’ai hâte d’être à demain pour la marche
Elouan : E se réveille tôt. Ill a hâte de prendre le train, première fois en TGV, je suis moins enchanté, je trouve fatigants les longs trajets à correspondances, mais tout se déroule pour le mieux jusqu’au Puy en Velay où nous avons pu rencontrer un autre binôme qui nous talonnera d’un jour.
Nous découvrons notre premier gîte sur le chemin, où nous fûmes accueillis comme des rois étant les seuls pèlerins à séjourner pour la nuit, le repas fut agréable quoique disproportionné, un régiment n’en serait pas venu à bout. Il est temps maintenant de passer notre première nuit sur le chemin.
Vendredi 13 février
E : J’ai passé une belle journée à la rando ; un caillou noir, je déteste les pentes et le blanc c’est positif. On a parlé. Elouan m’a appris la chanson du pèlerin.
Elouan : Réveil tôt au Puy en Velay pour la messe, malheureusement en basse saison ils n’ouvrent pas la grille ce qui n’enlève rien à la magie du départ, après quelques courses c’est parti pour la première montée, moment décisif qui fut passé haut la main, arrivé en haut E me fait part d’un mal d’épaule dû à sa sacoche, après quelques modifications nous voilà repartis. Nous rencontrons Alain avec qui nous marchâmes quelques kilomètres, il nous raconta ses histoires avant de nous quitter. Nous fûmes tellement rapides qu’une halte s’imposa pour arriver à l’heure à notre hébergement. Sur ce dernier tronçon de la journée la neige commença à tomber dans ces magnifiques paysages et nous pûmes en profiter. La marche s’annonce de bonne augure et E commence à apprendre le chant des pèlerins, dans quelques jours il le connaîtra.
Samedi 14 février
E : Bonne journée. J’ai l’impression que je marche très vite. J’ai bien rigolé avec les blagues de Elouan
Elouan : Il fut dur de quitter les draps chauds de ce matin, mais à l’ouverture des volets, surprise, le paysage avait revêtu son long manteau blanc. On mange en vitesse, on enfile nos affaires chaudes et après une mise en commun de nos cartes de la région avec le propriétaire du gîte, nous voilà partis dans la neige, on évite Montbonnet, on évite le goudron, pire ennemi des pèlerins et de leurs genoux. Nous voilà à monter dans cette fine neige, quoique assez épaisse pour se lancer quelques projectiles.
Nous quittâmes ce magnifique paysage figé de blanc pour descendre dans la vallée, la neige se transforma en pluie, légère mais qui suffit à nous mouiller un peu. E malgré le temps ne voulant pas faire de pause, même celle du repas fut express avant de repartir de plus belle, pour quelle raison ? Le feu de bois d’André, notre hébergeur, et la douche chaude qu’il propose doivent rentrer dans l’équation, pour ma part je vous laisse, j’y vais.
Dimanche 15 février
E : Je suis fier de moi parce que la marche de ce jour, c’était dur mais j’y suis arrivé avec la pente de 3,5 km. Ça veut dire qu’aujourd’hui, j’ai dépassé mes limites parce que mon corps a lâché mais mon mental a insisté pour que je continue. J’ai réussi à faire un objectif, c’était boire du café, c’était le dernier objectif que j’ai programmé avant le Seuil. On était très vite à Saugues (9 à 10h) même si la pente était très dure (difficile) avec le courage d’Elouan. Enfin maintenant je connais la chanson du pèlerin, ça m’a pris 4 jours à la connaître, Merci à Elouan
Elouan : Petit déjeuner chez DD la Bolo, encore une fois on est gâtés. On récupère nos affaires chauffées par le feu de bois et c’est parti pour la montée de Monistrol, le froid est présent mais après quelques mètres, nos corps en plein effort ne le sentent plus. E doit avoir du sang de bouquetin dans les veines, il monte vite et bien, même si la fin paraît plus fatigante. Une fois la côte finie, nous voilà partis sur un long chemin verglacé, les fesses de E embrassent le sol quelques fois et les miennes l’ont également tenté à quelques reprises mais aucun bobo. Les paysages sous cette neige nous plongent dans un autre univers, un temps parfait pour que E apprenne le dernier couplet du chant des pèlerins, et le voilà maintenant qui le connaît par cœur.
E doit également avoir du sang de guépard, à midi nous voilà déjà à bon port, après notre casse-croûte le froid commence à nous tenailler, direction le bar (par chance ouvert un dimanche) pour nous réchauffer, le budget est parti dans de nombreux chocolats chauds mais ça en valait le coup.
Pour attendre l’ouverture du gîte je propose à E d’aller faire le tour du lac, et la surprise dans la forêt juste à côté, un parcours d’accrobranches, nous passâmes bien 1H à nous amuser sur la structure avant de remonter.
L’accueil est encore une fois royal, une bonne douche plus tard, c’est parti pour une machine, on faisait fuir les putois c’est dire.
Fin d’après-midi, on sonne à la porte, un pèlerin, le premier que nous croisons sur le chemin, premier pèlerin rencontré pour E, il est vraiment content.
Demain une grosse journée nous attend, E va battre son record de kilomètres et ce n’est pas fini.
Lundi 16 février
E : Pour la première fois, j’ai fait 20 km. C’était très dur (difficile) mais on est arrivés (enfin) mais c’était dur !!
Elouan : Réveil tard, nous nous offrons une petite grasse matinée après la côte d’hier. On fait notre sac et c’est parti pour faire les courses, on va traverser Le Sauvage et comme son nom l’indique, c’est sauvage, aucun autre commerce ne pourra nous ravitailler. Après nos sacs bien alourdis, direction la boulangerie pour le repas du midi, E qui n’aime pas le fromage prend quand même une quiche au bleu, malgré mon avertissement et celui de la vendeuse.
Nous voilà repartis sur le chemin pour 20 kilomètres, notre première grosse journée, E gambade moins, avoir fait le bouquetin hier dans la montée a des répercussions aujourd’hui. On traîne plus des pieds que nos derniers jours, mais en haut d’une côte, un miracle du chemin, un stand en donativo de coquilles Saint-Jacques, notre dernier accessoire de vrais pèlerins. Après cette pause, E est plus remotivé, mais cela s’estompe vite à la pause après la première bouchée de sa quiche, et oui il n’aime pas, heureusement nous avons des fruits dans le sac.
La marche est longue et difficile, le temps ne nous facilite pas la tâche avec une alternance de neige, de grêle et de pluie verglacée, tout ce qui pouvait être encore sec sur nous ne le restera pas longtemps. Mais au détour d’une montée, une bâtisse apparaît, le gîte, E met toute son énergie dans ce dernier kilomètre et nous voilà au chaud juste avant une grosse averse de neige. Ouf, une douche chaude sera bien méritée, et ce soir au lit tôt, aucune grosse journée nous attend demain, mais mieux vaut être en forme.
Mardi 17 février : Saint Alban sur Limagnole
F : Aujourd’hui, une nouvelle journée de neige. Je marche dans la douleur, ça a été dur (difficile) mais on est arrivés à l’hôtel avec le soutien de Elouan
Elouan : Nuit sèche, le sommeil a été dur à trouver, et le réveil fut tout autant désagréable.
Mais regain d’énergie en regardant dehors, encore une fois la nature s'était habillée en mariée, elle ne demandait qu'à être accompagnée à l’hôtel. Et ça tombe bien, notre destination est l’hôtel du centre de Saint Alban sur Limagnole. C’est parti dans la neige et le froid. Le début de marche se passe bien, mais après quelques kilomètres E fatigue un peu plus, heureusement c’est une petite étape.
Midi sonne que nous voilà déjà à destination, le soleil vient nous passer le bonjour pendant notre repas, quel moment hors du temps, et du temps on en aura, une après-midi entière, il fait trop froid pour sortir et sortir pour faire quoi ? En 2 h nous avions déjà tout visité, alors un peu de dessin, des jeux cartes et de la discussion occupèrent notre temps libre, un peu de repos pour moi. Les pâtes d’hier n’ont pas été appréciées par mon intestin, j’espère que le bourguignon au sanglier de ce soir rattrapera tout ça, d’ailleurs il est l’heure de passer à table.
Mercredi 18 février : Nasbinals
E : J’ai mangé un petit déjeuner de roi pour me booster pour la marche. Grâce au déjeuner. On est arrivés plus tôt au gîte. “C’était rapide” !!! Maintenant, je suis une fusée !!!
Elouan : Il est 7h et les cloches de l’église sonnent le départ. La nuit est froide, difficile de chauffer 4 étages en plein hiver. Nous descendîmes prendre le petit déjeuner, et quel petit déjeuner, de quoi avoir des réserves jusqu'à Conques.
Après quelques courses de ravitaillement, nous partons sur les coups de 9h30, E marche bien, il commence à trouver un rythme qui est lui est propre et économise son énergie.
Nul besoin de vous dire que le paysage nous coupe toujours autant le souffle que les montées qui le parsèment, moins de neige, mais toujours une nature à perte de vue. Comment ne pas être sublimé !
Toute cette nature sauvage peut donner raison au naturaliste John Muir. Si dieu existe, la nature est sa cathédrale où les pâturages à perte de vue seraient la nef, le ciel immense serait la voûte, la neige et la bruine en seraient les vitraux, les grands pins tordus seraient les arches et les chaos de basalte en seraient les fondations.
Qui resterait muet de fascination face à cette immensité !
Après cette marche ressemblant plus à une poésie qu'à une randonnée, l’heure du repas arrive en même temps que nous à destination.
Encore une fois E me surprend. Il a l’allure d’un marcheur aguerri.
Mais comme toute arrivée tôt, c’est trop, trop tôt, l’après-midi est longue, le froid, notre puanteur et l’attente pourraient nous faire croire que nous sommes des poilus, attendant l’assaut qui ne vient pas, mais que nous redoutons. Notre assaut ? les 27 kilomètres de demain, la première fois pour E, mais la magnifique ville qu’est Nasbinals nous attend, et je n’ai aucun doute sur notre capacité et notre courage quand sonnera le coup de sifflet.
Jeudi 19 février
E : journée dure, impossible. On est arrivés frigorifiés, trempés de haut en bas. On dirait qu’on a nagé dans la mer la plus froide, glacée. Enfin un gîte pour nous réchauffer. Ah non c’est fermé ! on a appelé tout le monde mais personne, si la police. J’étais en stress parce que vu toutes les fugues que j’avais faites. Ouf ! Pas de garde à vue, aujourd’hui, j’ai de la chance. C’est à cause de la tempête que la police nous a déposés dans un gîte ouvert.
Elouan : Nuit extrêmement bonne dans de vieux lits de grand-mère, préparation des sacs et passage à la boulangerie pour le repas du midi et c’est parti pour continuer à traverser l’Aubrac.
La neige tombe un peu et le paysage est blanc, c’est magnifique. E bougonne un peu, son pays lui manque et je comprends complètement, le retour à la terre natale attendra encore quelques semaines avant de rentrer narrer notre aventure à qui veut l’entendre. Mais à un moment le vent forci, la neige et la pluie verglacée nous frappent le visage. Là où nous sommes, pas un village, pas un arbre pour nous protéger, après plusieurs heures où la nature nous rappelle chaque minute que nous ne sommes qu’une petite chose fragile dans l’immensité du monde. La neige tombe abondamment, la fatigue nous gagne, le chemin alterne entre rivière en crue et de la neige montant jusqu’au-dessus du genou, la marche est difficile, nos vêtements n’auraient pas été plus mouillés si nous les avions plongés dans un lac, le vent nous bourrine le visage comme un million de petites épines. Au loin, un miracle du chemin, une grande bâtisse en pierre, nous utilisons nos dernières forces pour le rejoindre. Je suis impressionné par la force et le courage de E, nous marchons en condition extrême et il continue malgré la grande difficulté. Arrivés devant la bâtisse une moins bonne nouvelle, c’est un gîte fermé en hiver, nous trouvons refuge sous l’abri à côté et essayons d’appeler un taxi, la marche était devenue impossible, le vent faisait plier les rares arbres, la pluie tombait en horizontal et le froid congelait notre moelle. Aucune réponse, ne pouvant passer la nuit dans notre abri de fortune, nous nous résolvons à appeler les secours. Une demi-heure environ plus tard une patrouille de la gendarmerie de Nasbinals vient nous chercher, nous avions pâle figure, frigorifiés, faibles, ils nous emmènent jusqu’au gîte ou nous nous précipitons vider la réserve de chocolat chaud. E a été extrêmement courageux. Demain sera un jour de pause, le temps n’est pas de notre côté et la neige ne s’arrêtera pas avant samedi, tant pis, nous ne risquerons pas une deuxième fois le diable, nos vêtements ont besoin de sécher et notre corps aussi.
Vendredi 20 février : Nasbinals - jour de repos
E : Le premier jour de repos était bien. On s’est préparés pour le lendemain.;
Demain, on va marcher sur du goudron.
Elouan : Journée de repos. Après les aventures d’hier, nos corps sont secs, mais pas encore notre matériel, malgré la nuit devant le chauffage.
Journée calme à discuter avec les habitants, à faire des jeux de société et à regarder un peu la télé. L’après-midi le soleil est présent, nous sortons faire les courses pour les 3 prochains jours, acheter une carte postale pour le Foyer de E (je finis par m’acheter une reproduction du chapeau mythique des pèlerins… on va se faire remarquer) et on trouve enfin une fourchette cuillère de rando pour E, les repas du midi seront plus faciles.
Fin d’après-midi, nous allons faire tamponner notre credencial et finissons avec un chocolat chaud en regardant les JO.
Ce soir au lit tôt, malgré le soleil, la neige fond lentement. On nous a prévenus « sur le chemin il y a encore 1m de neige » nous prendrons par les routes. On a eu notre lot de sensations fortes pour quelque temps.
Samedi 21 février : Combassat
E : Ce sera la 2ème fois que nous allons faire 20 km. C’était plutôt bien, à part la fin qui était plutôt compliquée, mais nous sommes arrivés plus tôt avec le grand soleil, au gîte. En attendant que le gîte se réchauffe, on a bu un coca-cola et on est prêts pour demain
Elouan : 9h. Départ de Nasbinals, un au revoir à nos colocataires et c’est parti sous le soleil.
Cette boule de feu a des milliers de kilomètres a beau avoir pointé le bout de son nez, la neige est encore présente.
Nous prenons par la route, au programme 20 kilomètres de goudron, je vous déconseille si vous voulez garder une bonne relation avec vos genoux. Les paysages, eux, restent magnifiques, une immensité de blanc, nous cherchons des traces de pingouins, mais trouvons juste celles des renards et des lièvres, ce qui reste cohérent.
On passe le col d’Aubrac et c’est parti pour la descente, la neige disparaît peu à peu, laissant place à de verts pâturages, à des forêts brunies de feuilles mortes et des rivières encore en colère de la pluie des derniers jours.
E marche bien jusqu’à la montée d’après Saint Chély d’Aubrac, là le moral baisse un peu, mais la force mentale prend le relais et on arrive sous les coups de 14h.
On a une maison pour nous tout seuls, on profite de la terrasse pour boire un verre au soleil (si contents de le revoir), puis petit feu dans la cheminée, on n’a rien à envier à un conte de Charles Perrault, c’est idyllique.
Demain la suite de la descente jusqu’à Espalion nous attend mais sur un terrain sec, on ne peut pas rêver mieux en ce moment.
Dimanche 22 février
E : On part de Combassat pour aller à Espalion. C’était dur. A la fin, on a rencontré une dame qui nous a montré les dégâts causés par la tempête. On est arrivés au gîte
Elouan : Départ de la maison, celle-ci me faisait penser aux maisons de pêcheur des Côtes d’Armor, la terre qui m’a vu naître, au revoir souvenir de mon pays, il est temps de laisser derrière nous les hêtres et les sapins et de laisser la place aux chênes, à la vallée et au soleil revenu réchauffer notre marche.
E traîne des pieds, un nouveau coup de mou, sa terre lui manque, pensée normale en voyage, mais il faudra faire avec. Il la reverra bien assez tôt. En l’attendant, je profite des rayons de soleil sur des roches ou allongé sur les troncs d’arbres. L’hiver est derrière nous, la neige fond, nous laissant découvrir les cadavres de l’automne, bogues de châtaignes et feuilles mortes aperçoivent une dernière fois le soleil avant que le printemps ne les ravale. Nous continuons notre longue descente jusqu’à Saint-Côme-d’Olt et apercevons les ravages de la tempête, la crue n’a pas été tendre avec le paysage, comme une enfant colérique, la rivière a tout brisé sur son passage, des arbres arrachés au milieu des champs, l’asphalte ou ce qui en reste est en piteux état et par endroits inexistante. Nous rencontrons Isabelle, une habitante d’Espalion qui finit la marche avec nous. Elle nous montre les dégâts, rien n’a été épargné, le Lot est encore furieux et déborde par endroits, le camping est ravagé, le chemin ? disparu, il ne reste que d’immenses trous que nous évitons. Cela semble dur à croire sous ce soleil et ce ciel bleu qu’il y a encore quelques jours ce lieu était en proie à d’événements aussi destructeurs. Nous laissons Isabelle devant le gîte, une vieille bâtisse charmante, on se croirait au moyen âge, mais avec le confort d’aujourd’hui, un repos bien mérité.
Lundi 23 février
E : Mes premiers 25 km, enfin un nouveau record à battre. Célestin, mon responsable de marche) m’a posé une question : “c’est quoi un vrai homme ? Pour moi, un vrai homme c’est être honnête envers les autres, être courageux. Ex : monter Santiago - Saint Jacques de Compostelle), puis être gentil envers soi et les autres. J’attends d’autres questions.
Elouan : Départ d’Espalion, une nuit de conte de fée dans cette vieille bâtisse, tels deux pèlerins de l’époque moyenâgeuse. Nous enchaînons les boutiques pour remplir nos réserves, il n’y aura plus de ravitaillement avant quelques jours.
C’est bon, nous partons pour une marche d’une vingtaine de kilomètres sous le soleil. E est dans le même état qu’hier, la route est plate, longue, sur du bitume, rien d’excitant. Mais dans un détour c’est parti pour la montée, et quelle montée, avec le soleil nous tapant le dos, nous sommes en sueur, étonnamment cela donne de l’énergie à E qui me montre encore une fois qu’il est bien capable.
Nous continuons cette route de pâturages verts où les bêtes sont de sortie, vaches et moutons regardent notre passage (un peu de distraction sans doute pour eux qui ne voient aucun train passer dans cette région).
Nous flânons sur les chemins, mère nature re-décore le paysage. Elle est en plein travaux, les arbres n’ont pas encore retrouvé leurs feuilles, mais l’herbe est grasse et verte, les oiseaux chantent, rien d’étonnant, il faut fêter le retour du beau temps.
Sur le chemin, nous croisons une balance à disposition et en profitons pour peser notre paquetage, 14,5 kilos pour moi et 10,5kg pour E. Nous avons 4 repas chacun dans le sac, mais c’est surtout toutes nos affaires d’hiver qui se sont ajoutées avec le retour du beau temps. Si ça continue sur cette belle lancée, nous enverrons sûrement un joli colis pour nous alléger.
La marche continue et l’eau de nos gourdes n’est qu’un lointain souvenir ; aucun robinet sur le chemin, en période de gel tout est arrêté, il faudra attendre encore un peu avant la remise en route de tout le système et que ce chemin soit parsemé d’hommes et femmes aux bâtons de marche de plus en plus nombreux ; en attendant, personne, de grandes routes vides, nous laissant le temps de discuter, de penser et de chanter (à croire que la pluie nous manque).
Arrivés au gîte en fin d’après-midi, l'accueil, comme toujours, est charmant. Encore une fois, une maison rien que pour nous, mais la propriétaire nous offre une lueur d’espoir : les premiers pèlerins sont à nouveau sur les routes ; le plus proche est deux jours devant nous, il est parti d’Espalion, plus nous avançons, plus nous allons croiser le troupeau. Comme tout animal sociable, nous avons un peu hâte.
PS: E dit souvent qu’il veut devenir un vrai homme sur le chemin, aujourd’hui notre coordinateur nous a donc demandé de réfléchir et d’écrire sur, « Qu’est-ce qu’être un vrai homme ? » :
Scientifiquement avoir les chromosomes X et Y ou s’identifier juste à l’appartenance masculine serait une bonne réponse, mais pas celle attendue.
N’aimant pas trop le fait de marquer une différence entre les sexes, surtout pour ce qui va suivre, parce que qu’importe son sexe, être un vrai homme ou une vraie femme, pour moi, c’est avant tout être une bonne personne.
Il faut faire de son mieux, être à l'écoute des autres, mais aussi et surtout à son écoute, réagir avec maturité, ne pas être impulsif. Avoir de la réflexion, penser, à ses actes, à ses mots, leur donner du sens, respecter la parole des autres, les pensées différentes tout en étant capable de défendre les nôtres.
Être gentil est souvent considéré comme une faiblesse, mais parce qu’on ne comprend pas son sens ; être gentil, c’est vouloir faire le bien, on revient à faire de son mieux mais on rajoute aussi à être le plus juste possible dans ses valeurs en respectant celles des autres. La tolérance, la bienveillance et le respect de soi et des autres, je pense, sont les principes clés pour être un(e) vrai(e) homme/femme.
Mardi 24 février : Conques
E : On est arrivés à Conques et là on voit des pèlerins. Comme par hasard, ils sont au gîte avec nous. Demain, on prend la route vers Livinhac le Haut
Elouan : Se lever n’a pas été facile, les lits étaient tellement confortables, une maison chaude et accueillante, mais Conques nous appelle, petit déjeuner et on enfile les sacs. Daniel, un autre locataire, est en bas avec son vélo. Il nous accompagne sur une portion de route. Le soleil est présent, difficile d’imaginer qu’il y a cinq jours nous étions sous 1m de neige avec des températures négatives. La marche est tranquille et E marche vraiment bien, c’est lui qui ouvre la marche sur une bonne partie du trajet. On voit bien qui de nous deux est fumeur, je traîne derrière…
Les premiers signes du printemps sont là, le bord de route est parsemé de jonquilles, direction plus au sud, vers le soleil et notre destination.
Après la longue et périlleuse descente de Conques, nous y voilà. On se croirait à l’époque médiévale. Que j’adore cette architecture, ces maisons à colombages entremêlés, ces tours qui en sortent, ces vieilles portes en bois et ces toits d’ardoise.
Nous arrivons devant le café de la ville et là, des pèlerins, plus précisément trois pèlerines, les premiers du voyage. Elles s’arrêtent à Figeac, mais c’est le début du troupeau, on devrait en voir de plus en plus.
La moins bonne nouvelle c’est qu’on ne peut pas se fier au portable, la boulangerie n’ouvrira qu’au début de la saison… avec E nous décidons que nous nous lèverons tôt demain pour manger sur la route à Decazeville, une matinée à 17 km, mais il en est capable. La nourriture sera notre moteur, en attendant repos et visite de la ville.
Mercredi 25 février : Decazeville
E : Un petit déjeuner de rois. Nous prenons la route tôt pour manger à Decazeville à midi. Après on va au gîte de Livinhac le Haut (même si c’est pas haut).
C’est quoi être Courageux (avec un grand C) ? :
* Faire quelque chose de dur que les autres ne peuvent pas faire. Moi, je suis courageux.
* Au début de ma marche, j’ai lâché mais j’ai continué, c’était dur mais voilà je suis à Livinhac : 15 jours de marche
* je commence à avoir moins mal et je m’habitue à la marche
-
Elouan : Départ de l'abbaye de Conques. Un départ tôt, notre repas du midi est à 18 km.
Les routes sont toujours aussi jolies. Quel bonheur de marcher dans les bois et les champs, on entend les oiseaux qui chantent.
Un dernier regard en arrière et nous apercevons les montagnes encore enneigées ; les prochaines que nous verrons seront les Pyrénées.
Petit à petit, les toits d’ardoises sont remplacés par ceux de tuiles, le sud, nous y rentrons, dans quelques mois, les cigales chanteront. En attendant, un silence agréable rythme nos pas.
Nous arrivons à midi à Decazeville. Si des architectes sans talent cherchent à faire fortune, c'est une bonne adresse. Première zone industrielle que nous traversons, cela dénote de notre pèlerinage, et la ville ? Je ne m’éterniserai pas, tapez simplement synonyme de « laideur » sur un moteur de recherches pour vous donner une idée.
Nous prenons à manger et nous déguerpissons le plus vite possible de cet endroit. Juste avant de quitter le mauvais goût, passage à la pharmacie.
E vient du Nord et moi de Bretagne, nous aimons le soleil mais sans réciprocité, notre peau commence déjà à tourner au homard qui sort de la marmite. Avant plus de dégât, un peu de crème solaire et c’est reparti.
On arrive à destination, et encore une fois mon portable n’est pas fiable, l’épicerie est en congé … Heureusement j’ai toujours de la semoule et des sardines au fond du sac.
Demain rebelote, on se lèvera plus tôt pour manger dans la prochaine ville.
En attendant, je dévore mon livre avant de le renvoyer avec le reste des affaires d’hiver demain ; nos sacs sont devenus très lourds maintenant que nous marchons en short-t-shirt. La pluie reviendra, oui, mais le froid, lui, je crois que c’est terminé.
Jeudi 26 février : Figeac
E : On est partis de Livinhac-le-Haut pour aller à Figeac. Je traîne les pieds, mais à la fin j’avance. En arrivant à Figeac on boit un verre. On a été à la poste pour déposer nos affaires d’hiver, puis on est allés à l’hôtel.
Demain, on va voir des chevaux, après-demain on va visiter la grotte du Pech Merle, après on fera de grandes économies d’argent
Elouan : Départ du gîte un peu plus tard que prévu, le réveil fut dur pour tous les deux. E a bien traîné des pieds ce matin, j’ai fini par partir devant, faire du 1km/h quand on a 25km à faire, c’est long. Je marche au soleil profitant des paysages et des bovins qui paissent dans les champs.
En début d’après-midi un appel, E avait perdu le chemin et avait trouvé refuge chez une dame. Rien de grave, en regardant la localisation, il était même encore sur le chemin et miracle ! 2,3 km derrière moi. La dame, très agréable, me l’a re-déposé et on a fini les 5km ensemble, une bonne leçon pour lui
Aujourd'hui, arrivée à Figeac, direction la poste pour envoyer nos affaires d’hiver, 6.7 kg au total pour nous deux, on est bien plus légers.
Ensuite, direction l’hôtel où nous dormirons. On mange dehors ce soir, deux jours de pause et d’activités nous attendent. Vous en saurez plus dans les prochains blogs ;). En attendant, on profite du soleil en terrasse, on fera des économies la semaine prochaine, profitons de la chaleur et de ce magnifique endroit
Vendredi 27 février : Figeac
E : On part de l’hôtel de Figeac pour visiter l’endroit et attendons la séance de cheval, puis on part chez Fredo pour dormir.
Elouan : Réveil assez tôt de l’hôtel, E n’ayant pas désactivé son réveil, on sursaute à 6h30, drôle de jour de repos. ha ha ! Mais bon, ça nous donnera du temps pour profiter de Figeac. On passe à la boulangerie chercher le repas du midi et une petite visite dans la matinée de cette magnifique ville. Nous finissons sur un banc à croiser toute la population et à discuter avec elle. D’ailleurs, une pensée à toi Philippe, tes histoires de vie nous ont bien émerveillées, vieux baroudeur. L’heure de l’activité “cheval” approchant. On décide de lentement se mettre en route vers la ferme. Arrivés sur place, on nous informe qu’ils se sont trompés d’heure et qu’il faudra attendre encore un peu. On en profite pour visiter un peu les infrastructures et c’est parti. On nous présente nos chevaux, la mienne s’appelle Appy, une jolie jument marron avec un petit caractère, mais a l’habitude de croiser des gens in-expérimentés comme moi. Après la préparation, en selle, 1h de balade nous attend. Le soleil nous réchauffe, le chemin est agréable et la vue digne d’une cambrousse du far-west, entre plaines d’herbe, forêts et bosquets grillés par le soleil. Appy trotte bien, mais n’a pas conscience d’avoir un cavalier, ou en a très bien conscience et veut me faire rencontrer tous les arbres et bosquets piquants du pays. La balade se termine, il va vraiment falloir que je me mette à l’équitation, qu’est-ce que j’aime ça. On nettoie les chevaux et Camille, notre monitrice, nous propose de nous descendre au bus, ce que nous acceptons. Direction Bouziès où nous allons être récupérés par un bon ami pèlerin, devenu hospitalier sur la voie du Scellé. A notre arrivée, on apprend que le jacuzzi ne sera pas fonctionnel, tant pis le gîte reste très agréable et la nourriture excellente, merci Fredo ;).
Samedi 28 février : Figeac
E : Fredo et nous les pèlerins, on part pour attendre la séance de la grotte Pech-Merle. (préhistorique)
Elouan : Aucun réveil ce matin, levés à 10h. On prend le petit déjeuner et allons manger à la super bonne boulangerie de Cabreret. On en profite pour visiter la ville, elle est au bord de deux rivières et au pied d’immenses falaises de calcaire. On pourrait croire que la terre s’est écartée pour laisser pousser la ville comme le béton craquelle laissant apparaître une fleur. Nous finissons par monter à la grotte du Pech Merle, visite du musée et petit film avant de descendre voir les magnifiques peintures rupestres dans les entrailles de la terre que nos ancêtres ont foulées bien longtemps avant nous. Cela reste toujours impressionnant, la taille de la grotte, le style des artistes préhistoriques, pourquoi ces peintures ? Quel but ? Une histoire ? Une légende ? Une comptabilité ? Non, la dernière, je rigole. C’est la première fois que E visite une grotte, et pas n’importe laquelle, une reconnue mondialement et une des dernières originales encore ouvertes. Il est impressionné et très content de sa sortie. A la fin de la visite, on décide de se retrouver avec l’hospitalier à un endroit qu’on connaît bien, un abri sous roche entre Cabreret et le gîte. Nous marchons avec E dans les magnifiques paysages du Quercy, végétation basse et mousseuse, murets de pierre sèche et à un moment sur la droite, la « grotte » bien moins impressionnante que celle d’avant mais quand même, celle-ci on peut y toucher les murs. Les inscriptions sont plus récentes, je retrouve celles que j’avais faites il y a un an. A l’image du Pech Merle, une personne s'est servie du relief de la roche pour dessiner un immense mammouth, c’est magnifique. On finit par rentrer sous un magnifique coucher de soleil. Le repas est riche en discussions. Je finis par aller me coucher et les deux en bas chantent en jouant de la musique, le soleil ne sera peut-être donc pas de la partie dimanche. E finit par monter, demain on reprend la marche, tranquillement, mais il faut retrouver un rythme.
Dimanche 1er mars : Cahors
E . On a fait une balade avec Fredo, très sympathique. Il est cool. Il m’a appris à faire de la musique. On a partagé des bons moments avec Frédo, ancien pèlerin. Merci à lui. A plus aux prochains jours qui suivent.
Elouan : Fin du repos. On mange le petit déjeuner avec Fred, l’hospitalier. Ensuite direction le chemin de halage, marcher au bord du Lot en longeant la paroi sur le chemin creusé est vraiment époustouflant. On arrive au village de Saint-Cirq-Lapopie, magnifique petit hameau à flanc de falaise. Le soleil fait son apparition. On reste là deux heures en haut de tout à profiter de ces magnifiques paysages. Puis l’heure de redescendre arrive, je commence à ne pas me sentir très bien, un mal de ventre me prend, peut-être quelque chose qui est mal passé au repas ? Fred nous propose de nous avancer un peu et nous finissons la route jusqu’à Cahors. Cahors, magnifique ville entourée d’eau, ses vieilles maisons, sa cathédrale et ses ponts centenaires. Nous sommes accueillis par Jacquie, une femme d’une douceur incroyable. Elle nous parle de son gîte, une maison vieille de 900 ans qui a vraiment du charme avec ses poutres apparentes, son vieil escalier en bois et ses étages à n’en plus finir. Nous profitons ensuite d’être arrivés tôt pour visiter. On est dimanche et tout est fermé, mais nous passons quand même dans une jolie librairie alternative, proposant des livres politiques, poésies, philosophiques et tant d'autres choses. Je finis par craquer sur le livre en petit format de Jack London « Révolution ». J’espère qu’il est bien, avoir des livres dans le sac commence à rajouter du poids. Retour au gîte. Demain, nous ne savons pas si nous repartons, E attend une lettre qui doit arriver ici, je nous accorde jusqu’à mercredi matin. Passé cette date, lettre ou pas, nous devrons partir et continuer notre route. On aura fait en tout 5 jours de pause. Il faut que ce chemin reste un pèlerinage et je ne connais pas beaucoup de pèlerins qui soient arrivés au bout en restant au même endroit. J’espère que par chance, la lettre arrivera le plus tôt possible, sinon il reste encore de jolis coins de Cahors à visiter.
Lundi 2 mars : Cahors
E : Journée de repos. J’attends la lettre de mon père. D’ici demain je l’aurai. J’ai lu la lettre de Philippe (mon éducateur), ça m’a touché quand il m’a dit ”c’est le mental”
Elouan : Départ de Cahors, on prend nos sacs et direction la poste pour récupérer les lettres de E. Arrivés là-bas, on apprend qu’une lettre n’est pas encore arrivée, tant pis, on a de l’avance sur le programme, alors on restera un jour de plus.
Après être retournés déposer nos affaires au gîte, direction Intersport, mes chaussettes ne finiront pas leur 4ème voyage au long cours.
Une fois sur place, nous en profitons pour nous équiper à dormir à l’extérieur, un nouveau duvet pour E, des matelas de sol et on verra plus tard pour des hamacs. Nous voilà sortis bien équipés.
Sur le chemin du retour, nous croisons une Maison de la Presse, l’occasion de trouver un livre pour E qui veut commencer la lecture. Il commence avec un incontournable, Harry Potter. J’espère qu’il ne le lira pas trop vite, finir le chemin avec les 7 livres dans son sac risque de rendre le voyage moins agréable.
Nous passons notre après-midi à lire à côté d’une fontaine au soleil, que rêver de mieux !
Ce soir, nous sommes allés manger dans un kebab assez réputé avant de rentrer dormir.
On espère que la lettre arrivera demain, sinon on nous propose une soirée jeux de société au gîte, la journée ne sera pas perdue.
Mardi 3 mars : Cahors
E : Encore et encore un jour de repos, mais bon je n’ai pas encore reçu la lettre. Si demain je n’en ai pas, on part à côté de Lascabannes à pied.
Une nouvelle bague en plus de l’autre très stylée.
Elouan : Ce matin, retour à la poste, toujours pas de lettre. J’ai l’impression d’être un marin à qui on dit que le bateau ne peut toujours pas partir, pourtant la mer est juste là, notre chemin nous attend, mais nous, attendons à quai dans l’espoir que demain la lettre arrivera et de pouvoir mettre les voiles.
Pour passer le temps, nous traînons dans les rues, visitons les boutiques, comme des aventuriers dans un autre monde, nous regardons les étoffes et les bijoux, mais ici nous ne sommes pas dans un autre monde comparé à ces magnifiques tissus, bagues et colliers qui viennent du Pérou. Si on peut en croire l’étiquette, nous voyageons sans lever l’ancre, quelle triste fatalité qu'est l'attente du départ de l’aventure.
E me demande s’il peut se promener seul dans ses ruelles et ses places si nombreuses dans la ville de Cahors. J’accepte, et des fois au détour d’une rue nous nous croisâmes.
En tant que binôme de Compostelle, cela n’est en rien un hasard. Le destin sait que nous sommes voués à finir la route ensemble. Je craque sur quelques babioles colorées. Nous profitons de l’après-midi pour également remplir notre sac à provisions, les prochains jours seront en autonomie complète et mieux vaut avoir de quoi se sustenter une fois la journée de marche à son terme.
Ce soir, nous sommes invités à jouer aux jeux de société avec le fils de la propriétaire de notre gîte, un homme, ma foi, très sympathique.
Voilà trois jours que nous sommes ici et nous avons l’impression de faire partie intégrante de la ville… la marche devient un souvenir lointain, j’ai vraiment hâte de remettre mon sac et de partir à nouveau sur les routes, profiter des paysages, de la nature, et toujours chaque jour se rapprocher de notre but, un pèlerin n’est pas fait pour attendre au port.
Nous avons fini cette magnifique soirée jeux avec des personnes extraordinaires, d’une gentillesse et d’une sympathie incroyable. J’espère un jour que ma route recroisera la leur, en attendant, il est l’heure de leur dire au revoir, le chemin reprend.
Mercredi 4 mars
E : Première fois en autonomie. Plutôt bien. Dans la chapelle, Nicolas m’a donné des objets du Vatican. Très chouette
Elouan : Départ du gîte, cette fois-ci pour de bon. La lettre pour E n’est pas arrivée, tant pis, on reprend la route. Cela faisait 5 jours que nous n’avions pas marché, que ça fait du bien de retrouver les chemins de terre.
Aujourd’hui E est en semi autonomie. Il part 1h avant moi et on se retrouve à midi pour le repas. J’avance donc seul cette matinée. Je n’arrive pas à profiter des paysages, ma tête est pleine et je réfléchis beaucoup.
La burle et la neige sont bien moins maintenant. Les chemins sont secs et commencent à craqueler, le vent verglacé est remplacé par un vent sec et poussiéreux qui assèche ma bouche et en cette saison les points d’eau sont rares.
À midi, je retrouve E. Il s’est débrouillé comme un chef.
Après un repos bien mérité, nous voilà repartis sur le chemin. Ma tête reste ailleurs, et mon corps ? Ces 5 jours de pause à fumer des cigarettes ne l'aident pas à reprendre la marche.
E gambade devant moi, en même temps c’est un marcheur né.
Le chemin est parsemé de petits messages de poètes et d’auteurs, qui donnent à cette marche une allure de pièce de théâtre où un souffleur nous aide dans notre jeu qu'est la vie à chaque pas.
Arrivés à Lascabanes où je vide les réserves d’eau de la ville, nous nous arrêtâmes dans l’espoir de trouver un bar ouvert. Il est beau de rêver…
Aujourd’hui, je suis resté plusieurs minutes à regarder une vache paître. Avant je savais que je pourrais tuer l’animal et donc manger sa viande. Aujourd’hui, j’ai senti un changement. En la regardant, j’ai senti que je n’en serais plus capable… le saucisson dans mon sac fera le bonheur de quelqu’un d’autre, la viande ne m’ouvre plus l’appétit…
Je reviendrais de ce voyage végétarien ? Qui sait, ce chemin est plein de surprises.
Arrivé à la chapelle, en rentrant, deux “papiers surprise” sur une table. Je reconnais immédiatement le tampon en bas deux pages, c’est Nicolas. Un espagnol croisé lors de mon premier pèlerinage. Après avoir fait celui de Saint Jacques, il était parti jusqu’au Vatican. Ce papier m’indique qu’il est arrivé à bon port et est sur le chemin du retour.
Je sors de la chapelle et tombe nez à nez avec un homme, que je reconnais, c’était lui, Nicolas. Il m’explique que la Vatican lui a donné comme mission de remettre au goût du jour les chapelles sur le chemin et de les rendre accueillantes pour les pèlerins.
Ce chemin est juste mystique, une magie l’habite et quand nos pieds foulent cette voie, la magie nous accompagne. Je suis encore sous le choc de cette rencontre, le chemin est incroyable.
Ultreia mes amis
Jeudi 5 mars : Lauzerte
E : On part de la Chapelle Saint Jean pour aller à Lauzerte
Elouan : Réveil dans la chapelle, première nuit dehors. J'ai beau avoir l'habitude, ça reste tout de même bien moins confortable qu’un lit. Départ difficile pour E aujourd’hui. Je marche devant lui, je n’ai pas la force de marcher à son rythme, nos sacs avec notre matériel a son poids. Le vent souffle, et celui-ci est particulièrement désagréable. Bizarre pour un breton, me diriez-vous, mais le nôtre est humide et sert à gonfler les voiles de nos bateaux qui partent à l’aventure, celui d’aujourd’hui est sec, transformant ma gorge en un désert aride, ce vent-là n'est bon qu’à faire envoler mon chapeau et me faire voler la poussière dans les yeux, le soleil sitôt apparu s’en est bien vite parti. Heureusement, une lumière reste allumée dans nos âmes.
Les bords du chemin sont parsemés de citations d’auteurs et philosophes connus. Quel bonheur de lier marche et réflexion en même temps, les deux sont un merveilleux couple.
Nous n’irons pas dormir dans une autre chapelle ce soir, celle-ci est encore bien loin et à cette allure inatteignable, nous nous arrêtons donc 1km avant Lauzerte, signe du destin, C’est ici qu’on dormi ceux qui nous précèdent de l’association. Ça nous fera du bien, une bonne douche et un lit confortable.
Demain, nous couperons l’étape en deux, histoire de ne plus se retrouver dans une situation comme aujourd’hui à réserver au dernier moment.
Vendredi 6 mars : Durfort Lacapelette
E : On part de Lauzerte. On a marché 12 km pour ensuite aller à Durfort Lacapelette. Comme par hasard, on a croisé un anglais appelé James qu’on avait vu à Conques.
Demain on part ensemble pour Moissac.
Elouan : Départ de Lauzerte, un dernier au revoir à Mélanie et à ses animaux qui nous ont super bien accueillis. C’était extrêmement agréable comme séjour. Le soleil est déjà reparti, les nuages voilent le ciel et de légères gouttes de pluie nous rafraîchissent le visage, le vent d’hier ne me manque pas du tout.
Aujourd’hui petite journée, 11km en tout avant d’atteindre le gîte du soleil à Durfort Lacapelette, un chemin facile et herbeux, nous traversons les champs de cerisiers en fleur. Étonnamment après toute cette pluie le sol craquelle déjà, la faute au vent sec venu de l’ouest. Je croise un habitant qui me raconte qu’à cause de toute cette eau, les récoltes seront mauvaises, la maladie a déjà envahi leurs vergers.
À midi nous arrivons à destination, une bien courte journée.
Après une pause au café du centre, nous découvrons notre couche pour cette nuit, cocooning sera le terme approprié, tout y est vraiment chaleureux.
L'après-midi se constitue de lecture et de repos. En fin d’après-midi un pèlerin arrive, un visage familier, c’est James, un anglais que nous avions rencontré à Conques ; ce qui explique que nous le retrouvions est le fait qu’il soit parti comme nous sur une autre voie, celle de Rocamadour. Il n’en est pas à son premier pèlerinage et a déjà fait toutes les voies espagnole et portugaise. La soirée s’annonce calme.
Demain, nous reprendrons une journée normale pour rejoindre Moissac. Une ville que je tiens en horreur et qui j’espère me fera changer d’avis sur la deuxième impression, sinon tant pis, les villes d’après n’en seront que plus belles encore.
Samedi 7 mars : Moissac
E : On part assez tôt à 8h20, on va à Moissac. 1h avant midi, on va faire les courses et on se pose, moi je vais chasser les tampons, aller chercher une nouvelle crédencial. On retrouve James et on va au même gîte que lui.
Elouan : Départ de Durfort Lacapelette, nous partons avec James, le pèlerin Anglais d’hier qui marche depuis l’Allemagne avec son sac à dos de 22 kilos. Sa présence fait pousser des ailes à E et nous arrivons à 11h30 dans la zone commerciale de Moissac. Après un gros ravitaillement, nous retrouvons James pour boire un verre dans le centre. Il nous propose d’aller visiter l’abbaye et quel bonheur de marcher dans cet endroit vieux de 800 ans. Une ambiance calme et reposante rythme cette journée où le soleil est venu montrer le bout de son nez pour ajouter de la magie au moment.
Pour ce qui est des paysages que nous traversons, une certaine monotonie s’installe, les vergers s’enchaînent, nous voguons de petite ferme en petite ferme. Tout cela est bien bucolique mais tout à fait agréable, il ne vente plus, mais ni le soleil, ni la pluie ne viennent s’inviter dans notre marche. Nous arrivons à la fin de cette vue et un nouvel univers et de nouveaux panoramas s'ouvriront bientôt à nous. Vient le moment de découvrir notre gîte, une vieille maison aussi charmante que son hôtesse, la maison de mes rêves pour ainsi dire, un grand jardin fleuri et pourvu d’arbres fruitiers, de grandes pièces chaleureuses, un vieil escalier en bois qui nous emmène tout droit vers une immense bibliothèque. Je vous écris d'ailleurs de celle-ci où un fond de Jazz tourne ajoutant un air de romantisme au lieu.
Demain une courte et plate journée nous attend avant de rejoindre ma ville préférée du chemin, Auvillar, déjà hâte d’y être et de retrouver notre cher James là-bas
Dimanche 8 mars : Auvillar
E : Aujourd’hui, c’était une journée tranquille, que du plat comme Dunkerque. Demain, 45 km, nouveau record extrême que je n’ai jamais fait, mais je peux le faire.
Elouan : Départ de Moissac, le ciel alterne entre grand soleil et petite bruine, nous avions le choix entre deux chemins, un en montée et l’autre à suivre le canal tout du long. Ce fut le deuxième choix que nous avons emprunté. Un chemin court mais interminable jusqu’à Auvillar. Je n’avais jamais choisi le long du canal et je comprends pourquoi, que du bitume en ligne droite, passant de platane en platane.
Je ne fus pas mécontent d’arriver dans ce que je considère comme ma ville préférée du chemin, Auvillar. Son architecture, sa population, tout rayonne. Une boutique d’antiquités est ouverte et j’en ressors avec une nouvelle bague italienne. Je finirai sans doute le chemin avec 1kg de bijoux en plus. Nous découvrons notre gîte, une petite maison fort agréable où James finit par nous rejoindre en fin de journée. Après plusieurs appels, de nombreuses cartes sorties, nous nous rendons compte que le prochain gîte ouvert est à 45 km, tant pis, nous n’avons pas le choix.
Demain sera un départ tôt, très tôt et une longue journée nous attend, et pas avec le chemin le plus facile. Mais un pèlerin est né pour avancer.
Ultreia ! Demain nous partons pulvériser le record de E et avec la bonne humeur et la jovialité de guerriers partant à la bataille ; ça sera dur, mais nous pourrons être fiers de nous.
Lundi 9 mars : La Romieu
E : On se lève tôt pour partir tôt pour faire 47 km 270 m. C’était un nouveau record à battre.
Elouan : Départ d’Auvillar à 6h. On s’équipe de nos lampes frontales et c’est parti pour notre plus grande étape de ce pèlerinage. Tous les gîtes entre Auvillar et la Romieu sont fermés avant le début de saison. Par le chemin, ça serait trop long, alors nous prenons par la route. Les kilomètres de goudron s’enchaînent. Nous avançons bien, à 10h les premiers 20 km sont faits. E et moi-même continuons à marcher jusqu’à 14h non-stop.
Je suis impressionné par la persévérance de E.
On fait une petite pause d’une heure et demie avant de repartir en claquettes, nos pieds ne supportant plus d'être enfermés dans des chaussures.
En passant par la Romieu, le maire nous alpague en nous proposant de visiter la collégiale, et c’est parti pour une visite d’une heure à monter les marches, à visiter le cloître et admirer les peintures de centaines d’années sur les murs.
Il ne nous reste plus que 4 km avant d’atteindre notre gîte. Le chemin est boueux et nos pieds profitent d’un petit bain.
On rigole bien avec E de la situation dans les brindilles et les flaques de boue, E finit même pieds nus.
Cette fin de journée après autant de kilomètres est vraiment drôle, pas de fatigue, des douleurs partout, mais une joie immense.
On continue jusqu’au gîte de l’Encre. Arrivés devant la porte, je regarde le téléphone, + de 47 km.
La porte s’ouvre et Romain, notre hôte, nous accueille avec deux verres d’eau citronnée. Quel bonheur !
Ce gîte est extrêmement chaleureux, et nous sommes très contents d’y faire une pause.
Demain ça sera repos après cette journée de guerriers.
Encore bravo à E, c’est extraordinaire ce qu’il a accompli
Mardi 10 mars : La Romieu - jour de repos
E : Aujourd’hui on se lève tard. Je profite pour rester sur le canapé. Je lis Harry Potter. Ce soir, c’est tacos “maison”. Demain, on part à Monistrol du Gers.
Elouan : Jour de repos au gîte “l’Encre”. J’en profite pour ranger mon sac, trier la nourriture et un peu d’administration. En fin de matinée, James passe nous passer le bonjour. Il continue à marcher aujourd’hui.
Après la grosse journée d’hier, E reste à se reposer et de toute façon, il n’y a pas beaucoup d’activités. On en profite aussi quand même pour faire notre lessive et on en avait bien besoin.
En fin d'après-midi, j’expérimente le design humain avec Anthoine, qui grâce à l’astrologie nous aide à comprendre notre fonctionnement et nos besoins. C'est extrêmement intéressant.
Le repas du soir arrive et Romain, notre autre hôte, a prévu grand, Coca, chip et tacos “maison” pour le soir. C’est une régalade.
Après le repas, on sonne à la porte, c’est Gwenolé, un autre pèlerin, que nous suivons de près, qui vient se ravitailler en eau. On le recroisera sûrement demain.
En attendant, petite discussion au coin du feu avant d’aller dormir, la journée de demain va nous paraître bien facile après l’exploit d’hier.
Mercredi 11 mars
E: On part de l’Encre chez Romain et Antoine. Ils étaient trop cools. On est à Montréal du Gers. Demain Eauze.
Elouan : On lève l’Encre, petit clin d’œil au nom du gîte. Nos affaires sont propres et nos corps reposés, étape de 27 km. Une petite pluie nous accompagnera toute la journée, à midi on arrive à Condom ou on profite d’une boutique de randonnée tenue par Philippe, un homme incroyablement gentil, pour racheter une serviette et un tarp, ça sert toujours et si on doit refaire des nuits dehors ou tester la belle étoile en Espagne, on sera contents de l’avoir. Nous passons ensuite un joli village médiéval et malheureusement arrivons un peu trop tôt pour les activités proposées comme le tir au trébuchet, on aurait pu y mettre nos sacs et les envoyer directement au gîte de ce soir haha !
Nous finissons la route dans la boue à escalader les arbres déracinés barrant le passage. Au revoir vêtements propres. Nous arrivons finalement à Montréal, pas au Québec mais dans le Gers et posons nos bagages, Domi, notre hôtesse, est fort accueillante, tout comme son gîte, quel plaisir.
Nous retrouvons Marc, un autre pèlerin breton croisé un peu plus tôt et deux hollandais. Après un super repas, direction le lit pour une bonne nuit de repos.
Demain plus petite étape, mais les chemins risquent d’être boueux.
Jeudi 12 mars: Eauze
E : On se pose au gîte du Bonheur. Très cool. On a dormi dans une yourte et le lendemain, on part à Nogaro
Elouan : Au revoir Montréal, E n’est pas d’humeur ce matin. J’avance donc seul devant, le soleil est présent, mais la nature nous rappelle que hier était pluvieux en plaçant de la boue tout le long de notre chemin.
Aujourd'hui, nous passons un panneau avec marqué "1000 km avant Santiago". Nous avons déjà fait 1/3 de notre parcours. La marche continue jusqu'à notre gîte ou plutôt notre yourte. Que c’est magnifique ! J’avais toujours rêvé de dormir dans une et voilà que c’est le cas.
Un grand merci au Chalet du Bonheur pour leur accueil et le lieu qu’ils ont construit. Une vraie oasis du chemin et promis Melchior, on ira la construire cette cabane.
Vendredi 13 Mars : Nogaro
E : La visite avec les moines était plutôt cool. On est arrivés au gîte et on s'est posé. Demain repos.
Elouan : Petite journée jusqu’à Nogaro. Le soleil est de la partie, que cette étape est agréable, prairie plate. Je passe à côté d’une chapelle qui me rappelle de magnifiques souvenirs, ceux d’une grande fête organisée un an plus tôt pour le départ du chemin d’une pèlerine qui nous accompagnait. Ce lieu était vraiment magique.
Arrivés à Nogaro, nous visitions une charmante boutique d’antiquité où le vendeur nous fait passer le temps en nous racontant la vie de chacun de ses trésors. E est intéressé par la médaille en argent de Russie début XXe sous le Tsar Nicolas II, médaille conçue par Fabergé et qui évidemment est bien trop chère pour nos deux budgets, même réunis haha ! Nous repartons mais pas bredouille, notre tête est pleine de fabuleuses histoires. En buvant mon verre, je remarque que nous avons atteint le vrai sud, une arène de corrida… et si c’était le pire ! A la boulangerie sont proposées des chocolatines. Heureusement, il ne nous reste qu’une semaine avant de passer la frontière.
Arrivés au gîte, un lieu bien agréable où nous profitons des derniers rayons de soleil, demain la pluie devrait s’abattre sur nous, qu’importe, nous sommes équipés.
Samedi 14 Mars : Aire sur l’Adour
E : C’est compliqué. On reprend la marche. J’ai fait une pause. Je réfléchis si je reprends la marche ou pas jusqu’à Saint Jean Pied de Port et je pars à Dunkerque.
Elouan : Départ de Nogaro, après quelques difficultés, nous finissons l’étape en stop. Arrivé à Aire sur l’Adour très tôt, nous faisons la rencontre de Jacques (il n’y pas de hasard) qui nous invite à manger dans la salle paroissiale. Nous sommes ensuite embarqués dans une magnifique aventure où on nous ouvre les portes de tous les bâtiments. On nous montre tout en visite guidée privée, les chapelles souterraines de Sainte Quitterie, les reliques cachées dans les armoires et nous finissons même par aider à installer le poulailler dans l’ancien Carmel qu’on nous fait par la suite visiter en profondeur. Wouah ! Journée historique en tout point de vue.
Nous finissons chez Stephane, dans son gîte qui est l’un des plus beaux qu’on ait rencontré, et notre hôte est tellement agréable, on se croirait arriver chez un lointain parent.
Demain jour de pause, histoire de re motiver un peu.
Lundi 16 mars : Pimbo
E : Super journée à la maison hier. On a marché le lendemain 27 km avec un raccourci de 2 km, ça fait 25 km. C’était super cool. Demain une nouvelle journée
Elouan : En route pour Pimbo, un grand au revoir à Stéphane et son gîte à la maison qui nous a accueillis comme des rois. Stéphane t’es un mec en or il en faudrait plus des hébergeurs comme toi sur le chemin.
Le soleil fait son grand retour, la route est facile et plate tout du long à part à la fin ou une légère montée boueuse nous rappelle d’utiliser nos muscles et de les garder forts pour la traversée des Pyrénées dans quelques jours.
Mon sac me lacère le dos, je suis obligé d’enlever les bretelles et de le porter que par le bassin, ce que mes genoux n’aiment pas et me font comprendre. J’ai demandé à ma famille de m’envoyer un autre sac en stock par la poste, et de toute façon la plupart de nos affaires seront obsolètes en Espagne. On en profitera pour vider nos sacs.
Arrivés à destination, Roxane nous accueille, comme le laissait deviner sa voix au téléphone, c’est une personne douce et agréable. Elle nous donne les indications pour rejoindre le gîte qui est tout à fait charmant. Je lis mon livre au soleil pour pouvoir m’en débarrasser le plus vite possible et m’alléger ma bibliothèque de sac commence à être bien trop remplie.
Demain nous ne savons pas encore où aller poser bagages, tant pis comme les pèlerins d’antan nous marcherons jusqu’à ce qu’on nous ouvre la porte pour la nuit.
Mardi 17 mars
E : Une petite journée de 20 km. Wouah ! j’ai bronzé. Wouah les Pyrénées sont proches on dirait
Elouan : Départ sous le soleil, une longue et plate route encore, mais sous ce ciel bleu, nous pouvons voir parfaitement les Pyrénées, quelle vision ! Un énorme mur denté de blanc nous barrant l’horizon. Dans quelques jours nous serons en train de les monter pour changer de pays comme tant d’autres pèlerins avant. Nous suivons leurs traces jusqu’au soleil couchant. Nous profitons de ce soleil justement pour faire des pauses, profiter de la douceur des rayons et de la verdure des talus bordant notre route.
Je me suis commandé un nouveau sac aujourd’hui, le mien est devenu insupportable et me brise le dos. J’espère que ce nouveau d’occasion tiendra jusqu’au bout.
Arrivés au gîte où Patricia nous accueille, nous présente ses animaux, nombreux et variés et après un verre avec elle nous finissons à lire à la terrasse.
Demain un peu de route jusqu’au gîte, mais avec le soleil à nos côtés rien n’a été aussi facile.
Mercredi 18 mars
E : n’a pas écrit
Elouan : Journée sous la chaleur, goudron, encore et encore sous le soleil cuisant, des côtes découvertes à n’en plus finir nous faisant suer à grosses gouttes, mais enfin après un petit passage en sous-bois, nous voilà au gîte. Nous en profitons pour nous poser au soleil, lire nos livres, faire un brin de toilette à nos vêtements puants et profiter de cette ombre tant recherchée.
Le soir, notre hôtesse vient nous rendre visite et m’offre une couverture comme je cherchais, elle doit bien faire 2 kg, mais je suis bien connu pour revenir plus charger de mes voyages que je suis parti. Encore un dernier regard aux rayons de soleil avant d’aller manger.
Demain, 14 km, nous allons bien profiter de cette nuit.
Jeudi 19 mars
E : Aujourd’hui, on a marché 14 km. C’était cool avec le soleil qui nous faisait du bien. On est arrivés à Navarrenx. On a été au gîte communal pour déposer les sacs et puis on a bu un verre. Moi après j’ai recommencé à faire la chasse au tampon du pèlerin. J’en ai trois plus un celui du gîte, ça fera 4. On va faire les courses pour jusqu’à lundi matin et enfin dimanche (22 mars) on sera à Saint-Jean-Pied-de-Port. On va monter Roncevaux (les Pyrénées) (montagne). Yes ! on est au pied et de plus en plus proche. Demain c’est après Aroue qu’on dort.
Elouan : Petite journée, 14 km que nous faisons dans la matinée, mon sac est encore plus lourd maintenant que je sais que je renvoie mon matériel dans 3 jours, plus que 70 km et nous arrivons à la frontière espagnole. Les Pyrénées ne font que grossir devant nous et le spectacle est majestueux, pas après pas nous nous rapprochons de cette montagne si imposante, majestueuse frontière naturelle.
Le soleil a encore tapé fort aujourd’hui et mon chapeau bien que magnifique n’est pas très utile malheureusement et j’attrape une petite insolation. Je passe l’après-midi à trier mes affaires et me reposer. Il n’y a plus de ravitaillement jusqu’à Saint Jean Pied de Port, nous avons donc fait de grosses courses qui vont bien alourdir nos paquetages, mais c’est un poids qui fondra plus notre arrivée approchera.
En attendant, nous profitons du soleil, de sa chaleur et du repos avant de faire ces trois dernières étapes françaises.
Vendredi 20 mars
E : Une journée encore sous le soleil Waouh ! Il fait chaud, Elouan, le blagueur, est un grand comique. J’adore, ses blagues me font toujours rire pendant la marche. On arrive au gîte avec une chaleur intense.
Elouan : Journée d’une vingtaine de kilomètres. La dernière étape française se rapproche. Nos sacs sont lourds de provisions, mais nous gardons notre bon rythme. Nous sommes maintenant habitués au soleil et n’avons pas hâte qu’il retourne derrière les nuages.
Arrivés au gîte, merci Simone et Manu pour votre accueil dans le Pays Basque. Nous ne sommes jamais déçus de l’accueil dans cette région. Nous apprenons qu’ils font la demi-pension…. Nous nous étions habitués à faire nos courses, les gîtes avant ne le faisaient pas hors saison, tant pis, nous mangerons nos boîtes de conserve pour nous alléger, mais prenons les petits déjeuners, histoire de bien repartir demain.
Samedi 21 mars
E : Aujourd’hui, on part du gîte pour aller à Saint Jean Pied de Port. On y arrive assez tôt. On a acheté deux grands chapeaux pour le soleil. Moi j’ai récupéré 4 tampons. Je suis content
Elouan : Encore une journée sous le soleil, la neige d’y il y a un mois nous paraît imaginaire, tout droit sortie de notre imagination, mais ne nous réjouissons pas trop vite, la montée de Roncevaux se fera sous la pluie et la neige et notre équipement est déjà renvoyé, ça ne sera que deux jours à tenir avant de rejoindre le soleil espagnol de nouveau.
Nous avons bien compris que nous étions rentrés dans le pays basque, personne ne parle français, enfin si mais préfère parler leur patois, c’est impressionnant et magnifique le fait que malgré des années à n'avoir pas le droit de le parler aujourd’hui la plupart des gens l’emploient couramment.
Arrivés au gîte tôt comme d’habitude, nous profitons du soleil. Demain moins de 20 km nous séparent de Saint Jean Pied de Port, je changerai également de couvre-chef le mien ne protégeant en rien contre les insolations…
Demain, c’est notre dernière partie sur le chemin du Puy, une page se tourne et l’Espagne nous attend.
Dimanche 22 mars : Saint Jean leVieux
E : n’a pas écrit
Elouan : Dernier jour où notre destination est française, nous profitons de la route, de l’herbe verte du pays basque et des brebis qui paissent tranquillement. Arrivés à Saint Jean le Vieux, miracle je trouve un tabac, si prêt de la frontière cela tient du miracle, moi qui arrivais à court et sachant qu’il n’y aucune boutique en vendant à Saint Jean Pied de Port et que nous devons y faire une halte, me voilà les poches pleines.
Arrivés à Saint Jean Pied de Port, nous passons la porte de Saint Jacques et nous voilà dans un nouveau monde, DES PÈLERINS, plein de pèlerins, plein de sacs partout, nous sommes si contents. E déchante un peu vite en remarquant que personne ne parle français. Nous sommes entourés d’Allemands, d’Espagnols, de Portugais, de Thailandais et d’une jeune Coréenne profitant de la fin de son échange universitaire pour faire le chemin. Quel mélange de cultures. Incroyable ! et en servant de traducteur à E les discussions se font toute seules.
Au bureau des pèlerins, nous nous inscrivons sur internet pour avoir notre papier qui nous permettra de dormir en Espagne. Un vrai casse-tête, ça ne fonctionne nulle part, sauf sur mon téléphone personnel qui passe donc de main en main pour inscrire tout le monde. La joie du chemin, le partage, ce chemin espagnol va être plein de bonnes rencontres. Je le sens. J’ai également reçu mon nouveau sac, moins confortable mais plus léger et mieux pensé pour la randonnée, hâte de l’essayer.
Demain, journée de repos et visite de cette magnifique ville.
Lundi 23 mars : Saint Jean Pied de Port - jour de repos
E : On se lève, on prend le petit déjeuner, puis après on va à la poste. Merci et gracias à l’équipe ASE pour le colis. C’est super gentil. Après ça on va chez le coiffeur, moi avec les brebis Ah Ah ! Après on va faire les courses pour le midi. Ce soir, on va manger un kebab fait maison au restaurant la poste gourmande, puis après je vais lire Harry Potter tome 2.
Elouan : Journée de repos à Saint Jean Pied de Port. Après un petit déjeuner, direction la poste pour renvoyer des affaires à E, et là, miracle ! Son colis est également arrivé, son premier colis, gâteaux et sucreries, son sourire aurait pu lui crever les yeux.
Direction ensuite le coiffeur pour nous faire une beauté et couper la longueur avant L’Espagne. Nous voilà tout beaux, prêts à entamer le reste du chemin. Il ne reste plus qu’à attendre mon colis pour partir. Celui-ci, j'espère, arrivera demain.
Nous passons l’après-midi à flâner dans la ville, visiter la citadelle, faire les boutiques où E s’achète plein de pin’s à mettre sur son chapeau de pèlerin et moi quelques gâteaux et produits de la région que j’enverrai par la poste à ma famille demain.
Pour ce soir, petit restaurant extrêmement bon avec des produits faits maison jusqu’au pain, quel délice ! J’espère que mon colis arrivera vite qu’on décolle au plus tôt. Ultreia
Mardi 24 mars : Saint Jean Pied de Port
E : On se lève tôt à cause des Espagnols. A 4h30, on va à la poste pour livrer ma lettre à mon père
A 14h, on va au gîte, on parle avec Laurence, elle est extraordinaire. Elle m’a dit que je suis bienveillant envers moi et les autres.
Ce soir, pas d’espagnol. On peut dormir tranquilles.
J’ai vu les toutes premières photos. Wouah ! j’ai changé.
Elouan : Si on ne détestait pas les Espagnols, ce matin nous a donné une bonne raison de le faire, 4h30 du matin, plein phare, vacarme dans le dortoir, et vas-y que je te retourne le lit, que je fasse mon sac, que je te mette la frontale (alors que la lumière est allumée) dans les yeux et ils partent déjeuner sans rien éteindre, E se lève, donc pour le bien de tous les pèlerins restant éteindre cette satanée lumière.
7h30, on se lève pour déjeuner, les espagnols n’ont pas décollé... se réveiller si tôt pour ça. Malgré cette mésaventure nous partons nous balader au soleil levant, profitant des bancs publics, faire nos courses repas et m’acheter un pantalon de soir (et j’ai craqué sur une nouvelle serviette ultra light, note à moi-même ne jamais me laisser dans un magasin de rando). Nous partons ensuite récupérer mon colis qui aurait dû arriver, haha ! Le livreur l’a oublié dans le camion ... nous resterons donc une journée de plus à Saint Jean Pied de Port, mais ce n’est pas plus mal ça nous permettra d’éviter le plus gros de la pluie de cette fin de semaine.
De retour au gîte, nous apprenons que les Espagnols en plus d’avoir dégueulassé les douches et d’avoir enquiquiné tout le monde, ont volé les stylos et le papier du TPE du gîte Ce soir normalement pas d’Espagnol, des Coréens, une Allemande et une Française. La nuit devrait être plus calme.
Après cette journée qui, malgré ces mésaventures, fut très calme et ensoleillée, nous nous offrons le luxe d’aller de nouveau dans le super bon restaurant d’hier soir, quitte à être bloqués autant en profiter.
Mercredi 25 mars
E : Encore une journée de repos. J’espère que demain on ira à Roncevaux
Elouan : n’a pas écrit
Vendredi 27 mars
E : n’a pas écrit
Elouan : Enfin on repart. La pause était interminable, malgré les magnifiques rencontres que nous avons faites et l’accueil impeccable que nous a fait Laurence.
Dès le début, on se trompe de route et prenons celle fermée, nous nous en rendons compte assez vite et faisons demi-tour pour rejoindre la bonne voie.
Nous rattrapons assez vite les autres pèlerins. Je finis la marche avec Thomas, parti de Vienne en France avec son chariot et son matériel photos pour faire un documentaire. Nous discutons longuement et c’est un homme fort intéressant. Arrivé à Ronceveaux, enfin, plus dur que le dénivelé, le froid et le vent me frigorifient les doigts, il ne faut pas oublier, nous étions à 1200 m d’altitude.
Sur place toutes les nationalités sont présentes et les discussions fusent dans tous les sens. Quel bonheur ! Étant le seul à avoir du tabac, je fus vite intégré à plusieurs groupes et nous échangeâmes sur nos voyages et nos vies jusqu'à l’heure du repas, ce moment fatidique de goûter à la "cuisine" espagnole. E est dépité, après les restaurants français, celui-là fait bien pâle figure, mais nous mangeons quand même, il faut prendre des forces pour demain. Une fois le dortoir rejoint, des américaines font un petit cours d’anglais à E pendant que je leur apprends le français. Elles ne se débrouillent pas trop mal, mais E est plus occupé à blaguer qu’à vraiment apprendre une nouvelle langue. Petit à petit, il verra ça sur le chemin.
Demain, une journée de pluie nous attend pour descendre, je n’ai pas hâte, mais dans 5 jours le soleil est de retour, ce n’est qu’un mauvais moment à passer. Très heureux d'être de retour sur le chemin
Samedi 28 mars
E : n’a pas écrit
Elouan : Journée venteuse et froide. Nous avons marché très vite jusqu'à notre albergue.
E a pu expérimenter les bocadillos qui étaient particulièrement bons. Nous n’avons pas retrouvé nos amis d’hier, ils doivent passer la nuit dans une autre albergue, on les recroisera demain.
Triste de quitter les magnifiques paysages des Pyrénées, mais pas son vent, je suis frigorifié, à Puente de la Reina, je me prendrai une petite veste coupe-vent légère pour continuer plus confortablement.
Nous continuons de bon cœur vers notre destination sur ce chemin espagnol.
L'Etat finance cette marche à hauteur de 80 %
Le reste est financé par vos dons
(Ces dons ne constituent pas de l'argent de poche supplémentaire pour le binôme mais nous permettent de financer leur marche)
_____________________________________
« Pour des raisons de confidentialité, les commentaires mentionnant des informations personnelles concernant les jeunes (prénom, photos, etc…) seront supprimés. Merci d’anonymiser vos commentaires ! »




bonjour E
je ne t'oublie pas, je pense souvent à toi. j'ai été prise par plusieurs obligation de la vie.
Comme tu peux le voir j'ai repris la lecture de ton parcours, je n'aie jamais douté de toi et tu me prouves que tu as un mental d'acier. tu ne baisse pas les bras, je suis fier de toi.
waouh 47 km je ne peux que t'applaudir.
a très bientôt
Bonjour E.,
J’espère que tu vas bien. Je ne sais pas si tu as bien reçu ma deuxième lettre que je t’avais fait parvenir à Saint-Jean-Pied-de-Port.
Ici, à Gravelines, le temps est mitigé, on ne sort pas les grands chapeaux pour chercher l’ombre, mais plutôt les parapluies pour éviter d’être trempé !
Je n’avais pas bien compris l’un de tes messages, j’ai cru à un moment que tu allais abandonner. Mais finalement, ton mental a repris le dessus et tu es reparti. Te voilà maintenant en Espagne, tu as fait plus de la moitié du parcours, félicitations à toi !
De notre côté, nous pensions recevoir une petite lettre accompagnée d’une photo, mais apparemment tu manques de temps… ou peut-être…
Bjr les garçons je viens vers vous pour voir comment cas vas ci la marche cabas et vs savez pas mal au jambes serieus😊 je suis toute avec vs je suis fière de toi mon fils entouka je suis contre de toi mon lapin courage a vs je vs embrasse et attention à vs courage a vous et bonne continuation je t'embrasse fort mon loulou d'amour ton papa qui t'aime fort fort ❤️❤️❤️❤️❤️😘😘😘😘😘👀
Coucou Et ! Je suis vraiment contente de te le lire, je suis fière de ton projet. Tu avances chaque jour sans rien lâcher ! J’espère que ce n’est pas trop éprouvant et que tu as pu manger quelques tacos sur la route comme tu l’espérais.
Ne lâche rien, soit fière de toi !
Bravo 🎉
Bonjour E.
je suis heureuse de voir que tu tiens le coup. Bravo pour ce début de parcours ! J’espère que tu vas bien, tu as l’air …
J’ai hâte de te lire encore …
À très vite.
Prof Hélène